Par Bernard Desgagné
Chronique de Bernard Desgagné
lundi 31 mars 2008
Monsieur Paul Kagame
Président du Rwanda
Kigali, Rwanda
Monsieur le Président,
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Entre deux assassinats
Me feriez-vous le grand honneur de m’ajouter à votre liste noire de
négationnistes, révisionnistes et racistes, aux côtés des Lugan,
Palou-Loverdos, Péan, Philpot et Verlinden ? L’un de vos apôtres au
Québec, Gil Courtemanche, m’a écrit dernièrement que j’étais l’un des visages
du fascisme. Voilà qui devrait vous suffire pour acquiescer à ma demande.
Je vous concède cependant que, pour ce qui est du
révisionnisme, je ne vous arriverai jamais à
Vos qualités de grand maitre de la désinformation n’ont
d’égal que vos talents de belligérant. À la tête de quelques divisions de
l’armée ougandaise composées de soldats professionnels ougandais, étrangement
surnommées « Armée patriotique rwandaise » (APR) et associées à
l’organisation politique qu’est le « Front patriotique rwandais »
(FPR), vous avez merveilleusement commencé à appliquer les leçons apprises dans
un collège militaire américain. Vous avez réussi à envahir une partie du Rwanda
en 1990, à en massacrer la population, et à exclure totalement les ONG et les médias
des zones dont vous vous étiez emparé. Seuls vos conseillers stratégiques
américains faisant la navette avec leur ambassade à Kigali y avaient accès.
Des centaines de milliers de Hutus expulsés par l’APR/FPR
de la zone sous votre emprise se sont ainsi retrouvés dans des camps de
réfugiés intérieurs au Rwanda. L’idéologie génocidaire que vous aimez brandir
n’est-elle pas avant tout la frustration et la colère d’un peuple assiégé et
massacré ? Permettez-moi de faire un parallèle avec le Canada.
Qu’aurait fait le Canada avec les Canadiens d’origine
japonaise si…
Au cours de
Au Rwanda, en 1990, une puissante armée partie d’Ouganda
et équipée du matériel le plus moderne est entrée sur le territoire avec la
complicité des États-Unis. Cette guerre n’a pas été déclenchée pour mettre fin
à des tueries. Le Rwanda n’avait rien d’une dictature sanguinaire. Une université avait même été
fondée à Butare par un Québécois, le père Georges-Henri Lévesque. Cependant, le Rwanda
avait le défaut d’être un pays francophone, ce qui nuisait considérablement aux
visées des États-Unis dans la région.
À la tête des troupes de l’APR/FPR, vous avez envahi le
Rwanda en 1990, massacrant des civils et terrorisant la population en général.
Que serait-il arrivé au Canada en pareil cas ? Que se serait-il produit si
les Japonais avaient envahi la Colombie-Britannique et si leur armée, en route
vers Ottawa, avait massacré ou expulsé une partie de la population de l’Ouest
canadien ? Qu’aurait été la réaction des Canadiens si leurs concitoyens
d’origine japonaise s’étaient employés à cacher des vivres et des médicaments
pour aider l’armée japonaise dans sa marche ?
De telles circonstances ne se sont jamais présentées au
Canada, mais si l’on se fie à la réaction des autorités canadiennes pendant
L’idéologie du génocide, comme vous dites, n’a rien d’une
idéologie et tout de la fureur induite par une guerre d’agression impitoyable.
Le génocide a eu lieu, mais il n’était pas le résultat d’un sombre complot à
teneur idéologique. Le génocide rwandais n’a rien à voir avec le sort réservé
aux Juifs par les nazis.
La phase finale de la prise du pouvoir
En 1993, après trois années de carnage, vous avez négocié
un semblant de cessez-le-feu à Arusha, le temps de faire entrer jusqu’au coeur
de Kigali les armes lourdes dont vous aviez besoin pour l’assaut final.
Le 6 avril 1994, vous fichant éperdument du sort des Tutsis
de l’intérieur, vous avez fait abattre, avec un missile acheté à l’URSS par
l’Ouganda, l’avion transportant Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, qui
étaient alors respectivement présidents du Rwanda et du Burundi. L’attentat
ayant déclenché les massacres que l’on qualifiera plus tard de génocide, comme
vous le prévoyiez, vous vous êtes mis à arroser copieusement Kigali au moyen
des lance-roquettes multiples que vous aviez stockés sur place en contravention
de l’accord de paix d’Arusha.
Pendant le génocide des Tutsis déclenché par vos bons
offices, votre APR/FPR a poursuivi ses massacres, les mettant systématiquement
sur le compte des génocidaires hutus. Vos soldats ont exterminé des Hutus, des
opposants gênants ainsi que des étrangers. Comment se fait-il qu’on ne parle
pas de génocide pour qualifier les actes de l’APR/FPR ? Il faudrait
peut-être poser la question à vos Blancs menteurs.
Parmi les victimes de l’APR/FPR en 1994 se trouvent le
père Claude Simard, qui avait osé se plaindre des exécutions sommaires
pratiquées par l’APR/FPR, ainsi que la famille de Corneille Nyungura. Le père
de Corneille, un Tutsi ambitieux, avait fondé un parti d’opposition au Rwanda.
C’était un adversaire politique du président Habyarimana, mais il avait le
défaut, aux yeux de l’APR/FPR, d’avoir trop d’accointances hutues et de s’être
lui-même fait hutu, ce qu’une simple formalité administrative permettait. Les
soldats de l’APR/FPR sont entrés un jour chez lui pour lui trouer
À entendre vos défenseurs au Québec, comme le bon père
Callixte KABAYIZA, les centaines de milliers de réfugiés intérieurs et les
civils assassinés par l’APR/FPR n’auraient été rien d’autre que des
« dommages collatéraux » de
Les massacres se poursuivent
Une fois bien installé au pouvoir à Kigali, vous avez
envoyé vos troupes pourchasser les réfugiés qui avaient fui au Congo. Vous avez
assassiné encore une fois des observateurs étrangers gênants pour libérer les
zones où votre armée devait passer sans se faire voir. Vous avez pilonné
impitoyablement des camps de réfugiés à l’arme lourde. Des centaines de
milliers de réfugiés sont morts aussi de la faim et du choléra. Plus tard, vous
avez créé de nouveaux réfugiés, cette fois congolais, qui ont dû fuir la
terreur amenée dans votre pays par l’APR/FPR, qui prétend encore aujourd’hui y
faire la chasse aux génocidaires. Votre homme de main au Congo, Laurent Nkunda, parachève votre œuvre
là-bas. Il a fondé au Kivu, une province du Congo près du Rwanda, le Congrès
national pour la défense du peuple (CNDP), qui se pose en défenseur de la
minorité tutsie congolaise, mais qui n’est rien d’autre que votre cheval de
Troie au Kivu.
Certains réfugiés congolais se sont retrouvés au Québec.
Ils en ont vraiment ras le bol d’entendre vos défenseurs dire que vous êtes
l’homme qui a « mis fin au génocide rwandais ». Pour eux, vous
ressemblez plutôt à l’un des plus grands criminels de l’histoire de l’humanité.
En tout, la guerre que vous avez transportée au Congo
depuis
La culture du mensonge
Si je m’intéresse au Rwanda, c’est que la culture du
mensonge dont vous êtes si profondément imprégné n’est pas du tout l’apanage
d’une ethnie rwandaise. Elle existe aussi dans mon pays, où elle est
florissante. C’est cette culture qui a permis, par exemple, aux Trudeau,
Chrétien et Harper de maintenir la nation québécoise sous l’emprise du pouvoir
fédéral, notamment en 1970, en 1980, en 1982, en 1990, en 1995 et encore
aujourd’hui. Vous connaissez Jean Chrétien, n’est-ce pas ? C’est lui qui
vous a dit, en 1997, qu’il ne vous tiendrait pas rigueur de l’assassinat de son
ancien camarade de classe, le père Guy Pinard.
Guy Pinard en savait trop, n’est-ce pas ? Il venait
de découvrir un charnier laissé par l’APR/FPR. Alors, le 2 février 1997, sur
l’ordre de votre chef du renseignement militaire, Karake Karenzi, qui semble
être une personne tout à fait fréquentable aux yeux du ministre canadien des
Affaires étrangères, Maxime Bernier, l’un de vos sbires a assassiné le père
Pinard pendant qu’il célébrait
À titre de Québécois, membre d’une nation colonisée,
asservie et dominée d’abord par la force, et ensuite par le mensonge, j’éprouve
naturellement de la sympathie pour ceux qui, ailleurs dans le monde, ont subi
des atrocités et qui subissent aujourd’hui le mensonge.
Dans le cas du Rwanda et du Congo, ma sympathie est
d’autant plus grande que les souffrances des Rwandais et des Congolais tirent
leur origine de drames récents beaucoup plus meurtriers que ceux que les
ancêtres des Québécois ont connus. En 1837, les Britanniques ont massacré sans
pitié les patriotes québécois et terrorisé la population pour maintenir leur
régime féroce d’exploitation coloniale, mais les Québécois d’aujourd’hui n’ont
pas subi eux-mêmes une violence comparable, et encore moins la violence qu’ont
subie les Rwandais et les Congolais.
Agents, défenseurs et portevoix
Au cours des derniers jours, vos défenseurs au Québec ont
redoublé d’ardeur pour cultiver le mensonge conformément à vos consignes. On
retrouve vos défenseurs principalement à La Presse, à Radio-Canada, au sein des
associations sélectives regroupant certaines victimes du drame rwandais ainsi
que dans certains milieux universitaires. Leur stratégie est simple : bâillonner
les chercheurs de vérité.
Il est intéressant de constater qu’en plus d’abriter vos
défenseurs, La Presse et Radio-Canada sont les deux principaux organes de
propagande des adeptes de la culture du mensonge qui visent à asservir la
nation québécoise. Le mensonge se porte presque aussi bien au Québec qu’au
Rwanda. Récemment, alors que les statistiques montraient tout le contraire, les
éditorialistes de La Presse et les journalistes de Radio-Canada se sont
efforcés de convaincre le public que le français, langue de la nation
québécoise, faisait des progrès au Québec.
À Radio-Canada, on se contente d’entretenir la confusion
au sujet du Rwanda. On emploie à toutes les sauces les mots «génocide» et
«génocidaire». Les journalistes sont en général des amateurs qui ne comprennent
rien à rien, mais qui sont généreusement rémunérés avec des deniers publics
pour ne pas chercher à savoir autre chose que l’information prédigérée fournie
directement par d’autres organes de propagande cultivant le mensonge.
Ainsi, un journaliste du site Web de Radio-Canada
écrivait le 28 mars que des mandats d’arrêt internationaux concernant entre
autres le meurtre du père Guy Pinard avaient été délivrés par l’Espagne deux
semaines plus tôt. En fait, les mandats ont été délivrés le 6 février, et
j’avais informé Radio-Canada à l’époque, qui n’avait pas cru bon d’en parler.
Il est certain qu’il est plutôt gênant pour une boite à propagande disposant
d’un budget de plus d’un milliard de dollars de devoir admettre qu’elle est en
retard de deux mois dans les nouvelles concernant le meurtre d’un Québécois,
mais le journaliste a quand même admis l’erreur en réponse au courriel que je
lui ai envoyé. Puis, il a apporté la correction dans
Malgré ce changement, l’article en question dans le site
Web de Radio-Canada demeure un morceau d’anthologie à la gloire de
l’incohérence. Figurez-vous qu’on y dit en caractères gras que le Père Guy
Pinard était un témoin gênant pour les génocidaires ! Si ce n’était pas si
tragique, ce serait franchement drôle. Radio-Canada vous traite ainsi
officiellement, vous et votre camarade Karenzi, de génocidaires. Quel
revirement ! Radio-Canada vient de décréter la fin de la théorie du
génocide unique des Tutsis. Désormais, le génocide des Hutus existe bel et
bien, lui aussi. Vous m’en voyez comblé de joie pour mes amis rwandais et
congolais qui souffrent en silence, meurtris par la perte de leurs proches,
puis bâillonnés et affligés des accusations les plus ignobles. Mais, si j’étais
vous, je m’empresserais de faire parvenir une note diplomatique de protestation
à Maxime Bernier.
À La Presse, André Noël se fait régulièrement le
portevoix du père Kabayiza et de son association, Page-Rwanda, qui jouent le
rôle d’agents du FPR au Québec. Les articles de M. Noël sont souvent
constitués essentiellement d’une série de citations reprenant les
déclarations de ces agents. La stratégie entourant ces déclarations est
simple : toute personne crédible osant vous pointer du doigt publiquement
pour vos innombrables crimes, vous et vos camarades de l’APR/FPR, est
immédiatement accablée d’accusations de négationnisme, de révisionnisme et de
racisme.
Pourtant, il est difficile d’être plus négationniste que
vos défenseurs et vos agents au Québec. J’ai eu l’occasion de les voir à
l’oeuvre en personne lors de la conférence donnée samedi dernier, le 29 mars
2008, dans l’amphithéâtre du Gesù, à Montréal, par
Normand Lester a commencé la conférence en affirmant et
en répétant plusieurs fois que personne ne niait que les Tutsis aient été
victimes d’un génocide au Rwanda en 1994 et que le seul négationniste connu
était l’ex-président Bill Clinton, qui, comme le prouve la documentation
obtenue à ce sujet, a donné l’ordre à Madeleine Albright, en 1994, de tout
faire pour qu’il ne soit pas question de génocide au Rwanda devant les Nations
Unies. Clinton ne voulait pas que les États-Unis soient forcés d’intervenir au
Rwanda.
En effet, il existe une loi aux États-Unis qui oblige ce
pays à intervenir militairement en cas de génocide n’importe où dans le monde.
La présence des États-Unis et de ses alliés aurait peut-être pu arrêter le
génocide, mais Clinton a préféré vous laisser le champ libre. Les Tutsis
massacrés n’étaient qu’une quantité négligeable. Les Français ont réussi à
sauver bien des Rwandais d’une mort certaine, grâce à l’opération Turquoise, mais
les Américains, les Canadiens et les Britanniques ont préféré détourner le
regard pour que se consume le massacre devant les aider plus tard à dilapider
les richesses minières du Congo.
Mais, revenons à
Dès le début, une femme blanche, à l’accent européen, a
essayé d’enterrer le modérateur, Normand Lester, en l’accusant de tous les
maux. Assise dans les premières rangées, elle gueulait sans cesse des insultes
et s’efforçait ainsi de nuire au déroulement de
Une autre femme de race blanche à l’accent européen, qui
était assise plutôt à l’arrière, a également hurlé à plusieurs reprises diverses
accusations, notamment lorsque le conférencier Pierre Péan a demandé à la salle
d’observer un moment de silence à la mémoire des victimes du génocide et des
autres massacres perpétrés depuis 1990 au Rwanda et dans la région des Grands
Lacs africains. La femme a refusé d’observer le silence et, pendant que tout le
monde se taisait, a accusé bien fort M. Péan d’instrumentaliser les
émotions des gens.
Pendant la période de questions, à la fin de la
conférence, une autre femme est allée raconter au micro que Normand Lester
avait été congédié par Radio-Canada pour avoir tenu des propos haineux, ce qui
est évidemment un mensonge pur et simple. Normand Lester a alors fait preuve du
sang-froid et de la dignité remarquables qui l’ont caractérisé ainsi que les conférenciers
tout au long de
Bref, après avoir menacé les propriétaires du Gesù et les
Éditions des Intouchables, avant la conférence, vos agents et vos défenseurs se
sont employés à bâillonner les conférenciers. Heureusement, ils n’ont pas
réussi. Et heureusement aussi, la police de Montréal ayant dépêché sur place
une vingtaine d’agents armés, aucune agression physique n’a eu lieu.
La conférence portant sur le thème de la « difficile
recherche de la vérité » à propos du Rwanda, Pierre Péan a décrit l’enfer
qu’il traverse depuis qu’il a entrepris de dénoncer vos crimes. Il fait l’objet
de nombreuses poursuites pour diffamation et pour incitation au racisme qui lui
ont été intentées grâce à votre efficace propagande et grâce à votre argent et
à celui de vos défenseurs. Il n’a jamais été condamné et ne le sera jamais par
un tribunal digne de ce nom, mais il ne fait aucun doute que le fardeau
financier de sa défense lui est très lourd à porter. De plus, sa fille a dû
faire ses études accompagnée d’un garde du corps. On a systématiquement sali sa
réputation dans les journaux en le traitant de négationniste, révisionniste,
raciste et xénophobe. Après avoir mené une brillante carrière de journaliste et
d’écrivain, au cours de laquelle il a pourfendu la France pour ses entreprises
coloniales et néocoloniales et révélé de nombreux scandales, notamment sur le
passé de François Mitterrand, on a fait de lui un paria pour avoir osé dénoncer
vos crimes.
M. Péan a donné une réponse des plus intéressantes à
l’une des nombreuses questions agressives dont l’ont assailli vos agents et
défenseurs à la fin de la conférence. À l’intention d’un homme agité qui
l’accusait de ne rien connaitre du Rwanda pour ne s’y être jamais rendu, il a
expliqué qu’à l’époque de l’URSS, il valait mieux ne pas s’y rendre pour savoir
ce qui s’y passait, mais plutôt se fier aux transfuges qui réussissaient à
échapper au régime et qui pouvaient parler librement des goulags.
Bref, la conférence a eu lieu. La vérité est lâchée. Elle
est en liberté et elle va vous mordre. Je vous le dis avec toute l’irrévérence
qui caractérise l’esprit égalitaire des Québécois : gare à vos fesses
présidentielles!
Je reviens à ma demande initiale. Être ajouté à la liste
noire des hommes courageux qui traquent sans relâche l’un des dictateurs les plus
sanguinaires que la planète ait connus depuis Adolphe Hitler serait un immense
honneur pour moi. J’attends impatiemment votre réponse, qui viendra peut-être
par la voix de vos défenseurs à La Presse ou de votre grand ami Gil
Courtemanche. Qu’ils me consacrent négationniste, révisionniste, raciste,
xénophobe ou fasciste. Qu’ils jettent sur moi l’anathème. Que je devienne la bête noire des menteurs.