Fight and talk , la tradition des négociations du style rwandais est à l'ordre du jour


RODHECIC
INFO DH Nº 15/RDC/RODHECIC/2002
Kinshasa, RD Congo
20.03.02

Le Réseau d'organisations des Droits Humains et d'Education Civique d'Inspiration Chrétienne (RODHECIC) dénonce la recrudescence de la violence sur la population civile du Sud-Kivu par l'APR et ses alliés du RCD dans la tradition désormais célèbre du  fight and talk rwandais.

Au moment où le Dialogue Inter-congolais prend la vitesse de croisière, la situation au Sud-Kivu pendant ce temps s'enlise. L'on remarque un mouvement des troupes inquiétant entre le Rwanda et la région de Bukavu. Les témoins rapportent avoir dénombré déjà 19 camions avec remorque qui ont passé la frontière entre Cyangungu et Bukavu transportant des troupes de l'APR en plein jour. Nos sources affirment que ces mouvements des troupes de l'Armée Patriotique Rwandaise visent le renforcement de ses positions à l'Est de la RDC, et estiment ce déploiement à plus ou moins 8.000 hommes couvrant les territoires ci-après : Fizi, Mwenga, Banyakiri, Shabunda, Masisi, Walikale, Kalima , et Walungu. Depuis le 08 mars 2002 des offensives généralisées sont lancées dans ces territoires. L'on dénombre une dizaine de fronts actifs. Ces affrontements sont suivis des graves violations des droits humains : villages brûlés à Kaniola le 05 février, à Walungu et à Burhale le 11 février, à Kabare-Cirunga le 2 mars...L'on déplore aussi le massacre de 320 personnes dans le territoire de KAILO sur l'axe Kindu - Kisangani ; l'exécution de 2 élèves, fusillés, et le massacre de 12 villageois, brûlés vifs à KITUTU ; la décapitation de 7 creuseurs dans les mines d'or de LUGUSHWA, au cours de la période qui va du 08 au 18 mars 2002.

Au-delà de la mort par balles ou à la machette, il y a la famine et les maladies qui vont bientôt exterminer les populations dans cette partie de la RDC. Déjà à Bukavu le choléra refait surface et ses victimes se comptent par dizaine par semaine. Dans les campagnes il n'est plus possible de se rendre au champ. L'insécurité bat son plein.

Il est reporté aussi une augmentation des cas de viols des femmes de tout âge. Cette pratique est une nouvelle arme que l'APR/RCD utilise pour briser le moral de la population. Ca particularité tient au fait qu'il s'agit, depuis l'annonce du dialogue, du viol public. Des cas ont été signalés à Shabunda, Walungu ( Njowe, Kaniola, Lurhala, Burhale ), Kabare, Katana (Kabushwa, Mumbiri, Lukaya, Mubingu ). Les organisations membres du RODHECIC ont déjà dénombré 2.000 femmes et filles violées et mutilées dans leur intimité. Dans l'axe Irhambi-Katana, depuis le 06 mars 2002, les cas de viols sont signalés chaque jour. Le 17/03/2002, à Ciragalwa, Igoke en face de la commune de Kadutu, des militaires du RCD y ont pillé et surtout violé des femmes. Cette pratique est également le facteur de la propagation du SIDA hormis l'humiliation qu'elle fait subir à la victime.

Le RODHECIC rappelle qu'aucun dialogue n'est possible dans le contexte de terreur. Il demande encore une fois à la communauté internationale d'exiger le départ immédiat et sans conditions des troupes rwandaises et ougandaises du territoire congolais. La présence de l'APR et de l'armée ougandaise est cause d'atteintes graves aux droits humains, et ne peut ni favoriser un dialogue entre congolais ni promouvoir la réconciliation nationale.