Mémorandum de l'UFDR aux Chefs d'Etat et de Gouvernement au XXème Sommet France-Afrique sur les Conditions d'une paix durable dans la région des Grands Lacs
L'opposition rwandaise réunie au sein de l'Union des Forces Démocratiques Rwandaises, UFDR, demande au Sommet France-Afrique de soutenir sa proposition pour qu'une solution pacifique soit trouvée aux conflits qui déchirent la région des Grands Lacs.
Le XXème Sommet France - Afrique se tient en effet au moment où l'un de ses membres, la République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée à une guerre meurtrière menée par le régime minoritaire et hégémonique du Général Paul Kagame qui s'est imposé au peuple rwandais par les armes depuis 1994. Il est soutenu comme toujours par l'armée de son parrain le Président ougandais dans cette guerre de colonisation d'un pays 75 fois la taille de ses agresseurs, le Rwanda et l'Ouganda réunis.
La deuxième guerre de ces deux seigneurs de la guerre des Grands Lacs ne peut plus être justifiée avec le même argumentaire que la première de 1996/97, lorsque l'armée de Kagame a détruit, à l'arme lourde, les camps de réfugiés rwandais dans l'ex-Zaïre, exterminant dans le processus plus de 200.000 réfugiés dans ce que la Commission d'enquête des Nations Unies a qualifié d'"actes de génocides" et pour lesquels elle a réclamé un complément d'enquête pour déterminer les coupables et les traduire devant la justice internationale. Le peuple rwandais demande au XX ème Sommet France-Afrique d'obtenir que les recommandations de cette Commission des Nations Unies soient rapidement mises en œuvre.
Depuis le 2 août de cette année, date où cette deuxième guerre par procuration a commencé, sa nature plus économique que civile s'est révélée montrant la complicité de groupes d'intérêts économiques voire de certains gouvernements occidentaux avec les agresseurs, notamment celui des Etats-Unis. La politique de ce pays dans cette région est défaillante et sa campagne promotionnelle en faveur d'une "nouvelle génération de leaders éclairés" s'est avérée désastreuse et à courte vue. En effet, de la Corne de l'Afrique à la région des Grands Lacs, les lauréats de ces titres décernés sans discernement sont en guerre les uns contre les autres. L'implication de forces extérieures est patente puisque ni l'Ouganda et encore moins le Rwanda ne peut faire face à cette guerre qui coûte au moins 2 millions de dollars par jour à chacune de ces économies classées parmi les plus pauvres du monde.
Le génocide contre les Tutsi, banalisé à outrance pour être devenu un fonds de commerce politique du régime de Kigali et les appuis inconditionnels dont ce régime bénéficie de la part de certaines puissances occidentales sont à la base d'un comportement insupportable qui lui permet d'asseoir sa dictature militaire sur le peuple rwandais et à l'étendre sur les pays voisins en foulant aux pieds les conventions internationales dont le respect de l'intangibilité des frontières et les droits de l'homme.
L'UFDR qui réitère sa condamnation sans équivoque du génocide des Tutsi en 1994, trouve scandaleux et inacceptable la pratique de deux poids deux mesures de la communauté internationale sous la houlette des sponsors du régime de Kigali. Ces derniers sont en effet tombés dans le panneau de ce régime militaro-ethniste et impopulaire et assimilent tous les opposants à ce régime à des génocidaires et agitent en tous temps et en tous lieux, l'épouvantail des miliciens "Interahamwe" et d'un danger de génocide permanent contre les Tutsi, et cela chaque fois que les crimes de ce régime sont évoqués. Cette stratégie qui procède par diversion est faite pour couvrir les crimes innombrables des tenants du pouvoir actuel qui pratiquent un génocide rampant contre les populations innocentes composées en grande majorité par les Hutu (90%) suivant un plan machiavélique visant à terme une parité numérique entre les deux ethnies.
Parmi les crimes du Front Patriotique Rwandais (FPR) au pouvoir à Kigali et sa milice l'Armée Patriotique Rwandaise (APR), il y a lieu de citer :
- les massacres perpétrés contre la population depuis le début de la guerre le 1/10/1990
- l'assassinat du Président rwandais Juvénal Habyarimana et du Président burundais Cyprien Ntaryamira le 06/04/1994, assassinat qui a déclenché le génocide rwandais
- le massacre dans le camp de personnes déplacées de Kibeho qui a coûté la vie à 8.000 personnes le 22/04/1995 en présence des casques bleus de la MINUAR
- les massacres, exécutions extrajudiciaires et autres atrocités rapportés par la Mission d'Observation des Droits de l'Homme des Nations Unies jusqu'à son expulsion du Rwanda en juillet 1998 comme le fut la MINUAR auparavant qui constituaient des témoins gênants
- les massacres de plus de 200.000 réfugiés Hutu dans l'ex-Zaïre en 1996/97, massacres que la Commission d'enquête des Nations Unies a qualifié d'actes de génocide
Par ses pratiques et ses déclarations, le régime rwandais reconnaît de fait l'existence d'une rébellion interne, mais il accuse contre toute logique, la RDC de ne pas contrôler cette rébellion. Le régime de Kagame n'est pas crédible en essayant de justifier sa deuxième invasion contre la RDC par le fait que Kabila aurait entraîné des milliers de Hutu et que ceux-ci lançaient des attaques contre le Rwanda à partir du Kivu. Cette accusation est sans fondement puisque tout le monde sait que c'est l'APR qui contrôlait l'armée de la RDC jusqu'en juillet 1998 et qu'elle a toujours gardé des brigades entières au Kivu depuis son invasion de 1996, soi-disant pour empêcher l'infiltration des rebelles hutu..
Le régime rwandais doit donc cesser de se voiler la face, reconnaître que la guerre civile rwandaise est interne et qu'aucune invasion à l'extérieur du Rwanda ne pourra jamais résoudre le problème interne rwandais. Il faut rappeler que ce problème est essentiellement d'ordre politique, et qu'il ne pourra jamais être résolu militairement ni au Rwanda ni en RDC ni ailleurs dans le monde.
En effet, les dirigeants du Rwanda et de l'Ouganda ont justifié les deux invasions de la RDC en l'espace de deux ans, par la volonté affichée de résoudre militairement le problème des "infiltrations" de leurs rébellions respectives. Malgré que les armées rwandaises et ougandaises contrôlent depuis octobre 1996 les provinces de la RDC qui touchent à leurs frontières, les guerres civiles internes ont redoublé d'intensité dans ces deux pays, démontrant ainsi l'inutilité de ces invasions meurtrières du moins en ce qui concerne la solution des conflits interne au Rwanda et en Ouganda.
Ainsi force est de constater qu'une solution uniquement limitée à la RDC ne sera que partielle et passagère. L'on aura traité les symptômes et non la maladie. Une solution globale s'impose, mais pas dans un cadre diplomatique ambigu mais surtout en reconnaissant les particularités de chaque pays avec son peuple.
Pour une solution durable de ce conflit qui affecte toute la région, l'UFDR propose :
- le retrait inconditionnel du territoire de la RDC de tous les agresseurs rwandais et ougandais
- la tenue d'une conférence organisée par les pays de la SADC, et dans laquelle participeront les pays de la région des Grands Lacs, les trois pays de la Communauté Est Africaine et tous les pays frontaliers de la RDC.
- l'organisation de négociations politiques séparées entre le gouvernement de la RDC, du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi et leurs oppositions respectives.
- la garantie internationale des accords de paix issus des négociations ci-dessus.
En ce qui concerne le conflit rwandais, l'UFDR reste convaincue que sa solution durable ne se trouve pas dans les massacres de populations civiles à l'intérieur du pays ni dans des guerres de conquête des pays voisins qui sont sans issue, mais réside d'abord dans le fait d'accepter des négociations sincères entre rwandais, pour mettre en place un Gouvernement d'union nationale capable d'instaurer une véritable réconciliation de tout le peuple rwandais aujourd'hui très éprouvé.
Pour l'UFDR, l'Accord de paix d'Arusha du 4 août 1993 qui a été négocié et conclu avec l'appui de la communauté internationale constituerait une base sérieuse de négociation pour une solution définitive du conflit rwandais.
Faustin TWAGIRAMUNGU
Président de l ' UFDR