Organisation du 6°Anniversaire de l'assassinat du Président NDADAYE Melchior
Bruxelles
21.10.99
Chers invités, amis du BURUNDI
Chers compatriotes,
Permettez-moi, au nom des organisateurs de cette cérémonie de vous remercier d'être présents à cette commémoration du 6°anniversaire de l'assassinat de celui qui fut le 1°président démocratiquement élu au BURUNDI et Héros de la démocratie S.E NDADAYE MELCHIOR ainsi que ses compagnons de lutte,...
L'assassinat de S.E le Président NDADAYE et ses compagnons de lutte, perpétré le matin du 21 octobre 1993 par une oligarchie militaro-civile antidémocratique fut un crime politique savamment planifié et exécuté dans le but d'éliminer les autorités burundaises démocratiquement élues, et rendre impossible toute succession prévue par la Constitution.
Ce crime a été un crime contre l'humanité, contre la nation burundaise, contre les démocrates et la démocratie, et contre la famille du Président.
L'assassinat du président NDADAYE a eu des conséquences tragiques pour les burundais, ils n'ont pas encore fini d'en payer le prix. Ils ont perdu, et la paix, et la sécurité et la démocratie. Les pertes humaines et matérielles sont innommables. Les pertes en vies humaines sont évaluées, depuis octobre 1993 à plus de 300.000 victimes.
Mais ce n'est pas pour autant que nous devons nous laisser gagner par le découragement, nous devons garder l'espoir pour ne pas jouer le jeux de l'adversaire qui voudrait que nous abandonnions notre lutte pour la paix, quelle que soit le niveau de souffrance de la population.
Aujourd'hui, les Burundais vivent en insécurité permanente, la famine a gagné le pays, les médicaments manquent, les populations vivent regroupés dans des camps de déplacés ou de regroupement de type nazi, le sucre manque, le minerval est devenu insupportable pour les familles modestes, le fonctionnaire moyen ne parvient plus les deux bouts du mois. Le pouvoir en place ne manifeste pas de volonté politique pour trouver une solution à la guerre qui frappe le pays, a la recrudescence des fléaux comme la faim, le sida, le paludisme,...
Nombreux Burundais se sont vus contraints à l'exil. On compte actuellement plus d'un million (1.000.000) d'exilés burundais parmi lesquels il faut compter 10 présidents de partis politiques, dont 8 sont agréés au BURUNDI.
Nous sommes venus ici pour nous remémorer un homme qui a profondément marqué l'histoire; un homme d'exception dont les valeurs dépassent le cercle des seules gens qui l'ont côtoyé. Nous n'en retiendrons que quelques-unes:
1. Le courage et la vaillance: Melchior NDADAYE a été l'homme qui a décidé un jour de quitter l'exil pour retourner dans son pays, en vue d'y mener des activités politiques, bien que les conditions étaient difficiles à l'époque. C'était en 1983. Il prit son courage à deux mains pour réclamer l'autorisation du multipartisme dans une assemblée à GITEGA, en 1988 ce qui lui valut immédiatement la prison et non n'importe la quelle mais à RUMONGE. Il y a d'autres exemples.
2. La détermination: A plusieurs reprise, NDADAYE fut sommé d'arrêter les activités politiques sous peine d'être emprisonné mais il ne céda pas. Après la prison, la consigne fut donnée à tout les employeur publiques de ne pas donner du travaille à ce "subversif". Il fut obligé de se retourner vers le privé.
3. Avoir des convictions et savoir convaincre: Ceux qui l'ont vu dans les meetings ou écouté dans les émissions radiodiffusées gardent de lui cette image d'un homme qui parlait sans hésiter, qui savait ou il allait et trouvait des réponses adéquates aux questions posées. De la clandestinité ou n'opéraient que quelques compagnons autour de lui, il lui a suffi d'une année de campagne électorale pour rassembler plus de 80% autour de ses idéaux.
4. Etre un Rassembleur: Melchior NDADAYE fut l'homme qui réussit à rassembler les Hutu, les TUTSIS, LES TWA, dans un même parti. A l'Assemblée nationale, le nombre des Tutsi du groupe parlementaire FRODEBU était supérieur à celui des TUTSIS élus au sein de l'UPRONA. Son premier ministre était issu de l'opposition... Lui et d'autres responsables des parti politique, fut à la base de la création des FORCES DE CHANGEMENT DEMOCRATIQUE, stratégie qui fut payante lors des élections de juin 1993. Aujourd'hui comme demain, nous n'arriverons à rien, si nos ne recourons pas à cette stratégie. La situation actuelle prouve à suffisance que tout leader politique qui se veut crédible devra suivre cette stratégie.
5. Tolérer la différence: Si Ndadaye a su rassembler, c'est parce qu'il avait cette qualité de tolérer de la différence, une grande ouverture d'esprit et qu'il acceptait la différence d'opinion tout en mettant l'intérêt général en avant.
6. L'intelligence: Outre que NDADAYE était un éminent intellectuel, il surprit l'adversaire politique d'alors par le choix d'une stratégie politique qui mettait en avant les intérêts de la population et les droits de l'homme. Aussi sut-il mener son parti à la victoire. Le président NDADAYE était un visionnaire. Il mis toutes ces qualités en pratique et a porté haut le flambeau de la révolution démocratique, que nous avons le devoir de continuer et de faire aboutir.
Certains comparent Ndadaye à GANDHI qui se réfugia en AFRIQUE du SUD, organisa la lutte et rentra triomphalement à NEW DELHI. D'autres le comparent à DE GAULLE qui refusa la défaite et se rendit à Londres pour organiser les troupes et combattre jusqu'à la victoire. D'autres, particulièrement ses électeurs, le comparent à MANDELA. Ils résonnent encore jusqu'à nos oreilles ces slogans qui en disaient long, des foules scandant: "Soyez le Mandela du BURUNDI". Plus que des slogans, c'est là l'expression d'une profonde conviction d'un peuple assoffé de liberté. Certains autres le considèrent comme le Martin Lutter King Burundais du fait qu'il luttait pour une cohabitation pacifique du peuple burundais dans sa diversité. D'autres enfin le compare au Prince Louis Rwagasore.
Le président NDADAYE voulait un BURUNDI de paix ou tous les citoyens se sentent en sécurité, un BURUNDI démocratique avec une économie florissant, Il n'a pas eu le temps de réaliser ce voeux, c'est à nous de le réaliser et cela est possible. Pour que ce soit possible, nous devrons ouvrir des fronts à l'intérieur du BURUNDI, en AFRIQUE, en Amérique et ici en EUROPE. Nous devons nous organiser, coordonner nos forces, orienter notre lutte avec pour objectif d'installer au Burundi un pouvoir qui ne tue pas la population, un pouvoir qui protège la population, installer au Burundi un pouvoir qui aime les BURUNDAIS, un pouvoir qui se préoccupe des intérêts des HUTU, des TUTSI, des TWA, installer au Burundi un pouvoir qui tirera les BURUNDAIS de la guerre, de la faim, des maladies comme le SIDA et la malaria ,un pouvoir qui redonnera l'espoir aux burundais.
Nous connaissons déjà la stratégie de notre adversaire. Il n'est pas fort, il a investi dans la division de l'opposition tout simplement. Notre adversaire politique s'est affaibli de lui-même. Des crimes horribles lui sont imputables, des violations graves des droits de l'homme aussi. De même que nous avons condamné fermément l'assassinat des 2 fonctionnaires des Nations-Unies et 7 Burundais innocents, et réclamé que les coupables soient traduits en justice, nous soutenons la démarche en cours des parents et des amis des Burundais enfermés de force dans des camps de regroupement de type nazi, de se pourvoir en justice ici en Europe à l'encontre du major Buyoya pour crime contre l'humanité. Il n'est donc pas impossible qu'il subisse le sort du dictateur Pinochet, s'il se hasarde à venir ici en Europe. Les méthodes utilisées par le major Buyoya sont vraiment cruelles, car il n'est pas le premier à avoir affaire à une rébellion armée. Ailleurs, on demande aux populations d'évacuer le terrain de combat. Lui préfère les regrouper de force au sommet d'une colline, et les laisser mourir de faim. Les drames qui se passent dans ces camps sont indescriptibles. Les enfants comme les adultes meurent de faim, les femmes accouchent par terre, les malades ne sont pas autorisés à se rendre à l'hopital, et tout cela se passe dans le froid sous la pluie. Une journaliste venue d'Ouganda, qui a visité ces camps, a manqué de mot pour le dire, et s'est contentée de dire que c'était vraiment horrible; que ça donne froid au dos. La tragédie que vit la population burundaise est comparable à celle qu'a vécu la population du KOSOVO ou du TIMOR oriental, c'est pourquoi nous interpellons les NATIONS-UNIES et la Communauté Internationale à tout faire pour soulager les malheurs des Burundais.
Quant à nous qui combattons pour la paix au BURUNDI, nous devons transcender les différences de vision qui nous empêchent d'avancer, nous avons le devoir d'ouvrir le dialogue entre les partisans de la lutte pacifique, de la lutte armée, et bien davantage. C'est, croyons-nous, le sens des négociations en cours à Arusha, qui plus que jamais gagneraient à ce que tout un chacun se range ou du côté de l'oligarchie au pouvoir, ou de celui d'une opposition que nous voulons cohérente et forte. Nous avons une communauté de destin; nous devons donc avoir une communauté de vision et d'objectifs.
Avant de terminer, les organisateurs de la présente cérémonie interpellent les parents et les associations oeuvrant ici pour qu'ils se mettent ensemble et nous proposent le type d'éducatin civique et politique que nous pouvons donner à nos enfants et aux jeunes, pour qu'à tout moment, ils puissent assurer la relève. Car, hélas, l'exil est comme la guerre: on sait quand il commence, on ne sait pas quand il finit.
Levons-nous une fois de plus pour rendre hommage aux martyrs de la démocratie au Burundi, et en particulier au président NDADAYE dons nous commémorons le souvenir en ce jour.
Que la terre continue à leur être légère.
Je vous remercie.
Pour le comité d'organisation,
Mutabazi Jean de Dieu