Quelques observations du rapport de l'ONU sur le pillage illégal des ressources naturelles de la RDC


Justin Materania
Ottawa, Canada
18.05.01


Publié le 12 avril 2001, le rapport de l'ONU sur le pillage illégal des ressources naturelles de la RDC, vient de mettre à nu le vrai visage de l'agression dont la RDC est victime. Ce rapport est sans doute une épine dans les pieds de la "communauté internationale" qui, on le sait, plutôt que de parler des violations flagrantes du droit international des pays agresseurs de la RDC, a toujours parlé d'une rébellion et par conséquent d'un problème interne aux Congolais. Pourtant, dans ce qui ne peut plus ne pas être appelé que génocide congolais, l'origine des destructeurs de l'infrastructure tant sociale qu'économique du pays, le pillage des ressources naturelles et, surtout, leur destination et l'identité des bénéficiaires démontrent de l'origine étrangère des événements qui prévalent en RDC.

Si International Rescue Institute (IRI) parle aujourd'hui de 3.0 millions de congolais morts, ceci n'est autrement explicable que par le mépris de ceux que Kagame et son équipe portent sur ceux qu'ils appellent "Ibicucu" (les idiots). L'ONU et, surtout, son secrétaire général Koffi Annan, devraient se sentir coupables de leur ambivalence caractérisée face à cette agression intentionnellement destructrice que la "communauté internationale" semble accepter et soutenir en ne condamnant pas sans réserve les responsables africains instrumentalisés dans cette action qui ne cache plus son lien étroit aux intérêts de certains Etats nantis. Plus, il devrait aller au-delà de la responsabilité africaine qui n'est qu'une d'exécution pour en appeler à la responsabilité réelle des commanditaires internationaux.

Le rapport, faut-il le rappeler, a été réalisé dans un environnement, comme le reconnaissent nombreux commentateurs, très menaçant, corruptible, voire si dangereux que certains enquêteurs ont demandé la protection pour leur propre vie et en appeler à la responsabilité civile de certains acteurs au cas où il leur arriverait quelque chose de regrettable. Ces enquêteurs méritent à cet effet notre soutien et admiration malgré certains doutes qui peuvent subsister quant à la finalité réservée à leur rapport.

En faisant une lecture entre les lignes, on s'aperçoit directement que les conclusions de ce rapport ne reflètent pas exactement l'esprit des analyses faites dans le développement. On s'interrogerait ainsi si les conclusions du rapport, d'ailleurs diluées, ne sont pas le fait délibéré de certaines grandes puissances qui se voient pointer du doigt par les enquêteurs? Ce genre de comportement au shérif qui nous rappelle les années du "Mississipi Burning" n'est pas le premier. Ne sont-elles pas d'ailleurs les pourvoyeurs de toute l'agression?

Pour mieux comprendre cette injustice bien illustrée par la fable de La Fontaine dans son texte "Le loup et l'agneau" où le plus fort a toujours raison, jetons un coup d'œil sur les points suivants:

a) Au point 185 du rapport, comme preuve de soutien étranger à l'agression de la RDC, les enquêteurs épinglent les Bailleurs (sous forme des coopérations, aides bilatérales, etc) des agresseurs en l'occurrence la Grande-Bretagne, le Danemark, l'Allemagne et les USA... Toutefois, le rapport demeure silencieux sur une question intéressante, a savoir si le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, lesquels sont instrumentalisés par certaines des puissances ont réussi à réaliser leur propre motivation interne qui est leur projet hégémonique d'extension de l'aire de domination tutsie. Personne ne veut en parler, pourtant des signes apparaissent ici et la. Rappelons ici la récente déclaration du tanzanien Salim Salim, secrétaire général de l'OUA, qui s'opposait à tout projet de démembrement de la RDC. En réalité, le rapport démontre clairement que les intérêts régionaux et internationaux convergents ne visent que le pillage de la RDC.

C'est maintenant indiscutable: le prétexte de sécurité des voisins ou la mauvaise gouvernance du Congo... ne justifient plus l'agression. Ce masque vient de fondre en la faveur de la vérité, notamment les motivations économiques des uns, les exécutants africains, et des autres, les charognards esclavagistes internationaux. D'ailleurs, il n'est pas aussi magique si une observation objective de la situation régionale arriverait à la conclusion que les pays utilisés dans l'agression contre la RDC traversent des graves crises internes à l'état latent qui risquent demain d'écrouler ces dynasties qui se construisent sur le sang des congolais innocents. Contrairement à l'apparence, souvent trompeuse, le cas du Rwanda est très explosif. Les statistiques récentes démontrent que les Tutsi demandent majoritairement l'exil que leurs congénères et opposants Hutu. Le FPR et ses cellules de propagande ont si exploité les massacres d'avril-juillet 1994 que le Tutsi paraît partout comme la victime régionale plutôt que l'un des groupes les plus agressifs au cœur du désordre qui endeuille cette région. Ce "marketing international" réussi a ses revers: les Tutsi qui sortent par exemple ont la chance de se faire accepter sous des cieux plus prometteurs, abandonnant au général-président l'enfer qu'il a fait de ce petit pays qui fut un modèle de développement harmonieux régional sous le diabolisé Habyarimana. Comme le souligne Norman G.Finkelstein parlant de l'holocauste juif, cette industrie commerciale ne profite toujours qu'aux politiciens et aux capitalistes plutôt qu'aux véritables victimes qui sont laissées d'ailleurs à leur propre compte.

b) Au point 190, le calcul de la politique budgétaire de la banque mondiale pour évaluer les états financiers du Rwanda et de l'Ouganda est, aux yeux des enquêteurs, fantaisiste et simpliste. Évidemment, en terme financier, ce sont les multinationales et, surtout, les dirigeants occidentaux qu'elles font élire qui, sous derrière la Banque Mondiale et le FMI, manipulent. Ici, les multinationales font le 100% des profits: elles achètent les matières premières au moindre prix et le peu d'argent qu'elles offrent en échange leur revient par les achats d'armes et d'autres équipements militaires qui ne profitent pas du tout à la région. En plus de cela, là où il n'y a plus d'autorité étatique (territoires sous occupations), toute expérimentation que ce soit agronomique, pharmacologique, biologique... est sans obstacle. Pourtant, cette main cachée, la main manipulatrice du malheur régional, particulièrement celui des congolais depuis des décennies, n'est réellement pas mise au banc des accusés. A peine si on l'effleure! Elle est camouflée. Pourtant, sans elle, l'étude de l'IRI n'aurait pas à comptabiliser tous ces milliers de congolais et congolaises victimes de cette guerre injuste.

En disant tout haut ce que les puissants chuchotent, mais sans aller jusqu'au bout, c'est-à-dire, l'établissement de la responsabilité première entre les Africains manipulés et les vrais commanditaires des troubles en Afrique centrale, les experts de l'ONU n'ont-ils pas sacrifié le fruit de leur courage, voire de leur affront à l'establishment mondial? La sortie brutale et musclée du président de la banque mondiale devant la commission de l'ONU, juste une semaine après la publication du dit rapport ne vient-elle pas illustrer cette idée?

Un coup d'œil rapide des points 14-16 qui définissent les concepts d'"illégalité" et d'"exploitation ", nous laisse voir que bon nombre de pilleurs restent toujours immunisés de toute poursuite malgré la clarté des points cités ci-haut (art 14-16). Contrairement à J.P Bemba, le seul nommément accusé, le rapport reste muet sur ses collègues de RCD (Goma et Bunia), de leurs maîtres (Kagame et Museveni), ainsi que de leurs pourvoyeurs (USA). Très curieux, non! Suspect aussi. En plus, il est paradoxal de constater que si J.P. Bemba est accusé, ses maîtres ougandais le sont à peine: la main exécutrice indexée, pas la tête planificatrice (anglo-saxone). Après avoir établi les responsabilités des pilleurs, on voit mal comment les gouvernements de Kigali, de Bujumbura et de Kampala s'en sortent sans difficulté, rappelant un peu le fait qu'on n'ait fait que frôler la responsabilité des multinationales et de leurs pouvoirs tentaculaires. Nous retombons en fait dans la formule que la "communauté internationale" veut nous faire gober: LA FAUTE AUX CONGOLAIS, LA CRISE CONGOLAISE. D'ou les concepts comme "dialogue inter-congolais" visant la "réconciliation nationale". Quand même -- on n'exclut pas l'irresponsabilité et l'immaturité de certains traîtres congolais -- le rapport indique que les forces d'agression organisées en structures de style maffia sont si nocives et puissantes qu'elles pourraient entretenir le chaos sans les intermédiaires africains. Un peu comme il y en eut aux années des indépendances par des mercenaires interposés. Que dire de l'instrumentalisation des immigrants tutsi dits "banyamulenge" dans ce cas bien précis? Ces immigrants du jour au lendemain revendiquent, l'arme à la main, la nationalité et des terres. Du jour au lendemain, ils sont reconnus par une " communauté internationale " qui, par ailleurs s'organise pour combattre l'Angolais Savimbi et ses hommes. En d'autres termes, cela démontre que la justice est loin d'être objective et égalitaire comme on le prétend; la justice en milieu internationale a toujours été celle du plus "fort".

Sans aucune peur d'être contredit, cette réalité est dictée évidemment par des intérêts politico-économico-stratégiques des grandes puissances lesquelles se manifestent sous la forme de multinationales assistées elles-mêmes des services spécialisés de leurs Etats. Elles (grandes puissances) frappent qui elles veulent et innocentent à volonté leurs ouailles dans le temps et dans l'espace.

Cette justice de deux poids deux mesures devrait faire réfléchir les marionnettes congolaises, qui on le sait maintenant, devraient répondre tôt ou tard de leurs actes de trahison à la nation congolaise. Loin de faire une apologie des accords de Lusaka, le dialogue inter-congolais devrait être une occasion d'éradiquer les mauvaises herbes de la RDC (criminels, voleurs, pilleurs, opportunistes, etc) et non un partage de pouvoirs (postes munisteriels) comme le souhaitent ces mêmes pilleurs. Si l'État de droit est un droit pour tout congolais, ces congolais(e)s violé(e)s, enterré(e)s vivant(e)s, dépouillé(e)s de tous leurs biens, massacré(e)s... auront aussi ce droit pendant cette consultation nationale de réclamer des réparations. C'est une question de justice et d'équité. Oui, au dialogue, mais ce forum risque de causer des cauchemars aux uns en les surprenant désagréablement. Le cas de J.P Bemba devrait servir d'exemple à d'autres compatriotes congolais qui servent ou aspirent à servir les mêmes maîtres.

L'élasticité du temps que l'ONU s'octroie pour adopter les recommandations du rapport devrait aussi nous inquiéter au plus haut niveau. Cette attitude de "gagner du temps " prouve qu'il y a quelque chose soit pour le diluer encore davantage soit pour l'oublier. La voix discordante d'un des experts, le Camerounais, accusant la banque mondiale d'être première responsable de ce pillage et destruction systématique, pourrait aussi nous mettre sur les pistes que les parrains de la soi-disant rébellion veulent étouffer les conclusions dudit rapport. L'indexation de Bemba, n'est qu'une question de sacrifier les "petites" marionnettes en faveur des "grandes", une tentative de démontrer de la bonne foi.

D'autres faits sont à suivre. Il s'agit de l'évolution de l'équipe Masire. Hier, sous L. D. Kabila, de partout on accusait le gouvernement de vouloir torpiller les "accords de Lusaka". Avec le fils et successeur qui a laissé la voie libre à Masire, on voit ce personnage presque disparaître et le Rwanda et l'Uganda toujours empressés à prendre des décisions anti-Lusaka que personne, par ailleurs, ne condamne. Sur le plan diplomatique, on se demande bien la réaction qui serait la meilleure, c'est dire celle qui peut satisfaire le Rwanda, soit un gouvernement qu'il influence à Kinshasa, et leurs protecteurs anglo-saxons. Comme en septembre-octobre 1996, on dirait que le Rwanda doit vite seul prendre des mesures extrêmes que ses souteneurs devront reconnaître ou non dépendamment de l'attitude du peuple et du président congolais. L'équation devient encore plus compliquée quand on sait que les demandes du Rwanda dans les conditions actuelles sont presque irréalisables: soit un gouvernement pro-Kigali à Kinshasa et/ou un démembrement de la RDC en sa faveur. D'ou l'idée de contourner les "accords de Lusaka" par un dialogue inter-kivutien qui, grâce à la manipulation du Rwanda, aboutirait selon les rêveries rwandaises à la partition du Kivu en faveur du Rwanda. Face à ce qui semble être une marche dans un cul de sac certain, la France semble avoir convaincu ses paires du Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre le faire un pèlerinage régional pour voir s'ils peuvent bouger les dés. C'est un développement à suivre.

Le rapport de l'ONU sur le pillage des ressources congolaises est venu dire de manière autoritaire ce que la société civile et le gouvernement congolais avaient déjà révélé: la RDC fait face à une guerre d'agression dont les agendas cachés sont multiples et multiformes. L'accueil froid de celui-ci était attendu de ceux-là même qui sursoient sur la résolution de la crise congolaise, une crise qui leur profite à 100%. Les inconnues demeureront l'évolution de la mission de Masire, le comportement des congolais de service et les intermédiaires africains au fur et à mesure que le peuple congolais sera compris par ses vrais interlocuteurs, ses vrais agresseurs, qui réaliseront leur plan global sur la RDC ne pourra jamais marcher à leur guise.