Réponse de l'UFDR à l'appel de Mn. Faustin Twagiramungu


UFDR
Zevenhuizen (Hollande)
28.05.03

 

Bien cher Monsieur,

L'UFDR a accueilli avec plaisir l'appel lancé à "tous les démocrates opposés à la dictature rétrograde et oligarchique du FPR" dans votre lettre du 20 mai 2003 aux représentants des organisations politiques : ADR, UFDR et RDR, APC, ARENA, RNF, IMBAGA, MCD et  URD pour que "notre action soit communément coordonnée"  en vue de "nous unir dans UN FRONT OU UNE LIGUE de démocrates pour créer un barrage politique solide, qui résisterait plus solidement à l'arbitraire et à la vague de l'oligarchie au pouvoir".

 

Nous ne pouvons que nous réjouir de la relance de cet appel dont le ton a été donné par l'UFDR en septembre 1998, appel renchéri par la CPODR le 12 octobre 2002 pour ne citer que les opportunités auxquelles notre alliance a participé pour concrétiser notre ferme volonté de contribuer à la coordination des efforts des démocrates décidés à réconcilier le peuple rwandais, à installer un Etat de droit au Rwanda et à lutter pour la paix et la sécurité durables dans notre pays et dans la région des Grands Lacs.

Vous savez mieux que quiconque, non-membre de notre alliance, que le programme politique de l'UFDR lutte pour un changement radical du système et non pour un changement de personnalités au sommet de l'État dans le même régime. L'UFDR ne réduit pas le problème rwandais à un conflit de personnalités au sommet de l'État. Le problème principal réside dans l'exclusion érigé en système de gouvernement par les pouvoirs successifs et aujourd'hui porté à son paroxysme par le régime dictatorial du FPR contrôlé par des présumés criminels de guerre. Dans ces conditions, la solution ne peut pas consister au seul remplacement de quelques individus, fussent-ils Président de la République, Premiers Ministres ou ministres au sein du même régime, mais bien dans le démantèlement complet du système et une réforme profonde des Institutions.

Au moment où les partis politiques existant légalement, notamment le MDR en particulier dont vous êtes membre, sont entrain d'être dissous, que le parti PDR a été empêché d'exercer ses activités et ses leaders jetés en prison, que d'autres partis politiques sont bannis et empêchés de fonctionner légalement dans le pays, qu'une Constitution antidémocratique et liberticide vient d'être adoptée par et pour le régime FPR, la priorité de l'UFDR dans son combat pour la démocratie et la liberté dans notre chère patrie n'est pas de présenter ou de soutenir tel ou tel candidat ou candidate à la magistrature suprême du pays ou autre fonction publique au sein du régime de Kigali, mais de chercher les voies et moyens d'enlever les barrières érigées par le régime FPR pour empêcher aux citoyens rwandais l'exercice et la jouissance effectifs des droits et libertés universellement reconnus dans les nations «civilisées».

Il faut donc d'abord arriver à la libre formation et au fonctionnement effectif et sans entrave des partis politiques et associations (autres que le FPR et ses organisations affiliées) sur l'ensemble du territoire national ; c'est une condition nécessaire mais pas suffisante pour l'organisation d'élections démocratiques. Etant donné la mise à l'indexe de toute opposition politique, la répression politique, le climat politique global et l'absence conséquente des conditions de sécurité pour nos membres et sympathisants à l'intérieur du pays et ceux d'autres partis ou coalitions de l'opposition, l'UFDR ne présente pas de candidats et ne soutient aucune candidature aux élections présidentielles et parlementaires non libres ni justes organisées par le régime de Kigali. Néanmoins notre alliance est totalement d'accord pour qu'il y ait un leader capable d'être le porte-parole des revendications de l'opposition démocratique et d'exiger que la Communauté Internationale prenne un ferme engagement et des mesures d'accompagnement nécessaires pour assurer la sécurité en vue de permettre à l'opposition démocratique de participer aux élections libres, justes et transparentes. A cette condition nous sommes prêts à discuter avec les autres formations politiques sur les voies et moyens pour mobiliser tous les démocrates derrière ce leader. Si votre appel se place dans cette perspective, nous ne pouvons que nous en réjouir.

L'UFDR, comme la CPODR dont elle est membre, a fermement pris l'engagement solennel de mener ses activités politiques à l'intérieur du Rwanda et de participer aux élections, aussitôt que les conditions nécessaires seraient réunies. Il s'agit principalement de garanties de sécurité politique et juridique : la reconnaissance légale du pluralisme politique et de l'opposition, le droit à la liberté de réunions pacifiques sur tout le territoire rwandais, la libération de tous les prisonniers politiques et d'opinion. Nous sommes donc prêts à participer à un débat où vous pourriez nous exposer vos stratégies pour créer un tel environnement, préalable à toute compétition démocratique au Rwanda, et pour constituer ensemble un barrage politique solide qui résisterait plus solidement à l'arbitraire et à la vague de l'oligarchie au pouvoir, tel qu'évoqué dans votre appel.

La CPODR a programmé déjà une réunion le 21 juin 2003 pour préparer la table-ronde de l'opposition démocratique en vue de mieux recentrer nos revendications et pour définir un plan d'action capable de :

Nous pensons que ça serait pour vous une bonne opportunité de nous entretenir en long et en large de votre démarche.

Dans l'espoir de vous rencontrer très prochainement, je vous prie d'agréer, cher Monsieur, l'expression de ma franche collaboration.

Victoire Umuhoza Ingabire

Présidente de l'UFDR

CPI: