Dans une lettre privée adressée aux avocats représentants les rwandais accusés
de génocide, les Nations Unies ont admis non seulement que le rapport
existe, mais aussi que son contenu a été discuté avec Mme Louise Arbour
ex-procureur général du Tribunal Pénal International sur le Rwanda (TPIR)
maintenant siégeant à la Cour Suprême du Canada.
Cette lettre que les avocats vont rendre public aujourd'hui dans une conférence de presse dévoile l'auteur du rapport mais tait les noms des deux enquêteurs seniors des Nations Unies qui selon National Post, l'ont reçu.
L'auteur, Micheal Hourrigan, est un ancien enquêteur du bureau des crimes de guerre des Nations Unies. Aujourd'hui, il est entrain de créer des remous en agissant comme conseiller dans une affaire légale contre les Nations Unies. Ce procès est intenté par deux femmes rwandaises qui ont perdu des membres de leurs familles dans le génocide malgré une promesse de protection de la part des Nations Unies.
Selon la lettre des Nations Unies, M. Hourrigan a écrit ce rapport, alors qu'il était engagé pour une courte période comme enquêteur interne des NU au bureau de surveillance des services internes (OIOS).
Hier, ni Mme Arbour ni M. Hourrigan n'était disponible pour commentaire.
Le 1er mars, le Post a révélé qu'un rapport portant le sceau «confidentiel» daté du 1er août 1997 et un mémorandum interne portant mention «secret» parlent des indices sérieux rassemblés par les enquêteurs de crimes de guerre des Nations Unies dans le cadre de l'assassinat encore inexpliqué du président Juvénal Habyalimana survenu le 6 avril 1994.
Si ces révélations étaient vraies, elles devraient renverser complètement la thèse actuelle qui affirme que ce sont les extrémistes Hutus qui ont tué le président, parce qu'il semblait prêt à partager le pouvoir avec les rebelles Tutsi.
Maintenant, le doigt va plutôt se pointer sur les rebelles qui traditionnellement étaient qualifiés de «bons garçons» dans la tragédie rwandaise parce qu'ils ont mis fin aux massacres de Tutsis par des extrémistes Hutus en prenant le pouvoir à Kigali, la capitale du pays, cent jours après le début du génocide.
Selon le rapport confidentiel et des interviews menées par le Post auprès des enquêteurs qui ont travaillé sur les crimes de guerre en 1997, Mme Arbour a brusquement arrêté les investigations sur l'assassinat après qu'elle ait reçu les nouveaux éléments de preuve.
De plus, ce rapport n'a jamais été rendu disponible aux avocats représentant les accusés de génocide rwandais.
«Ce rapport est essentiel pour la défense des accusés. Il enlève toute crédibilité à la thèse de la poursuite qui prétend que le «génocide» a été méticuleusement planifié», disent les avocats dans une lettre envoyée le 19 mars à Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies.
Cette lettre demande une rencontre avec M. Annan. Cette rencontre a été refusée dans la réponse des NU signée par Bruce Rashkow, directeur de la division légale de l'organisation mondiale.
Selon la réponse signée par M. Rashkow, le rapport écrit par M. Hourigan le 1er août 1997 est basée sur des informations «qu'il avait manifestement eues alors qu'il travaillait pour le bureau du procureur du TPIR».
Il continue en disant : «sur sa propre initiative, M. Hourrigan a préparé un document de 3 pages sans qu'on le lui demande... Ce type de mémorandum interne est pour l'usage unique du bureau de surveillance des services internes (OIOS) et pour cela, le document n'a pas été transmis au TPIR même si les événements y relatés ont été discutés en septembre 1997 avec Mme Arbour qui a été saisie de l'affaire».
Cette lettre ne mentionne pas «le mémorandum interne», qui selon le Post a été livré en main propre à Mme Arbour. Ne pas l'avoir rendu disponible aux avocats de la défense pourrait constituer un «abus de procédure» de la part de Mme Arbour, a affirmé hier un des avocats de la défense.
Le rapport d'information aussi bien que le mémorandum citent des informateurs qui ont affirmé aux enquêteurs de crimes de guerre qu'ils faisaient partie du complot dirigé par Paul Kagame, l'actuel vice-président et chef de facto du Rwanda, pour tuer M. Habyalimana, parce celui-ci tardait à implanter l'accord de partage du pouvoir avec les rebelles à dominance Tutsi.
Aucune information contenue dans ces documents n'a été confirmée.
(Traduction libre)