Isa Van Dorsselaer et Bart Beirlant
De Standaard
Bruxelles
05.06.04
A Kinshasa les congolais ont manifesté pendant une deuxième journée leur colère pour la prise de Bukavu par des rebelles congolais. Beaucoup de congolais sont convaincus que le Rwanda est impliqué dans la chute de Bukavu. Le président rwandais Kagame le nie, le gouvernement belge le croit.
Mais les congolais en colère continuent a bombarder le monde avec des témoignages prouvant le contraire. De Standaard a parlé avec certains d'entre eux.
Quand Bukavu, à l'Est du Congo, fut pris mercredi par deux milices, les ONG congolaises ont diffusé des messages sur l'implication des troupes rwandaises.
Les dirigeants des milices, Laurent Nkunda et Jules Mutebusi, sont deux anciens officiers du RCD, le mouvement rebelle qui a combattu avec l'aide rwandaise le régime de Kinshasa entre 1998 et 2002. Ils firent temporairement partie de la nouvelle armée congolaise unifiée. Aucun observateur sérieux n'a des doutes sur des contacts entre les deux milices et le régime de Kigali. La question qui intéresse maintenant la force de paix de la MONUC et la communauté internationale est de savoir si des troupes rwandaises ont participé à la marche des milices vers Bukavu.
L'armée rwandaise a dû se retirer du Congo l'année passée, dans le cadre de l'accord de paix.
Le ministre rwandais de la défense, Marcel Gatsinzi, assurait encore le vendredi qu'il n'y avait pas de troupes rwandaises au Congo. Le premier ministre belge Guy Verhofstadt et le Ministre des Affaires Etrangères Louis Michel ont téléphoné au président rwandais Paul Kagame. Il confirmait qu'il n'y avait pas de troupes rwandaises au Congo. De Standaard a téléphoné vendredi à des témoins congolais et rwandais qui affirment le contraire.
Une source de la société civile rwandaise: Le lundi 24 mai, deux jours avant le début des combats à Bukavu, j'ai téléphoné un ami membre de l'APR (armée rwandaise). Ce dernier m'a dit qu'ils avaient traversé la frontière et qu'ils étaient en route vers Bukavu. Il a ajouté qu'il s'agissait d'une mission de reconnaissance de trente personnes. Ensuite j'ai eu un contact avec un ami qui travaille au HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) à Cyangugu et qui a suivi les mouvements. Il m'a raconté comment la MONUC ne controlait pas la frontière comme ils le prétendaient. Il a vu les troupes rwandaises se mélanger à des réfugiés qui rentraient à Bukavu pour aller chercher leurs familles et leurs biens.
Une source de la socité civile à Bukavu: J'ai vu arriver les troupes rwandaises dans la ville le mardi soir autour de 8h au quartier que nous appelons Cimetière, en provenance de Cyangugu. A 10h du matin, ils passaient devant ma maison avec des véhicules rwandais sans plaque d'immatriculation. Les Banyamulenge n'ont pas de tels véhicules. Le lundi, les troupes rwandaises s'étaient arrêtées à la plantation des bananes de Momosho . Une colonne est venu de l'autre coté du Lac Kivu avec des bateaux et ils sont passés par Katana. Les militaires rwandais n'ont pas l'uniforme mic-mac des rebelles congolais; ils ont tous le même uniforme mais sans insignes visibles pour qu'on puisse les confondre avec les Banyamulenge. Mais leurs traits sont différents de ceux des Banyamulenge, nous le voyons bien.
Un homme à Bukavu: Ce sont les Rwandais. Ils ont le même matériel, les mêmes vêtements, le même équipement et la même stratégie qu'en 1996 et 1998 quand ils sont entrés ici. On le voit leurs véhicules Lancer ce ne sont pas des véhicules du RCD qui ont des plaques d'immatriculation blanches et vertes; leur façon de faire est différente des coutumes d'ici, différente des Banyamulenge que nous connaissons bien. Ils parlent le Kinyarwanda, ils ne connaissent pas le chemin en ville et ils ont besoin de guides.
Une femme à Bukavu: Quand Bukavu est tombé le mercredi, nous avons entendu les mêmes cris de victoire qu'en 1998 quand les Rwandais sont entrés. C'était des cris dans la langue des Rwandais.
Un homme à Kalehe: Le 27 mai, j'ai eu un coup de téléphone des religieux: «le 26 mai à 9h du soir, des véhicules avec des troupes ont traversé la frontière de Gisenyi. Le 28 mai, jétais à coté de la route et j'ai vu des véhicules avec des gens qui me demandaient où se trouvait la FOMULAC. Ils m'ont dit qu'ils venaient de Cyangugu et qu'ils étaient en route vers l'aéroport de Bukavu. Le 29 mai j'ai vu des camions de marque japonaise avec des Tutsi rwandais. Le premier juin, j'ai vu des camions pleins de militaires rwandais».
Une femme à Bukavu raconte comment des militaires rwandais sont entrés le jeudi et le vendredi matin dans sa parcelle et qu'ils ont volé un moteur. Elle dit Nous les reconnaissons à leur uniforme. Ils ont des nouvelles tenues avec des insignes différents de ceux des rebelles. Et ils parlent le Kinyarwanda. Certains parlent le Swahili, ils l'ont appris après les deux invasions précédentes, mais on l'entend à leur intonation qu'il ne s'agit pas de Banyamulenge. La femme a vu comment les Rwandais vers 13h hier vendredi sont montés dans leurs camions et sont partis vers l'intérieur, avec des armes et des provisions et accompagnés par les Nations-Unies.
Un étranger à Bukavu dit que des Rwandais sont entrés au Congo. Les Banyamulenge sont allés au Rwanda, et des militaires rwandais ont pris leur place.