L'attentat terroriste du 6 avril 1994 et le Tribunal Pénal International pour le Rwanda

Colloque organisé le 4 abril 2003 à Paris par les Editions Duboiris et l'Association des avocats de la défense du TPIR avec la coordination de Charles Onana


Un participant au colloque
Paris
04.04.03


Le débat que refusent les dirigeants du FPR qui gouverne le Rwanda d'une main de fer et une certaine opinion de ce qui est convenu d'appeler «la communauté internationale» s'est réellement engagé à Paris ce 4 avril 2003.

La date a-t-elle été choisie au hasard ou non? Seul Charles Onana peut nous répondre.

On doit cependant souligner que cette date marque l'anniversaire de la mort du plus illustre défenseur des droits de l'homme et la liberté des opprimés, le Pasteur MARTIN LUTHER KING, assassiné à l'hôtel Loraine le 4 avril 1968.

Dans sa toute dernière allocution prononcé la veille au temple de l'évêque de Charles J. Mason à Memphis, le 3 mars 1968, M. L. King avait commencé en disant que «les plus grandes douleurs de la vie consistent à vouloir constamment terminer ce qui n'a pas de terme. Nous sommes fait pour ça. Aussi, comme le roi David, nous sommes souvent dans l'obligation de reconnaître que nos rêves ne sont pas réalités».

Ceux qui rêvent comme Jules Vernes des soucoupes volantes qui se posent sur la line n'ont pas tous vu Armstrong planter le drapeau américain sur la lune. King avait rêvé offrir la liberté à ses semblables, mais comme Moïse, il n'a pas connu le loisir de cette liberté conquise par son engagement qui lui valut le sacrifice suprême.

Le 4 avril 2003 à Paris, au 39 des Champs Elysées, il était prévu au menu des témoignages poignants et incontestables sur l'apocalypse rwandais, ainsi que le tournage de deux importants documentaires: «Kisangani, Loin du Rwanda», un film de H. Sauper et un film du canadien Julien Elie, «Celui qui savait, Enquête sur l'assassinat de Seth Sendashonga».

Plusieurs personnalités, se sont exprimées:

Jean Degli, avocat au TIPR
Eric Sossah, Avocat au Barreau de Paris
Michel Croizier, avocat au TIPR
Alain de Brouwer, ancien conseiller politique belge
Rachid N'diaye, Redacteur-adjoint Africa International
Pierre Péan, Journaliste d'enquête, écrivain
Juan Carrero, candidat au prix Nobel de la Paix
Colonel Luc Marchal, Adjoint au Commandant des casques bleus au Rwanda en 1994
Honoré Ngbanda, ancien Ministre et conseiller spécial du Président Mobutu.

Toutes les interventions étaient brillantes et instructives, d'une rigueur intellectuelle irréprochable et surtout d'une volonté avouée de culture de la paix et de réconciliation.
L'apôtre de la non-violence Juan Carrero a refusé toute "justification des agressions qui impose au silence ses victimes par la manipulation et la désinformation".

Alain de Brouwer comme les avocats de la défense au TIPR et les autres orateurs, notamment Mr Nyetera, ont soutenu que le régime dictatorial de Kigali repose sur le génocide béni par l'ONU et annoncé au départ par le FPR comme hypothèse de travail. Kagame fut défini par un des participants, non comme un "génocidaire simple", mais un "génocidaire en série" !!!.

Le sommet de ce colloque unique dans l'histoire récente du Rwanda, puisque organisé et animé uniquement par les non-rwandais, fut l'intervention très attendue du Colonel Luc Marchal, qui, comme tous les autres orateurs, n'est ni l'homme des Hutu ou des Tutsi, mais un citoyen du monde.

Cet homme fut, au cours de sa mission, tiraillé entre l'optimisme et l'inquiétude. Conscient d'avoir été conditionné par les médias belges qui classent les rwandais en deux camps, les mauvais Hutu et les bons Tutsi, sa vision de la problématique rwandaise avait beaucoup évolué au 4 avril 1994. Il a livré quelques révélations qui offrent aux rwandais et à tous ceux qui s'intéressent à l'apocalypse rwandais un sujet de mémoire et d'examen profond de conscience. Il s'agit des entretiens avec Kagame et Bihozagara qu'il avait reçu à Bruxelles peu avant son départ au Rwanda, de la visite du Colonel francais Gussac qui s'inquiétait de la très probable présence de missiles sol-air détenus par le FPR dans leur QG du CND, son entretien avec le Colonel Nsabimana le 30 mars 1994 et la réunion à l'Etat-Major des FAR dans la nuit du 6 avril 1994. Concernant les auteurs de l'attentat terroriste du 6 avril, le colonel Luc Marchal tranche en ce qui concerne la piste présumée de l'attentat perpétré par les FAR contre ses propres chefs: «à aucun moment, je n'ai jamais éprouvé le moindre soupçon de me trouver en face des gens qui ont préparé un coup d'Etat».