Nord-Kivu: Fausses promesses et renforcement troupes ougandaises à l'origine de la prise d'otages


MISNA
RD Congo
23.05.01


Le groupe d'étrangers, plus de 20 personnes, enlevé la semaine dernière dans la zone de Butembo (Nord-Kivu, est de la République Démocratique du Congo) se trouve encore aux mains des Maï-Maï. Les captifs, des Thaïlandais pour la plupart, travaillaient en ex-Zaïre pour une entreprise de bois précieux de leur pays. Un Américain et un Kenyan se trouveraient avec eux, rapportent à l'agence MISNA des sources de la société civile. Il est étrange que les Maï-Maï aient enlevé un aussi grand nombre de personnes, observent ces mêmes sources, parce que ces otages rendent leurs déplacements plus difficiles. Les otages pourraient donc se trouver en danger si le Flc (Front de libération du Congo), qui contrôle la zone grâce au soutien des troupes ougandaises, poursuivait l'offensive qu'il a récemment lancée pour accéder aux gisements miniers de Mangina et d'Oicha. Les rebelles nationalistes seraient alors obligés d'effectuer des déplacements tactiques dans la forêt équatoriale et les étrangers ne seraient pas capables de les suivre habilement. Les raisons qui ont poussé les Maï-Maï à kidnapper le groupe sont variées, commentent les sources de la société civile. Premièrement, le fait que l'entreprise thaïlandaise continuait, imperturbable, son activité de déboisement effréné, d'ailleurs dénoncée dans le récent rapport de l'Onu sur l'exploitation des ressources naturelles au Congo. Cette entreprise, active depuis environ deux ans dans le Nord-Kivu, avait fait une série de promesses qui n'ont jamais été tenues. Elle paie par exemple aux ouvriers locaux des salaires bien inférieurs à ceux qui ont été stipulés. Elle avait également promis de goudronner plusieurs routes et de construire un aéroport dans la zone de Beni (une cinquantaine de kilomètres de Butembo). Aucun de ces travaux n'a été réalisé.

Ces dernières semaines, les troupes ougandaises se sont renforcées dans la zone alors que, conformément aux accords de paix de Lusaka (Zambie) pour l'ex-Zaïre, elles auraient dû poursuivre leur retrait. Ce n'est donc pas un hasard si les Maï-Maï ont réclamé, au moment de leur enlèvement, le départ des contingents étrangers du territoire congolais. L'arrivée jugée suspecte dans la région de personnel non thaïlandais, provenant dans certains cas de pays occidentaux, est venue s'ajouter à ces faits. Toujours dans le Nord-Kivu, poursuivent les sources de l'agence MISNA, la poursuite des combats a entraîné une escalade de violations des droits de l'Homme perpétrées aussi bien par des groupes rebelles nationalistes, auteurs d'actes de justice sommaire, que par des hommes et des commandants du Flc. Parmi eux, des ex-officiers des Forces armées zaïroises (Faz), responsables de graves exactions durant la première moitié des années 90, au crépuscule du régime de Mobutu Sese Seko. Deux des plus célèbres d'entre eux, poursuivent les sources de la société civile, sont un certain Loboyo et un certain Zombi. (CC)