Communauté des Réfugiés Rwandais au Zimbabwe
Harare, Zimbabwe
05.04.00
Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU
New York
USA
Concerne:
Monsieur le Secrétaire Général,La Communauté des réfugiés rwandais au Zimbabwe élève sa voix pour se joindre à toutes les âmes du monde entier éprises de paix, de justice et de droits de l'homme, pour protester énergiquement contre l'attitude pour le moins injuste et complice des Nations Unies dans le conflit rwandais.
En effet, Monsieur le Secrétaire Général, depuis l'attaque du 1er Octobre 1990, dont il a été victime, le peuple rwandais n'a cessé d'encaisser les coups et les contre-coups inhérents à la passivité, voire même au refus pur et simple d'action des Nations Unies au moment même où son intervention était la plus attendue et souhaitée par le monde entier en général et le peuple rwandais en particulier.
Sans prétendre à l'exhaustivité, les faits relatés ci-après suffisent pour témoigner d'une manière univoque, la mauvaise foi et la complicité contre le peuple rwandais de la part de cette organisation:
De même, le rapport Robert Gersony, qui avait été mandaté par le HCR et qui faisait état de massacre de 25.000 à 45.000 HUTU par le FPR entre Avril et Août 1994, a subi le même sort.
Eu égard aux considérations précédentes et plusieurs autres non mentionnées ici, le peuple rwandais est en droit de se demander si de tels agissements de la part de l'ONU ne sont pas des signes avant-coureurs d'un plan international ourdi de longue date contre lui, pour son extermination pure et simple.
Monsieur le Secrétaire Général,
Tous les hommes de bonne foi s'accordent pour affirmer que l'assassinat du Président HABYARIMANA fut l'élément déclencheur des événements sanglants qui ont endeuillé le Rwanda depuis le 6 Avril 1994. Depuis lors, beaucoup de voix ne cessent de s'élever pour demander une enquête internationasle indépendante pour éclaircir les circonstances de cet attentat, mais l'ONU et ses organes directeurs y réservent une fin de non-recevoir. Curieusement, même la résolution No. 918 du 17 Mai 1994 adoptée par le Conseil de Sécurité et qui instruisait votre prédécesseur, Monsieur Boutros-Boutros GHALI, de recueillir des informations sur la responsabilité dans l'incident tragique qui a coûté la vie aux Présidents du Rwanda et du Burundi et lui faire rapport aussitôt que possible, est restée lettre morte.
De même, il sied de signaler que dans son rapport préliminaire, le Rapporteur Spécial sur le Rwanda, René DEGNI SEGUI, écrit ceci:"... l'accident survenu le 6 Avril 1994 et qui a coûté la vie au Président de la République Rwandaise Juvénal HABYARIMANA semble bien être la cause immédiate des événements douloureux et dramatiques que connaît actuellement le pays". D'aucuns sont alors en droit de se demander comment l'ONU peut prétendre détenir toute la vérité sur le "génocide rwandais" sans qu'aucune lumière n'ait été faite sur l'élément déclencheur de ce même génocide.
Pourquoi l'ONU ne veut-elle pas connaître les mobiles et les auteurs de cet attentat? L'analyse et la combinaison des faits tendent à nous convaincre que cette attitude d'obstination de la part de l'ONU s'inscrit dans une stratégie qui a, sans nul doute, reçu la bénédiction des grandes puissances qui dominent cette institution, et qui, par ailleurs, constituent les principaux sponsors du gouvernement de Kigali.
Cette même politique explique la justice à sens unique instaurée à Arusha par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), qui depuis sa création s'évertue à faire la chasse aux seuls HUTU accusés d'être responsables du génocide.
Or, si les arrestations des HUTU se font dans la plupart des cas, sinon tous, sans charges réelles ou avec des charges montées de toutes pièces; et s'inscrivent dans les desseins du gouvernement de Kigali d'éliminer toute opposition potentielle possible, les crimes commis par les responsables du FPR sont bien documentés et bénéficient de l'existence de témoins fiables et crédibles.
Ainsi, à côté du rapport Gersony ci-dessus mentionné, beaucoup d'organisations des droits de l'homme telles que Human Rights Watch, SOS Rwanda-Burundi, disposent de photos et de témoignages sur les atrocités et crimes commis contre les HUTU par les soldats du FPR lors de leur marche sur Kigali.
De plus, les investigateurs de l'ONU eux-mêmes ont recueilli plusieurs témoignages que malheureusement les responsables de l'ONU, pour des raisons à peine voilées, préfèrent garder sous embargo.
Les dernières révélations du journal canadien "NATIONAL POST" faisant état d'un rapport de l'ONU de 1997, impliquant le FPR dans l'assassinat de HABYARIMANA, et qui a été jeté aux oubliettes par Marie-Louise ARBOUR, alors Procureur du TPIR est un exemple frappant.
Et les déclarations de certains hauts responsables de l'ONU qu'il s'agit là des rumeurs renforcent le peuple rwandais dans sa conviction que l'ONU veut continuer à entretenir le flou sur le génocide rwandais.
Monsieur le Secrétaire Général,
Le peuple rwandais est conscient qu'une justice internationale équitable est de nature à l'aider dans son processus de réconciliation nationale. Cependant, il est amené à faire ce constat amer que le TPIR institué à cette fin, fonctionne aujourd'hui sous la coupe du FPR, décidé à faire du Tribunal d'Arusha un instrument pour atteindre ses objectifs politiques.
Sans vouloir nous apésantir sur les arrestations irrégulières et les détentions arbitraires prolongées par ailleurs dénoncées publiquement par les accusés eux-mêmes et leurs conseils de défense, nous ne pouvons passer sous silence cette attitude terroriste à l'égard du Tribunal, affichée par le gouvernement rwandais dans "l'affaire BARAYAGWIZA" où le régime de Kigali n'a pas caché au monde son droit tacite d'ingérence dans le travail du Tribunal. Les discours pour le moins contradictoires qui s'en sont suivis de la part du Procureur Carla DEL PONTE montre que l'ONU en général et le TPIR en particulier sont disposés à se plier aux injonctions du gouvernement de Kigali, jusqu'à adopter sa politique de deux poids deux mesures, les HUTU étant les"génocidaires innés" et les TUTSI les "agneaux innocents" à couvrir et protéger par cette justice internationale.
C'est dans cette même logique hors du commun que, défiant toutes attentes, le Procureur vient de déclarer qu'il va déplacer certains procès d'Arusha à Kigali, au moment où le minimum de bon sens voudrait que la compétence de ce tribunal s'étende sur les 150.000 hommes au moins qui croupissent sans procès dans les prisons-mourroirs au Rwanda.
Aussi, les déclarations, telles que "this issues (assassinat de HABYARIMANA) was not within the ICTR mandate and would not be investigated", Louise ARBOUR, 1997. This is an extremely sensitive document (the report). The information it contains is explosive", de la part d'un haut responsable onusien; ou bien "...because we didn't want to embarrass the new government", lancé par un autre officiel de l'ONU à propos du rapport GERSONY; ou alors "il ne serait pas bon de s'attaquer aux TUTSI" lancé très récemment par un responsable proche du Conseil de Sécurité à propos des révélations du "National Post". Ces déclarations donc ne relèvent pas, à notre avis, de la simple création d'esprit de ces fonctionnaires, mais d'une politique délibérée de la maison eu égard au dossier rwandais. Elles ne sont pas de nature à rassurer le peuple rwandais quant à une justice crédible longtemps attendue du TPIR.
Monsieur le Secrétaire Général,
La communauté des réfugiés rwandais au Zimbabwe salue vos efforts et votre attachement pour la paix, la justice et la réconciliation entre les peuples à travers le monde. Néanmoins, en ce qui concerne le cas particulier du Rwanda, elle déplore que tous les indices sont réunis pour montrer que ce problème est traité d'une manière partisanne par l'institution dont les destinées vous sont confiées.
A l'occasion du triste anniversaire de l'assassinat du Président HABYARIMANA et des événements sanglants qui l'ont suivi, elle lance cet appel pour vous demander de prendre toutes les mesures urgentes qui s'imposent pour:
1- mettre toute la lumière sur le vrai planificateur du génocide rwandais.
Il n'est en effet ni dans l'intérêt du peuple rwandais ni dans celui de la communauté internationale que, six ans après, un flou continue d'être entretenu sur un dossier aussi sensible pour l'humanité toute entière. La vérité sur les vrais responsables du génocide en effet permettra d'éviter de continuer de victimiser les innocents au moment où les vrais coupables sont en train de bénéficier à travers le monde des honneurs dévolus aux grands leaders politiques.
2- élucider les circonstances de l'assassinat du Président HABYARIMANA et son homologue Burundais Cyprien NTARYAMIRA, par la mise en place d'une commission d'enquête internationale indépendante à cet effet.
Nous estimons qu'aucun prétexte ne peut plus justifier le refus de l'ONU dans la mesure où les témoins oculaires ayant même participé à l'opération se sont déclarés disposés à collaborer avec l'ONU pour clarifier la situation.
Le refus persistant de mener cette enquête reviendrait dès lors de la part des Nations Unies à une négation de la vérité, une négation de la justice digne d'une organisation internationale soucieuse de crédibilité. Il tendrait par ailleurs à confirmer l'hypothèse avancée par certains milieux et non des moindres, que les casques bleus de la MINUAR seraient des complices de l'attentat.
3- mettre fin à une justice à sens unique et à la politique de deux poids deux mesures institutionalisées par le TPIR dans le traitement des responsables des crimes commis lors du conflit rwandais, en particulier les crimes de génocide. Cela interpelle le TPIR à faire usage de ses prérogatives et ses compétences pour appréhender tous les responsables des crimes sans exception, y compris les responsables du FPR pour lesquels les preuves de culpabilité et les listes sont depuis longtemps à la disposition de l'ONU et du TPIR.
4- mettre fin à l'embargo imposé à tous les rapports impliquant les responsables du FPR dans les crimes de génocide, crimes de guerre, crimes contre l'humanité et d'autres abus aux droits de l'homme.
5- garantir l'indépendance du TPIR vis-à-vis de l'influence du gouvernement de Kigali et des puissances qui le sponsorisent.
6- rétablir le service des observateurs des droits de l'homme de l'ONU au Rwanda, seul garde-fou pour le régime militariste de Kigali dans ses exactions contre la population civile.
7- prendre les mesures concrètes en vue d'amener le Rwanda sur une voie réelle de démocratie et de justice, préalables pour une réconciliation nationale. Il est en effet au delà de tout bon sens que la Communauté internationale parrainnée par l'ONU continue d'appuyer un régime aventurier délibérément engagé dans une politique d'exclusion de la majorité de la population de la vie économique, politique, sociale et militaire de son pays.
Le flux de réfugiés HUTU et TUTSI qui continuent de fuir le pays, les démissions en cascade des hauts responsables de l'Etat, jusque très récemment au Président de la République, devraient interpeller l'ONU à rectifier le tir dans sa politique d'intervention au Rwanda.
8- mettre fin à cette politique de discrimination injustifiée qui frappe les réfugiés rwandais dans le domaine de la protection internationale. Résultat d'une campagne de globalisation criminelle montée par le régime de Kigali et orchestrée par ses sponsors, cette victimisation des hutus pèche contre le principe de présomption d'innocence consacré universellement par le droit pénal.
Monsieur le Secrétaire Général,
Au plus fort de la crise rwandaise, l'ONU s'est laissée emporter par le courant de ceux qui voulaient son départ pour profiter de son absence pour verser le sang et semer la désolation dans le pays.
C'est curieusement ce même courant qui est vite monté au créneau pour dénoncer ce retrait de l'ONU et déclarer son échec dans la crise rwandaise.
Aujourd'hui, le même courant anarchiste, appuyé par les poids lourds de cette planète directement ou indirectement impliqués dans le génocide rwandais est en train d'utiliser cet échec téléguidé en chantage pour obtenir de l'ONU et du TPIR une justice expéditive au rabais, expressément biaisée afin de jeter pour de bon un masque sur la réalité des événements qui ont endeuillé le Rwanda depuis le 6 Avril 1994.
La Communauté des refugiés rwandais au Zimbabwe et le peuple rwandais dans son ensemble osent espérer que, forte de cette expérience d'un passé très récent, l'ONU ne se laissera plus intimider pour céder aux chantages et aux pressions de quelque nature que ce soit, mais privilégiera plutôt une justice à la hauteur d'une organisation transnationale digne de ce nom.
Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'expression de notre plus haute considération.
Pour la Communauté des Réfugiés Rwandais au Zimbabwe
V. Baranyanga C. Mutware S. Nkunze
Adresse de contact: P.O. Box 66783 Kopje, Harare, Zimbabwe. Téléphone: 263 11718735
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