Campagne pour une Justice Impartiale au TPIR
Jacques Nizeyimana, 22 mai 2000 - 12 décembre 2003
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Le génocide, c'est le plus ignoble crime que l'humanité puisse contempler. C'est aussi la plus grande honte à la face de la civilisation. Incontestablement, il y a eu un génocide au Rwanda en 1994, un génocide que l'on s'empresse actuellement à prendre à la légère. La pierre d'achoppement consiste dans la manière d'appréhender les conditions d'apparition de ce génocide et la défense d'une justice pour tous. L'approche superficielle et le réductionnisme semblent déjà de rigueur, jusque dans les rouages du TPIR.
Plusieurs faits confirment cette tendance. Ils parlent d'eux même, ce n'est pas pour créer une polémique. Dans l'esprit de prouver sa fermeté face à l'incitation au génocide, ce tribunal vient de prononcer de lourdes peines à l'encontre de trois ténors des médias de la haine. Certes, le rôle des médias dans l'incitation au génocide rwandais a été très néfaste. Les peines prononcées sont dans une certaine mesure à la hauteur de l'irresponsabilité des personnalités en question et la manière elles ont contribué à attiser le feu dans un contexte de sécurité précaire en avril 1994. Dans cette ligne de pensée, l'inaptitude du TPIR dans l'appréciation des faits se trouve dans l'attention que ce tribunal accorde à l'attentat du 06 avril 1994. Jusqu'à ce jour, ce tribunal qui vient de se montrer très ferme sur le crime d'incitation à la haine a fait de son mieux pour se dérober de son devoir d'enquêter sur cet attentat qui a mis le feu à la poudre. La mort d'un président de la république ne peut pas expliquer le génocide rwandais, disent les détracteurs de l'enquête sur l'attentat terroriste du 06 avril 1994. Ils sont prompts à condamner ceux qui ont attisé le feu tout en faisant semblant d'ignorer ceux qui ont mis le feu dans cette paille ethnique rwandaise en avril 1994. Le but de ces détracteurs est de tourner le génocide en un bouclier qui empêche de saisir dans leur totalité les conditions d'apparition du génocide rwandais. En mettant aux archives le dossier sur cet attentat, le TPIR promeut d'une manière délibérée une approche superficielle dans son action de justice.
Le goût du travail bâclé ne se limite pas seulement à cet élément déclencheur du génocide rwandais. Elle s'étend dans la compréhension de l'exécution de ce génocide et la défense de la mission de rendre justice pour toutes les victimes de l'holocauste rwandais. Les enquêtes sur les massacres systématiques commis par les éléments du Front Patriotique Rwandais (FPR) en 1994 ont le plus grand mal à s'imposer comme la seule alternative dans la défense des sans voix ( à l'intérieur du Rwanda). Encore une fois, les détracteurs de ces enquêtes utilisent-ils ce bouclier de génocide pour empêcher le TPIR de découvrir et accorder l'attention requise à l'autre face du génocide rwandais. Le FPR n'aurait pas commis des massacres par ce qu'il a arrêté le génocide, disaient-ils, le plus aisément du monde. Dans cette version des faits, le FPR est plutôt implicitement présenté comme un corps « étranger » qui est venu intervenir au Rwanda sur les premiers signes d'un génocide. La tendance est d'oublier que le FPR jouissait déjà d'une domination sur le plan militaire au moment des faits, qu'il était un belligérant dans une guerre civile dans sa quatrième année d'horreurs.
Le plus souvent la promotion d'une approche superficielle débouche indubitablement au ridicule. En effet, il est visible que le TPIR est explicitement sous l'injonction d'ignorer les massacres qui ont été commis par les éléments du TPIR. La procureure générale Carla del Ponte l'a avoué sans ambages : elle a été écartée de force du TPIR à cause des frictions que causait son intérêt dans la recherche d'une justice pour tous à Arusha. Kagame, président du FPR, dénie catégoriquement que ces troupes aient organisé des massacres sur les populations civiles en 1994. Naturellement, c'est cette version que privilégiaient les contradicteurs de Carla del Ponte qui, maintenant et de la manière la plus cocasse, reconnaissent solennellement l'exigence d'enquêter sur ces massacres commis par le FPR tout en demandant avec insistance que le TPIR trouve un accord avec Kigali pour que ce travail soit fait par la justice rwandaise ; une justice au service d'un régime qui condamne farouchement, aux yeux et au nez du TPIR, ce travail de justice en question ! Demander ( obliger dans ce cas précis) que le TPIR cède la conduite de ces enquêtes à la justice du FPR constituent une véritable moquerie à la justice internationale.
Le bouclier de génocide ne se montre pas seulement efficace dans la protection d'une partie des responsables de l'holocauste rwandais, il conforte aussi dans leur position ceux qui sont acquis à un travail superficiel au TPIR. « Permettre le TPIR de s'occuper des plus grands responsables » est une opinion qui a déjà pris pied à Arusha. En pratique, elle est une excuse d'absoudre « les soit- disant petits responsables au sein du FPR » car en dehors du TPIR, ces éléments du FPR sont assurés d'une immunité totale. Après tout, le silence est absolu sur leurs crimes à l'intérieur du pays. Plus grave, l'institution Agacaca est formellement interdite d'enregistrer les plaintes liées à ces massacres. La question est de savoir sur quels critères juridiques le procureur général du TPIR va-t-il décider que ces criminels protégés par Kagame sont des « petits responsables » au moment où les tentatives de « jauger l'ampleur de leurs crimes » sont impitoyablement opposées par le régime de Kigali.
On fait face à un cas de myopie ici : je dirais que jusqu'à jour le TPIR voit, mais il ne voit pas clair. Il est fondamental que le TPIR s'occupe pleinement des enquêtes et des procès relatifs aux massacres systématiques qu'ont commis les éléments du FPR pour mieux appréhender les événements qui ont endeuillé le Rwanda en 1994. Plus important, il pourra ainsi éclairer sur la stratégie d'extermination des masses qui a été appliquée par le FPR en 1994 en ce qu'elle est originale, redoutable, élaborée et surtout maîtrisée par un système politico-militaire qui pourra toujours y faire recours dans l'avenir si jamais elle n'est pas exposée et condamnée par le TPIR aujourd'hui. Petits responsables dans l'holocauste rwandais ou petite dioptrie, cela importe peu pour le TPIR : tout ce qu'il a besoin est de corriger sa vue.
Dans l'entre-temps, Kigali a pris bonne note de l'efficacité de sa résistance. Le représentant rwandais au près du TPIR dont les fonctions officielles dans les enceintes du TPIR étaient controversées vient d'être nommé au poste de procureur général adjoint du Rwanda. Le meilleur calcul pour Kigali serait de ne pas envoyer un remplaçant à Arusha. Après tout, le TPIR montre les signes de lâcher le lest sur la plus grande préoccupation de Kigali sur le fonctionnement du TPIR à savoir les enquêtes sur les massacres qui ont été commis par les éléments du FPR. Et le FPR sait combien ces massacres ont été extensifs et ignominieux ! Egalement, Kigali compte beaucoup sur la complexité diplomatique du cas rwandais et le rôle des uns et des autres dans la prise des mauvaises décisions du conseil de sécurité pendant le génocide de 1994 qui font que le TPIR soit maintenant encouragé à verser dans la superficialité. Qu'est-ce un tribunal qui s'en fiche des détails? N'empêche que le TPIR est d'ores et déjà présenté comme un exemple de réussite d'une justice internationale !
Evidemment, ce ne sont pas les employés du TPIR qui se sentiront froisser par cette rhétorique creuse quoi que généralement acceptée sur le succès du TPIR à promouvoir la paix et la stabilité au Rwanda et dans la région des Grands Lacs. Après tout, ils travaillent pour une institution ad hoc dont la fin est programmée à l'horizon 2008. D'ailleurs, le sort de Madame Carla del Ponte devrait servir de leçon aux responsables du TPIR et les rendre plus enclins à l'approche superficielle de travail, beaucoup moins déterminés d'aller déroger les assassins qui ont pris le couvert sous un bouclier de génocide. A long terme, l'héritage du TPIR se joue sur ce point précis: promouvoir une justice pour tous et défendre les sans voix ou ratifier l'impunité des dirigeants qui finira certainement un jour à dégénérer dans une catastrophe humanitaire...quand le TPIR ne sera plus là. Pourtant, l'action du TPIR devrait normalement culminer en un bouclier contre le génocide et les crimes contre l'humanité au Rwanda.
Jacques Nizeyimana
12 Décembre 2003
Le TPIR fait désormais objet d'une attention réchauffée dans les hautes sphères du conseil de sécurité de l'ONU. C'est une machination qui a pris dans ses engrenages non seulement la procureure générale du TPIR, la suissesse Madame Carla del Ponte, mais aussi Monsieur Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU.
Kofi Annan, apparemment sous l'autorité de quelques membres du conseil de sécurité, avait suivi une stratégie de détour visant à réduire en silence et écarter en douceur la suissesse. Sans répéter les accusations lancées à tort et à travers par le régime de Kagame sur la mauvaise gouvernance du TPIR, il a rencontré del Ponte à New York fin juillet pour une séparation à l'amiable dans les affaires du TPIR. Il l'a mise devant le fait accompli: au nom de l'efficacité et de l'accélération des procédures au TPIR, disait-il, le bureau du procureur général du TPIR/ TPIY que del Ponte contrôlait jusqu'à ce jour allait être scindé en deux branches indépendantes. Un nouveau procureur pour le TPIR allait être nommé avant le 15 septembre 2003 tendis que le mandat de Carla del Ponte à la tête du bureau des investigations au TPIY allait être renouvelé... en signe de reconnaissance pour le travail accompli. C'est une question d'adapter la lourdeur des charges confiées à Madame del Ponte, insistait le secrétaire général de l'ONU.
Toutefois la procédure suivie par Kofi Annan cachait à peine cette volonté délibérée de mettre del Ponte devant le fait accompli car, à ce niveau, l'important n'était pas de discuter de la nomination d'un procureur général au TPIR « indépendant », mais bien la question de l'indépendance même du TPIR et le changement de ses statuts, une procédure qui demande une préparation plus ou moins longue que la période qui nous sépare du 15 septembre 2003. Ainsi Kofi Annan mettait la charrue devant les chevaux et demandait, un peu après, au conseil de sécurité d'examiner les nouveaux statuts du TPIR en espérant que del Ponte avait compris ou avalé la tricherie. Au grand étonnement de Kofi Annan, la suissesse qui doit de toutes les façons bien connaître les enjeux en cours et la réalité incontournable de son départ imminent, refuse de s'éteindre sans se débattre. Elle demande l'impossible au conseil de sécurité, à savoir l'abandon de la proposition du secrétaire général de l'ONU qui est également le souhait des Etats Unis et de la Grande Bretagne. A la lumière de l'échéance de 2008 pour la clôture du TPIY/TPIR et au nom de l'efficacité et la respectabilité de la justice internationale et de l'indépendance de deux tribunaux ad hoc, Madame del Ponte implore que l'on lui laisse la tâche de conclure les investigations en ex-Yougoslavie et au Rwanda. D'aucuns pensent que la partie est perdue.
Le nœud du problème se trouve là, entre les lignes. Kofi Annan et Carla del Ponte se font le jeu de ne pas explicitement lever la voile sur cette pierre d'achoppement qu'est la justice à rendre aux victimes des massacres systématiques auxquels s'est livré l'armée de Kagame pendant et après le génocide de 1994. Pourtant tous les deux savent l'ampleur des massacres attribués au FPR. Certes, il faut poursuivre et punir les interahamwe. Il ne faudrait pas surtout chercher à minimiser ou relativiser leur rôle dans le génocide rwandais. Cependant, vaut-il vraiment la peine d'instituer une justice internationale des vainqueurs? Si la minorité qui bénéficie une suprématie militaire recourt aux massacres gratuits et systématiques sur la population majoritaire, comment qualifiez-vous cela ? De simples représailles ? Non et non. Voilà, la question des investigations du TPIR sur des criminels membres de la minorité gouvernante au Rwanda risque de changer la compréhension du génocide rwandais et d'empiéter sur le sens des engagements inconditionnels de certains pays à l'égard du régime sanguinaire de Kagame.
Mais l'intérêt de l'exercice des relations publiques ( spin) en cours au conseil de sécurité et dans les journaux occidentaux qui couvrent ce débat sur la séparation des tribunaux TPIY/TPIR se trouverait dans cette reprise des 30.000 victimes comme le chiffre approximatif des victimes du FPR en 1994. A chaque fois on s'empresse d'ajouter qu'il s'agissait des victimes de représailles. Faux et archi-faux ! C'est juste une distraction pour soutenir "subliminalement " la négligence du nombre de hutus tués par le FPR par rapport au million des victimes des interahamwe, chiffre avancé dès juillet 1994 que le recensement des victimes du génocide de 2000 a pris soin de corroborer au décimal près ou presque.
Dans la lettre adressée à l'ambassadeur Ngirabanzi au moi de janvier 2003, Jacques Nizeyimana parle approximativement de neuf milles victimes du FPR en avril-mai 1994 dans la zone qui correspond aux limites actuelles de la ville de Byumba. C'est dans la mesure du cinquième de la population de cette zone pendant cette période. Il n'y a pas longtemps, Monsieur Twagiramungu Faustin, candidat aux élections présidentielles, avançait le chiffre de 300.000 victimes du FPR. Saisissez-nous bien ici. Nous ne cherchons pas à verser dans la comparaison des victimes car nous croyons fermement dans la dignité de chaque vie humaine, mais les 30.000 victimes dénotent un déconfort dans le milieu qui soutient l'assassin Kagame car ils savent qu'il a tué bien plus, je veux dire en termes de centaines des milliers de victimes.
A propos du factuel de génocide rwandais, les milieux onusiens et occidentaux savent que c'est Kagame qui a explicitement mis le feu à la poudre car il est le responsable de l'attentat du 06/04/1994. Ils savent également que « Museveni's boy » est un terroriste, peut -être un bon terroriste dans leurs yeux, car il me semble difficile d'insérer autrement cette réalité dans la lutte multifacette contre le terrorisme international qui les préoccupent beaucoup sur l'échiquier diplomatique.
La vérité est que dans plusieurs coins du pays ces massacres du FPR ont pris l' allure d'un génocide. Le TPIR aurait déjà senti l'ampleur du problème. Là où del Ponte pense qu'il ne faudrait pas tout simplement fermer les yeux, certains acteurs internationaux directement concernés par le soutien apporté à Kagame pensent qu'ils ne faudraient pas surtout ouvrir « the Pandora's box ». Quant à Kofi Annan, il pense que la tricherie de changement des statuts du TPIR pourra distraire les rwandais victimes du FPR, acheter le temps et finalement éviter la levée des voix chez les uns et les autres.
Il est connu que le style d'extermination des masses du FPR est l'un des plus originaux dans ce domaine(voir la note en bas du texte). Il a été mis l'épreuve au Rwanda depuis 1994. Les camps de réfugiés rwandais en ont fait l'expérience en 1996/1997 avec un bilan de 200.000 morts selon les sources onusiennes. La guerre du RDC n'a servi qu'à perfectionner cette machine de mort. C'est une panoplie de stratégies barbares qu'il faut dénoncer à temps et empêcher un nouvel usage en Afrique Central.
Ces méthodes barbares du FPR, avec celles déjà inventoriées chez les interahamwe, exigent l'analyse et la compilation pour une mémoire compréhensive du génocide au Rwanda. C'est ici la mission primordiale du TPIR. C'est ce qui compte plus que les arrestations individuelles des Bagosora, Bizimungu, Kabuga ou Kagame, et j'en passe. Bien sûr que ces arrestations et les jugements constituent une phase très importante de la justice, mais l'héritage du TPIR a sa place dans l'intelligence à tirer de ces jugements, c'est-à-dire une justice impartiale et éducative, une justice à mettre au service de la mémoire du génocide au Rwanda. Malheureusement, force est de constater que le TPIR est en train d'échouer sa mission, à grande vitesse, bien dans la ligne traditionnelle des échecs de l'ONU au Rwanda : 1961, 1994, 2003 ?
Nous avons dénoncé à plusieurs reprises l'indécision et les tergiversations de Carla del Ponte et l'inefficacité de sa diplomatie d'usure avec les criminels du FPR. Sur ses fameuses dates butoirs de fin 2001, fin 2002, et en fin la fin 2004 pour introduire les premiers éléments criminels membres du FPR devant le TPIR n'aura finalement buté que la chance d'une justice impartiale pour tous les Rwandais. Cependant, le débat actuel au conseil de sécurité sur le TPIR, montre que le jeu n'a pas été facile pour Madame del Ponte. Si pour nous elle demeure la victime de son indécision et de ses tergiversations, les pressions exercées sur elle pour la forcer à ignorer les massacres systématiques du FPR en 1994, de partout même de la part du secrétaire général de l'ONU ( le même type qui était responsable des opérations onusiennes de maintien de paix en 1994) semblent beaucoup plus énormes que nous le pensions. Voilà : si maintenant le TPIR vieux de 9 ans ne peut même pas boiter sous l'intrépide del Ponte, c'est signe que cette institution ne se mettra jamais sur ses deux pieds. C'est une idée morte. Honte à Kofi Annan.
Jacques Nizeyimana
11 Août 2003
Monsieur l'Ambassadeur,
J'ai l'honneur de vous transmettre mes salutations et mes meilleurs voeux pour le nouvel an 2003. Je vous écris pour vous exhorter à soutenir ouvertement la voie d'une justice pour tous au Rwanda notamment en oeuvrant dans le sens de permettre que tous les auteurs du génocide et autres crimes contre l'humanité commis au Rwanda en 1994 soient poursuivis et transférés devant la loi sans distinction aucune.
Monsieur l'Ambassadeur, comme vous le savez bien, les deux camps de belligérants, communément étiquetés d'Interahamwe et d'Inkotanyi, ont commis des massacres ignobles au Rwanda spécialement durant la guerre qui a mis fin à la présidence de Sindikubwabo. Les Inkotanyi ont vaincu cette guerre. Après 1994, beaucoup d'efforts ont été déployés pour poursuivre, arrêter et juger les criminels qui manipulaient les Interahamwe dans leurs actes de génocide. Sur ce niveau, il est heureux de noter que le noyau de ce leadership irresponsable est actuellement déféré devant le tribunal onusien d'Arusha.
Cependant, il existe aujourd'hui, neuf ans après la tragédie, une grande amertume due au fait que personne dans les rangs du leadership qui a supervisé les massacres systématiques commis par FPR-Inkotanyi n'a été encore poursuivie ou jugée par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda(TPIR). Vous savez très bien que le gouvernement que vous représentez en Allemagne fait de tout ce qui est à son pouvoir pour empêcher la Procureure générale du TPIR, Madame Carla Del Ponte, de mener des enquêtes sur les crimes contre l'humanité, des crimes graves et irréfutables dont la responsabilité revient sans nul doute au FPR- Inkotanyi.
En effet, Madame Carla Del Ponte a exprimé l'année passée et à maintes reprises sa profonde déception devant le volte-face du gouvernement de Kagame sur le dossier de ces enquêtes. Au départ le gouvernement de Kigali avait promu à Madame del Ponte une totale collaboration. Il n'y avait aucune raison pour se soustraire à ces investigations car la discipline de ses militaires et leur conduite excluaient, selon le FPR, toute possibilité de massacres. Après une période de promesses et d'une certaine manifestation d'ouverture, la procureure générale du TPIR s'est subitement butée à un refus catégorique de collaboration. Il est dit que quelques enquêtes étaient au stade très avancé et que les premiers suspects devaient comparaître à Arusha sans délais. Surprenant a été aussi le changement de langage qui est venu avec ce volte-face. Il est bien connu que le FPR recourt régulièrement aux intrigues et mensonges pour créer une confusion permanente. Au début, il s'agissait donc de nier carrément l'existence des massacres. En suite, on a appris que leadership du FPR reconnaissaient désormais l'existence de quelques massacres commis par ses soldats à titre individuel et pour motif de vengeance. A ce propos, le FPR affirmait que les auteurs de ces massacres avaient été punis. Ceci dit, le FPR ne révélait pas de quels types de massacres il parlait. Il ne donnait pas les noms des criminels punis ni ceux des instances qui les ont jugés. Il ne précisait pas non plus le rôle que les victimes des massacres auraient joués dans ces jugements. Le discours actuel du FPR sur cette question est que toute tentative de juger des criminels dans les rangs du FPR-Inkotanyi à Arusha- des criminels, rappelons-le, soupçonnés d'avoir massacré massivement des innocents en 1994- irait à l'encontre de l'unité nationale. Le FPR ne s'empêche pas d'y ajouter que ces investigations du TPIR nuiront également au processus électoral en cours.
Étayant ses vues sur cette situation, Madame Carla Del Ponte affirme que son expérience montre que le Rwanda n'épargnera aucun effort pour dérouter le TPIR et bloquer les investigations sur les crimes contre l'humanité commis par le FPR. Votre gouvernement a d'ores et déjà imaginé et essayé la stratégie de l'embargo sur le témoins qui voyagent à Arusha à partir du Rwanda. Devant cette détérioration de la situation dans le sens voulu par votre gouvernement, la procureure générale a saisi le Conseil de Sécurité de l'ONU. En réponse, ce conseil a demandé le 18 Décembre 2002 au gouvernement que vous représentez en Allemagne de cesser de saboter les travaux du TPIR et de lever toutes entraves au bon fonctionnement du TPIR sans autre forme de procès. Toutefois, le FPR-Inkotanyi qui a en main toutes les affaires de votre gouvernement se montre toujours bien déterminé à combattre le choix d'une justice impartiale au TPIR. Il déclare que, en se rangeant devant cette option qui ne discrimine ni les victimes ni leurs bourreaux, la procureure générale a complètement perdu son autorité morale. Elle est traitée de tous les noms, reprochée d'incompétence, de tâtonnement et de détachement sur l'objet premier du TPIR qui, selon le FPR, serait de promouvoir la version des vainqueurs de la guerre sur l'explication du génocide rwandais en jugeant uniquement et exclusivement l'un des camps des assassins à savoir les Interahamwe.
Monsieur l'Ambassadeur, les événements douloureux de 1994 au Rwanda ont engendré une soif très vive pour une justice impartiale. L'histoire nationale montre que, au fur et à mesure que les différents régimes se sont succédés depuis le système féodal, les Rwandais continuent d'être victimes des politiques dictatoriales, exclusives et parfois basées sur l'extermination des masses. Pour échapper à ce cercle vicieux, nous avons besoin de construire notre pays sur des bases solides de justice et de démocratie. Pour cela, il va falloir qu'émergent des politiciens qui respectent la dignité de la vie et la loi du pays. Le Rwanda a besoin des hommes et femmes qui s'engagent dans l'action politique sans états d'âme ni reproches liées à quelque participation directe dans les massacres d'innocents.
Monsieur l'Ambassadeur, revenons sur la problématique de justice pour tous et les massacres commis par le FPR. Lorsque le FPR-Inkotanyi vous évacua sur Byumba en provenance de Kigali le 25 avril 1994, vous avez trouvé beaucoup de gens qui avaient élu refuge à l'Église catholique de Byumba. La plupart venaient de Buhambe, votre colline d'origine ou alors de la ville de Byumba. Parmi eux, il y avait les enseignants Apollinaire et Rugira. Il y avait Ignace de CODUKI. Il y avait les prêtres de cette paroisse et beaucoup d'autres. Avant que vous ne partîmes pour Kampala, vous étiez convaincu que ces gens là allaient retourner chez eux sans délais. Toutefois cette chance n'a pas souri à tout le monde: très peu seulement y compris notamment Rugira, ont pu regagner leur domiciles. Cela est une évidence que vous avez pu constaté vous même dès votre retour. Le reste a été acheminé à Kuruyaga et vachement massacré. Les soldats du FPR se sont servi de la houe usée ( agafuni) pour briser les crânes de ces victimes, l'un après et ainsi à tour de rôle. Ce massacre a eu lieu dans les propriétés de Rwambonera et du commerçant Alphonse, des endroits que connaissez très bien. C'est de cette manière que sont morts le maître Apollinaire et sa famille, Ignace et sa femme Musabyimana et les enfants, les trois prêtres de la paroisse ainsi que plus de deux cents autres victimes. Vous connaissiez sans doute personnellement la majorité de ces gens par ce qu'ils étaient soit vos voisins et relations de parenté soit vos employés au DRB, le projet de développement que vous dirigiez en cette période. Vous les connaissiez et vous aviez vu qu'ils étaient bien portant et presque en bon entente avec les soldats du FPR-Inkotanyi qui, à une semaine après la prise de Byumba, manifestaient un air calme et de confiance dans la population locale.
Monsieur l'Ambassadeur, le massacre de ces personnes qui étaient dans l'Église catholique de Byumba est une goutte dans l'océan des massacres perpétrés par le FPR-Inkotanyi au Rwanda. A titre d'exemple, dans la périphérie de Byumba, vous avez aussi une connaissance plus ou moins explicite des massacres qui ont eu lieu au stade de Byumba, au centre scolaire de Kibali, à Kageyo, à Muhondo, à Kisaro et à Meshero. Dans le périmètre de la ville de Byumba telle qu'elle est aujourd'hui, c'est à dire dans les secteurs de Buhambe, Kibali, Rugarama, Rumuli, Mukarange et Byumba, une estimation des victimes suivant une hypothèse minimaliste placerait dans les neuf milles le nombre des individus qui ont été tués par le FPR-Inkotanyi. La cellule Rukomo dans le secteur de Mukarange était peuplée de 780 habitants avant la guerre. Pendant une seule journée, le FPR-Inkotanyi a massacré quelques 310 parmi eux dans une réunion (Inama) qu'il avait convié non loin delà à Meshero. Cet acte de barbarie a eu lieu mardi le 26 avril 1994. La majorité des victimes était constituée de femmes et enfants qui avaient répondu massivement à l'appel des officiels du FPR. Ces officiels promettaient de procéder à l'occasion à un recensement des indigents et organiser l'assistance alimentaire. La fusillade a commencé vers 17h30. Toutefois, c'est à partir de 13h30 que l'on voyait une foule nombreuse, assise au sommet de Meshero, plutôt en ordre comme dans n'importe quelle réunion publique.
A part cette stratégie de convier des gens en endroits retirés pour procéder à une extermination massive (une technique d'assassinat propre au FPR-Inkotanyi qui reste gravée dans la mémoire des Rwandais sous l'expression d'Inama y'Inkotanyi), le FPR a bien souvent rasé les villages, infortuné les gens dans leurs habitations, procédé à des tueries avec pour objectif d'exterminer des familles entières. Ces soldats ont défilé l'enseignant Kabanda partout dans Buhambe avant de l'assassiner. Il est tombé à un lieu que vous saurez personnellement indiqué à quelques mètres près, non loin de l'habitation de Nkurunziza, au bas côté de la route qui longe le Groupe Scolaire de la Salle de Byumba. Le juge Déo et sa femme, la maîtresse Espérance, furent assassinés avec quelques autres trente Bazizi non loin de centre de Biregeya. Les Inkotanyi ont tué l'enseignante Emerithe (fille de Nyirimali), son mari et ses enfants. Ils on tué la maîtresse Épiphanie et son mari. Ils y ont tué votre propre frère, Monsieur l'Ambassadeur. A Kageyo et Gitaba, ils ont tué et rasé ces deux villages. A Gitaba, ils ont tué la famille de Njari, celle de Paul, celle de Philippe, celle de Kanyemera et j'en passe. Ils ont tué Gitaburara Mbonyi, un vieillard aveugle ainsi que ses fils et quelques 11 petits enfants. A Kageyo habitait un vieillard du nom de Sengabo, éleveur de profession, de son temps, ravitaillait le lait aux citadins de Byumba. Les Inkotanyi l'ont trouvé au lit, chez lui, incapable de se tenir sur ses jambes. Ils l'ont fait subir une mort atroce. Ils ont également tué son fils Rwabuzisoni Lorage. Toujours à Kageyo, ils y ont tué Gahoro et toute sa famille, le vieux Musefano et son fils cadet Kanani ainsi que bien d'autres que je ne pourrais pas reprendre les noms dans cette lettre. Ils ont tué Gasana, Mungoyi, Nizeyimana, Rubimbura, Nemeyimana. Ils ont tué, tué, et tué encore comme par plaisir. Sebahire qui habitait à Nyaruvumu a été tué dans la réunion de Meshero. Ayant eu vent de cette réunion, il s'y était rendu avec pour objectif de réclamer la justice aux nouvelles autorités et demander que des gens qui l'avaient persécuté en raison de son ethnie avant l'arrivée des Inkotanyi soient jugés pour leurs actes. On lui avait pris ces vaches et sa maison avait été détruite. Les Inkotanyi ont écouté sa plaidoirie avant de le tuer avec les autres participants. Contrairement à ces persécuteurs ces soldats ne l'auraient pas trouvé assez tutsi.
Monsieur l'Ambassadeur, bien souvent le FPR-Inkotanyi tuait et brûlait les restes des victimes. Alternativement, il les collectait et les transportait vers des lieux inconnus, sans doute pour brouiller les pistes. Les habitants de la cellule de Rukomo ci-haut mentionnée rapportent une camionnette de couleur rouge qui, un mois après le massacre, est venue charger les restes des victimes de Meshero. Cette camionnette a fait plusieurs navettes. Pourtant, malgré tous ces efforts pour effacer les traces, cette zone de Byumba est toujours parsemée de fosses communes que les habitants ne daignent pas déclarer publiquement. Par peur de représailles, ils n'osent pas demander l'organisation de funérailles officielles. Ils ne peuvent pas honorer la mémoire des innocents, des parents, des voisins dont les restes se trouvent dans ces fosses communes. Sur cette base tout le monde comprendrait pour quoi l'histoire du génocide rwandais reste une source de grande confusion pour les écoliers et étudiants dans ce coin du Rwanda. En effet, l'école suit les directives officielles et ne mentionne pas les massacres commis par le FPR-Inkotanyi. Pourtant, les assassins que ces enfants connaissent, les tueurs de masse que leurs parents connaissent, les assassins que vous savez vous même qu'ils se sont investis à fond dans l'entreprise d'extermination des masses à Byumba, les tueurs qui ont assassiné les parents et n'ont laissé derrière des orphelins et des survivants que faute de n'avoir pu les attendre dans la période qu'ils s'étaient eux-même imparti pour essayer leur plan d'extermination, ces assassins que nous tous nous connaissons sont des soldats et des officiels du FPR-Inkotanyi. Sincèrement, il est très révoltant de voir que les élèves à l'école de Muhondo et Kibali sont encore contraints de jouer sur les fosses communes où reposent leurs parents , frères et voisins défunts. Le jour où il y a eu une canicule, il n'est pas rare de voir le sang et la graisse humaine des victimes qui reviennent à la surface, sur les mûrs en terre et le sol poussiéreux dans les locaux où le FPR-Inkotanyi a organisé des massacres. Il en est de même des restes humains que parfois les torrents déterrent sur les collines. Personne ne lève la voix , personne ne se plaint car le bourreau FPR-Inkotanyi règne au Rwanda. Plus grave ce bourreau joue à merveille l'innocent-victime et se présente plutôt comme le sauveur dans les événements de 1994 .
Dans les secteurs de la ville de Byumba ci-haut mentionnés, je suis en position d'affirmer, qu'il n'y avait pas eu plus de 12 victimes tués avant la prise de Byumba par le FPR, c'est-à-dire entre le 06 Avril 1994 et le 17 avril 1994. Certains avait été tués à cause de leur appartenance ethnique. D'autres par ce qu'ils étaient assimilés aux opposants politiques. Tel fut le sort de trois fils de Gatarara à Kageyo: l'un fut tué par les forces gouvernementales de l'époque, les deux autres se sont suicidés. Byandagara, autre fils de Gatarara, un homme juste et intègre avait été plusieurs fois ménacé de mort .On lui avait dépossédé de ses vaches. De retour de l'enterrement de son petit frère assassiné, il a mis fin à sa vie. Sa femme et ses enfants lui ont survécu. Avant l'arrivée du FPR à Byumba, il y a eu aussi le lynchage d'un des fils d'Aristide, un ancien directeur de l'Electrogaz à Byumba. La justice devra également aussi prévaloir sur ces assassinats. Toutefois, quand on parle de génocide au Rwanda sans pour autant verser dans la comparaison des statistiques des victimes selon le type d'assassins et en gardant à l'esprit qu'aucune vie n'est supérieure à l'autre, l'on peut toujours dire et affirmer que l'assassin qui s'est nettement distingué à Byumba est le FPR-Inkotanyi.
Monsieur l'Ambassadeur, d'aucuns se laissent encore confondre par le discours sur l'unité et la réconciliation abondant dans le langage du FPR-Inkotanyi. Ils n'en arrivent pas à comprendre l'horreur des massacres à son actif. Malheureusement, tel fut aussi le cas pour la plupart de ses victimes en 1994. Immanquablement, le FPR-Inkotanyi leur tendait d'abord ce piège de promesse et ce discours pour l'unité et la réconciliation. De cette manière, il réduisait très significativement toute volonté de résistance. A cela il faut ajouter que particulièrement dans la région de Byumba les massacres organisés par les interahamwe n'avaient été que très sporadiques contrairement à d'autres régions du pays où le FPR est arrivé un peu plus tard. Sincère à sa méthode d'extermination des masses, le FPR a attendu la deuxième semaine d'occupation pour conduire des gens à cette boucherie. Clairement, le FPR-Inkotanyi s'était donné du temps pour s'assurer de la confiance de la population à massacrer. On peut dire que cette attitude combinée à la propagande "positive" sur sa radio Muhabura, jouèrent efficacement le rôle d'appât pour attirer des milliers de gens dans des réunions-mouroirs. Autrement, elles auraient pu se soustraire à cette obéissance, ils auraient pu se cacher au lieu de suivre aveuglement les soldats du FPR, ils auraient pu traverser cette période vouée à la mort collective et avoir la sauve.
Ce n'est pas seulement à Byumba que le FPR-Inkotanyi a organisé des massacres. Partout sur son chemin de conquête du pouvoir, l'objectif était unique: massacrer méthodiquement, exterminer le maximum possible de Hutus dans une période courte fixée par le haut commandement dans la région nouvellement occupée. Il se hâtait à accomplir cette tâche avant la reprise du discours officiel sur l'unité et réconciliation, sur l'absence d'ethnies au Rwanda; avant qu'ils s'adressent aux survivants de ces propres massacres et aux survivants de la barbarie d'Interahamwe dans les mêmes termes, les appelant de s'unir pour combattre les seuls Interahamwe. Depuis, le FPR pratique cette formule de confusion, organise des camps de rééducation, etc. Parmi des sites bien connu de massacres organisés par le FPR ailleurs au Rwanda en 1994, on peut citer Murambi, l'ancienne commune de la préfecture de Byumba, Rutonde(Kibungo)et Rusumo de Kibungo où les villages des émigrants internes originaires du nord du Pays -abakiga- furent complètement rasés. A Gitarama, la population a nommé le site du massacre du 19 juin 1994 du nom de Cumi n'icyenda( dix-neuf). Certains massacres étaient conduits en poursuivant quelques objectifs précis à l'instar des massacres des religieux catholiques à Gakurazo dans la préfecture de Gitarama et à Karushya dans la commune de Giti. Ces massacres visaient à éliminer les responsables de l'église catholique au Rwanda. Pour ceux qui demeurent sceptiques sur l'ampleur des massacres commis par le FPR en 1994, on peut leur demander d'aller se rendre compte de cette extermination facile à prouver à Byumba et à Giti où le génocide selon les termes du FPR n'a pas eu lieu. Ainsi, ils pourraient essayer de comprendre le niveau des massacres que le FPR aura commis dans les zones où il a trouvé une situation de massacres. L'évidence que nous avons est que le FPR est coupable d'actes ignominieux, de crimes aggravés contre l'humanité dont les Rwandais ne devraient jamais oublier ou prendre à la légère.
Monsieur l'Ambassadeur, les Rwandais et les habitants de Byumba en particulier souhaitent que les responsables de ces massacres soient poursuivis et traduits devant la loi. Il est important que l'on leur montre que le temps de l'impunité a révolu, que plus jamais l'on ne peut construire son régime et sa fortune sur le sol jonché de tes fosses communes. Les Interahamwe se sont rendus coupable des actes d'extermination des masses au Rwanda. Cela fait neuf ans que les Rwandais, les habitants de Byumba et la communauté internationale unissent leurs efforts pour combattre leur idéologie et réclamer qu'ils soient pourchassés, arrêtés et traduits devant la justice. Pendant tout ce temps, on espérait également que la justice internationale fera vite d'interpeller les criminels au sein du FPR, surtout que les massacres qu'ils ont commis à travers tout le pays sont relativement faciles à prouver. C'est exactement cette conviction sur l'évidence des crimes à l'actif du FPR que l'on espérait aussi que les membres du FPR qui n'ont pas pris aux massacres des innocents, allaient adopter une attitude plus réaliste. La découverte des actes répugnants commis au nom de leur parti auraient pu les suggérer non seulement à dissoudre ce parti mais aussi à se distancer publiquement des criminels qui les ont pris en otage. Aujourd'hui, le constat est que, après neuf ans, ses espoirs se révèlent plus illusoires que jamais. On pourrait plutôt dire que, de la part des rwandais victimes du FPR, il s'agissait d'une naïveté coupable qu'il faudra rapidement abandonner et remplacer par une volonté affirmée, active et progressive de démontrer la vraie nature criminelle du FPR. Il faut réclamer ouvertement et sans tergiverser que ce parti réponde officiellement de ces crimes de sang.
Monsieur l'Ambassadeur, nous sommes du même avis que la problématique de justice au Rwanda d'après 1994 n'est pas à prendre à la légère. L'horreur qui s'est abattu sur le Rwanda est d'une profonde complexité. Presque chaque famille rwandaise a été directement endeuillée par ces massacres. Je n'ignore pas que vous êtes au courant de la situation de Byumba décrite dans cette lettre. Il est également connu qu'après la guerre de 1994, vous avez dédié vos énergies à la reconstruction d'un nouveau Rwanda que vous voudriez qu'il brille par le respect de la loi et l'éradication de l'impunité, un nouveau Rwanda qui devrait être bâti sur des nouvelles fondations d'unité et de réconciliation entre tous les enfants du pays sans distinction aucune. Une publication de votre parti MDR sortie vers la fin de 1994 soulignait déjà cette volonté claire et limpide de rendre aux Rwandais une justice impartiale, d'une justice qui ne fait pas de différence entre les victimes d'Interahamwe et les victimes du FPR-Inkotanyi. Les vues exprimées dans cette publication, dit-on, auraient conduit à la démission du gouvernement de Faustin Twagiramungu, président du MRD et premier des premier ministres des gouvernements du FPR-Inkotanyi.
Il est déplorable que très peu seulement au sein du FPR-Inkotanyi se sont séparés de cette idéologie bien élaborée d'extermination des masses accompagnée de toute une panoplie de techniques de couverture des massacres. Pourtant il y a en eu qui ont osé. En agissant de la sorte ils ont soit payé de leur sang, soit parti en exile soit emprisonnés. Feu Sept Sendashonga, votre collègue ministre au gouvernement du FPR, fut assassiné à Nairobi en 1998. Pasteur Bizimungu, l'ex-président de la république du FPR est actuellement en prison. Avoir ce courage de dénoncer le FPR-Inkotanyi à partir du Rwanda, se risquer sur ce terrain sans être du moins un membre du FPR, agir de la manière d'Ubarijoro, de Nkurikiyinka et peu d'autres cas encore, cela relève plutôt d'un acte de suicide. Vous savez très bien comment le FPR y' prend pour réduire en silence ceux qui opposent sa tyrannie ou cherchent à exposer ses crimes. Il y a à dire que le TPIR d'Arusha est en train de subir un assaut musclé de la part du FPR à fin d'étouffer sa mission de juger sans distinction les criminels qui ont commandité les événements de 1994 au Rwanda. Dans ces circonstances, bienvenu et opportun est tout concours visant à permettre une compréhension du génocide rwandais dénouée de toute équivoque . Ce n'est que cette bonne compréhension qui pourra nourrir des politiques non-divisionnistes qui supplantera à la fois des politiques qui vocifèrent la haine et glorifient l'extermination des masses comme c'était le cas chez les Interahamwe et des discours qui manipulent les idéaux pour l'unité nationale et la bonne conscience du peuple pour aider à conduire à la mort la plus grande masse possible d'innocents comme le FPR-Inkotanyi y a procédé à plusieurs occasions.
Monsieur l'Ambassadeur, on ne vous demande pas l'impossible. En vérité, votre voix en qualité d'Ambassadeur du Rwanda en Allemagne pourrait faire l'écho aussi bien à la présidence de la république au village Urugwiro qu'au siège du TPIR à Arusha. Cependant, quelle que soit votre position, il m'incombe de vous dire qu'il n'y pas de doutes que la vraie nature du FPR sera un jour mise à nu. Le silence et l'indifférence sur des massacres graves et inouïes commis par le FPR ne peuvent équivaloir qu'à un abandon à votre cause politique, un abandon de tous Rwandais en deuil réprimé depuis 1994. Les derniers neuf ans furent une période plus longue que nécessaire pour jauger les vraies intentions du FPR. Ce parti est très avancé dans la mise en place de ses plans diaboliques d'exclusion et d'extermination. C'est pour cette raison qu'il faudrait maintenant redoubler d'efforts pour dévoiler et exposer cette nature occulte. Il est temps d'honorer la mémoire des victimes des massacres que le FPR a organisé au Rwanda. Tout a commencé dans les zones de Byumba. Il est temps que les Rwandais envisagent en toute sérénité les risques que cette situation actuelle impose sur l'avenir du pays . Il est temps de soutenir sans ambages le TPIR dans sa démarche d'une justice impartiale. Ce tribunal est en position unique et spéciale de prouver aux dirigeants actuels et ceux de demain que la seule preuve de détenir un pouvoir dictatorial ne constitue plus une condition suffisante pour s'assurer l'oubli de la barbarie perpétrée et l'impunité sur ses actes sanguinaires. Actuellement la condamnation des partis qui propagent l'idéologie génocidaire au Rwanda semble un choix unanime. Quelques partis de ce genre ont été déjà déclarés hors la loi. Ils n'ont aucune chance de revoir le jour au Rwanda si l'unité et la réconciliation nationale sont réellement érigées en guide et source d'inspiration pour la république. C'est dans cet ordre des choses que, compte tenu des crimes ignobles commis par le FPR, crimes perpétrés à Byumba et ailleurs Rwanda, il me semble opportun d'appeler avec insistance à la dissolution du FPR.
Monsieur l'Ambassadeur, le Rwanda a besoin d'un nouveau type de leaders acquis aux idéaux de paix et de démocratie, des leaders qui croient à la réconciliation et à la justice impartiale; des leaders qui prêchent ces idéaux avec conviction et non pas comme une sorte de couverture diplomatique sur leur rôle dans la tragédie rwandaise. Il est vrai que la grande majorité des membres du FPR, de part l'histoire de leur parti et les privilèges d'un pouvoir quasi-exclusif, sont pris en otage par une crique criminelle qui tient la direction et jouit la protection de cette organisation politico-militaire. Pour vous même et autres politiciens Rwandais, il est un devoir de justice de rappeler et répéter sans cesse la cruauté, la barbarie des massacres commis par le FPR à cette catégorie du peuple rwandais. Des témoignages constats et des actions de préférence de la part des individus qu'ils ont accosté dans les années d'après 1994 pourraient en effet éroder la loyauté aux criminels et les inciter à traduire en pratique la propagande sur l'unité et réconciliation en soutenant le TPIR dans ses enquêtes sur les massacres commis par leurs collègues. Ainsi, ils arriveraient à se séparer de la politique liberticide et d'exclusion chère aux assassins très puissants dans FPR. Autrement, cette bande de criminels qui tient les reines du pouvoir et manipule à sa guise tous les secteurs de la vie nationale, notamment l'armée, l'économie, la justice et la diplomatie, va s'investir encore plus à réduire en silence le TPIR d'Arusha. Elle continuera à se faire la publicité aux moyens des initiatives dites de bonne gouvernance qui, en réalité, ne sont qu'un exercice grossier de communication. Elle continuera de se targuer l'avoir organisé des élections , le recensement des victimes, la libération des prisonniers, et j'en passe, tout en poursuivant l'objectif à peine déguisé d'amadouer la communauté internationale, la distraire et mettre en exécution les mesures visant à échapper aux enquêtes du TPIR. Cette bande de criminels va encore une fois faire en sorte que le FPR-Inkotanyi s'appuie davantage sur quelques hutus marionnettes dans ses organes dirigeants pour tromper sur le caractère exclusif de ce parti. Des gens comme vous mêmes ou d'autre au calibre du tempérant Murigande serviront à redorer l'image du FPR à l'étranger. Ce serait de votre part une manière régressive d'agir car le FPR ne cesse de se trahir depuis un certain temps. De plus en plus il donne au tribunal d'Arusha une image criminelle. Il ne faudrait pas perdre de vue que la grande mission de ce tribunal est et reste de prouver à ceux qui ont exterminé des masses au Rwanda qu'il n'existe pas d'alternative à la justice. Le choix est le vôtre. Dans l'entre temps l'expérience nous montre que tous ceux-là qui assurent de gré ou de force la protection de cette bande d'assassins qui dirige le FPR-Inkotanyi ne restent dans l'estime de la bande qu'aussi longtemps qu'elle les juge utiles. Ils finissent tous par être privé de leur dignité humaine et leur droit à la fierté nationale.
En résumé, Monsieur l'Ambassadeur, cette lettre voudrait vous exhorter d'associer votre voix à beaucoup d'autres qui réclament actuellement une véritable réconciliation nationale à travers l'implémentation d'une justice impartiale pour tous. Vous êtes dans une position d'expliquer à la communauté internationale la nécessité de traduire en justice les "gros poissons "au sein du FPR-Inkotanyi. Il est temps que ces criminels répondent de leurs actes sauvages. Ils est temps que l'on expose les méthodes d'assassinat du FPR devant le TPIR à Arusha. Il est temps que la mémoire de leurs victimes cesse d'être un fardeau à cacher pour ceux qui ont survécu. A propos de cette mémoire, nous vous demandons de soutenir l'initiative de demander et de faire campagne pour ériger dans tous les secteurs du pays un mémorial pour des victimes du génocide et autres crimes contre l'humanité corollaire aux événements de 1994. Ils seraient gravés sur ce mémorial les noms des victimes, les dates de massacres et l'étiquette sous lequel se présentaient leurs assassins. Le Rwanda ne profitera jamais du négationisme sur le génocide commis par les Interahamwe. Le Rwanda ne profitera pas non plus de la minimisation et l'indifférence sur des massacres commis par le FPR-Inkotanyi. Comme le Procureur Carla Del Ponte l'a dit récemment, c'est aujourd'hui que nous Rwandais avons besoin d'une justice à fin d'envisager l'unité, la réconciliation et le futur en toute confiance.
Je vous remercie.
C.I:
.Monsieur Charles Murigande, Secrétaire-Général du FPR
et Ministre des Affaires Étrangères au Rwanda
Kigali
.Son excellence Monseigneur Servilien Nzakamwita,
Évêque du Diocèse de Byumba
Byumba
.Mr Jean Baptiste Habyarimana, Président de la commission
d'unité et réconciliation
Kigali
.Mme Carla Del Ponte, Procureure Générale du TPIR d'Arusha
La Haye
Les journaux: Imvaho, Kinyamateka, BBC-Gahuzamiryango,
VOA Kinyarwanda- Kirundi
Kigali-Londres-Washington
Dans un article intitulé "Ce que Kagame prépare pour le TPIR" du 11 juillet 2002, j'ai mis en exergue les tenants et les aboutissants d'une crise en gestation au TPIR, une crise voulue et activement recherchée par le FPR de Kagame, une crise conçue pour être salutaire au régime du FPR, une crise qui devrait avoir le jour et réussir avant la fin de cette année 2002 ou, en d'autres termes, avant que la procureure générale du TPIR, Madame del Ponte, n'interpelle les militaires criminels du FPR qui ont trempés dans les massacres systématiques organisés sur des populations civiles au Rwanda en 1994. Dans une certaine mesure, cette crise a eu lieu. Toutefois, Kagame n'a pas encore réussit son plan de mettre le TPIR à genoux.
L'année 2002 touche à sa fin. Le général Kagame a comme prévu pris son temps pour poser des mines et construire un mur de défense argumentaire pour son refus catégorique de coopérer avec le TPIR. Le point culminant de sa lutte contre la justice internationale aura été la déclaration incendiaire du 22 Novembre 2002 où le gouvernement rwandais dénigre la procureure générale du TPIR et rejette totalement son action au TPIR. Cependant, à la suite de sa réunion 4674 tenue le 18 décembre 2002, le conseil de sécurité a demandé encore une fois au gouvernement rwandais de coopérer sans conditions avec le TPIR.
L'année 2002 touche à sa fin. La procureure générale Del Ponte n'a pas encore tenue sa parole d'inculper les plus imminents des criminels au sein de l'APR, des criminels qui contrôlent le FPR, des criminels qui ont fait de ce parti militaro-politique non seulement une véritable machine à tuer, mais aussi une entreprise qui prospère grâce à la machination et la couverture des massacres. Désormais, del Ponte semble avoir vu clair dans cette entreprise. Aura-t-elle encore une fois l'audace de tourner le dos à la justice et de reporter les premiers mandats d'arrêts contre les criminels de l'APR à une autre hypothétique échéance?
L'année 2002 touche à sa fin. Le Rwanda à la fois victime du génocide des interahamwe et des massacres systématiques qui ont été commis par le FPR vit toujours soumis à un de deux camps de bourreaux. le Rwanda vit entre le silence et les fosses communes remplies par le FPR. Les espoirs de voir le TPIR lever la voile sur ce silence qui plane sur ces massacres abominables organisés et perpétrés à la fois par le les interahamwe et le FPR s'échauffent et se refroidissent au rythme du fonctionnement indécis de ce tribunal.
L'année 2002 touche à sa fin. Le FPR se prépare à organiser des élections générales l'année prochaine dans une société où, au jour le jour, il s'acharne à tuer la liberté d'expression. Au moment où certains se refusent encore d'envisager toute considération de génocide à l'égard des massacres systématiques commis par le FPR, non pas par ce que ces massacres n'ont pas eu effectivement des allures d'un génocide, mais sur base des lignes diplomatiques et des limitations conceptuelles face au contexte du génocide rwandais et autres génocides dans l'histoire de l'humanité, d'aucuns reconnaissent de plus en plus le caractère liberticide de la politique du FPR. Ils reconnaissent que ces élections ne courent pas une seule chance sur mille de devenir des élections démocratiques.
L'année 2002 touche à sa fin. Le FPR s'oppose à l'action du TPIR parce qu'il sait notamment que le cynisme et la machination comme règle de massacres et de diplomatie de couverture des massacres commis par le FPR seront exposées quel que soit le membre du FPR à être jugé par le TPIR. Il sait que les massacres commis sont graves, systématiques et faciles à prouver car ils ont eu lieu sur l'ensemble du territoire national. Il sait que à travers les procès des criminels de l'APR, l'opinion internationale sera convaincu de l'incompatibilité entre la nature du FPR et la démocratie et la justice dans la société rwandaise.
L'année 2002 touche à sa fin. Le TPIR semble avoir remarqué le piège. Avec retard. La présidente et la procureure générale ont toutes les deux dénoncé au conseil de sécurité de l'ONU à deux reprises chacune dans un espace de cinq mois la tactique du gouvernement du FPR d'empiéter sur le fonctionnement du tribunal et le refus de Kagame de coopérer sur les investigations du TPIR sur les crimes de guerre commis par les éléments de l'APR. Le FPR quant à lui persévère à semer la confusion. Il y a eu un remaniement ministériel et une nouvelle distribution des postes dans le haut commandement de l'APR pour s'adapte à "la menace TPIR". Le ministère des affaires étrangères est finalement passé "officiellement" aux mains du secrétaire général du FPR. Dans l'armée le militaire dont le mandat d'arrêt serait prêt depuis la fin de l'année 2001 a retrouvé une place de grande influence dans l'APR. Au dessus de tout, Le FPR poursuit tambour battant sa campagne de diabolisation du TPIR.
L'année 2002 touche à sa fin. Pourtant, l'ultime confusion gît ailleurs. Il été prévu une réunion le 11 décembre 2002 à Arusha entre les Monsieurs justice du FPR et les responsables du tribunal pénal international pour le Rwanda. A la dernière minute le FPR a boycotté la rencontre. Le FPR s'est arrangé pour que certains médias qui lui sont aveuglement favorables propagent le mensonge que la réunion initialement prévue au début de novembre avait été encore une fois reportée! La raison avancée par le FPR était que l'ambassadeur itinérant des crimes de guerre du gouvernement américain Monsieur Richard Prosper ne pouvait pas participer à cette rencontre. Tout simplement, le FPR chercherait ici à faire croire aux dirigeants du TPIR qu' il bénéficie du soutien américain dans son refus de coopérer avec le TPIR.
L'année 2002 touche à sa fin. Ce qui est évident est que le FPR cherche à éloigner le plus loin possible l'attention de l'opinion internationale de la véritable raison de la crise avec le TPIR qui est de traduire à Arusha les criminels au sein de l'APR. Également, il cherche à ridiculiser l'action du TPIR et à mettre la procureure générale dans la position où elle ne pourra pas facilement lancer les mandats d'arrêts contre les membres de l'APR avant la fin de cette année.
L'année 2002 touche à sa fin. Pourtant, le FPR n'aura prouver au monde entier que un TPIR qui ne serait pas son potager diplomatique aux ingrédients de distraction de l'opinion international sur ses propres crimes de guerre et crimes contre l'humanité ne mérite que de disparaître purement et simplement. Espérons que la décision du conseil de sécurité du 14 décembre 2002 en rapport avec l'augmentation des juges au TPIR est une marque de la détermination de l'ONU à réussir le pari du TPIR.
L'année 2002 touche à sa fin. Clairement, l'ultime et vital objectif de Kagame reste de rendre caduc la justice internationale exercée au TPIR. Il y a ici une épreuve sur la compréhension que Kagame et le FPR se font du génocide rwandais et de l'impunité dans la société rwandaise. Tout est cynique et mensonge. Depuis l'assassinat des présidents rwandais et burundais dans un attentat terroriste le 06 avril 1994, un attentat qui fortuitement présente quelques les similarités avec cet autre contre l'avion de la compagnie Israélienne à Mombasa le mois passé aussi bien en rapport les moyens utilisés par les terroristes que probablement aussi et surtout dans les conditions d'acquisition des armes de crimes, jusqu'à la panoplie de machination et de diplomatie de couverture des massacres comme elle transparaît dans le discours de del Ponte aux parlementaires britanniques le 25 Novembre 2002.
L'année 2002 touche à sa fin. On s'est bien que ce ne sera pas facile pour certains gouvernements occidentaux qui soutiennent les efforts de paix et stabilité dans la région des Grands Lacs africains d'admettre l'évidence que Kagame préside à la tête d'une organisation criminelle. Mais alors, y-a-t-il là vraiment une raison suffisante d'abandonner le TPIR qui cherche à prouver que l'éradication de l'impunité est possible au Rwanda? Faut-il abandonner le TPIR comme on a abandonné la MINUAR en avril 1994? S'il faut sortir du cercle vicieux des violences et des alliances éphémères avec les régimes dictatoriales au Rwanda et en Afrique centrale, le TPIR représente un atout non pas un autre gadget en provenance de l'ONU.
L'année 2002 touche à sa fin. La question est de savoir si Madame del Ponte va subir le même sort que le général Dallaire? A la fin de son mandat, recevra-t-elle elle aussi des médailles et récompenses franchement parlant en guise de l'échec du TPIR? Si les échecs du passé servaient à éclairer le conseil de sécurité dans ses décisions sur le Rwanda actuel, le soutien inébranlable à la réussite du TPIR dans sa mission devrait constituer une priorité inconditionnelle. Juste pour rappel, le Rwanda et l'ONU ce n'est pas une histoire de ces derniers dix ans. C'est quelques quarante ans de bonnes initiatives qui tournent immanquablement mal à la fin. Un petit rappel: les premières élections démocratiques au Rwanda étaient organisées par le conseil de sécurité de l'ONU le 25 septembre 1961.
L'année 2002 touche à sa fin. Une fin qui pourrait être pareille à la fin 2000 et la fin 2001 dans les annales du bureau de la procureure générale du TPIR. En gardant à l'esprit la date butoir de 2008 pour la clôture des travaux du TPIR, on ne peut exiger de la procureure générale du TPIR que de tenir sa parole et d'inculper sans délais les premiers criminels qui jouissent la protection de l'État rwandais. On ne peut exiger de la communauté rwandaise que de dénoncer incessamment des criminels qui allègrement se moquent de l'humanité et des droits de l'homme. On ne peut exiger de la communauté internationale que de continuer à traquer et à sévir sur tous les criminels responsables de l'holocauste rwandais sans distinction ni faveurs.
Jacques Nizeyimana
19 décembre 2002
Selon le journal The Washington Post dans son article "U.N Official criticises Rwanda" du 25 Juillet 2002, il est enfin officiel, le gouvernement de Kigali a suspendu sa coopération avec le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) sur les investigations des crimes de génocide et crimes de guerre commis par les membres de l'armée patriotique rwandais(APR). La procureure générale du TPIR, Madame Carla Del Ponte a saisi le Conseil de Sécurité.
Des sources concordantes confirment cette nouvelle. Le 24 juillet 2002 l'agence Reuters et l'agence l'Agence France-presse reportaient le procureur général du Rwanda, Gérard Gahima, qui a déclaré le même jour dans une conférence de presse à New York que le Rwanda s'oppose à ces investigations car toute tentative d'inculper un ou des officiers de l'APR équivaudrait à s'attaquer l'unité du pays.
Officiellement, le Rwanda reproche au TPIR indifférence et négligence dans la poursuite et le jugement des responsables du génocide rwandais. Du moins c'est ce que Gahima disait dans sa conférence de New York. Le porte-parole du gouvernement rwandais quant à insistait le 13 juin 2002 sur les mots lenteur, manipulation et incompétence en définissant le mal du TPIR. Pour manifester sa révolte, le gouvernement a provoqué une crise au TPIR. Il a notamment introduit un embargo sur les témoins à l'encontre du tribunal. Selon l'agence Reuters, la présidente du TPIR Juge Navanthem Pillay a affirmé le 30 Juillet 2002 que deux avions de l'ONU sont allés récemment prendre les témoins à Kigali et retournés vide. Elle a émis des inquiétudes sur la capacité du tribunal de reprendre effectivement ses travaux le 13 août 2002 si le Rwanda maintient cet embargo.
A l'occasion de la présentation du rapport sur les massacres de Kisangani (mai 2002) à propos des quels les rebelles congolais sous la houlette du Rwanda et le Rwanda ont été condamnés, Madame Robinson, le haut commissaire des Nations Unis pour les droits de l'homme, a communiqué elle aussi au conseil de sécurité que la conduite du gouvernement de Kagame porte directement atteinte à la capacité du tribunal d'accomplir sa mission de justice au Rwanda.
En effet, d'aucuns doutent la consistance des critiques de Kigali à l'égard du tribunal. Contrairement à ce que dit le Rwanda, le TPIR s'est pour longtemps montré pathétique à l'égard du leadership du FPR au pouvoir à Kigali. Le FPR en tant que partie prenante de la guerre civile qui a culminé avec le génocide, est suspecté d'avoir organisé et perpétré des massacres systématiques dans tous les coins du pays. Son armée, l'APR fait parti du champ d'investigation du tribunal. Cependant, jusqu'à ce jour aucun responsable de ces crimes attribués à l'APR n'a été encore traduit en justice.
Selon la complainte de la procureure générale du TPIR au conseil de sécurité, le véritable point de friction entre le TPIR et le gouvernement de Kigali porte sur les investigations en cours sur les membres de l'armée patriotique rwandaise.
FPR: unité nationale incompatible à une justice impartiale
Il est scandaleux d'entendre un procureur général, soit-il à la solde d'un régime dictatorial, déclarer sans vergogne que l'unité du pays repose sur l'impunité des criminels au sein de l'armée nationale. Certes,Gérard Gahima est membre de la crique qui décide la vie et la mort au Rwanda autour du Général Major Paul Kagame, président du FPR et président de la république, mais sa déclaration a tout de même largement dépassé les limites de la logique de droit.
En exigeant des Nations unis d'exonérer aux membres de l'APR de poursuites judiciaires, Gahima fait en quelques sortes un aveux indirect sur des allégations de crimes portées à l'encontre l'APR. Tout simplement, il a tenté de faire l'unité nationale un argument du dernier recourt pour justifier le refus total de coopérer avec la justice internationale.
Le FPR conçoit la survie de la nation rwandaise en termes d'officialisation par le TPIR de l'impunité en faveur des criminels issus de son armée. On espère que la lecture des propos de Gahima va finalement aider même les plus sceptiques à comprendre l'anachronisme du projet politique du FPR qui, littéralement dans le premier mois d'existence effective de la court criminelle internationale, défend tambour battant l'incompatibilité entre l'unité nationale et la justice impartiale au Rwanda.
Que l'inculpation par le TPIR des criminels au sein de l'APR menace l'unité nationale au Rwanda, cela relève du sophisme politique. Le FPR n'a pas de doute sur les enjeux en cours. Il sait que les allégations de crimes sont très graves. Il sait qu'elles sont faciles à prouver par des investigateurs indépendants, à l'instar de ceux qui travaillent pour le TPIR. Au dessus de tout, il sait que ce qui est incompatible à une justice impartiale n'est pas l'unité nationale, comme dans le sophisme, mais la survie du FPR en tant que parti politique.
FPR: la langue de bois
Après plusieurs mois de tergiversation, on apprend ainsi qu'en plus de la communication sur l'arrêt total de coopération sur les investigations des criminels au sein de l'APR et l'embargo sur les témoins mis en place par le gouvernement du Kigali, Carla Del Ponte se serait finalement résolu de dénoncer la langue de bois de Kagame au conseil de sécurité. Selon, Del Ponte, Kagame avait toujours promu de laisser les investigateurs du TPIR mener des enquêtes au Rwanda, y compris sur les massacres attribués aux militaires au sein de son armée.
Les victimes de l'oppression du FPR, les rescapés des massacres systématiquement et méthodiquement exécutés par l'API et toute la communauté internationale qui croient encore dans la mission du TPIR ne savent pas choisir le vrai du faux de ce qui s'est passé exactement entre le leadership du TPIR et celui du FPR. Le 3 juillet 2002, quelques semaines avant que Del Ponte ne décide de saisir le conseil de sécurité, elle déclarait encore aux journalistes à Kigali, après d'intenses négociations avec le président Kagame, le ministre Mucyo de la justice ainsi que le même procureur général Gahima, que les relations entre Kigali et le TPIR étaient tout à fait saines. On ne comprend pas la logique derrière ce besoin qu'elle a toujours eu de maquiller le cadavre.
Depuis le début, le TPIR a adopté une attitude contre productive en investissant dans des négociations secrètes et interminables avec le FPR malgré une connaissance explicite qu'il avait sur des massacres systématiques commis par ce parti militaro-politique.
Kagame a profité de ces stériles négociations pour asseoir son autorité et améliorer sa crédibilité en tant que chef d'État, répétant sans cesse à ses pairs africains et aux bailleurs de fond internationaux les creux engagements sur la démocratisation, la réconciliation et la justice impartiale au Rwanda. Tiraillé entre les exigences d'un discours diplomatiquement et politiquement correct d'une part, et une connaissance claire de l'ampleur des actes d'extermination des masses à son actif et à l'actif de son armée, il ne pouvait que négocier et promettre la coopération avec le TPIR. La plus grande inquiétude serait que ces négociations entre le TPIR et le FPR portant sur des crimes contre l'humanité n'étaient peut-être qu'une stratégie concertée pour effectivement leurrer l'opinion nationale et internationale et préparer le monde à accepter une éventuelle exonération des crimes commis par les membres du FPR.
Dans tous les cas, la complicité du TPIR est que ce tribunal a donné au FPR le temps de se préparer à cette crise. Quoi d'anormal alors si à l'absence de grande détermination à défendre la mission du tribunal de la part du leadership du TPIR, le conseil de sécurité, une fois mis devant le fait accompli, décidait d'octroyer l'exonération des crimes aux membres du FPR! Dans tous les cas, le fonctionnement habituel du conseil de sécurité ne rassure personne. Le FPR y mise avec beaucoup d'espérance. Il n'y a que la détermination et le professionnalisme de Del Ponte qui pourront finalement faire contrepoids. Mais si elle y va comme elle y est toujours allée, la faillite du TPIR ne serait plus qu'une affaire de quelques mois.
FPR: Sources de confort
Plusieurs raisons expliquent cette confidence affichée par le FPR en menant le TPIR par le bout du nez. Il y a trois importantes sources de confort qui notamment rassurent le leadership du FPR dans son exigence d'exonération de poursuites judiciaires sur les crimes commis par son armée: le sentiment de culpabilité qui hante toujours la communauté internationale sur les événements du Rwanda, l'absence de communication par le TPIR sur les crimes du FPR et l'habitude acquise sur l'exonération des crimes.
Les criminels au sein de l'APR trouvent leur premier confort dans ce sentiment de culpabilité de la communauté internationale qui, avec raison, se reproche encore d'avoir abandonné les rwandais à eux-même durant l'holocauste de 1994. La décision de rapatrier le gros les forces onusiennes en Avril 1994 tandis que le pays était prolongé dans une guerre civile et que les atrocités prenaient l'allure d'un génocide fut en soi une très mauvaise décision de la part du conseil de sécurité. D'aucuns pensent qu'il s'agissait en fait d'un feu vert donné au FPR pour conquérir au plus vite le pouvoir au Rwanda
La plupart des crimes accusés au FPR datent justement de cette période dite de 100 jours du génocide rwandais après l'attentat du 6 avril 1994. Cet attentat a été dans une certaine mesure une goutte de trop car la guerre civile au Rwanda était dans sa quatrième année, n'empêche cependant qu'il fut un élément déclencheur du génocide rwandais. Le TPIR se montre retissant à ouvrir une enquête sur cet acte de terrorisme international malgré que plusieurs témoignages et intelligences établissent la responsabilité directe du commandant en chef de l'APR, le général major Paul Kagame.
Ainsi, quand le procureur général Gahima rappelle à l'occasion de sa conférence de presse de New York que le FPR a arrêté le génocide, il sait qu'il met en position difficile ceux qui ont poussé au retrait des forces onusiennes après l'attentat du 06 avril 1994. En effet, peuvent-ils dénoncer les crimes du FPR sans se trahir? Comme on le voit, le FPR a subtilement transformé en argument de chantage, la culpabilité qu'ils ont de ne pas avoir intervenu et d'avoir cru au bon mot du FPR et le laissé faire au prix des massacres systématiques de la population de sa part et de la part de ses adversaires.
La deuxième source de confort pour le FPR se trouve dans le fonctionnement du bureau de Del Ponte, notamment en ce qui concerne la communication sur les allégations et les investigations des crimes de l'APR. Le TPIR avoue qu'il y a eu des cas de massacres systématiques mais il ne présente jamais des cas précis. Conformément à sa manière de communiquer sur les crimes des extrémistes interahamwes, serbes et croates, Del Ponte aurait pu s'exprimer et illustrer son travail par quelques cas de massacres systématiques, des lieux, dates, pourquoi pas l'ampleur des crimes à investir, sans que cela ne porte atteinte à la présomption d'innocence, à la poursuite et l'affinement des investigations. Le silence de Del Ponte a donné aux criminels de l'APR l'impression de jouir quelques occultes privilèges au près du TPIR. La crise actuelle prouve qu'ils sont en même de lui tourner la courtoisie.
La troisième source de confort pour le FPR est tout simplement qu'il est désormais habitué à être exonérée de poursuites judiciaires. Il affiche toujours cette confidence quand il fait face à du déjà vécu, très facile à surmonter d'accusations de crimes de génocide et crimes de guerre.
En avril 1995, l'APR a massacré des milliers de déplacés dans les camps de Kibeho. La communauté internationale a condamné ces massacres mais aucune mesure n'a été prise pour décourager l'API à tuer massivement et si facilement. Une année plus tard, l'API allait au Zaïre (actuel RDC) massacrant au passage 200000 réfugiés rwandais. La communauté internationale a été choqué par ces massacres poussant l'ONU à mettre sur pied une commission d'enquête en 1997.
Cette commission a été dissoute par le conseil de sécurité au moment où elle était sur le point de conclure un rapport accablant sur la responsabilité directe de l'APR. La deuxième guerre en RDC faisait rage. Elle fut une autre crise qui ajoutait à la complicité de la situation et a conduit à l'exonération aux criminels de l'APR. Ainsi, en provoquant l'actuelle crise avec le TPIR, le FPR répète un exercice qui lui a déjà sauvé la face dans le passé.
FPR: conséquences d'exonération et conclusion
Ce que le procureur général Gahima a révélé au monde le 24 Juillet 2002 est que le TPIR se trouve dans la ligne de mire du FPR. De son point de vue, le TPIR doit démordre sur les investigations sur les membres de l'APR ou disparaître. Le refus du FPR de coopérer avec le TPIR va avoir des retombées négatives sur les procès déjà en cours. Il n'y a pas de doutes, les criminels Interahamwe vont eux-aussi tirer profit de cette crise. Si le TPIR recule sur les dossiers du FPR, sa crédibilité va extrêmement en souffrir.
Les détenus d"Arusha et autres criminels actuellement recherché par le TPIR se réconforteraient dans cet échec qui, sur le plan argumentaire, va les pourvoir en moyens de rendre le travail de justice d'Arusha totalement impossible. L'exonération des crimes aux membres de l'APR enverra un mauvais signal à toutes les forces négatives et rebelles légitimes qui se bataillent dans la région des Grands Lacs Africains. Au lieu de paver la route pour la paix, le TPIR aura servi à enliser la situation.
En attendant la réaction du conseil de sécurité sur la conduite intolérable du FPR, il est important que le TPIR redouble d'efforts dans sa détermination pour défendre sa mission au Rwanda et l'impartialité dans son action de justice. Il est nécessaire que le leadership du TPIR engage des contacts personnels avec des responsables occidentaux ayant autorité morale sur le FPR pour les entretenir sur la gravité des crimes en jeu et le véritable point de friction entre le TPIR et le gouvernement de Kigali.
Après tout, si le FPR représente toujours un leadership acquis à la démocratisation, à la réconciliation et au développement au Rwanda, il survivra, mieux il profitera des procès, de la conviction et de l'éviction des criminels au sein de son armée. Alternativement, si jamais ce test de justice emportait le FPR, ce sera aussi un bénéfice pour la nation rwandaise , une preuve que ce parti aura été pour longtemps au service des criminels, et par voie de conséquence, n'aurait pas au départ mérité tout le soutien et confort voire même dans une certaine mesure l'immunité contre le droit international.
En s'opposant aux poursuites judiciaires des militaires de l'APR qui ont trempé dans des massacres systématiques sur les populations civiles, le FPR exige une concession d'une absurdité énorme. Cette demande mérite un rejet catégorique et une condamnation sans réserve des pays, organismes et individus épris de justice et de liberté dans ce monde de plus en plus déterminé à se doter d'une court pénale internationale efficiente et respectée.
Par ailleurs, n'est-il pas suffisamment aberrant de voir qu'au moment où les États Unis se disent prêt à dépenser des millions de dollars pour chasser et capturer les fugitifs génocidaires rwandais qui se cacher notamment en RDC, Kigali demeure un sanctuaire ouvert à d'autres criminels qui non seulement échappent à la justice , mais aussi et plus grave s'estiment en droit d'exonération de poursuites en plus du droit politique et militaire qu'ils ont usurpé leur permettant de sévir légalement sur leurs adversaires?
Le TPIR est à la croisée des chemins. Quoi qu'il arrive, les victimes de l'oppression du FPR et les rescapés des massacres commis par le FPR n'accepteront pas une exonération de poursuites judiciaires aux criminels membres de l'APR. Ils n'accepteront pas aucun compromis visant à décharger le TPIR de la poursuite de ces criminels sous prétexte que le tribunal est empêché de mener des enquêtes valables au Rwanda.
Jacques Nizeyimana
02 Août 2002
Dans sa décision communiquée à la presse mercredi le 19 juin 2002, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda basé à Arusha en Tanzanie a ordonné le gouvernement de Kagame de se conformer aux dispositions juridiques en place en s'abstenant d'empêcher les témoins qui se trouvent au Rwanda de voyager à ARUSHA.
Un parcours des articles consacrés à cette mesure du TPIR et toute l'histoire de la turbulente relation entre le gouvernement du FPR et ce tribunal me permet de faire ce constat : nul part l'on évoque la raison première de cette attitude du gouvernement de KAGAME. Il existe comme une volonté du TPIR de s'abstenir d'éclairer le monde sur la vraie nature de ses difficultés relationnelles avec le gouvernement du FPR.
Et pourtant, ce comportement anachronique du gouvernement de Kagame s'explique très clairement. La raison la plus naturelle est que le TPIR se prépare à inculper d'ici à la fin de cette année 2002 certains membres du FPR qui ont trempé dans les massacres systématiques et organisés sur la population rwandaise. La procureure générale du TPIR, Madame Carla Del Ponte a réitéré cet impératif de rendre aux rwandais une justice impartiale dans une conférence de presse le 04 avril 2002. Elle reconnaît que Kagame ne veut pas s'ouvrir sur la possibilité d'investigation sur les criminels au sein de son armée. L'agence de presse IRIN de l'ONU reportait le 12 avril 2002 la porte-parole du procureur, Madame Florence Hartmann, qui réaffirmait la détermination du tribunal de traduire en justice certains militaires du FPR et la non-satisfaction du tribunal sur la coopération de Kagame dans les investigations en cours.
Ce qui étonne pourtant c'est la manière avec laquelle Del Ponte défend l'impartialité du tribunal: elle le fait plutôt timidement et préfère aborder cette question dans des forums sans grande envergure médiatique. D'ailleurs semble-il qu'il y a une injonction au sein du TPIR de ne pas reprendre les propos de la procureur générale où elle dénonce la non-coopération de Kagame dans les investigations sur les officiers criminels dans son armée. Vous ne trouverez nul part sur le site web du TPIR les propos de la procureur générale sur ce sujet, soient-ils sous la version diluée de sa porte-parole Hartmann.
Le FPR n'a jamais vu de bon oeil la mission du TPIR. Il ne considère ce tribunal que comme son potager diplomatique où il recueille régulièrement les ingrédients de distraction de l'opinion internationale sur son rôle et sa responsabilité dans l'holocauste rwandais. Del Ponte devrait l'avoir déjà vu et compris.
Pour nous limiter aux événements récents, depuis le début de cette année le gouvernement de Kagame cherche à tout prix à bloquer les travaux du TPIR. Empêcher les témoins de voyager à Arusha fait partie de toute une batterie de mesures coercitives visant à embrouiller le fonctionnement de cette institution. Au départ ce gouvernement a voulu tirer les ficelles de la crise à travers les organisations des rescapés du génocide à l'instar d'IBUKA et AVEGA. Ces organisations ont pour un moment invité leurs membres à boycotter le TPIR. Mais la stratégie a fait long feu car elle risquait de trahir la vraie nature de ces institutions investies par le FPR pour prouver son propre argument sur le génocide rwandais. Selon le FPR, ce génocide a été planifié et perpétré par Interahamwe. De facto, l'IBUKA et AVEGA ne sont pas supposés parler à la place des rescapés des massacres commis par le FPR, ce qui serait un handicap argumentaire, si jamais le débat avec le TPIR venait d'entrer dans ces détails.
Toutefois, le fait que le gouvernement de Kagame préfère maintenant s'impliquer ouvertement dans le blocage des témoins en instaurant des procédures administratives taillées sur mesure marque un petit changement dans la stratégie du FPR. En effet, Kagame réalise que le temps presse. Il sait bien depuis longtemps que même une seule arrestation risque de provoquer une avalanche des dénonciations dans ses rangs. Il sait notamment que sa méthode préférée de massacre communément appelée INAMA sera inévitablement disséquée et analysée. Il sait que le cynisme et la machination comme règle de massacre et de diplomatie de couverture des massacres commis par le FPR seront exposées quel que soit le membre du FPR à être jugé par le TPIR. Il sait que les massacres commis sont graves, systématiques et faciles à prouver car ils ont eu lieu sur l'ensemble du territoire rwandais. Il sait que le recensement des victimes qu'il a dirigenté et manipulé pour enterrer la vérité n'a pas du tout impressionné le monde. Au-dessus de tout, il sait qu'il ne peut plus compter sur le silence complice de Del Ponte, Pillay et Hartmann du TPIR.
En effet, la marge de manœuvre de Del Ponte pour temporiser sur l'inculpation des éléments du FPR est désormais très étroite. Rappelons que dans une conférence antérieure tenue à Arusha en décembre 2000, elle avait promis d'appréhender quelques criminels dans les rangs de Kagame avant la fin de 2001. Elle a reporté son action, imputant son inaction au refus de collaboration de la part de Kagame. Aura-t-elle encore une fois l'audace de tourner le dos à la justice et de reporter les mandats d'arrêts à une autre hypothétique échéance ?
Il est difficile de s'imaginer que dans ces conditions l'objectif vital et premier du stratégiste Kagame ne peut pas capter l'attention du TPIR. Kagame a besoin d'une crise sans précédent, un schisme profond mettant en cause l'existence même du TPIR. Il veut une crise avant que le tribunal ne s'affirme davantage sur son choix de justice impartiale pour le Rwanda. C'est une course contre le montre. Si jamais Del Ponte persévère dans son objectif d'inculper certains militaires du FPR avant la fin de cette année, le Général ne dispose plus que de quelques mois pour poser des mines et construire un mur de défense argumentaire pour son refus catégorique de coopérer avec le TPIR.
Empêcher les témoins de voyager à Arusha semble avoir été à la fois une mesure tactique pour jauger la détermination du TPIR et une invitation détournée aux négociations et autres formes de jeu diplomatique de temporisation. Pour ce fait, la réaction plus moins musclée du tribunal d'ordonner Kigali de lever son blocage ne devrait pas faire face à une grande résistance de la part de Kagame. Par ailleurs, on voit qu'en plus de cette mesure d'embargo sur les témoins, le gouvernement de Kagame a déjà déclenché une attaque médiatique visant à ridiculiser le bilan du TPIR. Le porte-parole du gouvernement de Kagame, Monsieur Bideli a résumé le 13 juin 2002 les accusations à l'encontre du TPIR en trois mots: lenteur, manipulation et incompétence.
Combien Monsieur Bideli peut-il avoir raison malgré lui! D'ailleurs, il devait se sentir doublement enchanté de condamner ce processus de justice partiale aujourd'hui en oeuvre au sein du TPIR. En effet, on reconnaîtra à travers cette attitude du gouvernement de Kagame un mépris total à l'égard du TPIR. Le juge Ostrovsky du TPIR a récemment élevé sa voix contre l'obstination du tribunal de rechercher les faveurs du gouvernement du FPR bien qu'il ait une connaissance explicite des massacres commis par les membres du FPR. Les propos du porte-parole du gouvernement du FPR prouvent enfin que ce tribunal est ridiculisé pour avoir continuellement cédé aux pressions exercées par l'une des parties dont il est formellement investi d'enquêter. En d'autres mots, le gouvernement de Kagame se moque de la naïveté des dirigeants du TPIR.
Permettez de revenir aux trois chefs d'accusations contre le TPIR. En premier lieu, Bideli parle d'incompétence. Oui, le fait que la Procureur Générale du TPIR se sente obligée de négocier avec le général major Kagame de la conduite des enquêtes sur les criminels appartenant au FPR, un parti politisa-militaire dont ce dernier demeure président et commandant en chef, constitue en soi une manifestation flagrante d'incompétence et de trahison aux procédures d'investigations pénales. En deuxième lieu, il y a lenteur. En empêchant les témoins se trouvant à l'intérieur du Rwanda de voyager à Arusha, le FPR contribue à merveille à la lenteur des procès, alimentant du même coup son ironie d'accusation. Quant au troisième chef d'accusation, la manipulation, le Monsieur Manipulateur par excellence qui se trouve à Arusha est à bon titre le représentant du gouvernement du FPR auprès du TPIR. A vrai dire, s'en prendre au TPIR ne se justifie pas du tout de la part du FPR. Ma conclusion sur cette situation est que le gouvernement de Kagame vise autre chose qu'un travail effectif au TPIR. Il cherche à s'attirer plus d'attention et recherche des témoins sur une crise en construction qui lui sera salutaire dans un avenir proche si jamais la complice patience de Del Ponte demeure en place.
La question n'est plus de savoir combien de temps le président Kagame saura encore peser lourd et leurrer les dames du TPIR sur son ultime et vital objectif. L'homme est loin dans l'œuvre de se soustraire à la justice. Il est temps que ces dames ouvrent les yeux et défendent haut et fort l'impartialité du tribunal. Si l'homme réussit à rendre acceptable cette inévitable crise, il aura vaincu la vérité et la justice. Pourtant, il en est d'autant plus capable que les tentacules de ses machinations se prolongent dans certains milieux politiques de l'Occident qui ont cru à sa parole et largement soutenu dans l'action tout en ignorant les dessous de sa politique d'extermination de masses. Certes, ces milieux ne nourrissent plus d'illusions sur Kagame, mais si la justice venait de démontrer que Kagame préside à la tête d'une organisation criminelle, les critiques pourraient éventuellement s'étendre à eux. Dans ce cas de figure, le maître-chanteur Kagame sait bien que même si le Rwanda demeure un sujet très sensible sur le plan diplomatique depuis 1994, il est quand même un petit coin du monde, pauvre et négligeable pour provoquer un débat sérieux dans l'Occident. Kagame sait que le TPIR est un organe de l'ONU. Il sait que l'ONU est une grande organisation respectée, certes, mais dont la courte mémoire est désormais légendaire. L'important pour lui est de prouver aux milieux occidentaux qui ne voudraient pas être critiqués sur fond de l'aide accordée aveuglément à son régime qu'il est toujours la personne en charge capable de maintenir cette sorte de stabilité militarisée et policière au Rwanda. En réponse, ces milieux le laisseront mener le TPIR par le bout du nez ou alors continuer de guerroyer et semer la désolation en RDC.
Pour le FPR, ce contexte de chantage sur fond de l'aide dont il a aveuglément bénéficié dans le passé grâce aux obscures promesses de réconciliation et de démocratie au Rwanda accroît de manière significative sa force de frappe contre le TPIR, un tribunal qui titube déjà sous la montagne des contradictions que cause la personne Kagame: Kagame chef de l'État, Kagame président du FPR, Kagame demandeur de justice, Kagame maître-chanteur, Kagame objet d'investigations pour ne pas dire Kagame criminel. Résultat de cette contradiction: la confusion totale au TPIR. Nous avons d'un côté un TPIR qui affirme qu'il lui est impossible de mener des enquêtes valables au Rwanda et qui se dit prêt d'inculper certains éléments du FPR protégés par Kagame avant la fin de cette année. De l'autre côté, nous avons comme un autre TPIR qui se propose en même temps de transférer certaines assises des procès à Kigali, dans les mains de Kagame, toujours avant la fin de cette année 2002!
Voilà où le TPIR en est arrivé. Très conscient de cette confusion qui plane sur le TPIR, Kagame cherche à tout prix à provoquer dès que possible une crise grave au TPIR. C'est la seule carte qu'il lui reste à jouer pour berner le monde et retarder la mise en cause de sa part prédominante dans l'holocauste rwandais. Ce n'est pas la bonne volonté de collaboration de la part des dames du TPIR qui le lui empêchera à moins que celles-ci envisagent sérieusement et sans délais cette éventualité de crise et travaillent à priver Kagame des ressources argumentaires dans la construction du mur de défense qui rendront la crise acceptable aux yeux du conseil de sécurité de l'ONU.
Mon interpellation au TPIR, particulièrement à l'égard du Procureur général, Madame Carla Del Ponte, sa porte-parole, Madame Florence Hartmann et Madame la Juge Navanethem Pillay, la présidente du TPIR, est simplement imbue de justice. Kagame a l'avantage d'investir dans une crise voir dans l'asphyxie du TPIR. Cessez de prétendre qu'il ne s'agit là que de difficultés relationnelles passagères. Cette crise en gestation sera salutaire pour les éléments du FPR qui ont trempé dans les massacres systématiques et organisés sur les populations innocentes au Rwanda. Ces massacres ont été conduits avec beaucoup d'intelligence. Recourant souvent à la méthode INAMA. Avec cette véritable tactique de massacre, la population était leurrée de se rendre sur les lieux de massacre par le bon mot du FPR de réconciliation et de démocratie. Elle est sans doute une autre particularité de l'holocauste rwandais que le TPIR doit analyser et expliquer au monde, pour la mémoire de l'humanité, pour que plus jamais nul autre chef de guerre ne répète cela dans une campagne militaire.
Le seul moyen que dispose le TPIR pour vider cette crise de sa substance et continuer ainsi sa mission de justice se résume en détermination et consistance dans la défense de l'impartialité du tribunal. Il y a nécessité de rappeler, rappeler encore que le FPR fait parti de leur champ d'investigations. Il faut rappeler que le tribunal est à la poursuite de criminels: que ceux là se trouvent au Rwanda, au Congo ou en Occident, il faut agir. En cas d'obstacles majeurs, il faut exposer au conseil de sécurité et aux pays qui soutiennent les efforts de réconciliation et de démocratisation au Rwanda la contradiction Kagame: Kagame président de la république, Kagame président du FPR, Kagame demandeur de justice, Kagame maître-chanteur, Kagame objet d'investigation. En résumé, l'avenir du TPIR tient à la compréhension de la mission même du TPIR: Ou on prive Kagame de la capacité de rendre acceptable la crise qu'il est en train de monter, ou on ferme les yeux pour poursuivre une justice partiale et déclarer officiellement au Général Président qu'il n'a rien à redouter. En dehors de cette alternative de choix, le TPIR et son leadership courent une fin ridicule.
Jacques Nizeyimana
Juillet 2002
Madame Carla del Ponte,
Le présent message voudrait discuter l'autre face du génocide rwandais et la justice dans le contexte actuel du tribunal pénal international pour le Rwanda. Ce tribunal est d'une importance capitale pour la justice et la paix au Rwanda. Il est les yeux du peuple du Rwanda et le témoignage de soutien à son égard de tous les peuples du monde. Pour cette raison , nous affirmons que les juges et les procureurs du tribunal ne sont pas que des justiciers : ils sont le gage même de vérité et d'espoir pour les victimes des politiques populistes, machiavéliques et génocidaires que ne cesse de connaître malheureusement ce beau petit pays d'Afrique centrale.
Le TPIR a pour mission de juger les responsables du génocide rwandais ainsi que de faire la lumière sur les crimes contre l'humanité tributaires de ce génocide. Survenu à l'occasion d'un conflit armé long de quatre ans, alimenté par les rancunes ethniques de longues dates, ce génocide rwandais a été délibérément provoqué et perpétré par les deux belligérants qui en ont fait leur stratégie de guerre. Toutefois, il se révèle actuellement que le TPIR poursuit uniquement des responsables génocidaires de la partie gouvernementale durant la période d' avril- juillet 1994, ce qui sur le plan de justice équivaut à une absolution des génocidaires du camps FPR, à une demie justice, à une iniquité fragrante pour le peuple endeuillé du Rwanda.
En effet, Madame la Procureur Générale , la partie gouvernementale et les rebelles ont tous trempé dans l'holocauste rwandais de 1994. Il est évident que le tribunal rencontre actuellement des difficultés à rendre une justice équitable compte tenu du caractère exceptionnel de cette barbarie rwandaise qui, par son ampleur, sa complexité, sa réciprocité et sa rapidité dans l'exécution, sort du menu ordinaire des génocides. Dans une certaine mesure, l'ordinaire distinction des parties criminelles et victimes pourrait aussi apporter quelques confusions dans la compréhension des faits. En effet, l'opinion naïve semble avoir déjà tranché sur qui est victime et criminel parmi les belligérants de la guerre qui a conduit au génocide rwandais. Ce message s'élève contre cette superficialité dans l'analyse et dans l'exposition des faits. Il appelle à lever le voile sur la face criminelle du FPR, un belligérant génocidaire qui, contre preuves et témoignages, se pose et s'impose toujours victime. Par dessus tout, ce message se veut une autre contribution dans la compréhension de l'impossible devenu une réalité au Rwanda en 1994, un fait qui en soi reste difficile à admettre dans la conception facile et unidirectionnelle des événements rwandais de 1994. Il est vrai que durant le génocide rwandais des peurs obsessionnelles se sont mêlées aux menaces exécutées et que des haines ethniques ont bénéficié de l'effet des exactions commises par les deux camps en conflit. Tout cela a mis le pays à feu et à sang sur ordre des politiques et des militaires qui se discutaient le trône et la domination cruelle sur le Rwanda. En effet , ces responsables ont joué délibérément un jeu génocidaire et ils doivent rendre compte du mal fait à l'humanité toute entière.
Le génocide rwandais est en réalité un double génocide perpétré sur bases ethniques Tutsi et Hutu. Les génocides jusqu'ici inventoriés dans le monde entier se différencient du génocide rwandais sur ce point: ils sont orientés sur des minorités qui ne sont pas du tout engagées en conflits armés pour la conquête du pouvoir politique sur l'autre partie de la population. En focalisant son attention sur le génocide des Tutsis, un génocide explicite sur tout les plans mais non pas suffisant dans la constitution du génocide rwandais, beaucoup de gens cherchent ainsi à rentrer dans l'ordre normal des génocides. Cette réalité du génocide rwandais rend le travail du TPIR très difficile et complique davantage l'appréhension des événements d'avril- Juillet 1994. Pour cela, le travail du TPIR demande une volonté d'aller au delà des simples déductions et affirmations. On n'oubliera pas qu'au delà des sentences individuelles, le tribunal a aussi à juger l'histoire pour orienter au mieux le futur du peuple rwandais.
Madame la Procureur Générale, les souffrances des rwandais auront été énormes et multiples. Cependant, que légères et insouciantes étaient les politiques qui ont abouties à ce désastre! Il est étonnant que les débats sur ce génocide ignoble reviennent rarement aujourd'hui sur ses préludes imbues des malsains calculs politiques et militaires. Du côté gouvernemental, l'extermination des Tutsis et des opposants Hutus n'était qu'une manoeuvre diabolique pour barrer la route du pouvoir aux rebelles. Pourtant pour le FPR, cette manoeuvre était envisagée consciemment et stratégiquement pour gagner vite la guerre engagée depuis octobre 1990. Il se serait uniquement trompé sur l'ampleur des désastres. Par ailleurs, le FPR a fait de son mieux pour étendre le génocide rwandais en massacrant massivement des Hutus. En effet , parallèlement au génocide des Tutsis mis en oeuvre par des Interahamwe, les habitants Hutus des régions conquises de Byumba, Kibungo, Kigali, Gitarama, Bugesera, Buttera ont subi systématiquement des massacres de la part du FPR pendant la période Avril - Juillet 1994. Par la suite, la machine à tuer du FPR a étendu ses ravages dans le Nord du Rwanda et dans les camps des réfugiés rwandais en RDC.
En effet, Madame la Procureur Générale, il est choquant de constater l'immense écart entre la réalité du génocide rwandais et la présentation schématique qu'en font les autorités actuelles du Rwanda. Elles défendent la thèse du génocide des Tutsis que le FPR servit à stopper pour restaurer après un régime de justice au Rwanda. Le FPR se blanchit de ses crimes, les justifiant par moment d'incontournables représailles commise individuellement par ses soldats. La version des massacres des Hutus n'intervient qu'au sujet des Hutus victimes des génocidaires Hutus. Pourtant, il y a beaucoup de preuves que le FPR a massacré méthodiquement et sur base ethnique des milliers de Hutus à travers tout le pays. Signalons dans ce sens que, pour avoir l'idée sur la proportion des victimes et les systèmes d'extermination qui étaient en jeu pendant la période du génocide rwandais, il est toujours possible pour la commission droits de l'homme de l'ONU d'organiser une enquête dans les villes et les villages du Rwanda. Les rescapés pourraient ainsi dire la vérité sur leur sort et trahiraient sûrement la version du FPR qui s'est érigé jusqu'à ce jour en porte parole de tous les victimes du génocide rwandais.
Les Rwandais épris de paix sont heureux des arrestations déjà effectuées parmi les milieux génocidaires Hutus. Ils insistent que le procureur général du tribunal pénal international fasse davantage en ce sens parce que nombreux sont « les gros poissons » qui jouissent toujours de la liberté surtout dans les pays Africains, Européens et en Amérique du Nord. Toutefois, il y a aussi des génocidaires Tutsis actuellement au pouvoir à Kigali qui devraient faire l'objet des investigations du TPIR. Non seulement ils sont pour le moment libres de leurs mouvements, mais aussi ils s'arrogent le droit de faire la loi sur le génocide au Rwanda. Plus grave, ils ont une grande influence et une autorité informelle sur les investigations du TPIR. Il y a à déduire de ce contexte que ces génocidaires actuellement au pouvoir cherchent à manipuler la présentation des faits et à sublimer le génocide perpétré, et cela au prix de projeter les effets néfastes de leur impunité sur les générations futures. Le rôle du tribunal d' Arusha est à juste titre de déborder et d'arrêter tous ceux là qui voudraient entretenir le cercle vicieux des haines et reporter au plus tard la paix sociale au Rwanda.
En effet, Madame la Procureur Générale , le génocide Rwandais est un fait indélébile et une honte nationale. Les rwandais connaissent la terrible teneur de cette tragédie. Ils sont à même d'identifier les auteurs Hutus et Tutsis du génocide rwandais malgré les mensonges des interahamwe et du FPR. Ces mensonges profitent toujours des élucubrations théoriques et distrayantes de certaines gens qui s'improvisent experts du Rwanda. Pourtant, ces derniers se montrent encore incapables de mener une enquête approfondie sur les victimes des politiques génocidaires ainsi que sur les systèmes d'extermination au Rwanda. Dans tous les cas, ce ne sont pas les témoins du génocide commis par le FPR qui manquent : chaque colline du Rwanda en dénombre des dizaines. En plus , la population rwandaise continue d'entretenir la mémoire des crimes du FPR. Seulement, si le tribunal ne fait pas vite de cueillir cette mémoire pendant qu'elle est encore discernable dans sa tradition orale, il aura contribué à la victoire du mal et à la perpétuation des préjugés et des demies vérités qui ne feront que perpétuer les haines ethniques. Il aura poursuivi une demie justice qui renverra une fois de plus le pays dans le gouffre. Ceci dit, il n'y a rien de révisionnisme ni de négationnisme à réclamer le jugement des responsables des crimes les plus ignobles commis par les chefs militaires, politiques et cadres du FPR. Les cas suivant donnent une vue sur la mémoire nationale des atrocités du FPR et sa macabre contribution dans le génocide rwandais .
Si le TPIR cherchait à saisir le sens figuré des mots et expressions suivants liés aux événements d'avril- juillet 1994 dans la langue du pays (le Kinyarwanda), à savoir inama , gukina umupira kuri stade, agafuni, cumi n'icyenda ya Gitarama, ibipinga et abakada (signifiant littéralement et réciproquement une réunion, jouer au ballon au stade, une houe usée, le dix neuf à Gitarama, des gens contrariants et les cadres du FPR) , il découvrirait avec quelle ingéniosité le FPR a mené des campagnes génocidaires. Durant la période d'avril- Juillet 1994 et dans chaque région conquise, les réunions- inama- dans lesquelles des milliers de Hutus ( ibipinga, dans le langage des soldats et cadres du FPR) ont péri se tenaient généralement durant la deuxième semaine d'occupation. Autrement dit, les tueries avaient lieu après une période d'accalmie dans la zone fraîchement conquise, mais bien avant que les gens eurent le temps de se remettre parfaitement du traumatisme des combats, leurs assassins profitant ainsi de cet état de confusion. Autre fait qui intrigue est que ces tueries avaient lieu après le passage des hauts cadres Tutsis et Hutus du FPR qui tenaient à se faire succéder presque toujours de journalistes étrangers. Le FPR excelle jusqu'à ce jour dans cette machination. En effet, elle lui sert depuis longtemps de bonne publicité au près des médias qui présentent ses soldats comme des jeunes gens disciplinés, courageux et humanitaires, alors qu'en réalité ils sont entraînés à l'assassinat méthodique.
Les massacres commis par les soldats du FPR ne se sont pas donc déroulés au cours des opérations militaires. Non plus, ils ne s'agissaient pas d'actes isolés commis par des soldats furieux. Bien au contraire, les cadres- abakada- et les soldats du FPR se donnaient suffisamment de temps et de moyens pour anéantir le plus grand nombre de gens sans créer des remous du côté des humanitaires ni attirer sérieusement l'attention des médias et des quelques hauts cadres Hutus- Kanyarengwe, Bizimungu, Sendashonga, Lizinde- qui faisaient ses campagnes médiatiques et servaient principalement de preuve de participation de toutes les composantes da la nation rwandaise dans la guerre déclenchée par le FPR. Sur ce point, il est tout aussi vrai que les génocidaires Hutus ont joué cette carte de la cause nationale en désignant les Tutsis Kajuga Robert à la tête de la milice interahamwe et Karamira Froduard à l'avant garde de la propagande anti- FPR.
Objectivement, on expliquerait cette attitude du FPR en 1994 dans l'anéantissement des masses Hutus de la façon suivante : assuré d'une suprématie militaire, conscient malgré tout de sa faible représentativité et de son impopularité, s'appuyant sur le génocide des Tutsis par des interahamwe, le FPR cherchait délibérément à créer des espaces mono- ethniques Tutsis dans les régions de ses préférences (à Murambi d'Umutara, à Kibungo et dans l' Bugesera) ou du moins à établir un équilibre numérique entre Hutus et Tutsis dans le reste du pays. Si le FPR n'a pas atteint totalement en pratique cette fin pour des raisons politiques évidentes n'exclut pas qu'il s'y investit à fond pour un moment et qu'il anéantit des masses d'innocents dans la poursuite de cet objectif ignominieux.
Les réunions de carnage se tenaient souvent sur des terrains de jeu d'écoles primaires et dans les endroits où l'on pouvait trouver suffisamment de locaux ou d'espaces faciles à contrôler comme des culs de montagne. La population était conviée à entendre les nouveaux dirigeants. Après un briefing par les cadres du FPR, les soldats distribuaient la population présente en petits groupes dans des locaux et autres coins fermés convenables à la fusillade groupée. Quand le bruit d'armes à feu était jugé dénonciateur , les soldats prenaient le temps de tuer leurs victimes une à une, le plus souvent au moyen de houe usée (agafuni). D'ailleurs, les Rwandais associent cet outil de génocide au FPR au même titre que la machette est associée aux interahamwe. Dans l'ordre de ces réunions - carnages, celles tenues au stade de Byumba vendredi le 22 avril 1994, samedi le 23 avril 1994 et dimanche le 24 avril 1994 sont un exemple tristement célèbre et bien connu à travers tout le pays. Les rescapés identifient Monsieur Karegyesa Kamali, l'actuel Préfet de la préfecture de Byumba, comme le superviseur en chef des tueries organisées par le FPR au stade de Byumba. Les victimes étaient majoritairement originaires de la commune Kivuye. Elles venaient du camps des déplacés de guerre à Nyacyonga sous une bonne escorte des soldats du FPR. Personne ne pouvait alors douter de la bonne volonté de ces rebelles à la belle parole. En effet, ces déplacés de guerre étaient convaincues être sur le chemin de retour vers leur commune d'origine, bien heureux à la fois de retrouver leurs maisons abandonnées deux ans auparavant et d'échapper aux pluies torrentielles de ce mois d'avril 1994 .
En effet, Madame la Procureur Générale, le FPR tuait presque par plaisir, le plus souvent après un briefing pour mettre les gens à l'aise et gagner leur soumission. Tout semblait naturellement normal jusqu'à l' ultime moment de fusillade. Les soldats et les cadres du FPR créaient une grande confusion nourrie d'une campagne très bien orchestrée au point que la prochaine région à subir des ravages avait toujours des doutes malgré les avertissements des rescapés des campagnes précédentes. Il faut aussi savoir que pendant cette période des civils circulaient à leur péril. C'est ainsi que plusieurs villages ont perdu plus de la moitié de leurs habitants ou alors ont été entièrement rasés comme le cas des zones peuplées par des Hutus - bakiga dans la Commune de Rusumo, dans la préfecture de Kibungo. On comprendra donc le grand travail à faire actuellement pour informer sur les actes criminels du FPR et mettre en doute les fausses assurances de la communauté internationale qui n'a pas eu suffisamment de soupçons à l'époque des faits. Pourtant, Madame le Procureur général, si vous vous donniez les moyens d'enquêter sur ces faits, vous découvrirez sans peine la consistance de ce message. Par ailleurs, il est certain qua après les massacres les soldats du FPR n'ont pas toujours réussi à brûler ou à faire disparaître les cadavres par autres moyens possibles. Ceci donne l'espoir de retrouver encore des preuves de conviction sur les sites de carnage. Pour être efficace, ces investigations devraient se faire précéder d'une étude préliminaire et exploratoire sur la méthode de génocide du FPR et des mécanismes que cette organisation politico-militaire a mis en place pour parer à toute critique et condamnation.
Parmi ces mécanismes d'intimidation, nous pourrions signaler ici que les rescapés des campagnes génocidaires du FPR n'ont pas officiellement droit à ce titre de rescapés. De plus, ils sont explicitement empêchés par le FPR à vivre le deuil. Lorsque les enfants rescapés du stade de Byumba s'expriment sur la disparition de leurs parents, de leurs frères et soeurs, ils disent tout simplement , de peur des éléments du FPR, que tout le monde est parti jouer au football au stade - bagiye gukina umipira kuri stade. Quant aux gens de Gitarama, ils désignent au nom de Cumi n'icyenda ( dix-neuf) un lieu de Gitarama où sont tombés des milliers des leurs dans la réunion du 19 juin 1994. Les rescapés sont encore en mesure de fournir les noms des sites d'extermination, les dates et les noms des chefs militaires et cadres du FPR qui étaient en exercice au moment des faits.
En effet , Madame la Procureur générale, la méthode de génocide mise sur pied par le FPR pour éliminer les Hutus se révèle différente dans une certaine mesure de celle des interahamwes dans le génocide des Tutsis. Très conscient de l'effet «opinion internationale », le FPR massacrait de façon beaucoup plus planifiée, opérait à l'abri des médias, bien loin des caméras, presque silencieusement. Finalement, le FPR est plus efficace dans l'enfouissement de preuves concernant ses massacres, n'hésitant pas parfois à déterrer les cadavres et à les transporter vers les sites de génocide établis après 1994. Par exemple, il y a tout près du bureau communal de Kinyami, dans la préfecture de Byumba située au Nord du pays, une fosse commune que les soldats APR ont vidé en 1996 pour transporter les restes des gens massacrées par le FPR en avril 1994 au site de génocide de Murambi dans la préfecture de Gikongoro au sud du pays.
Madame la Procureur Générale, il est clair pour le moment que le FPR investit beaucoup dans la désinformation sur la réalité du génocide rwandais. Il se révèle efficace à museler l'opinion nationale et internationale à propos des crimes commis par ses adeptes. Pour cela, il joue tant tôt la carte de réconciliation nationale, tant tôt celle de vengeance volontairement réprimée. Mais, il s'identifie en réalité aux Tutsis et s'impose victime en dépit de ses folies guerrières toujours catalyseur de génocide au Rwanda comme en RDC. Bien au plus, il fait des actes de ses ennemis l'outil à l'absoudre de ses propres crimes. Il est vrai que l'échec de la commission de l'ONU en RDC pour enquêter sur les massacres commises par l'armée du FPR et ses alliés est un exemple historique de l'abdication de la communauté internationale devant la face réelle de cette armée de mort. A l'intérieur du pays, c'est un acte suicidaire que de parler des crimes du FPR. Les personnes soupçonnées d'être en mesure de le faire sont assassinées. Les dissidents Seth Sendashonga et Théonèste Lizinde en ont fait les frais pour avoir tenté de mettre au grand jour cette face cachée du FPR: tous les deux ont été poursuivis et assassinés au Kenya.
Le génocide commis par le régime de Sindikubwabo, Kambanda et Bagosora sert d'alibi fort pour le régime non moins sanguinaire de Kagame. Pour parler des chiffres et non de la lugubre réalité derrières les chiffres, quelle objectivité y-a-t-il dans l'évaluation de 200,000 victimes du génocide inhumées à Kigali le 07 avril 2000? Avez- vous mesuré toutes les conséquences que représente le fait d'avoir un représentant de Kigali à Arusha? Pouvez- vous interpréter la médiatisation des condamnations à mort au Rwanda juste peu de jours avant l'anniversaire du génocide? En effet, pour le régime de Kigali, ces procès de génocide au Rwanda ne constituent pas en premier lieu une poursuite de justice. Bien au contraire, ils sont un tour politique et médiatique à éblouir tous ceux qui cherchent à voir dans le fond les responsabilités du FPR et à faire taire tous ceux qui voudraient rappeler des macabres calculs politiques et militaires à la base de l'holocauste rwandais.
En cette matière, le FPR a suffisamment démontré son penchant pour le mensonge et sa maîtrise à berner l'attention de la communauté internationale. Les refus catégoriques de sa participation dans les deux guerres du Congo à chaque fois qu'elles débutaient sont déjà passés célèbres dans le monde diplomatique. Un autre exemple de la honte est la condamnation en 1996 du Lieutenant Colonel Ibingira , le boucher de Kibeho en Avril 1995, a dix-huit mois de prison ferme qu'il a pourtant passé en toute liberté. Par ailleurs, le gouvernement lui a témoigné par la suite la gratitude pour l' œuvre accomplie à Kibeho en lui accordant une promotion au grade de Colonel et en le nommant au poste de commandant de brigade. Ceci dit, les mensonges et les simples démenties de la part du FPR suffisent généralement à diluer les exigences de la communauté internationale et à retarder la prise de conscience du véritable danger que court le Rwanda sous un régime militaire qui réalise bien qu'il a tellement fait de mal pour mériter le moindre soutien du peuple.
Madame la Procureur Générale, en vertu de ce qui précède , nous voudrions conclure en disant qu'il y a risque que le TPIR soit à son tour transformé en marionnette de justice par le lobby du FPR. Il y a des signes que ce lobby commence à avoir raison sur l'indépendance du TPIR. Pour ne citer que quelques exemples, un observateur permanent de gouvernement de Kigali a été admis à Arusha, le tribunal est réticent à enquêter sur la mort du président Habyarimana, les témoignages sur les crimes du FPR ne bénéficient de commentaires ni de suivi de la part des autorités du TPIR. Certains pensent qu'en agissant ainsi le TPIR cherche à préserver les lueurs d'une stabilité passagère au Rwanda. D'autres regardent du côté de l'éthique déontologique pour dire finalement qu'elle ne pèse pas du tout lourd compte tenu des pertes probables d'emplois au TPIR le jour où le gouvernement de Kigali refuserait de collaborer avec ce tribunal international. Cependant, une analyse plus profonde montre le tribunal dans un état d'embarras quant au choix le plus plausible à faire pour poursuivre une justice équitable au Rwanda. Dans le contexte actuel, il est comme si le tribunal considère les criminels du FPR au dessus de «la loi internationale ». Il est tout aussi vrai que le FPR occupe le terrain des crimes, ce qui pourrait compliquer davantage les investigations du tribunal sur les responsables du FPR. Pour ce faire, s'il est vrai que la voie de justice pour le Rwanda suivie actuellement par le TPIR est la plus pratique et la plus facile, il est également évident qu'elle ne respecte que partiellement les principes du tribunal. Bien au contraire, elle mine ses objectifs et trahit la communauté internationale et les rescapés du génocide rwandais qui ont placé leur confiance dans cette honorable institution.
En effet, Madame la Procureur Générale, nous pensons que le tribunal devrait plutôt observer catégoriquement ses principes de base, poursuivre indépendamment et indistinctement tous les génocidaires et criminels de guerre rwandais et réserver les incertitudes politiques liées à son action aux organes habilités de l'ONU. Tout en reconnaissant la spécificité et l'acuité du problème, il conviendrait pour cela de mener dans les plus brefs délais un débat, soit-il interne au système de justice de l'ONU, sur le dilemme de bonnes relations entre le gouvernement de Kigali et le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Il y va de l'indépendance du tribunal et de la sauvegarde de son rôle de justice et de paix au Rwanda. Autrement, l'histoire ne pourra retenir du TPIR que la contribution d'avoir introduit la notion de demie justice dans le droit international.
Ignorer les atrocités du FPR, c'est promouvoir et encourager le régime de Kigali à radicaliser son pouvoir. C'est donner un feu vert aux milices pour gagner des adhérents parmi les déboutés de la justice d'Arusha. C'est préparer pour demain un désastre plus important dont bien sûr la communauté internationale n'aura qu'à s'émouvoir une fois de plus..
Pour nous Rwandais, cela fait peur. Nous savons que vous tenez nos souffrances à coeur et vous demandons de faire un pas de plus, un pas supplémentaire et décisif à défendre impartialement la population rwandaise.
Veuillez agréer, Madame la Procureur Générale, l'expression de mes considérations distinguées.
Jacques Nizeyimana
22 mai 2000
C.p.i
Présidente du TPIR
Haut commissaire des Nations Unies
pour les droits de l'homme
London
Mot sur l'auteur
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Jacques Nizeyimana ukuri1994@hotmail.com est un rwandais qui fait campagne pour une justice impartiale au Tribunal Pénal International sur le Rwanda. Il milite pour la non-discrimination dans la condamnation des criminels responsables de l'holocauste rwandais. Une de ses préoccupations est d'attirer l'attention sur la méthode INAMA à laquelle le FPR a fait souvent recourt dans sa folie d'extermination des masses au Rwanda. Cette méthode consistait à leurrer les victimes dans des meetings politiques de pacification qui se terminaient en bains de sang. Après le 6 avril 1994, ces meetings étaient convoqués généralement dans la deuxième semaine d'occupation, selon que la campagne de conquête du Rwanda se concrétisait. Cette méthode imbue d'un cynisme extravagant exploitait la docilité de la population et leur sensibilité à la réconciliation et à la démocratie et constitue à ce titre une autre particularité de l'holocauste rwandais.