Jacques Nizeyimana
Kiyovu
03.11.00
Faut-il que l'ensemble des accusés d'Arusha annoncent dans les meilleurs délais la suspension des procès en cours et toute collaboration avec le TPIR si la procureur générale du Tribunal Pénal International sur le Rwanda et la Yogouslavie ne rende pas claire, avant la fin de cette année, la position du tribunal concernant les investigations sur l'assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana et la mise en accusation des responsables du FPR coupables des massacres des populations civiles?
Cette longue question relève d'une profonde moralité. Apparemmment, il y a nécessité d'y penser deux fois avant de fixer sa raison. En effet, pour ceux qui croient aux légères thèses avancées par le FPR sur la tragédie rwandaise, penser pareil serait un acte grave de minimisation du génocide, une tentative de révisionnisme dont il faut barrer la route avant même de l'avoir compris. Pour soi même, moi le penseur-écrivain et toi le lecteur critique ou approuvant, pareille pensée est tout de même lourde de remords dûs à une certaine sympathie involontaire, qui risquerait de nous gagner malgré tout, à l'égard des hommes et des femmes accusés de crimes ignobles.
Dans l'un ou l'autre cas, je me suis efforcé de résister au sentimentalisme et de regarder la réalité en face. La réalité est que le TPIR poursuit une trop évidente demie justice qui, de surcroît, devient de plus en plus partiale sous l'influence croissante du gouvernement du FPR. Il faut réagir au mépris du TPIR à l'égard de la majorité des victimes d'une tragédie déclenchée en octobre 1990 par le FPR. Le TPIR a adopté jusqu'à ce jour une simplification déplorable de la tragédie rwandaise non seulement en écartant les responsabilités des éléments du FPR, mais aussi en s'apprétant à leur jeu de se porter victimes d'un conflit qui alla aussi loin que le voulût leurs initiatives.
Le TPIR préfère asseoir ses jugements sur les évidences médiatiques et les accusations du vainqueur d'une guerre qu'il ne pouvait pas vaincre autrement qu'en poussant le pays dans l'âbime des haines ethniques. La tragédie de 1994 a largemment bénéficié de l'assassinat du président rwandais en date du 06 avril 1994. On se rappellera que cet attentat est toujours la pierre angulaire de la thèse de planification du génocide des tutsis par des extrémistes hutus. La création du TPIR repose sur cette thèse. Elle fût le chant du TPIR sur sa route de soumission de la population rwandaise en 1994. Cette thèse fût également la corde sensible qui a rangé les médias et l'opinion internationale derrière les visées politiques du FPR. Dès lors il paraît totalement absurde que, six ans après la création du TPIR, celui-ci ne se préoccupe pas encore de la prouver pour mieux engager les poursuites de tous les responsables de cette tragédie.
Malheureusement, le TPIR va plus loin dans sa simplification de la tragédie rwandaise. En écartant les responsabilités évidentes du FPR, le TPIR, un organe de l'ONU, ballaie en même temps toutes les considérations des éléments suivants dans sa philosophie de justice contre la culture de l'impunité. Ces éléments ont pésé lourd sur l'éclosion et l'expansion de la tragédie rwandaise. D'abord, je soulignerais que le génocide fût le couronnement d'une guerre de quatre ans imposée par les hauts cadres de l'armée Ougandaise qui, quoi que de souche rwandaise, ont attaqué le Rwanda en date du 01 Octobre 1990 avec les armes et l'appui de leur pays adoptif. C'était une autre «guerre civile» comme bien d'autres que le Rwanda connût à plusieurs reprises dans les années 1960, toujours lancées à partir des pays voisins qui avaient accueilli les réfugiés rwandais. La plupart de ces refugiés ne voudraient pas s'incliner aux résultats de l'élection organisée par l'ONU en date du 25 septembre 1961. Ils ne voudraient pas rentrer seulement, mais rentrer et gouverner. La tragédie rwandaise ne manquait donc pas de référants historiques à grande charge de méfiance et de haine ethniques. Visiblement, on comprendrait mieux peut-être ce génocide, même pris dans ses dimensions réduites à la chasse à la minorité tutsi en examinant en détail cette volonté minoritaire de mener la guerre et de conquérir de nouveau le pouvoir politique et militaire.
Ensuite, pour comprendre le cours des événements dans le territoire sous contrôle du gouvernement entre Avril et Juillet 1994, il y a à considérer l'effet dévastateur des reportages sur les massacres systématiques et combien évidents commis par le FPR dans les zones conquises de Byumba, Kibungo, Ruhengeri, Bugesera. Les rescapés les répendaient dans la population, rendant en même temps presque impossible tout contrôle des débordements sanguinaires. Regardant dans l'autre sens, ceci aurait d'ailleurs pu faire le même effet chez les soldats du FPR. Le TPIR ignore que le FPR qui bénéficiait de la grâce médiatique, a exploité à fond cet investissement dans les massacres, augmentant la tension ethnique et rendant le territoire sous contrôle de son adversaire totalement ingouvernable. En fin, il faut bien se rendre compte que finalement cet investissement à largement payé au FPR. Il a atteint ses objectifs anti-démocratiques de soumettre par la force la majorité de la population rwandaise pour en suite se porter victimes auprès de la communauté internationale. La grande victoire du FPR aura été cette grande culpabilisation qu'il a inoculé à la communauté internationale, avec pour effet immédiat de la rendre presque muette sur les terribles exactions et actes de génocide commis par le FPR.
C'est sur fonds de cette réalité complexe, que le rwandais est obligé de prendre en considération pour enfin se dire à lui-même: dois-je rester bouche bée et succomber à petit feu comme le voudrait le FPR le bourreau qui se voudrait agneau? Comme le souhaiterait la communauté internationale souffrant de sentiment de culpabilisation? Ou alors, dois-je prendre en main ma destinée en demandant à cette communauté internationale de cesser d'investir par son silence et son inaction dans un sytème d'apartheid à visage noir que le FPR pousse de plus en plus aux extrêmes depuis 1994? Le TPIR mene actuellement une diplomatie de honte auprès du FPR. Lui serait actuellement séduit par «the fake process of reconciliation» ou bien «les yeux de bîche» de la justice rwandaise qui libère maintenant les innocents prêtres après que leurs cas eurent cimentés dans la conscience des naîfs occidentaux les thèses d'un génocide auquel collabora activement toute la société civile, l'église catholique et le gouvernement rwandais. Un génocide que ces soldats disciplinés du FPR auraient par la suite arrêté. En libérant ces prêtres de Kibuye -et l'évêque Misago en mai dernier- le FPR a fait preuve de sa capacité de faire une pierre deux coups: l'emprisonnement pour faire la propagande de sa propre thèse sur le génocide des Tutsis et la libération pour faire la propagande d'une justice possible et indépendante! Ce que le rwandais sait et que le TPIR ignore est que le FPR séduit pour en fin détruire.
La mésure conditionnelle de suspendre les procès en cours à Arusha, conjuguée d'un refus de collaboration de tous les accusés avec le TPIR ainsi son système d'assistance judiciaire n'est pas une obstruction à la justice. Plutôt, elle témoignerait de la volonté des accusés de ne répondre qu'aux actes qu'ils ont effectivement posés. Ils ne faudraient qu'ils jouent le bouc émissaire ou qu'ils servent uniquement de preuve d'un TPIR en action comme le cas de Mr Jean Kambanda le témoigne clairement. La mission du TPIR n'est pas d'ajouter aux haines ethniques. En poursuivant une demie et partiale justice, le TPIR fait exactement provision d'explosives à la société à clivage ethnique. Personnellement, je suis pour une justice équitable et consciencieuse seule garant de la sortie du cercle vicieux et séculaire de l'ethnisme au Rwanda. Il est tout de même regrettable que le le TPIR nous met actuellement dans une telle situation d'épuisemment que l'alternative possible qui nous reste est de demander un mouvement intérieur à son système par les accusés.
La troisième recommendation de Suzanne Phelps dans son écrit «Action urgente pour que le TPIR établisse les responsabilités des auteurs de l'assassinat du Président Habyarimana dans les massacres de 1994 au Rwanda»(1) va dans le sens de cette décision pertinente que les accusés d'Arusha devraient prendre en toute urgence, dans toute leur conscience et si possible unanimement. Bien sûr que je ressens cette peine de promouvoir cette action qui reviendrait ailleurs aux avocats du diable. Je suis convaincu que le Rwanda a connu un génocide qu'il ne fallait pas. Je suis convaincu qu'il y a sûremment des responsabilités individuelles à poursuivre. Je suis convaincu que parmis les détenus d'Arusha un bon nombre devra rendre compte à la nation et à la communauté internationale. La suspension des procès en cours est une étape du processus qui permettra à la fin de reconnaître tous les vrais diables qui se verront remettre les deux longues cornes rouges à la tête, et une grande boule rouge dans la bouche. Il appartient à Madame Del Ponte de nous les montrer. Maintenant, elle nous les cache, du moins le grand troupeau. Les accusés d'Arusha peuvent effectivement rabattre ici et là pour que Madame Del Ponte saute sur ou saisisse à bras le corps ses responsabilités. Elle est payé pour un cas complexe. C'est son honneur et tout le respect que la communauté internationale lui doit.
(1)
http://www2.minorisa.es/inshuti/habyari3.htm