Jean-Bosco Barayagwiza
Communiqué de presse
C/o UNDF - Arusha
14.12.00
A l'occasion de sa conférence de presse tenue à Arusha le 13 décembre 2000, Madame Carla Del Ponte, Procureur du Tribunal Pénal international pour le Rwanda a déclaré, sans ambages, que les Juges de ce Tribunal s'alignent parfaitement du côté de l'Accusation. En effet, répondant à une question de savoir comment ses proches collaborateurs seraient inefficaces, selon son propre aveu, alors qu'ils n'ont jusqu'ici perdu aucun procès, Madame Carla Del Ponte a déclaré que les Juges suppléent allégrement à leur carence face à une défense très habile!
Par cette déclaration, le Procureur a ainsi reconnu que les Juges du TPIR ne sont pas impartiaux comme ils devraient l'être à l'égard des deux parties au procès. Il ressort de cela qu'aucun accusé du TPIR ne peut espérer bénéficier, dans ces conditions, d'un procès juste et équitable.
Au cours de cette même conférence, Madame Carla Del Ponte a admis, une fois de plus, que l'action du TPIR dépend du gouvernement de Kigali. Selon elle, le Tribunal ne peut pas fonctionner sans la coopération de ce gouvernement. Cela veut dire que le TPIR doit éviter tout ce qui déplait au régime actuel du FPR et qui risquerait de nuire à cette coopération. Dans d'autres mots, les orientations des procès ainsi que les décisions de ce Tribunal doivent répondre aux vœux de Kigali. Il est évident que l'indépendance de ce Tribunal a été sacrifié pour éviter, selon le Procureur, la fermeture du Tribunal.
Madame Carla Del Ponte a ainsi clairement reconnu que les arguments portant sur l'absence d'indépendance et d'impartialité de la part du TPIR avancés par Jean-Bosco Barayagwiza pour refuser de cautionner la parodie de justice en cours dans ce Tribunal, sont fondés. Elle a confirmé que les Juges ne sont point des arbitres comme la loi l'exige mais des alliés du Procureur. D'autre part, elle a reconnu publiquement, ce que d'autres murmurent tout bas, que le TPIR est sous la dépendance réelle du régime de Kigali dirigé pourtant par des criminels avérés qui devraient être plutôt jugés par ce même Tribunal au lieu d'être autorisés à influencer ses décisions.
N'a-t-elle pas avoué son incapacité à faire comparaître devant le TPIR, les responsables du FPR -l'autre partie au drame rwandais dont les graves crimes sont dénoncés par tous les hommes épris de justice et d'équité- sans l'autorisation et le consentement de M. Paul Kagame, leur chef? Elle cherche plutôt les voies et moyens de continuer à amadouer ce dernier, en lui offrant notamment sur un plateau d'argent son procès-spectacle, le (faux) procès dit «Procès des médias» (Hutu), afin qu'il ne s'avise pas à provoquer la fermeture du TPIR. Dans ces conditions, comment peut-on croire que les vrais responsables de l'extermination d'environ trois millions de Hutu seront traduits en justice si M. Paul Kagame et ses proches collaborateurs s'en tirent à si bon compte puisqu'ils ne peuvent pas accepter de se constituer prisonniers?
Lors de sa conférence de presse, le Procureur du TPIR, Madame Carla Del Ponte a enfin reconnu que l'assassinat du Président Habyarimana est bel et bien lié aux massacres qui ont lieu au Rwanda. Mais, elle cherche toujours à se dérober à ses responsabilités de faire une enquête exhaustive sur le sujet préférant s'en remettre au Juge Français Bruguière qui ne travaille pourtant pas pour son compte. Il reste cependant évident que sans la clarification sur les auteurs de cet assassinat, désignés par ailleurs, par des témoins sérieux comme étant les hommes du FPR, il serait injuste et inéquitable de continuer à faire croire à l'opinion que ce sont les Hutu qui auraient planifié les événements tragiques qui ont secoué le Rwanda depuis 1990 jusqu'aujourd'hui.
La conférence de presse de Madame Carla Del Ponte vient donc à point nommé pour donner raison à Jean-Bosco Barayagwiza et pour convaincre ceux qui étaient encore sceptiques du bien fondé de sa décision de boycotter l'injustice du TPIR et la partialité manifeste de ses Juges.