L'or du Kivu, enjeu cache du conflit en RDC


Barthelemy Bosongo
AFP
Kinshasa
18.09.98


Au-dela des rivalites regionales et des questions securitaires, le conflit dans l'est de la RDC a pour enjeu cache les immenses richesses minieres du Kivu et de la province Orientale.

Cette partie de la Republique democratique du Congo (RDC, ex-Zaire), actuellement sous controle de la rebellion, s'etale sur pres de 1.500 km du Nord au Sud, le long des frontieres avec le Soudan, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

Selon des etudes geologiques menees ces dernieres annees en RDC, son sous-sol renferme des gisements de cuivre, d'argent, de cadmium et d'autres metaux rares, mais surtout des concentrations d'or a des teneurs exceptionnelles.

Avec l'epuisement progressif, a moyen terme, des riches mines de cuivre et de cobalt du Katanga (sud-est), les specialistes estiment que les trois provinces (Nord-Kivu, Sud-Kivu, province Orientale) seront demain le moteur economique du pays et constituent ce que l'on appelle deja le "Congo utile".

Lors de la rebellion de 1996 qui a porte au pouvoir Laurent-Desire Kabila, les dirigeants du regime dechu du marechal Mobutu avaient accuse les forces de M. Kabila et leurs parrains ougandais et rwandais de chercher a s'emparer de ces richesses.

Le regime Kabila a repris a son compte ces accusations a l'endroit de ses anciens allies ougandais et rwandais, accuses par Kinshasa d'agression militaire contre la RDC sous couvert d'une rebellion.

Les richesses du sous-sol de l'est n'ont jamais ete mises en valeur jusqu'a present en raison de la desorganisation qui prevalait sous le regime Mobutu, conjuguee avec la recurence des conflits inter-ethniques dans la region.

Seul l'or fait l'objet d'une exploitation, et d'un trafic a grande echelle. Cette exploitation est exclusivement de type artisanal depuis la cessation d'activite de l'Office des mines d'or de Kilo-Moto (OKIMO) en 1993, a la suite de l'obsolescence de l'outil de production. Ces mines se trouvent a moins de 100 km de la frontiere ougandaise.

La plus forte concentration d'or se trouve dans la province Orientale, dans la region de l'Ituri, aux confins de la frontiere avec l'Ouganda et le Soudan.

Une legende vivace dans l'est congolais situe les mines d'or du roi Salomon dans cette zone.

Selon une etude menee en 1994 par le centre national des recherches geologiques et minieres (CRGM), le sol d'Ituri est si riche qu'il est possible avec les methodes modernes de traitement d'obtenir de l'or fin a une moyenne de 6 a 7 kg d'or par tonne, par le seul traitement des deblais autour des anciennes mines de l'OKIMO.

Des milliers d'orpailleurs travaillent a leur propre compte dans la region qui s'etend sur 83.000 km2. A certains endroits, la teneur en or atteint le chiffre astronomique de 18 kg/or fin par tonne, contre une moyenne mondiale se situant autour de 11 grammes d'or par tonne, selon les donnees du CRGM.

Cet or est l'objet d'un trafic intense. Les orpailleurs et autres trafiquants preferent ecouler leur or dans les pays voisins ou les prix sont juges plus remunerateurs. En fevrier, le gouvernement congolais avait appele certains pays voisins, sans les citer, a "mettre fin au pillage des richesses du Congo".

Selon les observateurs, cette mesure a ete a la base d'une premiere friction entre le regime Kabila et ses allies ougandais et rwandais.

D'apres les statistiques de la Banque centrale du Congo, la RDC exporte annuellement environ 300 kg d'or. Par contre, toujours selon les memes statistiques, le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda exportent respectivement 3 tonnes, 4 tonnes et 10 tonnes d'or par an.

Tout cet or, affirme la banque centrale, provient de RDC et sort du pays clandestinement. Ces trois pays ont installe sur leurs territoires des comptoirs d'achat qui travaillent au regime de franchise et offrent de ce fait des prix allant jusqu'au double de ceux pratiques en RDC.

Jusqu'a present, seuls les gisements secondaires (alluvionnaires) ont fait l'objet d'exploitation par l'OKIMO. Les gisements primaires (roche dure souterraine) sont restes intacts et seraient les plus riches en teneur.

Selon les specialistes du secteur, dans le "carre 200" de la concession 40 de l'OKIMO, situe autour de la cite de Mongbalu, a la frontiere avec l'Ouganda, la seule mine Senzere contiendrait des reserves estimees entre 2.000 et 3.000 tonnes d'or, d'une valeur s'elevant de 20 et 30 milliards USD.

Dans le Sud-Kivu, des "terres rares", dont l'exploitation n'a pas commencee, devraient produire des metaux precieux comme l'europium ou le thonium utilises dans l'aeronautique et l'industrie spatiale.