Anonyme
Bukavu, RD Congo
04.03.04
Samedi 21 février 2004
Vers 11 h 00, découverte de la 2ème cache d'armes importante dans la ville de Bukavu, chez le Major Jeef KASONGO au Quartier Nguba mais aussi chez son voisin le Colonel John BAHATI.
Vers 12 h 00: début de démantèlement de ces armes par les hommes du Général Prosper Nabyolwa, Commandant de la 10ème Région militaire, pendant que la Mission de Nations Unies au Congo (MONUC), avertie, traîne la patte pour venir observer. Le Major Jeef Kasongo est arrêté pendant que le Colonel John Bahati a réussi à prendre fuite.
Dimanche 22 février 2004
Le Général Prosper Nabyolwa transfert par vol spécial le Major Jeef Kasongo à Kinshasa: Ce dernier sera accueilli et entendu par la DMIAP. Ce jour-là, à Bukavu, pour distraire l'opinion, on fait passer une rumeur comme quoi le Gouverneur suspendu Xavier Ciribanya assigné à résidence a fait une tentative de suicide.
Lundi 23 février 2004
Déclaration incendiaire du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (R.C.D.) à Kinshasa sous forme de mémorandum délayé par Moïse Nyarugabo, porte-parole du groupe parlementaire du R.C.D., traitant le Chef de l'Etat de sanguinaire, Président d'un Etat voyou et menaçant de se désolidariser de toutes les institutions de la Transition si le Major Jeef Kasongo n'est pas libéré.
Le Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT), les Chefs de Diplomaties étrangères à Kinshasa assiègent littéralement le Président Joseph Kabila et font pression sur lui pour qu'il concède de relâcher le Major Jeef Kasongo conformément aux requêtes et menaces du R.C.D.
Vers 14 h00: Arrivée à Bukavu, en provenance de Kinshasa, d'une délégation conduite par le Ministre du Plan Alexis TAMBWE Mwamba pour une mission de Gouvernement, accueillie en grande pompe par quelques membres du Conseil Provincial de Sécurité et les mutualités tribales Mirema et LusuLega.
A 17 h 00: Le Colonel Mutebutsi Jules, adjoint du Général Prosper Nabyolwa, vient gifler un militaire commis à la barrière de la Place Mulamba, érigée par le Général Nabyolwa, pour le contrôle des armes dans les véhicules; le Colonel Mutebutsi fait sauter la barrière et emporte le soldat giflé à bord de sa voiture. Après cela, sans doute en prévision de son coup, le Colonel MUTEBUTSI désorganise toutes les affectation des militaires des factions au postes stratégiques: les militaires qui étaient à la place Mulamba sont éloignés et conduits vers l'Avenue Hippodrome, ceux qui étaient aux deux frontières Ruzizi sont remplacés par ceux qui lui sont loyaux, et un contingent d'autres sont envoyés à l'aéroport de Kavumu pour parer à toute éventualité.
Vers 20 h 00: Le Colonel Mutebutsi, probablement en collaboration avec la Monuc, organisent l'évacuation de l'ex-Gouverneur Ciribanya vers le Rwanda par la frontière Ruzizi Ier désormais sous contrôle des soldats qui lui sont fidèles.
Entre 20 h 00 et 22 h 00: En prévision du coup de force du Colonel Mutebutsi, la Monuc sur ordre de son chef du Sous Bureau de Bukavu, évacue le Ministre Alexis Tambwe Mwamba de l'hôtel Orchid au kilomètre 14 de Bukavu pour le mettre en sécurité dans le camps de la Monuc, tenu par les chinois.
Vers 23 h 00: un certain Katama Félix, proche du Colonel Mutebutsi et Administrateur Assistant du Territoire de Kalehe informe ce dernier qu'il doit se rendre nuitamment vers minuit chez le Général Nabyolwa sur rendez-vous pour lui faire un rapport de sécurité dans sa juridiction.
A 23 h 45: La ville est encore une fois secouée par des fusillades nourries à l'arme automatique et parfois à l'arme lourde. C'est la résidence du Général Prosper Nabyolwa qui est littéralement mitraillée. L'Administrateur de Territoire Assistant Katama téléphone à "son frère" Colonel Mutebutsi pour l'informer qu'il se trouve chez le Général mais qu'ils sont attaqués. Le Colonel Mutebutsi lui répond de ne plus bouger de là mais de se cacher dans la maison pour se protéger. Le Général Nabyolwa téléphone à SHAROUH SHARIF, le chef de la Monuc, pour demander d'être secouru car il est attaqué: Mr SHAROUH SHARIF prétexte qu'il ne peut venir à son secours car l'électricité est coupé et qu'il n'est pas sûr de sa propre sécurité.
C'est alors que le Général parvient à sauter de la fenêtre du 2ème niveau de la résidence et disparaît. Le Commando assaillant est fortement armé avec des fusils automatiques, des lance-roquettes, des Mag et une arme lourde à deux roues qui a servi à défoncer les portes. Un des gardes du corps du Général Prosper Nabyolwa qui tentait de riposter avec son arme individuelle est fauché par le Commando. Aussitôt, le Colonel Mutebutsi pénètre dans la résidence et reconnaît son frère l'Administrateur Katama: il dit au Commando de l'épargner, tandis que le deuxième garde-corps est abattu ainsi qu'un civil et 7 officiers collaborateurs du Général sont maîtrisés, arrêtés, ligotés et torturés. Toute L'opération est coordonnée par walkie-talkie par Mutebutsi lui-même, secondé par un certain Mukalay, officier Munyamulenge irrégulier à Bukavu et engagé par Mutebutsi pour cette sale besogne, et le tout est intercepté et bien suivi par d'autres officiers et militaires détenant la fréquence de Mutebutsi.
Mardi 24 février 2004
0 h 15: l'opération commando est pratiquement terminée. La résidence du Général est fouillée de fond en comble et tous les objets de valeur ainsi que les documents et deux valises satellitaires de communication sont emportées par les assaillants. Le gros du Commando qui était composé de tireurs d'élite en provenance du Rwanda, où ils sont rentrés vers 3 h 00 du matin, laissant derrière eux les 3 cadavres, 7 officiers prisonniers et leur arme lourde à deux roues. Le Colonel Mutebutsi place dans la résidence du Général des gardes à lui, tous Banyamulenge comme lui, qui continuent la sale besogne de piller la résidence et de torturer les prisonniers.
6 h 00: La population de Bukavu n'en croit pas ses yeux et ses oreilles en apprenant des voisins du Général Prosper Nabyolwa ce qui s'est passé la nuit car ils n'ont pas fermé l'œil. Certains ont même déménagé.
Toute la matinée, les chancelleries occidentales relayées par leurs média, notamment le R.F.I., toutes les chancelleries, alors toutes, rallient le point de vue du CIAT et du R.C.D., condamnant presque le pouvoir présidentiel de Kinshasa pour avoir transféré le prisonnier criminel détenteur illégal d'armes, le Major Jeef Kasongo, à Kinshasa sous prétexte d'avoir mis en péril la fragile Transition en R.D.C. Personne des officiels occidentaux, ni la CIAT ne se préoccupe du tout du sort du Général Prosper Nabyolwa, victime d'une tentative d'assassinat par son adjoint Mutebutsi à la tête d'un Commando de mutins et autres tueurs à gage en provenance d'un pays voisin. La commentatrice de R.F.I. se permet même de dire aux Info africaines de 6 h 30 (7 h 30 à Bukavu) que le transfert du Major Kasongo à Kinshasa était absurde car il risquait de raviver des conflits interethniques dans la région.
Mi journée: enfin les langues commencent à se délier dans les Infos des radios locales à Bukavu. Radio OKAPI transmet l'interview de SHAROU SHARIF qui prend parti pour le R.C.D. et condamne le Général Prosper Nabyolwa d'avoir décidé seul du transfert du Major Kasongo sans s'en référer à la MONUC et en contradiction de la décision du Conseil de Sécurité provinciale qui demandait que le démantèlement des caches d'armes et le traitement des prisonniers se face de manière collégiale. Lui non plus ne se préoccupe nullement de la sécurité du Général Prosper Nabyolwa, pourtant porté disparu depuis l'attaque de sa résidence.
Il est acquis que le prisonnier Major Jeef Kasongo est libéré et remis à la disposition de la MONUC à Kinshasa qui se chargera de le "rapatrier" à Bukavu. L'opinion à Bukavu est complètement déçue de cette forme de concession faite au R.C.D. et au dictat du CIAT et de Monsieur SWING et la population se sent complètement humiliée et abandonnée pratiquement au dictat des Rwandais et leurs frères Banyamulenge.
La Société Civile/Forces Vives du Sud-Kivu fait même une déclaration qui condamne la menace de la paix encore une fois à Bukavu et partout au Sud-Kivu et la violence érigée sous forme de gestion de la chose publique en portant atteinte à l'intégrité physique des citoyens.
Mercredi 25 février 2004
A l'aube, vers 5 h 30, le couvent des Sœurs de Saint Joseph de Turin, voisin de l'hôtel de poste de Bukavu, est envahi par des militaires fortement armés, dont 3 reconnus comme Rwandais, qui fouillent complètement la maison à la recherche du Général Prosper Nabyolwa introuvable. A la question de savoir qui les a informés que Nabyolwa serait logé là-bas, ils ont répondu que ce sont les enfants de la rue.
Pendant la journée, au Centre de retraite d'Amani, une voiture embarquant 5 personnes, dont une femme, se présente également comme étant des membres de famille du Général Prosper Nabyolwa informés qu'il loge dans ce Centre. Ils rebroussent chemin quand on leur répond qu'on ne le connaît même pas et qu'ils n'ont pas droit de pénétrer dans le couvent. Quelques instants après, le Major Cabwine, Commandant de la Brigade routière se présente à la barrière d'entrée, toujours à Amani, pour demander de rencontrer le Général Prosper Nabyolwa. Il est fâché qu'on lui dise qu'il n'est pas là et menace même le garde comme quoi il peut l'abattre. Tard le soir, vers 17 h 00, la MONUC à son tour vient officiellement demander au Père Directeur du Centre Amani de lui montrer le Général Prosper Nabyolwa qui serait caché dans ce Centre! Elle est obligée de rentrer, déçue, d'apprendre que Nabyolwa n'a jamais été là-bas.
Vers 10 h 00: Le Major KASONGO est ramené à Bukavu par un avion spécial de la Monuc: à l'aéroport de Kavumu il est triomphalement accueilli par le Colonel Mutebutsi, accompagnée de SHAROUH SHARIF de la Monuc et quelques membres du Conseil Provincial de Sécurité à la grande désapprobation de la population qui considère que l'on fait des honneurs à un criminel. Toutefois, les observateurs avertis savent que le Major Jeef KASONGO est rentré à Bukavu comme une coquille vide, c'est à dire après avoir dévoilé à la DMIAP tous les secrets de cache d'armes avec la complicité du Rwanda et les grandes puissances dans le complot ourdi pour la balkanisation de la RDCongo.
Au courant de la matinée, un communiqué diffusé à la RTNC, signé conjointement par le Gouverneur a.i Mazambi et le Président de l'Assemblée Provincial prétend pouvoir annoncer à la population de Bukavu qu'ils la rassurent que le Général Nabyolwa est vivant et en bonne santé.
Au courant de la journée, le Colonel Mutebutsi convoie un groupe de militaires venu chercher la solde des militaires ainsi que les frais de ménage à la Banque Centrale de Bukavu. Un bruit court à travers la ville que le Colonel Mutebutsi est entrain de faire piller le Banque. En fait l'information vérifiée confirme qu'il s'agit bel et bien d'une opération normale à laquelle et Kinshasa et le Général Nabyolwa joint au téléphone ont donné feu vert. Seulement, les fonds retirés étaient très importants et auraient dû être retirés depuis le 18 février 2004. En fait, le Colonel Mutebutsi, comme adjoint du Commandant 10ème Région militaire, chargé des finances, avait fait retarder l'opération sans doute en prévision de son coup de force du 23 février 2004, pour faire croire après aux militaires que c'est lui qui débloque la situation.
Dans l'après-midi: un groupe des militaires conduit par le Colonel Mutebutsi, investit la Banque Centrale. La population est alarmée car il fait état d'un bruit comme quoi la Banque Centrale est en train d'être pillée. Vérification faite, l'information n'est pas confirmée: il s'est agi des opérations bancaires régulières pour payer la solde des militaires à partir d'un document qui était signé vers le 18 février par le Général Nabyolwa lui-même et autorisé par la Banque Centrale de Kinshasa. Seulement, on s'est demandé pourquoi le Colonel Mutebutsi, chargé des finances au sein de la 10è région militaire, a attendu jusqu'au 24 février pour toucher cette solde. C'était sans doute pour faire croire aux militaires que c'est son chef qui bloquait cette solde que lui, libère quand il a tout le pouvoir.
Vers 23 h 00: Visite de la Monuc aux étudiants de l'ISDR (Institut Supérieur pour le Développement Rural) habitant le campus de Bugabo. La Monuc prétend qu'elle est avec le Général Nabyolwa alors qu'elle ne sait pas le démontrer quand les étudiants le réclament en chair et en os.
Jeudi 26 février 2004
Kinshasa annonce l'arrivée à Bukavu d'une délégation militaire de haut niveau, conduite par le Général BUKI, chef d'état Major Adjoint chargé des forces terrestres afin d'enquêter sur le grave problème de l'attaque de la résidence du Général Nabyolwa.
A 14 h 30: réunion de la Société Civile pour prendre position en rapport avec le grave problème de l'attaque de la résidence du Général Nabyolwa ayant conduit à une mort d'hommes.
Pendant la journée, la plupart des militaires congolais sont évacués de la ville de Bukavu pour les localités et villages environnants jusqu'à Walungu et Katana: officiellement, plus tard BUKI le justifiera que c'est pour dégager la ville des militaires qui n'y avaient rien à faire; mais l'opinion a compris que c'est encore pour parer à une éventuelle fuite de Nabyolwa à l'intérieur dans les village.
Vendredi le 27 février
Vers 16 h 00: Arrivée à Bukavu de la délégation militaire conduite par le Général BUKI. De prime à bord, à la première interview par les journalistes, il prétend qu'il vient réhabiliter le Général Nabyolwa dans ses fonctions et promet de le faire revenir dès ce soir même.
Vers 16 h 30: le domicile de Mr MITIMA Remy, sur l'avenue Nyofu, est violé par un contingent des militaires qui prétendent venir de la part de la sœur de Nabyolwa pour chercher celui-ci là-bas.
Dimanche le 29 février
A 10 h 30: Le Général BUKI avec SHAROUH SHARIF invitent les représentants de la Société Civile pour les aider à réfléchir sur les solutions à envisager en vue de résoudre la crise causée par l'attentat contre Nabyolwa. La Société Civile a demandé en résumé de réhabiliter le Général Nabyolwa et travers lui toute la population du Sud-Kivu dont il est le héros: cela veut dire arrêter le Colonel Mutebutsi conformément aux règlements militaires, faire des obsèques dignes aux hommes du Général Nabyolwa tués lors de l'attaque de sa résidence et déclarer un deuil officiel à leur hommage. En plus la Monuc devrait s'amender de sa complicité avec les malfaiteurs contre le Général Nabyolwa en s'expliquant publiquement par les radios locales comme elle l'avait fait pour désavouer l'action de bravoure de Nabyolwa.
Le Général BUKI et Mr SHAROUH, avec le Gouverneur a.i Mazambi, concèdent à chercher les corps des victimes pour les enterrer dignement, mais se refusent à accorder une journée de recueillement pour le lundi 1er mars 2004, malgré l'insistance de la Société Civile qui fait remarquer que de toutes les façons l'opinion est préparée pour une journée ville morte à Bukavu les 1er et 2 mars.
Lundi 1er mars
Journée ville morte à Bukavu réussie mais émaillée de beaucoup d'incidents causés par des militaires, qui se sont attaqués aux manifestants: il y a eu plusieurs blessés dont 3 hospitalisés à l'hôpital Général de Bukavu. Les manifestants composés surtout des enfants de 8 à 12 ans ont surtout lapidé les véhicules de la Monuc: un soldat de la Monuc a été blessé sur la tête.
Mardi 2 mars
Deuxième journée ville morte: cette fois-ci bien réussie car il n y a pas eu des manifestants à proprement parler, mais ce sont les militaires qui se sont attaqués aux paisibles citoyens vers le quartier Panzi et dans la Commune de Kadutu en tirant en l'air et en cambriolant des effets d'autrui.
Mercredi 3 mars
La vie reprend timidement son cours normal.