J. Diana G.
L'Avenir
Kinshasa
03.03.00
Le 2 août 1998, éclatait la guerre en Rdc. La SADC veut agir, la Rsa marque des réticences et les USA s'opposent à toute possibilité d'intervention de la Communauté internationale. Pendant ce temps, les villes congolaises tombent et les agresseurs occupent des points stratégiques comme l'entrée principale par mer, le port de Matadi, le barrage d'Inga. Les Américains estiment que tout cela n'était pas suffisant pour que l'on déclenche les mécanismes de l'Onu pour mettre fin au conflit. Tout le monde comptait sur une guerre éclair qui mettrait la Communauté internationale devant un fait accompli. On appliquerait ainsi le principe qui consiste à reconnaître les Etats et non les individus. On ne saurait plus jamais, ou très tard, qui était le vrai instigateur de cette guerre. Tout le monde étant chauve dans un bal des chauves, il ne fallait pas que l'on prolonge la manifestation.
Mais c'était sans compter avec la notion d'une guerre longue et populaire. Ceux qui se sont rasés le crâne pour être admis au bal, voient la couche des cheveux réapparaître. Les USA sont rattrapés par l'histoire. Les révélations du confrère canadien, «National Post», démontrent que le pays de l'Oncle Sam n'était pas étranger à l'assassinat de Habyarimana. Pourquoi ne pas reconnaître aussi que ce sont les Américains, avec le Fpr, qui avaient planifié le génocide du Rwanda? On l'a toujours dit, si c'était les Hutu, ils n'auraient pas choisi pour déclic, la mort de celui qu'ils considéraient comme la tête de pont non seulement de leur ethnie, mais aussi de leur mouvement politique.
Les Américains, cela leur arrivent parfois, ne calculent pas les conséquences de leurs actes. En éliminant Habyarimana, ils ne pensaient pas que cela puisse dégénérer. Il se peut aussi qu'ils avaient préparé les conséquences, c'est-à-dire le génocide, car, il leur fallait bien, à eux et à leurs protégés, un fond de commerce pour justifier la marginalisation des Hutu et le règne de l'arbitraire dans la sous-région. On peut utiliser ces lunettes pour lire le silence opposé au rapport du responsable de la Minuar sur les préparatifs du génocide. Qui le préparait ? Aujourd'hui, on ne peut plus accuser les Hutu qui n'avaient en ce moment précis, aucune raison de chercher à éliminer les Tutsi. Car, finalement, ce n'est pas aux Hutu que le crime devrait profiter.
On comprend également l'arrêt précipité des enquêtes sur les événements du Rwanda. On ne pouvait comprendre le génocide sans élucider la question sur l'assassinat du président Habyarimana. Les USA ont l'habitude de mettre la charrue devant les bœufs. On sait maintenant pourquoi. En partant du génocide rwandais, ils voulaient atteindre leurs objectifs dans la région des Grands Lacs. Le cynisme, c'est l'arme politique de prédilection pour les Américains.
Si la Communauté internationale est sérieuse, avec ces révélations sur ce que tout le monde savait déjà, mais n'osait le dire, beaucoup de choses doivent changer à commencer par la situation des Hutu entassés dans des prisons de Kigali. Pourquoi ne devrait-on pas reprendre les enquêtes?
Ceux qui ont assassiné Habyarimana, ont également tué les coopérants espagnols et des enquêteurs de «Rights Watch» trois ans après à Ruhengeri. Alors qu'attendent les juges espagnols pour ouvrir une action judiciaire contre Paul Kagame?