Malgré les soupçons de crimes contre l'humanité qui pèsent contre certains dirigeants, le Canada ne fermera la porte à aucune délégation


Richer Jules
Le Droit
Montréal
21.08.99


Le Canada n'a pas l'intention de fermer la porte du Sommet de la francophonie de Moncton aux membres de certaines délégations africaines, malgré les soupçons de crimes contre l'humanité qui pèsent contre eux.

Le Canada se doit de respecter ses obligations diplomatiques envers les délégations étrangères qui participent à des manifestations internationales, a affirmé hier le leader parlementaire du gouvernement libéral, Don Boudria, chargé actuellement des affaires de la francophonie.

«Tout ce qu'on fait, c'est qu'on offre les courtoisies habituelles, rien de plus, rien de moins, qu'on offre, par exemple, aux Nations unies quand se présente un chef d'État ou de gouvernement. (...) Ce sont les mêmes règles de courtoisie qu'on utilise au Commonwealth», a-t-il expliqué.

M. Boudria soutient que le Canada ne cherche pas ainsi à contourner sa propre loi sur l'immigration, qui prévoit qu'on peut interdire l'entrée au pays à des membres de gouvernements étrangers impliqués dans des crimes contre l'humanité. «Quand on accueille des diplomates, on le fait selon les règles de la diplomatie, pas selon les règles de l'immigration», a-t-il dit.

Jeudi, à Montréal, une coalition de Canadiens d'origine africaine a dénoncé la décision du Canada d'accepter les délégations du Rwanda, du Burundi, du Togo et du Burkina Faso au Sommet de la francophonie à Moncton, qui a lieu à la fin du mois d'août.

La coalition vise notamment le major Pierre Buyoya, qui dirige le Burundi depuis le coup d'État de 1996. Il serait impliqué dans l'assassinat de près d'un million de Burundais, en majeure partie des Hutus. La coalition a menacé de recourir, devant les tribunaux canadiens, à la même procédure qui a entraîné l'arrestation à Londres du général chilien Augusto Pinochet pour crimes contre l'humanité.

M. Boudria a soutenu que la présence de ces délégations ne cautionne pas le comportement de leurs gouvernements. «Ça ne veut pas dire que le Canada ne s'intéresse pas au dossier des droits de la personne. Bien au contraire, c'est d'ailleurs un des thèmes du Sommet (de la francophonie)», a-t-il expliqué.

En réaction, la coalition des Canadiens d'origine africaine a affirmé qu'elle mettait sa menace à exécution: elle entreprendra des procédures judiciaires contre les membres des délégations du Burundi et du Rwanda.

De plus, plusieurs de ses membres ont maintenant l'intention d'être présents à Moncton et d'y manifester avec instance. «J'espère que la GRC sera préparée à nous donner des coups parce que nous sommes décidés à ne pas nous laisser faire cette fois-là», a dit Bwana Constant, qui est également porte-parole pour le Conseil pour la paix dans la région des grands lacs africains.

M. Constant a souligné que les passions sont grandes chez les membres de la communauté burundaise et rwandaise du Canada. «Nous ne savons plus quels arguments utiliser pour retenir les gens qui sont outrés par le comportement du gouvernement canadien», a-t-il dit.