L'acquittement de Monseigneur Augustin MISAGO ou un geste politique pour sauver l'image d'un régime criminel


Jean Baptiste HALELUYA
16.06.00


Arrêté suite aux injonctions de l'ancien Président de la République Pasteur Bizimungu, incarcéré illégalement (de l'avis même des juges) pendant près de deux ans, aujourd'hui acquitté des accusations de génocide et de crimes contre l'humanité, Monseigneur Augustin MISAGO laisse dans les prisons mouroirs rwandaises au moins 100.000 personnes emprisonnées sans dossier, certaines depuis 6 ans.

Pendant des mois, il aura dénoncé un procès politique et une manouvre du régime de Kigali visant à régler les comptes avec l'Eglise Catholique Romaine. Son cas constituait une patate chaude pour le régime. Ne l'ayant pas assassiné à l'instar de ceux de Byumba, Kigali, Kabgayi, Bukavu et Ruhengeri le régime ne pouvait assumer la responsabilité d'un assassinat dit légal. Non plus il ne pouvait pas le garder en prison car, il aurait était le symbole médiatique des centaines de milliers de prisonniers rwandais anonymes.

Acquitté alors qu'il avait lui-même déclaré à l'audience qu'il savait qu'on voulait sa tête en haut lieu, cela intervient au moment où l'image du général président Paul Kagame et de son régime a été sérieusement ternie, notamment par la révélation sur son implication directe dans l'attentat contre l'avion du président HABYARIMANA, acte criminel qui a déclenché le génocide et dans son aventure criminelle en République Démocratique du Congo. Installé à la tête d'une dictature ruinée par sa propre folie, en guerre avec son créateur Yoweli Museveni, il n'a pas eu le cran d'affronter les conséquences d'un meurtre public ou de la mort en prison d'un prélat d'une Eglise catholique romaine, politiquement et socialement puissante.

Innocent depuis toujours, Monseigneur Augustin MISAGO bénéficie néanmoins des difficultés politiques du régime, de la notoriété, de la médiatisation et de la puissance de son Eglise. Malheureusement beaucoup de rwandais n'ont pas cette chance. Je pense aux centaines de milliers de prisonniers et à l'ancien Bourgmestre de Mushubati, dont les procès en Suisse ont montré que ce dont il est coupable était d'avoir été bourgmestre (maire) d'une commune et de n'avoir pas été tué en 1994.

A mes yeux l'acquittement de Monseigneur Augustin MISAGO ne signifie pas que l'affaire est terminée. Ceux qui avaient caressé le rêve d'être milliardaires (en cas de condamnation le parquet et les parties civiles avaient réclamé environ 30 milliards de francs rwandais, c'est-à-dire 80 millions de dollars USA) en faisant condamner l'évêque et son Eglise font partie de ces criminels qui assassinent régulièrement les personnes libérées après avoir été accusées de génocide. A cela s'ajoute que les assassinats des religieux se poursuivent, la dernière en date étant celle de l'Abbé Espagnol Isidoro UZDUKUN survenu le 11 juin 2000.

Pour le protéger, le Pape pourrait par conséquent le rappeler au Vatican ou lui confier une autre tâche hors de son diocèse. Si une telle décision devait être prise elle conforterait la démarche de l'ancien Président de la République Pasteur Bizimungu qui avait demandé aux responsables de l'Eglise de le nommer ailleurs même s'il était reconnu innocent. Eloigner Monseigneur Augustin MISAGO de son diocèse serait donc la confirmation que le régime avait raison et en quelque sorte un aveu de culpabilité.

Se sentant dans son droit, l'évêque pourrait décider de continuer sa mission dans son diocèse. Cet acte serait courageux et suicidaire à la fois. D'un côté, il redonnerait aux Rwandais terrorisés par la tyrannie du régime une envie de résister pacifiquement. De l'autre côté, son assassinat ne surprendrait presque personne vue le nombre d'assassinats de religieux survenu au Rwanda depuis 1994. Dans ce cas, la survie de Monseigneur Augustin MISAGO dépendrait simplement de la décision du régime de ne pas l'assassiner.