J'accueille avec satisfaction la nouvelle de la suspension hier soir de la
grève de la faim de neuf jours de mon client, M. Jean-Paul Akayesu. Il
souffrait énormément depuis quelques jours. Ses pieds étaient enflés, il
avait vomi du sang et avait du vertige. Le Greffier était indifférent à son
sort. Il a commencé par prendre du bouillon pour vendredi soir et samedi.
Sa grève de la faim a eu pour effet de montrer au monde entier l'injustice qu'il est en train de subir aux mains du Bureau du Greffier du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Le Greffier a admis publiquement s'être trompé et que le nom de son avocat, le soussigné, avait été sur la liste des avocats susceptibles d'être commis d'office depuis le 22 septembre 1998. (De ma part, je n'ai jamais reçu de lettre à cet effet.)
En verte de cette admission, je suis son avocat en vertu des trois procurations que M. Akayesu a écrit en ma faveur. Deux des procurations ont été déposées au Bureau du Greffier. La question de la commission d'office sera réglée plus tard.
Je suis consterné que tous les accusés sont enfermés dans leurs cellules 23 heures sur 24 pour la seule raison qu'ils avaient osé faire une grève de la faim de trois jours pour réclamer collectivement le droit de choisir librement leur conseiller légal. Je suis consterné d'avoir appris que le Greffier a enlevé aux accusés l'ordinateur, l'imprimante et leurs tables.
· Un tel accusé a-t-il le droit à un avocat indépendant ou doit-il accepter un avocat soumis aux volontés du Greffier ?
· Un tel accusé africain devant le TPIR jouit-il de moins de droits qu'un accusé devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie qui siège à la Haye. Ce dernier a droit de choisir à partir de la liste complète d'avocats du Tribunal. S'il choisit un avocat qui n'est pas sur la liste, la Greffière ajoutera le nom à la liste si la personne satisfait les exigences de base ?
· Pourquoi l'ONU, formée il y a plus que cinquante ans dans l'esprit de l'égalité et la justice, instaure-t-elle volontairement un système de justice internationale à deux vitesses où les accusés européens jouissent de vrais droits judiciaires et les accusés africains sont privés de ces droits judiciaires et au même arbitraire paternaliste qu'ils ont connu avant la décolonisation de l'Afrique ?
· Pourquoi le Greffier, un officier de l'ONU, qui jouit du quasi-statut d'un sous-secrétaire général de l'ONU, permettrait-t-il M. Jean Paul Akayesu de dépérir simplement parce qu'il veut être défendu par l'avocat de son choix ?
Je suis parmi le nombre grandissant de personnes qui sont heureux que M. Jean-Paul Akayesu survivra et reprendra sa lutte pour sa dignité humaine.