RESEAU EUROPEEN CONGO (REC)
CONCERTATION CHRETIENNE POUR L’AFRIQUE CENTRALE / GREAT LAKES ADVOCACY NETWORK (CCAC/GLAN)

NOVEMBRE 2002

Enquête sur le retrait des forces étrangères en RDC

et le rôle de la MONUC

Les ONG d’Europe appellent les Etats occidentaux à ne pas rester au balcon!

Du 15 au 24 octobre 2002, les deux réseaux européens d’ONG de développement actives en Afrique centrale, à savoir le REC (Réseau Européen Congo) et la CCAC/GLAN (Concertation chrétienne pour l’Afrique centrale/Great Lakes Advocacy Network) ont mené une enquête auprès des partenaires du réseau en République démocratique du Congo (RDC), principalement à l’est du pays. Voici les principaux résultats de cette enquête, suivis des recommandations des deux réseaux concernant la MONUC.



1. Qu’en est-il du retrait des troupes étrangères de RDC?

-Troupes zimbabwéennes

A part des gardiens en uniformes zimbabwéens devant les installations de Sengamines au Kasaï Oriental, il n’y a plus de militaires zimbabwéens ni en Equateur, ni au Kasaï (Kabinda, Mbuji Mayi, Kananga, zones de front) où ils étaient présents en grand nombre. A l’aéroport de Mbuji Mayi, il n’y a plus d’engins militaires zimbabwéens.

Au Katanga par contre, après la cérémonie à Lubumbashi le 4/10 à l’occasion du départ d’un premier contingent, on n’a plus entendu parler d’un autre départ. On voit encore des militaires zimbabwéens en uniforme dans les rues de Lubumbashi. D’autres seraient en civil. Le Zimbabwe a déclaré que les derniers soldats seraient partis d’ici la fin 2002.

- Troupes angolaises

Une grande cérémonie a été organisée à Ango Ango / Matadi à l’occasion du retrait des derniers soldats angolais fin octobre. Des sources locales confirment qu’il n’y a plus de militaires angolais au Bas-Congo. Des rumeurs parvenues après l’enquête ont fait état le 31/10 d’une mutinerie au camp de Kibomango (35 km de Kinshasa) et réprimée par les soldats angolais. Le gouvernement congolais a formellement démenti.

- Troupes burundaises

D’après le président Buyoya le 18/10, toutes ont été retirées; mais se référant aux activités des rebelles FDD, il a en même temps averti: “Nous prendrons des mesures appropriées pour rétablir la sécurité” {au cas où le Burundi estimerait que celle-ci est menacée}. Certaines sources ont parlé de militaires burundais appuyant avec des militaires rwandais la reprise d’Uvira et le bombardement de Makobola plus au sud.

- Troupes ougandaises

Elles ont été évacuées, à l’exception de Bunia et le flanc du mont Rwenzori côté congolais. Deux bataillons sont restés à Lume et Mutwanga sur l’axe Beni-Kasindi; un bataillon est à Kamango près de Watalinga; et deux autres bataillons ont été déployés vers le 20/10 à Rwabisengo, du côté ougandais de la frontière (Toro et Fort-Portal). Le 25/10, de “nombreux militaires” ougandais ont traversé la frontière de la rivière Semliki à Rwabisengo avec du matériel lourd, mais également à Aru, Mahagi et Kasindi.

Par ailleurs, l’insécurité et les affrontements ethniques attisés par différents généraux ougandais en Ituri continuent d’entraîner des conséquences humanitaires effroyables (au moins 50.000 morts déjà et 500.000 déplacés).

- Troupes rwandaises

Le 5 octobre, le gros des troupes rwandaises est effectivement partie des zones qu’elles occupaient avec le RCD et au Kivu et au Maniema. Mais les estimations locales des troupes APR, y compris les contingents hutus sortis des prisons au Rwanda, parlaient d’au moins 30 à 40.000 hommes – alors qu’officiellement, environ 23.000 militaires seulement sont rentrés au Rwanda.

A Kisangani, Kindu, Goma, Bukavu notamment, les populations voient toujours, en nombre réduit, des civils et des militaires dont il est parfois difficile d’établir s’ils sont effectivement Tutsi congolais de longue date ou des Rwandais. Plusieurs sources indiquent aussi qu’un certain nombre de soldats rwandais rentreraient en tenue civile dans les rangs de réfugiés dits congolais d’expression kinyarwanda qui se trouvaient dans les camps de Kibuye et Byumba au Rwanda et qui sont rapatriés de force par le Rwanda.
Il y aurait toujours des militaires rwandais à l’intérieur de la province du Nord-Kivu, notamment à Kirolirwe, Burungu et Kitshanga en territoire de Masisi et de Rutshuru (collectivités des Bashali et Bwito). A Goma, des militaires APR gardent toujours l’aéroport et les installations de la RNTC. Les territoires de Rutshuru, Nyiragongo et une partie du Masisi, ainsi que la ville de Goma sont contrôlés par les troupes du RCD.

Au Sud-Kivu, après la prise d’Uvira par les Mai Mai (en fait trois groupes distincts: Mai Mai sous le commandant Madowadowa, Banyamulenge dirigés par le commandant Masunzu et d’autres sous le commandant Aron), plusieurs centaines ou même milliers de militaires rwandais sont entrés entre le 14 et le 16/10/02 à Bukavu via Ruzizi I et II au moyen de quarante camions Mercedes (les mêmes qui avaient ramené les APR au Rwanda), via le lac à Amsar, tandis que d’autres sont entrés via Kamanyola afin de stopper l’avancée des Mai Mai et reprendre la ville (que les Mai Mai avaient déjà évacuée). Le Rwanda avait déjà menacé d’intervenir parce que Uvira aurait été prise par une coalition d’Interahamwe, FDD et Mai Mai, ce qui a été infirmé par l’agence de presse AFP.

Après la reprise d’Uvira par le RCD-APR, des militaires rwandais ont continué à pénétrer dans le Sud-Kivu via Kamanyola dans la plaine de la Ruzizi, pour se diriger vers Uvira, et au-delà jusqu’à Makobola. Par ailleurs, dans la semaine du 20/10, un grand nombre de soldats APR sont encore entrés par Bukavu et Kavumu pour se diriger vers Kalehe où ils se battent contre les Mai Mai. Des sources locales estiment ainsi à 5000 le nombre de militaires APR rentrés au Sud-Kivu depuis leur “départ” début octobre.
En outre, depuis le 24-25/10/02, entre 1000 et 2000 militaires rwandais lourdement armés auraient investi à partir du Rwanda la localité de Kihumba, en collectivité Rubenga, au nord de l’île Idjwi, territoire congolais au milieu du lac Kivu.
Ils s’apprêteraient à entrer de nouveau à l’intérieur de la RDC. Ils ont également pris position à Kalehe sur le lac Kivu, à 80 km au nord de Bukavu.

Les frontières restent donc ouvertes à des traversées de jour comme de nuit. Ainsi à Bukavu, des militaires APR venant du Rwanda traversent chaque jour la frontière pour organiser des ‘patrouilles nocturnes’. Mais bien que la présence des troupes rwandaises soit moins visible, des véhicules militaires rwandais continuent de sillonner la ville. Les militaires rwandais s’introduisent dans les marchés, les bistrots, les magasins... Des militaires rwandais entrent au Kivu également en civil.

Plusieurs cadres du RCD ont des gardes militaires rwandais (notamment une quinzaine à l’avenue Saio n° 25 au centre Bukavu, au moins dix dans une maison avenue Mahenge) qui passent la nuit à Bukavu, et la journée à Cyangugu. Douze officiers en civils sont logés au guest house de la Banque centrale sur l’avenue Fizi à Ibanda.

D’autre part, plusieurs partenaires font état de groupes considérables de militaires hutu de l’APR, qui se présentent comme des Banyabwisha (Hutu de Rutshuru au Nord-Kivu) et qui opèrent soit avec le RCD, soit avec des groupes ‘Interahamwe’ pour générer l’insécurité.

Aussi, des témoins contactés au Kivu craignent que le retrait ne soit ni total ni définitif, et rappellent à cet égard le discours du chef d’état major de l’APR, James Kaberebe, au collège Alfajiri de Bukavu lors de la cérémonie marquant le départ des troupes rwandaises (discours uniquement en kinyarwanda que la plupart des Congolais ne comprennent pas). Il avait alors indiqué que ses troupes partaient à contre-coeur et il avait menacé d’un retour en RDC si le Rwanda jugeait sa sécurité menacée.
Au Maniema, le départ des troupes rwandaises et celui de certaines troupes RCD envoyées en renfort au Sud-Kivu notamment a encore accru l’insécurité à l’intérieur de la province. Les Mai Mai ont repris des positions abandonnées par le RCD et l’APR. A Kindu, des gens ont été arrêtés parce que soupçonnés d’avoir collaboré avec les Mai Mai. Une certaine terreur a régné après l’arrivée du commandant Tango Four (accusé d’être impliqué dans le massacre de Kisangani en mai 2002) pour le compte du RCD. La ville de Kindu est entourée de Mai Mai qui se rendraient responsables de tracasseries et d’extorsions. Cette insécurité généralisée empêche les gens d’aller cultiver les champs, d’où pénurie alimentaire voire famine rampante.
A Kisangani, les habitants sont convaincus que la ville reste sous contrôle rwandais à travers le RCD qui compte des Tutsi non congolais dans ses rangs. Alors que la situation sécuritaire dans la ville s’est améliorée quelque peu ces derniers mois, l’intérieur de la province vit dans l’insécurité totale, avec déplacements de populations à Yahuma et Opala, mais également dans la partie orientale disputée à la fois par le RCD-ML, le RCD-N et le MLC.

Dans le nord du Kasaï, zone RCD, on signale encore la présence d’un certain nombre de militaires rwandais de l’APR, du moins dans le territoire de Lubao dans le Kasaï Oriental.

Dans le nord du Katanga, une élite rwandaise resterait sur place, notamment à Manono, Kabalo, Nyunzu et Kongolo. La situation est différente à Moba et Kalemie où au départ il y avait une communauté banyamulenge (Vyura). Dans ces deux localités, beaucoup de militaires rwandais sont devenus du jour au lendemain ‘Banyamulenge’ et ils encadrent ostensiblement le RCD. Comme partout, leur nombre est difficile à établir.

2. Quelles sont les conséquences du retrait sur le terrain?

A cause du départ des troupes rwandaises, les troupes RCD se sont repliées sur les grandes villes comme Goma, Bukavu et Kindu. Les Mai Mai en ont profité pour occuper une grande partie des positions abandonnées par le RCD (côté lac Tanganyka, Fizi, Shabunda, Bunyakiri, Lugushwa, jusque Civanga (près de l’aéroport de Kavumu), Walungu, Walikale, Masisi...

Le départ de l’APR et la prise d’Uvira ont provoqué au sein du RCD une lutte aiguë de positionnements, et la perspective probable d’un remaniement du RCD par Kigali (au détriment de Onusumba, Mudumbi, Ruberwa…). Les contradictions au sein du RCD et leur manque de souci de l’intérêt général ont encore davantage érodé leur image et leur crédibilité au sein des populations: “Sans le Rwanda, le RCD ne représente rien”, disent-elles.

Voyons maintenant quelques détails par région.:

- Nord-Kivu

Depuis le début du retrait des troupes ougandaises, la présence d’éleveurs ougandais Himas dans la parc national de la Virunga s’est renforcée; ils viennent avec leurs troupeaux. Ils sont estimés à plus de trois mille. Avant que les Ougandais ne se retirent, le RCD/ML avait déjà entamé des pourparlers et négociations avec les Mai Mai pour une cohabitation pacifique. Les Mai Mai collaborent tant bien que mal avec l'armée RCD/ML. Des troupes de Hutu rwandais sont signalés à Kasugho.

Les Mai Mai ont investi une grande partie des territoires ‘libérés’, notamment Walikale et le Masisi (à l’exception de la localité de Kahongole où les militaires rwandais seraient encore un millier). Ils y “organisent” l’administration, mais ils rançonnent la population pour assurer leur survie. Dans certains cas, les populations désertent leurs villages à cause de l’activisme et l’insécurité causés par les Mai Mai. Il y a un mouvement de déplacement vers les villes. Les agences humanitaires n’arrivent pas dans les zones contrôlées par les Mai Mai, et ailleurs l’insécurité a réduit leurs activités.

Des réfugiés venant de l’Ituri arrivent chaque jour à Eringeti, tandis qu’à Butembo, il y a 40.000 déplacés récents sans assistance humanitaire, à part celle de l’Eglise catholique, insuffisante pour couvrir tous les besoins. Ces réfugiés commencent à peser lourd sur la situation sécuritaire et surtout humanitaire, notamment pour les familles qui les ont accueillis. Faute d'aides organisées, les autorités politiques du RCD-ML (Mbusa Nyamwisi) semblent vouloir récupérer politiquement ces réfugiés en posant des petites actions isolées et dispersées.

Il y a lieu de craindre une situation d'insécurité généralisée (provoquée par le RCD-ML, mais aussi occasionnellement par des Mai Mai et Hutu rwandais) et de crise humanitaire catastrophique (épuisement des réserves alimentaires dans les familles hôtes, maladies de carence, prolifération du banditisme et du VIH/SIDA, . .). De graves violations des droits de l'homme ont été signalées sur l'axe Komanda-Beni-Butembo. Elles ont été commises surtout par les milices Hema à Komanda et Lendu à Eringeti. Quelques Maï-Maï et soldats du RCD/ML ont violé des femmes en fuite sur la route Oïcha en territoire de Beni. Des cas de pillage ont été signalés sur le même axe Eringeti-Oïcha-Beni.
D’autre part, les troupes de Roger Lumbala (appuyé par celles de Bemba) avancent à partir d’Isiro en direction de Beni; elles viennent de prendre Mambasa où elles auraient pillé pendant quatre jours, d’où de nouveaux déplacements de populations.

- Sud-Kivu

L’insécurité est généralisée. A trois reprises pendant la première quinzaine d’octobre, la commune de Bagira (périphérie Bukavu) a été attaquée par des ‘Interahamwe’ qui ont fait des razzias avec mort d’hommes et déportation vers la forêt de jeunes gens et jeunes filles. La population pense que ces attaques sont organisées par le RCD et le Rwanda pour amener le prétexte d’un retour au Kivu des militaires rwandais.
Depuis la reprise d’Uvira le 19/10 par le RCD et APR (sans combats parce que les Mai Mai avaient quitté la ville de nuit), une grande insécurité règne. Elle est l’oeuvre de tous ceux qui possèdent des armes: militaires RCD et APR, groupes armés FDD, Banyamulenge et Interahamwe. Plus de 200 personnes avaient déjà été arrêtées le 22/10 pour raison de complicité avec les Mai Mai. Plusieurs soldats RCD d’origine congolaise ont fait défection pour rejoindre les Mai Mai sur les moyens et hauts plateaux d’Uvira. Beaucoup de jeunes entre 15 et 40 ans sont également partis dans cette direction. Ceux qui sont restés à Uvira sont presque tous pourchassés et incarcérés. Des pillages de magasins ont été opérés sous l’oeil des soldats rwandais.

La marine burundaise et des chars de combat et blindés APR dont certains avaient été gardés dans la plaine de la Ruzizi, ont bombardé Makobola à 15 km au sud d’Uvira où se trouvaient beaucoup de réfugiés récents.
A Uvira (Madowadowa e.a.), et à Shabunda (Padiri), les Mai Mai se sont révélés disciplinés. Ils assurent la sécurité et organisent l’administration. Les chefs ont appelé à la discipline, l’ordre, la réconciliation (Padiri a même accordé l’amnistie aux agents RCD), et contre toute incitation à la haine ethnique.

A Kamituga (au sud-ouest de Bukavu), des affrontements durant la deuxième semaine d’octobre ont opposé le RCD et des Mai Mai ainsi que des milices rwandaises arrivés au même moment sans lien avec eux. Les groupes armés hutu avec femmes et enfants ont même demandé pardon à la population pour leurs méfaits. 6000 Hutus armés sont concentrés à Kasika et Mwenga, dans l’attente d’informations sur la DDRRR. Dans le territoire de Walungu et de Kabare, il y a des affrontements entre Interahamwe et Mai Mai membres du groupe Mudundu 40 proche de l’APR.
En conséquence, la situation humanitaire reste très préoccupante. Dans des zones étendues (Shabunda, Minembwe, Walungu, Kabare, Burhinyi, Kindu, Kalima, Uvira, Lubao, …), les populations paysannes n’ont pas eu accès aux champs depuis des mois, et des saisons agricoles ont été ratées donnant lieu à une grave pénurie alimentaire. Le grand nombre de populations déplacées complique encore davantage une situation alimentaire déjà bien précaire.

- Katanga

Au Nord-Katanga, les Maï Maï restent toujours actifs dans les zones de Mulongo, Malemba, Butumba et Kabongo. Toujours actifs mais aussi toujours nocifs dans les zones sous contrôle du gouvernement. La situation sécuritaire ne s'est pas vraiment améliorée et les tracasseries sont légion à l'intérieur de la province.

La situation humanitaire reste catastrophique. Dans le Nord de la province, le choléra décime les populations. Certains coins de la zone de Kabongo, rive gauche de la Lomami, restent hors d’atteinte des agences humanitaires. Les populations déplacées n'ont ni outils de travail ni semences pour se remettre au travail. La prévalence de la malnutrition globale pour les enfants de zéro à cinq ans est de 44% à Ankoro, 38% à Kasenga et Kilwa, 42% à Kisenge (Lwalaba). De nombreux déplacés résident dans des hangars . Il est vrai qu'il y a des avancées sur le plan politique avec des départs même non achevés des troupes étrangères mais le gros du travail reste à faire. En zone gouvernementale, les violations des droits de l'homme sont le fait soit des forces de l'ordre, soit des Mai Mai.

- Kasaï

Dans le nord du Kasai sous contrôle RCD, la situation sécuritaire et humanitaire y est déplorable et semble s’être dégradée encore davantage sur le plan sécuritaire. Les tracassaries de la part des militaires RCD y sont bien plus graves que du côté gouvernemental, où elles ont toutefois augmenté également. Le départ des troupes zimbabwéennes semble avoir accru les tracasseries ou même des violences par les FAC (armée gouvernementale).

3. Retrait des troupes: synthèse
a. La toute grande partie des troupes étrangères a été effectivement rapatriée dans leurs pays respectifs.

b. Toutefois, tant les Zimbabwéens que les Ougandais et surtout les Rwandais ont encore des troupes en RDC, parfois ouvertement, parfois de façon plus camouflée. Cela ne rassure pas les populations, qui en outre sont préoccupées par l’insécurité grandissante.

c. Avec des degrés très variés selon les zones, cette insécurité (extorsions sous menace, vols à main armée, viols, brutalités et tortures, pillage et incendies d’habitations, assassinats…) est le fait de toutes les forces en présence:

- les troupes RCD, RCD-ML et RCD-N, toujours impayées;

d. La situation humanitaire reste très préoccupante dans toutes les zones où règne l’insécurité. L’aide humanitaire reste largement insuffisante, et est inexistante dans de nombreuses zones.

e. Malgré l’insécurité provoquée par le départ des troupes étrangères, les populations ne souhaitent pas que les troupes étrangères restent présentes ou reviennent vu que de toute façon elles ne les protégeaient pas. Pour elles, la solution doit venir de Kinshasa et d’un accord global congolais interne, ainsi que de la MONUC.

4. Le rôle de la MONUC

- Les effectifs

En août 2002, les effectifs de la MONUC en RDC représentaient un total de 4180 hommes, dont 3595 militaires, 482 observateurs militaires et 180 staff, provenant de 45 pays différents. Les gros contingents sont fournis par l’Uruguay (1530), le Maroc (656), le Sénégal (477), le Ghana (421), la Tunisie (280) et la Bolivie (202).

La contribution en hommes des pays occidentaux est minime: 5 civils pour la Belgique, 8 pour le Canada, 2 pour le Danemark, 6 militaires et 31 civils pour la France (mais autonomes du ministère des Affaires étrangères et donc indépendants), 2 pour l’Italie, 2 militaires pour l’Irlande, 3 pour la Norvège (+ 2 civils), 2 militaires pour la Suède, 5 civils pour le Royaume-Uni, 1 pour l’Espagne, et un pour la Suisse. L’Allemagne et les Etats-Unis n’ont aucun représentant au sein de la MONUC. La phase III en cours devrait permettre de passer juqu’à 8700 hommes, mais dont le déploiement risque de prendre encore des mois. L’Afrique du Sud a promis de fournir 1500 hommes supplémentaires. A titre de comparaison: l’OTAN a déployé 40.000 troupes au seul Kosovo (plus que l’ONU dans toute l’Afrique).

Il faut toutefois ajouter que la France et le Royaume-Uni apportent un soutien logistique au contingent sénégalais de la MONUC, et que la Belgique étudie la possibilité d’envoyer des instructeurs auprès des FAC à Kinshasa dans le cadre de la nouvelle armée en devenir.

- Déploiement des effectifs

La MONUC est déployée à Goma, Mbandaka, Kisangani, Kananga et Kindu, d’où elle opère des déploiements limités dans quelques dizaines d’autres endroits.

Voici ce que l’enquête nous rapporte:

- Appréciation par les populations

  1. Les effectifs de la MONUC sont en nombre totalement insuffisant. Toutefois, ceux de Butembo estiment que pour les territoires de Beni-Lubero (vaste de 17.898 km2), 151 à 200 éléments suffiraient déjà pour couvrir Kasindi (la porte d’entrée sur l’Ouganda), Kanyabayonga au sud qui ouvre sur la zone RCD/Goma, et les villes de Beni et Butembo.

  2. Il y a avis unanime et massif que la MONUC avec son mandat et ses effectifs actuels sur le terrain ne sert qu’à “compter les morts” et “regarder les Congolais s’entretuer”, ce qui concorde avec leur mandat original et principal d’”observation” du cessez-le-feu, d’où aussi les quartiers généraux à Mbandaka et Kananga par exemple. Les personnes interrogées sont unanimement en faveur d’une transformation de la MONUC en force de paix et d’interposition. Certains vont jusqu’à souhaiter que la RDC soit placée sous tutelle des Nations unies, jusqu’après les élections. Toutefois, en l’état actuel du processus de paix, il y a lieu de se demander s’il ne faut pas davantage concentrer ces effectifs dans les zones rebelles et le long des frontières orientales.

  3. Même avec leur mandat actuel, ils devraient “protéger les populations civiles en danger imminent”, ce qui n’est pas le cas actuellement. Leur simple présence a toutefois un effet dissuasif. Cette passivité semble inspirée par un certain esprit bureaucratique, peu apte à la prise de responsabilités. En beaucoup d’endroits, leurs effectifs sont très insuffisants.

  4. Un grand handicap est aussi l’absence de la connaissance du français et des langues locales par la plupart des effectifs de la MONUC, y compris chez des civils qui sont davantage en contact avec la population.

  5. D’autre part, leur style de vie, dû à leurs revenus élevés, choque une certaine population congolaise qui vit dans la misère. “Eux ne manquent de rien, ils vivent dans l'opulence, leurs engins détruisent les routes; certains ne s'adonnent qu'au sport et aux loisirs, à la boisson, aux filles, etc.” Cela ne serait que secondaire si les dépenses colossales d'une telle mission produisaient des résultats tangibles en termes de paix, de sécurité et de perspectives d’avenir ou même de retombées économiques, mais ce n’est pas le cas.

- La DDRRR (Démilitarisation-Démobilisation-Rapatriement-Réintégration-Réinsertion)

Le volet DDRRR pour la démobilisation des ‘forces négatives’, qui constitue une des principales tâches de la MONUC dans la présente phase III, n’est guère avancée. Il y a eu progrès – toujours sous forte pression internationale - pour les 1700 ou 2000 hommes des FDLR à Kamina sous contrôle gouvernemental. Mais là où les populations sont les premières victimes des milices, peu a été réalisé jusqu’à présent.

Même si la MONUC a clairement indiqué que la démilitarisation se fera sur base volontaire uniquement, et même si actuellement elle ne dispose pas d’effectifs suffisants pour couvrir la zone principalement concernée au Kivu et Maniema, elle n’a guère réussi à localiser les groupes concernés, à entrer en contact avec eux, et à préparer des camps de rassemblement.

D’autre part, rien ne dit que le Rwanda sera prêt, politiquement et techniquement, à accueillir ces ex-combattants et réfugiés, et les autres pays africains ne montrent guère d’empressement pour accueillir des Hutus démobilisés et leurs familles qui refuseraient de rentrer au Rwanda.

Enfin, peu d’informations filtrent sur le sort des milliers de Congolais en armes qui devraient eux aussi être démobilisés pour réintégrer la vie civile, généralement dans un milieu paupérisé à l’extrême.

5. Recommandations

Suite à l’enquête réalisée, voici les recommandations préconisées par les deux réseaux:

  1. Des pressions maximales devraient être exercées par le Conseil de Sécurité et les Etats membres des NU sur toutes les parties congolaises concernées afin qu’un accord politique inclusif puisse mener à très bref délai un gouvernement de transition. Cela devrait permettre petit à petit la restauration d’une autorité d’Etat acceptée par les populations, y compris à l’est du pays.

  2. Des pressions maximales devraient également être exercées pour que toutes les troupes étrangères soient effectivement retirées de la RDC et n’y retournent pas, et que les ex-belligérants cessent tout soutien à des milices ou armées qui leur sont inféodées. Ces pressions doivent, si nécessaire, inclure des sanctions ciblées sur les leaders et la réduction voire le gel des aides budgétaires non spécifiées par les Etats membres des NU et par le FMI et la Banque mondiale.

  3. Le mandat de la MONUC devrait être revu par le Conseil de Sécurité dans un sens beaucoup plus coercitif et devrait inclure, outre l’observation du cessez-le-feu et la protection du personnel et des biens des NU:

- la vérification de l’effectivité du retrait total de toutes les troupes étrangères, et l’application de sanctions par le Conseil de Sécurité à l’égard des pays qui n’observent pas cet engagement; à cette fin, un nombre suffisant d’observateurs militaires de la MONUC devraient être stationnés le long des frontières à l’est, et des missions de vérification devraient être entreprises à l’intérieur des territoires;

- l’observation et le rapport des violations des droits de l’homme, et la protection effective des populations civiles menacées; à cet effet, il faudrait des instructions précises du Conseil de Sécurité ainsi que les moyens nécessaires; en cas de risque de chaos dans une région suite à la désintégration d’un des mouvements rebelles, la MONUC devrait temporairement assurer la supervision de l’autorité et entamer des négociations entre belligérants locaux; dans le même ordre d’idées, la MONUC pourrait si nécessaire prendre des initiatives pour rapprocher les différentes factions rebelles des Mai Mai, ou différents mouvements rebelles tels que le MLC / RCD-N et le RCD-ML en Province Orientale;

-la négociation, au nom du Conseil de Sécurité et de concert avec l’Afrique du Sud, de la démobilisation volontaire des milices et des rebelles à l’Est, et donc la mise en oeuvre rapide du programme prévu de Démilitarisation-Démobilisation-Rapatriement-Réintégration-Réinsertion (DDRRR); cela suppose non seulement des financements, mais également dès à présent un esprit d’initiative poussé pour intensifier les contacts avec les groupes armés hutu rwandais e.a. pour négocier avec eux leur rapatriement ou leur installation dans un autre pays; les équipes de la MONUC déployées sur le terrain devraient systématiquement prendre contact avec les principaux représentants de la société civile locale afin d’échanger des informations et d’élaborer des stratégies locales en matière de DDRRR.

- cette extension du mandat suppose également une extension des moyens, y compris des effectifs; en outre, ces effectifs devraient être davantage déployés à l’est du pays où les violations des droits de l’homme sont monnaie courante; ces effectifs devraient être davantage décentralisés et répartis en grand nombre dans les zones de tension (p.ex. Uvira, Bukavu, Goma, Beni, Butembo, Bunia, Isiro…) Ces équipes devraient avoir des connaissances minimales en français et/ou en langues locales

  1. Face au manque de pays candidats pour accroître les effectifs de la MONUC, les Etats occidentaux devraient octroyer des moyens financiers, logistiques et humains à la MONUC à la hauteur de ce qu’ils fournissent dans le cadre d’autres conflits dans le monde. De tels contingents, même de quelques dizaines ou centaines d’hommes, donneraient un poids bien plus grand à la MONUC et engageraient davantage les Etats occidentaux.

  2. Suite au rapport du Panel d’Experts des Nations Unies sur l’exploitation des ressources naturelles de RDC, les Etats occidentaux devraient d’une part prendre toutes les mesures utiles visant à poursuivre les acteurs économiques impliqués dans le pillage, l’exploitation et le commerce illicites et d’autre part contrôler les pratiques commerciales et industrielles des entreprises occidentales en vue de favoriser un commerce et une exploitation éthiquement corrects des ressources naturelles de la RDC.


Bruxelles, le 4 novembre 2002



Infos:

REC: Jules DEVOS, rue de la Linière 11, B-1060 Bruxelles, tel: +32-2-536.11.38, fax: +32-2-536.19.06, e-mail: rec@11.be / CCAC/GLAN: François JANNE d'OTHEE, rue des Tanneurs 165, B-1000 Bruxelles, tel: +32-2-505.34.00, fax: +32-2-502.21.42, e-mail: fjdo@ccac-network.org



ONG membres de l’un ou l’autre réseau, ou des deux réseaux:

Allemagne: EED, Misereor, Bröt fur die Welt, Deutsche Caritasverband *,

Belgique: ACT, Atol, Broederlijk Delen, CDI-Bwamanda, Cire, CNCD, Commission Justice et Paix/F, Entraide et Fraternité, Foncaba/Kba, KVNZB/11.11.11. , Memisa, Solidarité Mondiale / Wereldsolidariteit, Solidarité Protestante, Solidarité Socialiste/FCD, SOS-Faim, Vredeseilanden

Danemark: DanChurchAid

Espagne: Comités de Solidaridad con el Africa Negra*

France: COSI, Frères des Hommes/France, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement/CCFD, GRET, Fonds de Solidarité contre la Faim dans le Monde (international), Réseau France-Congo*, Cimade, Secours catholique/Caritas-France

Royaume-Uni: Christian Aid, Oxfam-UK, Save the Children Fund.

Italie: COOPI, Congosol/Palermo*, Incontro Fra I Populi, Pace per il Congo/Parma*

Luxembourg : SOS-Faim/Luxembourg*

Pays-Bas: Cordaid, ICCO, Kerken in Aktie, NOVIB

Suède: Diakonia /Swedish Congo Network

Suisse: Fastenopfer, Solidarité Kyamukoko*

* membres associés