AFP
Arusha (Tanzanie)
21.02.00
Le nouveau médiateur du processus de paix au Burundi, Nelson Mandela, a estimé lundi lors de la reprise des négociations à Arusha (Tanzanie) que la guerre civile ne pourrait cesser tant que la minorité tutsie continuerait à monopoliser le pouvoir.
L'ancien président sud-africain a aussi répété que la participation des deux groupes rebelles les plus importants et les plus radicaux, encore absents des négociations, était indispensable.
"L'un des sujets les plus critiques, c'est qu'une minorité de 15% de la population puisse continuer à monopoliser le pouvoir politique, économique et militaire", a déclaré M. Mandela. Il s'exprimait devant six chefs d'Etat africains et trois ministres européens, notamment, réunis pour un sommet d'une journée, en guise d'ouverture d'une nouvelle session de négociations en commissions prévue pendant deux semaines entre les 18 délégations burundaises.
Entamés en juin 1998, les pourparlers de paix d'Arusha n'ont pas permis de mettre un terme à la guerre civile qui oppose depuis 1993 le pouvoir et l'armée dominés par la minorité tutsie à divers groupes de rebelles hutus.
"Aussi longtemps que cette situation perdurera, on ne pourra pas parvenir à la paix et à la stabilité" au Burundi, a estimé M. Mandela, nommé médiateur du processus de paix le 1er décembre 1999. Cette situation "ne peut plus être tolérée", a-t-il poursuivi.
"M. Mandela a frappé fort et ciblé le coeur du problème", a confié à l'AFP un diplomate africain, convié en tant qu'observateur, qui a requis l'anonymat.
"Il commence mal. On ne peut pas réduire le problème burundais au simple conflit ethnique", a rétorqué un membre d'une délégation de l'opposition burundaise, également sous couvert de l'anonymat.
Puis M. Mandela a pressé les délégués burundais d'accepter des "compromis" pour la constitution d'un gouvernement de transition en cas d'accord de paix, prônant une "combinaison" entre les principes "un homme, une voix" et celui d'une représentation "basée sur le principe d'ethnicité" où chaque groupe désignerait ses représentants.
Autre condition impérative que le médiateur martèle depuis plus d'un mois: "ce processus de paix doit inclure tout le monde, y compris les groupes rebelles qui sont sur le terrain parce que, sans eux, il ne pourra y avoir aucune garantie que les décisions prises pourront être appliquées".
Les Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD) et des Forces nationales de Libération (FNL), les deux principaux mouvements rebelles hutus, sont les grands absents de la reprise des négociations. M. Mandela a assuré dimanche des efforts déployés pour leur intégration mais que "différents points de vue" prévalaient encore.
Outre les modalités de leur participation aux négociations, leur représentation au sein d'un futur gouvernement et d'une future armée sont les principales pierres d'achoppement, ont confirmé à l'AFP le père Matteo Zuppi, président de la commission sur la sécurité aux pourparlers, au nom de la communauté catholique Sant'Egidio de Rome, et Cheikh Tidiane Sy, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies à Bujumbura.
M. Mandela, qui avait en janvier exprimé sa confiance en un règlement négocié "plus tôt qu'on ne le pense", avait convié une quinzaine de dirigeants africains et occidentaux.
Le président français Jacques Chirac, dans un message lu par le ministre délégué à la Coopération Charles Josselin, a appelé à une reprise de l'aide au Burundi et a proposé le soutien de la France au processus de paix.
Le chef d'Etat américain Bill Clinton interviendra mardi par vidéo- conférence.
Les présidents ougandais Yoweri Museveni, tanzanien Benjamin Mkapa, rwandais Pasteur Bizimungu, sud-africain Thabo Mbeki, mozambicain Joachim Chissano et burundais Pierre Buyoya ont assisté au sommet, de même que le secrétaire général de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA), Salim Ahmed Salim, le ministre britannique chargé des Affaires africaines Peter Hain, le ministre des Affaires étrangères belge Louis Michel, et l'envoyé spécial américain pour les Grands Lacs Howard Wolpe.