Dans une rencontre avec les Ministres Européens chargés du développement l'ex-président tanzanien et médiateur dans le conflit burundais, Mwalimu Julius Nyerere a promis qu' il allait demander aux 9 Chefs d'Etats et de Gouvernement de la sous-région de lever les sanctions économiques qu'ils ont votées contre le Burundi après le putsch qui a conduit au pouvoir le Major Buyoya en juillet 1996. Cette promesse est intervenue 3 semaines après la déclaration du Conseil de Sécurité qui estime que ces sanctions devraient être revues ou levées. Le Conseil des Ministres Européens chargés du développement trouve aussi que la coopération avec le Burundi pourrait jouer un rôle dans le renforcement du processus de paix.
L'embargo est devenu plutôt un slogan politique qu'un outil réel de pression sur le Gouvernement. L'embargo sert aux démocrates comme preuve d'explication que le Major Buyoya est illégal et qu'il n'est pas totalement reconnu par la communauté internationale et pas plus. L'embargo aurait éte efficace, s'il avait empêché les putschistes de voyager pour faire leurs affaires, leur propagande et pour acheter leurs armes. Mais, malgré l'embargo, les putschistes font fortune grâce à la fraude et à la spéculation et se font recevoir par des grands de ce monde. L'embargo est constamment violé et des armes et d'autres matériels de guerre sont régulièrement livrés à l'armée burundaise qui les utilisent aussi bien pour mâter l'opposition démocratique et massacrer des civils innocents, que pour se battre contre la résistance armée. Le Burundi importe et exporte malgré l'embargo. Le pire est que par exemple le café qui est la source principale de devises est des fois échangé à des armes.
Au lieu de gêner son pouvoir, l'embargo est devenu un argument pour Buyoya et son gouvernement qui le présentent comme le seul handicap à la paix. Certes, la levée de l'embargo marquera un succés diplomatique que Buyoya attend depuis plus de 2 ans, mais elle lui sera aussi un défis. Il ne pourra plus, présenter les victimes des camps de regroupés et des déplacés comme des victimes de l'embargo ou le marasme économique que traverse le Burundi comme une des catastrophes de l'embargo alors que le Burundi est pillé et que toutes ses recettes sont investies dans la guerre.
Dès que la nouvelle d'une levée éventuelle de l'embargo est tombée, "Rubaya", un bateau burundais a été dépêché à Kigoma, en Tanzanie, pour amener du carburant. Ce bateau est bloqué, car la douane de Kigoma n'a pas laissé le bateau charger et partir sans l'autorisation officielle de Dar es Salam. Devant cette situation, les propriétaires du bateau tentent de corrompre la douane en disant que leur bateau accostera non pas à Bujumbura, mais en République Démocratique du Congo (RDC). Les autorités tanzaniennes sont embarrassées, parce que envoyer officiellement des marchandises au Burundi signifient lever l'embargo avant que les chefs d'Etat et de Gouvernement qui l'ont imposé ne se réunissent et les envoyer au Congo, signifie coopérer avec les rebelles qui controlent l'Est de ce pays.
a.. Le 5.12.1998, l'agence missionnaire Misna a rapporté que 89 corps de soldats burundais tués dans des combats à Moba, en RDC ont été amenés à Uvira, où ils devaient être enterrés ce lundi 7.12.98. La même agence précise que 3000 militaires burundais se battent au Congo au côté des rebelles et 1200 soldats rebelles dont la plupart sont burundais ont été tués à Moba.
a.. Le 23.11.98, l'aviation zimbabwéenne a coulé dans le lac Tanganika 6 petits bateaux qui transportaient plus de 600 rebelles congolais dont au moins la moitié étaient des soldats burundais. Plus de 200 cadavres ont été pêchés et acheminés à l'hôpital militaire de Kamenge dans la mairie de Bujumbura avant d'être enterrés.
b.. Septembre 1998 le Gouvernement burundais a échangé 60 camions citernes pleins de carburant en provenance du Rwanda contre 50 tonnes de riz, 50 tonnes de sucre, des milliers de litres d'huile de palme et au moins 50 tonnes de haricots acheminés au Congo par le Burundi pour ravitaillement des troupes
c.. Le16.9.98, deux bateaux burundais, Mbanza et Rwegura, contenant des armes, des munitions et des vivres ont été saisis à Mpulungu, en Zambie. 44 militaires burundais qui naviguaient à bord de ces bateaux ont été emprisonnés par la police zambienne. Le gouvernement burundais avait expliqué, sans beaucoup convaincre, que ces bateaux étaient escortés par des militaires parce qu'ils transportaient des marchandises importants.
d.. Le 10.9.98, 4 cadavres de militaires burundais tués au Congo ont été placés à la morgue de l'hôpital militaire de Kamenge.
Les militaires burundais en guerre au Congo proviennent principalement du 3ème bataillon Codo de Gitega, du 32ème bataillon Codo de Ngozi, du 41ème bataillon de Karuzi et de la compagnie DCA (Défense contre Avion) de Kamenge. Tout comme les Présidents du Rwanda et de l'Uganda, le Major Buyoya entend protéger l'ouest du Burundi en envoyant des troupes à l'Est du Congo pour se battre contre son ancien allié, le président Laurent Désiré Kabila. Le Major Buyoya explique indirectement la présence de son armée et des armées ugandaises et rwandaises au Congo par le souci de protéger leurs frontières: "une des raisons de cette guerre est le fait que ces pays ont été constamment destabilisés par des rébellions opérant à partir du territoire congolais" a-t-il précisé.
Le 1.12.98, le Major Buyoya s'est déclaré favorable à un cessez le feu en République Démocratique du Congo, mais il a toujours refusé de reconnaître en termes crus l'engagement de son armée au Congo préférant parler d'un conflit entre congolais eux-mêmes. Il a souhaité que "... les congolais puissent s'asseoir autour d'une même table et trouver une solution aux problèmes de leur pays...", une voie à laquelle lui-même semble ne pas accorder de l'importance dans son propre pays.