"La bonne gouvernance"

 

 Luc DE TEMMERMAN, Juriste

18/04/2008

3 Ministres Belges se rendent en République Démocratique du Congo et au Burundi la semaine prochaine.

 

Selon  «l'Ambassadeur belge pour la Région des Grands Lacs», J. SMETS, qui participait à un débat hier soir à Anvers, le volet Rwanda a été annulé suite à l'absence du pays du Président Paul KAGAME, mais en contrepartie, la «nouvelle» Ministre des Affaires Etrangères a été invitée à Bruxelles immédiatement après le retour des 3 Ministres.

 

Une «réunion de crise» a néanmoins eu lieu au Ministère des Affaires Etrangères maintenant que le Rwanda n'accepte plus l'action symbolique de la «peinture rouge» à son ambassade d'un opposant au régime de KAGAME et le FPR.

 

Pourtant cet opposant exprime en «couleur rouge» ce que  le juge espagnol MERELLES a écrit dans son acte d'inculpation de 181 pages et il ne détruit nullement le bâtiment de l'ambassade ou trouble l'ordre publique, mais souhaite exprimer pacifiquement son mécontentement avec la situation actuelle au Rwanda, ce qui est un droit démocratique. Je suggère la commune de Woluwe de mettre un panneau en bois, comme lors des élections démocratiques en Belgique, en face de l'ambassade (il y a de la place) pour résoudre le problème «politique» et permettre à l'opposant de satisfaire son besoin d'expression, d'ailleurs totalement justifié en fait sur ce panneau.

 

Il est malheureux que dans une démocratie, les représentants de notre politique n'osent pas dire  devant un auditoire d'étudiants en droit humanitaire, que les 3 Ministres belges  n'ont plus aucun droit de fréquenter officiellement une personne accusée des pires crimes par 2 justices indépendantes de pays membres de la Communauté Européenne, même si cette personne s'appelle KAGAME, et qu'il boit le thé avec le Président Américain et le Premier ministre Anglais. Je m'imagine donc que J. SMETS manque de l'indépendance.

 

Plus important, et je dirai même choquant, était son exposé sur le but du voyage de nos 3 Ministres, qui selon lui est d'une part une manifestation de la volonté de la Belgique politique de garder son expertise sur la région de l'Afrique centrale et d'autre part pour montrer au Président KABILA et le pouvoir en place que le nouveau gouvernement belge, composé depuis peu avec la participation des partis chrétiens, continue à insister sur la «bonne gouvernance»  comme DE GUCHT l'a fait depuis 5 ans.

 

Selon cet ambassadeur cette «bonne gouvernance» se vérifie par la transparence de la politique financière du Congo (la politique de la Banque Nationale), la transparence dans les contrats miniers et le respect des règles démocratiques dans la gestion du pays. Selon lui DE GUCHT aura a nouveau des «mots durs» pour le Président KABILA et pour cela ils ont encore déjeuné ce mercredi avec Jean-Pierre BEMBA à Bruxelles.

 

En insistant sur la question de la «politique belge» en RDC,  l'Ambassadeur a ajouté que la Belgique et la Communauté Européenne n'ont pas la vocation de financer les grands travaux d'infrastructures en RDC et que la Belgique n'a plus de grands intérêts économiques dans ce pays qui l'obligerait à protéger les «intérêts des sociétés belges». Ce que le pays dépense au Congo est sans intérêt pour la Belgique.

 

Je dois donc malheureusement conclure, suite à cet exposé, qu'il n'y a pas de «politique belge» pour le Congo et la région et que notre pays se limite à une politique d'aides humanitaires, distribuées par les organisations adéquates et des interférences politiques dans la gestion du RDC suite à son expertise et connaissances du peuple congolais et du pays, reconnus dans le monde politique internationale selon cet «expert».  

 

La Belgique est par conséquent devenue depuis le «règne» de Louis MICHEL et Karel DE GUCHT  le «consultant» du monde politique internationale, en tant qu'ancienne puissance coloniale, ayant une expertise de la région et qui doit «mettre en garde» l'actuel pouvoir  du RDC de respecter les «règles de la bonne gouvernance», faute de quoi  des critiques sévères lui sont adressées (la Belgique s'octroie le rôle de la Banque Mondiale politique en RDC). On peut se poser la question de quel droit et quelle compétence ou expertise ont encore ces politiciens qui ne font qu'augmenter les problèmes dans la région depuis 1990. KAGAME est un produit anglo-saxon, responsable pour la mort de plus de 5.000.000 d'Africains mais on se permet de critiquer le régime KABILA, mais de faire la «cour» à KAGAME, un criminel de guerre recherché par la justice espagnole.

 

J'espère que les Congolais et les Belges, qui suivent le dossier, commenceront à comprendre que la Belgique, et en particulier nos excellences libérales,  ont roulé pour les «autres» dans le conflit en Afrique centrale et que la région est devenue un «parc safari pour les politiciens belges» qui leur permet de montrer leur «tête» à la télévision et dans l'actualité pour distribuer une partie du 0,7 % du PNB au profit d'organisations et des personnes avec qui ils entretiennent des bonnes relations. C'est le copinage sans la moindre cohérence, sous le couvert de la «bonne gouvernance» dont ils prétendent de posséder les secrets.

 

Pourtant, le Congo a besoin d'autre chose et attend également autre chose de la Belgique.

 

Ceux qui connaissent le pays, savent qu'à ce jour la démocratie fonctionne bien, et une liberté d'expression totale existe sur le territoire pour le peuple congolais (nous l'avons encore vu lors de la conférence de GOMA) nonobstant l'absence de moyens qui permet à l'état de fonctionner correctement et de payer décemment les fonctionnaires.

 

Ainsi, il n'y a aucun motif pour discuter avec Jean-Pierre BEMBA à Bruxelles, tant que celui-ci n'accepte pas de retourner dans son pays et de faire confiance aux instances politiques et judiciaires, mis en place depuis les élections démocratiques auxquelles il a participé volontairement.

 

Jean-Pierre BEMBA N'EST PAS PLUS EN DANGER en RDC que n'importe quel autre citoyen congolais, et s'il refuse de retourner dans son pays, il appartient aux politiciens de tous les bords d'en tirer les conséquences, et ne certainement pas continuer à entretenir des relations et discussions politiques avec un personnage qui refuse de jouer le jeu politique comme il se doit dans une démocratie. Cela n'a rien de personnel vis-à-vis de Jean-Pierre BEMBA mais est une logique politique pour une démocratie.

 

Les Kinois qui ont voté massivement pour lui ne comprennent plus rien, mais son absence voulue du pays ne permet plus à ses personnes de croire en la démocratie, car lors des élections il y a des gagnants et des perdants, mais les perdants doivent être sur place pour défendre les intérêts de leurs électeurs. Il n'est pas nécessaire d'avoir des «gardes de corps» et des armes pour le faire et il n'avait aucun droit de «fuir» son pays. Il y a des cliniques excellentes à Kinshasa pour se faire soigner.

 

Jean-Pierre BEMBA refuse manifestement le débat politique, le cas échéant le débat juridique en ce qui le concerne, par ce qu'il refuse de croire à la démocratie. Etonnant pour quelqu'un qui a participé à des élections démocratiques comme un des 2 challengers principaux.

 

Pour l'Est du pays, le Congo n'a pas besoin de politiciens belges qui vont visiter les victimes des horreurs de la guerre. Nous les connaissons depuis 1996 et la situation n'est pas plus dramatique qu'il y a 10 ans.  Ce n'est pas une visite récente de Miet SMET à un hôpital à Bukavu qui doit nous apprendre que le viol est souvent une arme de guerre, certes inadmissible.

 

Le Congo a besoin par contre, de politiciens étrangers qui mettent la pression sur les pays voisins pour arrêter la guerre, et dans ce dossier précis l'obligation pour le Rwanda, quitte à chasser KAGAME, qui a perdu toute légitimité de diriger ce pays, de trouver une solution pour accueillir les réfugiés rwandais en RDC et d'instaurer un débat politique et démocratique au Rwanda, comme cela s'est fait en RDC entre anciens guerriers.

 

Invoquer encore aujourd'hui la nécessité pour la minorité tutsi de se défendre avec des armes et un régime militaire pour survivre dans la région est un jeu politique inadmissible et dangereux à moyen terme pour la population tutsi, qui n'a aucun intérêt à s'associer avec les criminels de KAGAME et le FPR. Refuser de parler avec le FDLR est refuser de trouver une solution, et cela ne sert que les intérêts de Kagame et les Américains. Le peuple congolais n'est pas idiot.

 

L'attitude politique actuelle de la Belgique, qui prétend avoir l'expertise, est justement le contraire de la «bonne gouvernance» car d'une part il n'y a pas de  «politique» et certainement pas une contribution à une solution pacifique pour les problèmes dans la région.

 

Il est donc nécessaire que nos politiciens belges font un examen de conscience, et arrêtent leur politique d'autruche, sans aucune vision utile, qui est en plus, incompréhensible pour le peuple congolais, qui a pourtant encore aujourd'hui un respect profond pour ce que nos ancêtres «coloniaux» ont réalisé dans le pays.

 

Pour le développement de la RDC, ce ne sont pas les politiciens congolais qui sont importants, mais la population congolaise, et celle-ci souhaite faire ce chemin dans la paix et avec une aide des autres pays pour reconstruire l'infrastructure, qui manque cruellement au Congo. La richesse est à prendre pour tout le monde qui collabore avec cette population, qui est suffisamment adulte pour choisir ses propres politiciens, sans qu'il soit nécessaire que les politiciens belges s'occupent de leur choix. Si la Belgique, les Européens, les Américains n'ont pas l'argent pour investir dans les infrastructures, il faut applaudir l'initiative des Chinois et ne pas commencer à critiquer avant le début le modus operandi. Quel alternatif les occidentaux ont proposé ?

 

Si la Belgique refuse ou a peur d'investir en RDC, comment alors espérer que les sociétés privés investissent dans le pays.