A la cloture de la semaine commemorative du genocide rwandais,
le President de la Republique, Pasteur BIZIMUNGU, a prononce a
Kibeho le 07.04.99 un discours fort surprenant ou il m'a attaque
durement en ma qualite d'eveque de Gikongoro, qui n'aurait pas pu
empecher le genocide. Il pretend que face a de multiples
accusations, maintes fois ressassees depuis deja cinq ans par des
rescapes du genocide me designant comme complice. Je n'aurais pas
reagi pour m'expliquer et qu'au contraire je me serais retranche
derriere un silence imperturbable.
Les pretendus griefs formules contre moi sont tous des calomnies, encouragees entre autres par tout un climat de prejuge ethnocentriste et de proces d'intentions bien orchestre contre ma personne, pour des interets peu avouables. Quant a la declaration meme du Chef de l'Etat a mon sujet, elle est tout a fait contraire a la verite. Je ne me suis pas tu. Toutefois, j'ai essaye d'eviter des interventions intempestives, tapageuses et propagandistes ou de m'exposer a certains organes de presse de mauvaise foi. Voici donc un repere historique des moments importants de ma reaction visant a clarifier ma situation, car l'opinion publique comme la justice rwandaise ne sont jamais demeurees indifferentes a ce qui se racontait a mon sujet.
Ainsi:
Le 8/9/1995 j'ai juge opportun d'adresser une lettre aux Eveques catholiques du Rwanda, avec copie pour information au Saint- Siege, en vue d'exprimer mon indignation et protester de mon innocence face a des publications calomnieuses et diffamatoires parues dans certains journaux tels que : IMVAHO NSHYA (Kigali) Nr. 1062 de fevrier 1995 (voir article: "Kilizya Pawa"), un hebdomadaire belge denomme "SOLIDAIRE" Nr. 6 du 8 fevrier 1995 (voir l'article: "Cette Eglise a besoin de se repentir. Reflexions critiques de trois pretres catholiques"), surtout un magazine francais denomme GOLIAS N. 43 de juillet-aout 1995 (voir Dossier special intitule: "Rwanda: la machette et le goupillon").
Le 20/01/1996 (un samedi), je recevais une visite inattendue, effectuee par un groupe de journalistes rwandais: deux de l'Orinfor (pour Imvaho et T.V.), un autre du magazine "INGABO" (ministere de la Defense), et un quatrieme du service de l'information du Parlement. Le groupe etait apparemment dirige par Mme Marie Immaculee INGABIRE. J'ai repondu a toutes les questions qui me furent posees par les uns et les autres en rapport avec ma conduite pendant le genocide perpetre dans la region. On a, non seulement tout enregistre sur cassette, mais aussi tout filme a la camera.
Lundi le 29/01/1996 je recevais une autre visite, celle d'une equipe de "journalistes" dirigee par Mme Lindsay HILSUM et pretendant travailler pour le compte d'une chaine de T.V. britannique denommee "Blackstone Picture Limited" (BBC-London). J'ai repondu a toutes les questions, generalement formulees a partir des racontars contenus dans un ouvrage de "African Rights" (edition d'aout 1995 p. 899-900). On a enregistre et filme tout a volonte.
Plus important encore que ces representants du monde de la presse, il faut faire mention speciale de la visite a l'Eveche d'un envoye special de la Brigade de Gendarmerie de Gikongoro effectuee le 28/01/1996 (un dimanche). Il s'agit de l'OPJ Dieudonne RURANGIRWA, mandate par le commandant de la Brigade (L.t. Jackson MULINDAHABI), en accord avec le Procureur de la Republique a Gikongoro (M. Aloys HAVUGIYAREMYE). L'OPJ me soumit alors a un long interrogatoire de plus de 3 heures en se basant sur les diverses accusations qui circulent a mon sujet en rapport avec le genocide de 1994.
Le 05/04/1996, pendant la semaine de deuil national en commemoration du genocide, les autorites de la Prefecture de Gikongoro organiserent des journees de conferences-debats. Je fus invite, mois aussi, pour donner une conference sur le role de l'Eglise dans le processus de mettre fin a la guerre et au genocide. La salle polyvalente de la Prefecture (CIPEP) etait remplie! Au cours du debat, je fus amene a devoir repondre aussi aux questions concernant ma propre conduite pendant le genocide. Au lendemain de la conference, j'ai pu recueillir de nombreux temoignages de la part de diverses personnes qui m'assuraient que mon expose aurait ete tres benefique pour eclairer l'opinion publique et de faire tomber des legendes calomnieuses repandues dans la population.
En octobre 1996 j'ai produit un document intitule: "Reaction aux accusations lancees contre ma personne par l'organisation AFRICAN RIGHTS (32 pages + annexes). Ces accusations, qui tournent autour de l'epineuse question de "non-assistance a personne en danger", sont contenues dans un gros ouvrage publie par "African Rights" en 1995 sous le titre de "Rwanda: Death, Despair and Defiance" (London aout 1995). Cet ouvrage se presente comme un rapport synthetique sur le genocide rwandais de 1994: mais helas un rapport realise en toute hate avec peu de souci d'objectivite et de rigueur scientifique. Au long chapitre consacre aux hommes d'Eglise, il est question de moi a pp. 899-900. Une certaine presse malveillante qui s'en prend aux Eglises chretiennes, surtout a l'Eglise catholique, pulse dans cet ouvrage de "African Rights". Des publications tendancieuses faites par certains journaux a propos de ma conduite pendant le genocide (par ex. UMUSEMBURO ou INGABO) n'ont d'autres sources que cet ouvrage. C'est pourquoi j'ai prefere repondre a toute sorte d'accusations en reagissant a ses propres allegations, mais sans m'engager inutilement dans la voie d'une polemique sterile.
Mon texte ci-haut mentionne a ete concu principalement comme un repere pour l'histoire mais aussi comme un instrument pour une information actuelle a l'intention de quiconque serait epris de verite, de justice et de paix.
Les premiers destinataires du document etaient tous les eveques catholiques du Rwanda, avec une copie pour information au Nonce Apostolique et au Saint-Siege. Certains services interdiocesains ainsi que le clerge de Gikongoro ont recu egalement une copie. Quant aux autorites de l'Etat, je m'etais limite jusqu'a present aux differents Prefets de Prefecture qui se sont succede a Gikongoro depuis la fin de la guerre jusqu'a ce jour. Le commandant de la Region Militaire du Sud (Butare-Gikongoro-Cyangugu), en l'occurrence le Colonel Bagire (qui helas vient de mourir) a recu egalement un exemplaire. Jusqu'a present je n'estimais pas opportun d'en transmettre aussi aux plus hautes autorites du pays, car je supposais que les representants de l'Etat dans notre region pourraient bien faire circuler l'information selon le besoin. De toute facon, si la Presidence de la Republique avait manifeste l'intention que j'informe moi-meme, sans detours, j'aurais pu le faire immediatement sans probleme.
En novembre 1997, a une date dont je ne me rappelle plus, un I.P.J. du Parquet de Gikongoro est de nouveau venu m'interroger en vue d'obtenir des precisions ou des complements a l'interrogatoire de janvier 1996.
Le 11/01/1998, j'ai comparu devant le Tribunal de Premiere Instance/ Chambre Specialisee. Pendant plus d'une heure et demie, j'ai repondu aux questions des juges, notamment a propos de la mort de regrette abbe Joseph NIYOMUGABO, cure de Cyanika tue la-bas pendant le genocide.
Le 23/03/1999 j'ai accepte de donner une interview a l'ORINFOR- GIKONGORO; mais etant donne son urgence et le fait que j'etais fort occupe au moment ou le journaliste s'est presente chez moi a l'improviste, je me suis contente de lui repondre un peu plus tard par ecrit suivant un long questionnaire qu'il m'avait laisse (voir mon texte du 29/03/1999 intitule: "Igisubizo ku bibazo bya Orinfor- Gikongoro", 8 pages)
Pour quiconque aime donc passionnement la verite et recherche la verite avec loyaute et la rigueur voulue, toute cette documentation devrait contribuer a clarifier ma situation et a mieux apprecier la valeur des differents griefs formules contre moi avec une scandaleuse legerete en rapport avec le genocide de 1994. En tous cas, declarer que je n'ai rien fait pour m'expliquer sur ma conduite pendant cette tragedie, c'est un gros mensonge flagrant. Ma reputation tant de fois bafouee, merite d'etre rehabilitee.