Letre ouverte à Romano Prodi par un missionaire italien du Kivu
Romano Prodi,
chef du gouvernement italien a remis ce jeudi 27 août 2007 le prix de
l’abolitionniste de l’année 2007 au président du Rwanda, Paul Kagame, pour avoir aboli la peine de mort dans son pays.
"Ce n'est pas une bataille facile", a souligné M. Prodi, invité par
le mouvement "Nessuno tocchi
Caino" (Que personne ne touche à Caïn), issu du
petit Parti radical, à remettre son prix - une sculpture en bronze représentant
la terre avec deux enfants - à M. Kagame.
Ce geste de
Romano Prodi ne nous encourage pas, au contraire trouve
toute notre désapprobation et condamnation. Nous lui avons adressé cette lettre
ouverte.
Mon cher Romano Prodi,
Je me permets de t'appeller avec ton nom parce je
suis un émilien comme toi, pas d'origine mais d'adoption. J’habite Parme à
l'Institut pour les Missions Etrangères construit par un grand émilien, le
Bienheureux Évêque Monseigneur Guido Maria Conforti.
Aujourd'hui cet institut est bien connu avec l’appellation "Missionaires Xavériens de
Parme". C’est à partir de cette maison que les aiglons ont toujours pris le vol pour atteindre toutes les parties du monde, et
annoncer le seul évangile de Jésus Christ, fait d’amour, de justice et de
droits humains.
Depuis plusieurs années, avec mes confrères, provenant tous de ce même
Institut, je travaille comme missionnaire dans l'est de
Je ne sais pas si tu est au courant que la
situation de la région demeure toujours alarmante et très précaire. Les vents
de guerre soufflent insistants et semblent ne pas finir, tout en créant panique
et peur au milieu des populations inermes que de 1998 elles ont vues succomber
bien 4 millions et demi de leurs frères et sœurs.
Jeudi 27 août 2007, très cher Romain, tu, avec tes amis radicaux, t'es
prêté à un sale jeu politique. Tu étais présent à la cérémonie de l'attribution
du prix "Abolitionniste pour l'an 2007", invité par l'association
"Aucun touches Caïn" association du parti radical promotrice du prix,
et tu même as délivré le prix au Président Paul Kagame
en affirmant que "il était un geste courageux et de réconciliation",
"plein d'espoirs."
Mon cher Romain Prodi, tu as fait mal à y aller, tu devais rester dans ta
maison et penser plutôt aux choses plus nécessaires et urgentes de l'Italie,
qui de toi attend des réformes concrètes. Je suis pour l’abolition de la peine
de mort. Au mois de juin j’avais salué avec joie la décision du gouvernement
ruandais. Mais ce qui a été écrit ne correspond pas à la réalité que le peuple
ruandais est en train de vivre qui vit dans la peur et terreur quotidiennes.
Ton geste ne trouve pas tout à fait mon approbation, ni celle des
missionnaires italiens qui travaillent dans ces zones tourmentées du Kivu et
qui ont été témoins d’innombrables violences perpétrées par des soldats
ruandais, en tuant, en volant, en violant, et même, comme on dit un peu de
partout, en semant le SIDA.
Ce n’est pas le moment pour te parler de tout le macabre festin que les
soldats ruandais ont commis et qui marque nos yeux et nos cœurs, et qui demande
une véritable et équitable justice.
Très cher Romain Prodi, je suis fort déçu de toi. Tu n’as pas pensé les
conséquences de ton geste. Tu "t’en es foutu" de nous tous et des
gens qu'affectueusement nous accompagnons dans cette vaste région des Grands
Lacs. Tu as posé plutôt toute ta confiance sur un simple mot du Président Paul Kagame et tu lui as délivré le prix sans te demander beaucoup
pourquoi.
C’est triste! Pourtant chaque fois que je me suis rencontré avec quelqu’un
de la diplomatie italienne il m'a toujours répété : "nous savons tout,
nous connaissons tout..." Non, n'est pas suffisante une loi de dix
articles sur l'abolition de peine de mortes, pour assainir les immenses
blessures encore bien ouvertes, et pour garantir le respect des Droits Humains
et une équitable administration de la Justice.
Kagame a aboli la peine de morte, mais
pourquoi l'a-t-il fait ?
·
C’est
sa stratégie pour faire plaisir à l'Occident, en espérant surtout de continuer
à percevoir leurs bénéfices et de se montrer bien devant la Communauté
internationale qui lui a imposé, comme condition «sine qua non», de terminer
les procès en première instance, concernant les accusés de génocide, pour la
fin de 2008.
·
Kagame veut pouvoir
mettre ses avides mains, nettement génocidaires elles-mêmes, sur toute cette
masse de ruandais accusés de participation au génocide de 1994 (environ 43.000
personnes) qui vivent à l'étranger et en obtenir ainsi leur extradition pour
les pouvoir faire juger par la Justice rwandaise.
·
Kagame est un
homme très rusée et la loi sur l'abolition de peine de
mort au Rwanda cache autres mires politiques. Kagame
veut être plus libre de faire et défaire comme il veut, et agir comme un
dictateur, pour continuer à tuer, et à partir ce jeudi 27 août 2007 avec le
consentement même de l'Italie. Je me sens terriblement lésé et blessé dans mon
identité patriotique d’italien et dans ma conscience chrétienne.
·
Au
Rwanda, aujourd'hui encore, il y a des gens qui meurent, qu'on fait
disparaître, qu'on subordonne à la cruauté des tribunaux populaires des gacaca. Les suicides au Rwanda sont augmentés, et cela à
cause de ces «gacaca».
·
Dans
les provinces du Sud et du Nord- Kivu en RDC il y a encore une présence, pas
indifférente, de militaires ruandais. Des infiltrés passent librement les
frontières. Militaires en civil se promènent dans les rues des villes d’Uvira, Bukavu et Goma. Un mandat
d’arrêt international pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité
a été émis pour le Général Laurent Nkunda Batware, mais, libre de tout mouvement, continue à semer de
la peur et de l'insecurité, et prépare avec la
complicité de Kigali une 3ème guerre.
·
Oui,
une nouvelle guerre se prépare. Tous en parlent, tous en connaissent les
promoteurs, mais personne n'intervient. La région des Grands Lacs n’intéresse à
l’occident que seulement pour les richesses du sous-sol qui servent à enrichir
qui est déjà riche et à construire la "nouvelle Kigali".
Maintenant que la bêtise a été faite comment pouvoir y remédier ?
Très cher Romain, je ne sais pas si tu as le courage de réparer les torts
que tu as fait à tous ces missionnaires italiens de toute la Région des Grands
Lacs (il y en a assez), et aux 4 millions et à moitié à des victimes innocentes
de la guerre qui de
Très cher Romain, tu as eu même mon vote pour devenir Président du
Gouvernement Italien; j'avais espéré que quelque chose changerait et qu'on
tracerait un nouveau chemin de relations de solidarité avec les pays émergents
et en état de guerre. Hier Veltroni, aujourd'hui tu,
tous les deux vous avez épousé la cause du Rwanda.
Le chemin de la réconciliation des ruandais est long et plein d'inconnues.
Et alors je vous prie de pousser le gouvernement ruandais à un dialogue inter-ruandais, et l'aider à se questionner et à
reconnaître ses erreurs et donner ainsi au peuple ruandais et à toute la
communauté de la région des Grands Lacs l'espoir d'un futur de paix et de
sérénité.
Je te remercie, Président du Conseil Italien, pour la bonté que tu as eu à
me lire et m’écouter. J'ai employé une formule familiale, parce que je crois
que "les habits sales doivent être lavés en famille".
Salutations fraternelles.
Rome : 01 setembre 2007
P. Luigi le Stocco - des Missionnaires Xavériens
de Parme