KAGAME ET SES SUPPORTERS SUR LE BANC DES ACCUSÉS

 

Maître Luc DE TEMMERMAN, Belgium

07.02.2008

 

J'ai eu la chance de pouvoir me rendre pendant une dizaine de jours en République Démocratique du Congo, ce qui m'a permis de prendre connaissance de l'opinion des politiciens, des chroniqueurs et des journalistes congolais sur la problématique rwandaise et la situation au Kivu à travers les médias locaux.

 

Après cette semaine d'observations, je prends note à mon retour du lancement de 40 mandats d'arrêts à charge des militaires du FPR/APR par la justice Espagnole, représentée par l'Audience nationale, pour des crimes commis par ce mouvement politico-militaire au Rwanda et en RDC depuis 1990.

 

Les politiciens espagnols refusent de commenter l'instruction du dossier judiciaire, comme il se doit dans un état de droit, les accusés bénéficiant de la présomption d'innocence, mais espérons qu'enfin les responsables politiques du monde, qui s'intéressent à la région des Grands Lacs auront compris le message en attendant l'arrestation des personnes accusées.

 

Enfin, le monde occidental découvre un état démocratique qui se substitue aux manquements du Procureur auprès du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, la justice Belge et la justice Française, dont les organes avaient une compétence statutaire ou légale pour instruire les évènements qui ont eu lieu au Rwanda, en particulier l'attentat du 6 avril 1994 et les millions de morts qui ont suivi cet évènement.

 

Il est généralement admis de parler de «génocide» quand 10 % de la population a été victime d'une élimination systématique pour des motifs, dûment inscrits dans les Conventions de Genève, même si c'est un non-sens juridique mais le monde a besoin des chiffres….et un «génocide» concerne tout un peuple, et dépasse donc le cadre individuel ou d'un petit groupe, race etc. En plus, c'est l'intention qui compte.

 

Le plus important reste néanmoins d'établir les faits et sur ce plan, la justice espagnole est sans équivoque, nonobstant que l'enquête judiciaire n'a démarré qu'en 2005:

 

«le FPR/APR a utilisé et commis à partir de 1990 un ensemble de crimes humanitaires pour prendre la totalité du pouvoir non-démocratiquement au détriment et en violant les droits légitimes du peuple rwandais, hutu, tutsi et twa confondus, et cette organisation politico-militaire a continué son œuvre en République Démocratique du Congo en éliminant les réfugiés rwandais, et en s'attribuant les richesses du sol congolais».

 

C'est ce qui est justement dénoncé par les anciens responsables politiques, militaires et économiques du Rwanda et les victimes du drame rwandais, la population hutu, tutsi et twa confondus, et il est sans importance d'attribuer une responsabilité à l'un ou l'autre individu, hutu, tutsi ou twa pour parler du drame Rwandais.  L'individu accusé doit comparaître devant le Tribunal et doit se justifier.

 

Ceux qui avaient le devoir de rendre justice au peuple Rwandais et aux victimes ont fait le contraire pendant 13 ans et c'est cela qui est stupéfiant et incompréhensible. On a choisi les individus et on a refusé de voir l'ensemble des faits et crimes commis au Rwanda, en attribuant la responsabilité des massacres à l'ancien pouvoir avant les investigations.

 

Les Procureurs auprès du TPIR et le Procureur auprès des Tribunaux belges ont poursuivi ceux qui sont victimes de ces crimes du FPR/APR et il n'est pas dans mes intentions de traiter les cas individuels, mais prenons les composants essentiels de la société rwandaise en 1994 :

  1. Les politiciens Rwandais n'auraient jamais dû organiser une défense civile sans ces crimes commis par le FPR/APR depuis le 1 octobre 1990.
  2. Les militaires rwandais n'auraient jamais dû se battre contre le FPR si cette organisation avait respecté les Accords d'Arusha au lieu de reprendre la guerre.
  3. Le «Comité de Crise» n'aurait jamais existé sans l'attentat du 6 avril 1994, et n'aurait même jamais été mis en cause si le FPR/APR avait participé à la pacification du pays même après avoir commis l'attentat. Ce crime odieux pour éliminer l'homme le plus populaire du Rwanda, qui empêchait certes le FPR/APR de pouvoir espérer une victoire politique et démocratique et s'il y a eu «un génocide des tutsi au Rwanda» on connaît également son planificateur: le FPR/APR et certainement pas l'ancien pouvoir, victime de ce crime odieux qui a éliminé 2 Présidents hutu.
  4. Les 10 soldats belges  n'auraient jamais été inquiétés au Camp de Kigali sans l'attentat, auquel ils étaient soupçonnés d'avoir participé, et Madame le Premier Ministre Rwandais n'aurait jamais été assassinée. La MINUAR , en sa totalité et les soldats étrangers seraient restés sur place sans l'ultimatum du FPR/APR de quitter le pays pour pouvoir arrêter les massacres, qui sont devenus un «génocide» après leur départ. Refuser d'instruire l'attentat était en réalité promouvoir les intérêts des principaux criminels.
  5. Les intellectuels civiles et religieux, les commerçants rwandais n'auraient eu aucun motif pour ne pas oser intervenir pour tranquilliser, voir d'inciter la population rwandaise à s'occuper des criminels au sein de sa communauté. Par les crimes du FPR/APR, le refus d'arrêter la guerre, les intellectuels et commerçants Rwandais non-FPR ont du fuir leur région ou souvent même se défendre pour rester en vie.

 

Plus de 90%  des personnes accusés et condamnés par la justice internationale et la justice belge dans ce drame sont des victimes de la guerre imposée injustement par le FPR/APR et ils n'ont pas eu la possibilité de bénéficier d'un procès équitable parce que les professionnels qui devaient faire les enquêtes ont refusé délibérément pour des motifs purement politiques d'instruire correctement les faits du drame Rwandais.

 

Espérer que l'action de la justice espagnole va corriger ses manquements me parait utopique, mais nous permet d'espérer de sauver la paix et la démocratie dans l'avenir, qui sera certainement sans KAGAME et C°. On fera bien la distinction entre FPR/APR et tutsi et j'espère que les tutsi eux-mêmes le feront sans équivoque, ce qui a manqué pour beaucoup jusqu'à ce jour.

 

Les Congolais ont choisi une solution pratique mais efficace, ne possédant pas une armée qui peut défier le FPR/APR et ses alliés dans la région. Elle veut imposer la paix par l'expression de la volonté du peuple civile qui refuse la guerre et en associant la communauté internationale, qui est mise devant ses responsabilités. Le peuple congolais refuse la guerre et veut imposer politiquement le dialogue inter-rwandais, sans se prononcer sur les responsabilités de l'une ou l'autre ethnie, et ils ne feront pas la chasse au FDLR sans les garanties d'un traitement humain et conformé au droit international des réfugiés.

 

En RDC, les tutsi congolais peuvent participer au pouvoir mais ne peuvent imposer leur volonté contre la volonté de la majorité de la population.

 

Les politiciens congolais n'ont pas peur pourtant de dire et de dénoncer les crimes commis par NKUNDA et ses combattants et leur enlèvent tout prétexte pour faire la guerre, mais dans le respect de la constitution. La conférence de Goma, même si elle n'a pas un résultat direct, impose néanmoins la Paix dans la région. Le peuple rwandais devrait en prendre exemple.

 

La communauté internationale, maintenant que ce n'est plus uniquement le Juge Bruguière qui accuse KAGAME et ses proches collaborateurs comme des criminels de guerre, ne peut plus avoir d'autre choix que de suivre cette voie pacifique d'imposer la paix par une application des règles démocratiques. La période des «interahamwe» et  «génocidaires» ne fera plus recette.

 

Quel politicien, digne de ce nom, peut encore s'entretenir avec KAGAME?

 

KOUCHNER il y à quelques jours en France, VERHOFSTADT, MICHEL Père et fils, DE GUCHT en Belgique et des autres opportunistes qui ont soutenu le FPR/APR, ont en principe signé leur arrêt de mort politique en défendant KAGAME et son régime devant cette évidence, connu depuis 1998 par ceux qui ont vécu les évènements, mais cachée au grand public pour des motifs politiques par ceux et celles qui représentaient sur le plan juridique la communauté internationale, y compris la  Belgique , pour faire appliquer la justice. C'est eux qui ont crée le «fonds de commerce» du FPR/APR par leur manque d'objectivité et impartialité depuis 1994.

 

Les journalistes C. BRAECKMAN et M.F. CROS en ce qui concerne la presse écrite francophone belge, devront prendre leur retraite.

 

REYNTJENS reviendra à la surface mais ne pourra faire oublier son implication directe avec la promotion des «Escadrons de la mort» et «le réseau Zéro», faisant partie de cette stratégie du FPR/APR pour prendre le pouvoir et dénoncé également par la justice espagnole. Un jour il fera peut-être son mea culpa.

 

Dans les prochains mois on fera le compte de la «crédibilité» des experts et le jugement du TPIR dans le dossier MILITAIRES I se fait trop attendre pour encore pouvoir parler d'une décision «judiciaire». Y-a-t-il des problèmes «politiques» entre les magistrats pour prendre une décision?

 

Ce qui s'est passé au Rwanda restera une honte pour le monde entier, mais cette initiative de la justice espagnole, que le gouvernement de Kigali qualifiera sans aucun doute de «politique», permettra sans doute d'isoler KAGAME et sa bande, et le plus grand bien qui peut arriver au Rwanda est que les tutsi non-belligérants se distancient rapidement du FPR/APR et leur «maître» qui les conduira si non à une nouvelle catastrophe.