Communiqué de presse n° 08


Union des Forces Démocratiques Rwandaises (UFDR)
Bruxelles
12.03.99


A des fins de consommation internationale, le FPR a depuis le 19 juillet 1994 formé ce que l'opinion a pris l'habitude d'appeler abusivement le «gouvernement d'union nationale» auquel participent des personnalités hutu provenant des branches non - génocidaires des partis reconnus au RWANDA avant avril 1994. Les révélations sur le fonctionnement des institutions après le départ, le 28 août 1995, du Premier ministre désigné par les Accords de paix d'Arusha et de trois de ses ministres n'ont pas fait mystère du rôle de faire -valoir réservé aux «hutu de service» au sein d'un gouvernement prétendument dit d'union nationale. La formation des Gouvernements ultérieurs, au mépris des dispositions constitutionnelles quant au mode de nomination du nouveau Premier ministre et des autres ministres et quant à la répartition nominative des porte-feuilles ministériels dévolus aux formations politiques, a définitivement enterré la structure constitutionnelle du gouvernement et des autres institutions. La démission d'un autre hutu Ministre de la Justice au début de cette année, deux semaines après celle d'un secrétaire d'état hutu également, et les justifications fournies par le régime ont confirmé les contradictions politiques latentes au sein du régime militaro-ethniste de Kigali.

En dépit de l'aspect médiatique et trompe-l'œil de ce gouvernement, plusieurs observateurs de la scène politique rwandaise ne manquent pas de s'interroger sur les choix opérés par le FPR parmi ses soi - disant partenaires. De fait, il s'est avéré que le FPR a toujours porté son dévolu d'une part sur des personnalités «ternes et sans autonomie de pensée» mais plutôt prêtes à servir la volonté et les intérêts du prince. D'autre part, la préférence du FPR n'a cessé d'aller vers des hutu soupçonnés d'avoir commis des crimes. Cette épée de Damoclès suspendue à leurs têtes lui assure sans conteste un dévouement sans faille de la part de ces hutu qui n'ont plus rien à envier à leurs chefs, passés maîtres dans l'art du mensonge et du subterfuge. Devenus pratiquement des objets d'exposition pour camoufler l'hégémonisme ethnique du FPR au sein des institutions et des administrations de l'Etat, ces derniers ont rangé leur conscience et leur dignité.

L'ouverture ce 12 mars 1999 d'une instruction judiciaire contre le Premier ministre Pierre Célestin RWIGEMA, accusé d'avoir distribué des armes aux miliciens au début du génocide de 1994 et d'intelligence avec l'actuelle rébellion armée, constitue la fin de l'intermède des hutu de service. La période de transition expirant officiellement le 18 juillet 1999, le FPR entame une nouvelle phase de consolidation de son régime. L'éventuelle responsabilité de Monsieur RWIGEMA n'est pas en soi un fait nouveau puisque le Conseiller de Secteur BIRYOGO (Kigali - Ville), Amri KAREKEZI, avait lors de son procès explicitement démontré le rôle joué par le Premier ministre en exercice. Stratégiquement choisi pour opposer les responsables du parti MDR après l'exil du président légitime et pour casser définitivement ce parti ancré dans la mémoire collective des rwandais et jugé comme le plus redoutable rival du FPR, Monsieur RWIGEMA n'est plus indispensable, sa mission ayant momentanément réussi.

Sûr d'avoir consolidé son pouvoir sur le plan international, le FPR n'a plus besoin aujourd'hui des équilibrages auxquels il était contraint après sa victoire militaire pour dissimuler la raison principale de la guerre qu'il avait déclenchée le 1er octobre 1990: ni la démocratie, ni le respect des droits de l'homme mais la prise du pouvoir que les extrémistes tutsi avaient perdu au début des années 1960. Le FPR, principalement tutsi, considère en effet que le drame rwandais a commencé avec la révolution socio-politique de 1959-1961 qui a renversé le système féodo-monarchique tutsi et permis à la majorité hutu d'avoir voix au chapitre dans la gestion du pays. Dans ce sens, l'arrestation les 27 et 28 février respectivement de M. André NKERAMUGABA et de M. Bonaventure UBALIJORO président a.i du MDR, tous deux anciens dignitaires hutu des années 1960, ainsi que l'éviction deux semaines plus tard de trois députés du MDR , à savoir Jacques MANIRAGUHA, Eustache NKERINKA et Jean Léonard BIZIMANA visent à criminaliser tous les hutu, à justifier la propagande ethnique des extrémistes tutsi qui assimilent tout hutu à un génocidaire et à discréditer systématiquement tous ceux qui contredisent leur propagande et leurs intérêts.

L'UFDR estime que la justice et la recherche de la vérité sur le drame rwandais sont indissociablement une voie obligée pour préparer le peuple rwandais à la réconciliation nationale. Notre organisation politique encourage à ce titre toute démarche pouvant permettre d'établir les responsabilités des uns des autres dans ce drame. L'UFDR redoute cependant que la façon de faire des extrémistes tutsi qui gouvernent le RWANDA ne soit un moyen de défendre leur situation privilégiée, avec des méthodes injustes et brutales, et d'utiliser le génocide et les autres conflits politico - ethniques antérieurs comme un alibi pour refuser toute ouverture démocratique et tout partage du pouvoir avec les autres forces vives du pays.

Si, comme le prétend le régime, la seule intention qui anime le FPR est d'éradiquer l'impunité, l'UFDR s'engage à avoir l'élégance de reconnaître qu'elle s'était trompée SI:

* Le régime FPR se met à identifier et à punir les planificateurs des actes de provocation et d'intimidation qui ont mis le feu aux poudres en 1959, dont certains partaient de la cour royale;
* Le régime FPR entame le procès des commanditaires et des auteurs des massacres de 74 personnes tuées officiellement et recensées par la tutelle entre le 1er novembre 1959 et le 31 mai 1961 dont 61 étaient des hutu victimes des assassinats commandités par des extrémistes tutsi;
* Le régime de Kigali exige de l'ONU de lever l'amnistie dont jouissent tous les assassins et criminels tutsi de la période révolutionnaire, imposée par cette institution pour permettre aux extrémistes tutsi de participer au jeu démocratique ouvert par le référendum et les élections législatives du 25 septembre 1961 et ainsi permettre à la justice de les juger;
* Un procès en bonne et due forme contre les INYENZI dont le FPR salue le combat dans une préface à son programme politique est ouvert sans délai et leur responsabilité dans l'initiative de la violence reconnue;
* Une instruction judiciaire est ouverte contre le Président de la République Pasteur BIZIMUNGU sur son rôle moteur dans les événements de 1972 - 1973 qui ont précédé le coup d'état militaire du 05 juillet 1973 et qui ont provoqué la mort et l'exil de citoyens tutsi;
* Le général KAGAME et d'autres dignitaires militaires et civils répondent devant un tribunal compétent et neutre de l'extermination des populations civiles hutu depuis le 1er octobre 1990 au Mutara et à Byumba, en préfecture de Ruhengeri depuis février 1991, sur un tiers du territoire national avec l'offensive de février 1993, sur toute l'étendue du territoire lors de sa campagne militaire pour la prise du pouvoir et après juillet 1994 jusqu'aujourd'hui, ainsi que du massacre de plus de 200.000 réfugiés dont le général KAGAME a reconnu lui - même la responsabilité dans le Washington Post du 06 juillet 1997;
* Le régime de Kigali accepte qu'une enquête indépendante soit ouverte pour déterminer les auteurs de l'attentat contre l'avion présidentiel qui a provoqué la mort de deux présidents, rwandais et burundais, et servi de détonateur au génocide de 1994.

Faustin TWAGIRAMUNGU
Président de l'UFDR