GROUPE LOTUS
COMMUNIQUÉ DE PRESSE N° 009/GRAL/KIS/03
Bunia : le calvaire de la population civile se poursuit malgré la présence de la Force Multinationale.
Le Groupe LOTUS, organisation congolaise de défense des Droits de l’Homme basée à Kisangani (RDCongo), est préoccupé par la situation qui prévaut en Ituri (au Nord-Est de la RDCongo).
1. Sur le plan politique
A l’issue des travaux de la Commission de Pacification de l’Ituri (CPI), tenus du 04 au 14 avril 2003 sous l’égide de la MONUC, il a été décidé de la mise sur pied d’un mécanisme intérimaire pour la pacification et l’administration provisoire de l’Ituri. Ces institutions, qui existent bel et bien (Assemblée Spéciale Intérimaire de 32 membres, Organe Exécutif Intérimaire de 5 membres, Commission de Prévention et de Vérification de 18 membres, Comité de Concertation des Groupes Armés de 9 membres et enfin, Observatoire Intérimaire des Droits Humains de 17 membres), n’ont jamais été opérationnelles d’une part, par manque d’organes judiciaires et d’une force coercitive (Armée et Police) qui devaient l’aider à asseoir et faire appliquer ses décisions ; et d’autre part, on peut aussi citer les affrontements répétés de deux principales milices rivales pour le contrôle de Bunia ainsi que le départ précipité de l’armée ougandaise de l’Ituri.
Par ailleurs, la lutte de leadership entre ces institutions et l’Union des Patriotes Congolais (UPC) qui jouit de l’effectivité du pouvoir politique sur Bunia, rend aléatoire l’opérationnalité de la CPI. Les animateurs de la CPI qui sont régulièrement objet de menaces de mort de la part de l’UPC, se sont réfugiés à la MONUC.
2. Sur le plan sécuritaire
a. L’action de la Force Multinationale
La sécurité à Bunia est assurée par la Force Multinationale (visiblement gérée par les Français, les Belges, les Anglais…) et les casques bleus de la MONUC. Des patrouilles diurnes et nocturnes sont organisées sur les grandes artères pour identifier et dissuader les miliciens zélés dans le port et l’usage d’armes à feu. Il en est de même des Casques bleus qui les font aussi au delà de leur mission classique de la protection des installations de la MONUC ainsi que de son personnel.
Ce malgré, la situation sécuritaire demeure préoccupante dans la mesure où les violons ne semblent pas s’accorder d’une part entre la Force Multinationale et l’UPC et d’autre part, entre les membres de la Force Multinationale. En effet, l’action de la Force Multinationale fragilise l’UPC et, à certains égards, la réussite de la Force Multinationale renforcerait le prestige de la France en défaveur d’autres pays partis au départ. Dès lors, incohérence, divergence et coup bas de tous ordres de nature à vouer à l’échec le travail de cette Force Multinationale n’échappent plus à la raison.
b. Les relations entre la Force Multinationale et la population
La majorité de la population de Bunia apprécie à sa juste valeur l’action de la Force Multinationale qui a réussi tout de même à rétablir la sécurité à Bunia. Leur regret est cependant formulé en termes de limitation de l’action dans le temps et dans l’espace.
Toutefois, la décision du Conseil de Sécurité de faire partir la Force Multinationale pour la remplacer par d’autres forces prête à diverses interprétations dans la population. Plusieurs déclarent qu’il s’agit de l’influence des Etats Unis afin de faire partir la France pour laisser champ libre à l’UPC qui a toujours déclaré bénéficier de l’appui des Etats Unis et dont les partisans brandissent les drapelets américains au cours de leurs manifestations publiques. Tout compte fait, la population est décidée de quitter la ville ou d’organiser des manifestations de protestation pour empêcher le départ de la Force Multinationale s’il en était ainsi décidé.
c. Les relations entre la population et la MONUC
Les avis sont partagés sur l’action de la MONUC à Bunia. D’aucuns auraient souhaité la voir plus plongée dans la protection des civils et les épargner des massacres avant l’arrivée de la Force Multinationale.
Aussi, des accusations ne sont-elles pas portées sur certains agents de la MONUC à cause de leurs accointances avec certains cadres de l’UPC.
C’est pourquoi, nous osons croire que le renforcement actuel du mandat de la MONUC par le Conseil de Sécurité ne convaincra pas la population, mais seule son action sur le terrain pourra être déterminante.
d. Les relations entre les ethnies Hema-Lendu
Les relations entre les deux ethnies demeurent très tendues et le dialogue rompu. Ce qui donne libre cours aux rumeurs, favorise la radio trottoir et, par ricochet, accroît la méfiance réciproque.
Considéré au départ comme opposant les deux principales ethnies rivales (Hema et Lendu), le conflit en Ituri subit des extensions au point d’atteindre d’autres ethnies (Babira, Alur…). Pire encore, les non natifs de Bunia sont également visés à cause de leur morphologie bantoue proche de celle de Lendu. L’on assiste à l’instrumentalisation de l’ethnie et celle de la violence pour des fins politiques.
3. Situation économique
Tout ou presque est par terre. Les grandes maisons d’approvisionnement et de commerce ont été pillées. Nul ne peut investir dans ces conditions. Les axes routiers conduisant vers les grands centres d’approvisionnement en denrées alimentaires (Chomia, Kasenyi…) sont momentanément coupés à cause de la présence des milices armées. La rareté des billets de Banque se fait sentir. L’UPC ayant interdit la consommation de nouveaux signes monétaires de 100 FC émis par le Gouvernement sous le fallacieux prétexte du soutien et de l’attachement de ce dernier aux Lendu
4. Sur le plan social
Les femmes payent le lourd tribut des affrontements interethniques. Plusieurs femmes mariées et filles sont régulièrement violées. Les résultats des examens biologiques révèlent des cas des infections sexuellement transmissibles chez bon nombre de la population violée. L’on note également un nombre important d’enfants et d’adultes traumatisés.
L’on compte parmi les déplacés de guerre qui sont dans les campements de Bunia, à Beni, Aru…, les enfants malnutris et la présence des enfants non accompagnés. Le calendrier scolaire a été sérieusement perturbé.
Les finalistes de l’enseignement secondaire ont dû passer les examens d’Etat dans des conditions difficiles.
5. Situation des Droits de l’Homme
Eu égard à ce qui précède, plusieurs violations des Droits de l’Homme sont régulièrement commises par les belligérants.
a. Des Atteintes au droit à la vie
Plusieurs cas d’exécution sommaire, massacres et tuerie sont commis. La présence des fosses confirme cet état de choses.
b. Des Atteintes à l’intégrité physique
L’on dénombre plusieurs blessés soit par balles ou soit par armes blanches. Le viol est fréquemment utilisé comme une arme de guerre.
c. Des entraves à la libre circulation des personnes et de leurs biens
Tous les axes routiers sont presque fermés à cause de l’insécurité.
d. Des Atteintes au droit à la propriété
Les biens des particuliers tels que véhicules, motos… sont régulièrement pillés et utilisés au grand jour. Les maisons dont les propriétaires ont fui la guerre sont pillées et assiégées.
e. Des cas de disparition
Des personnes soupçonnées ou ciblées être en contact avec une des tribus rivales sont enlevées par les miliciens de deux parties en conflit et l’accès à leurs nouvelles reste quasi impossible.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Comme on peut le constater, la situation de l’Ituri est grave et interpelle tous. C’est pourquoi, le Groupe LOTUS recommande :
1. A la Communauté Internationale
2. Au Gouvernement de transition
3. Aux Communautés sociales, tribales et ethniques de l’Ituri
Fait à Kisangani, le 02 Août 2003
LE GROUPE LOTUS
Dismas KITENGE SENGA
Président