GROUPE LOTUS
ITURI ET KISANGANI :
Situation sécuritaire extrêmement inquiétante
Mars 2003
SOMMAIRE
INTRODUCTION
1.- QUELQUES ELEMENTS DE MISE EN CONTEXTE
2.- INTENSITE D'ACTIVITES POLITIQUES ET MILITAIRES
3.- L'AVENIR DE L'ITURI
4.- LE BOUILLONNEMENT DANS LA SPHERE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DE KISANGANI
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
PRINCIPALES ABREVIATIONS
RCD
: Rassemblement Congolais pour la DémocratieFLC: Front de Libération du Congo
MLC: Mouvement de Libération du Congo
RCD/ML: Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Mouvement de Libération
RCD/N: Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Aile Nationale
UPC: Union des Patriotes Congolais
OCHA : Office of Coordination for Humanitarian Affairs
FIPI: Front d'Intégration pour la Pacification de l'Ituri
OCC: Office Congolais de Contrôle
OFIDA: Office des Douanes et Accises
APC: Armée du Peuple Congolais de MBUSA (RCD/ML)
INTRODUCTION
Les obstacles et embûches réels dressés ça et là par les troupes étrangères constituent une entrave majeure au retour de la paix véritable en RDCongo. Tantôt elles agissent elles-mêmes ouvertement, tantôt elles créent d'autres rébellions secrètement équipées pour leur permettre de se présenter comme « pacificateur impartial », fortuitement impliqués dans un conflit insensé entre groupes armés.
Pendant que leurs compatriotes d'ailleurs attendent les négociations intercongolaises aboutir à la réunification du pays, les habitants de l'Ituri vivent un véritable cauchemar. Aux historiques et familiers conflits interethniques se joignent les conflits d'ordre politique, avec comme conséquence, des changements continuels des gestionnaires.
De LOTSOVE à Thomas LUBANGA, en passant par WAMBA, TIBASIMA et MOLONDO, l'Ouganda a brillé non seulement par la créativité façonnée des leaders, mais aussi par l'habilité à les soutenir en Ituri. Et, chaque fois les violents combats y ont éclaté, à chaque fois les accords ont été conclus, à chaque fois les résultats escomptés n'ont pas été atteints.
Profitant d'une fissure, l'Union des Patriotes Congolais pour la Réconciliation et la Paix (UPC/RP) de Thomas LUBANGA et le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD/Goma) se sont convenus de dégager des principes généraux d'une alliance engageant les deux parties à coopérer et à s'assister mutuellement dans toutes les situations d'ordre politique, sécuritaire, économique et social.
Dans la tentative de mettre de l'ordre dans la boutique et empêcher le Rwanda de gérer davantage de l'espace outre celui de son principal allié le RCD/Goma, l'Ouganda s'en alla à la chasse à l'homme, à l'étouffement de l'UPC/RP, brandissant les accords de Luanda. Parvenir à un nouveau visage dans l'optique de la pacification, il aurait fallu le prix du sang humain.
Concomitamment à la débandade de l'UPC à Bunia ont été enregistrées des revendications d'une certaine élite de Kisangani autour de la gestion du pouvoir politique et la transparence des finances publiques. La crainte de perte de contrôle de la ville justifie les sanctions distribuées selon la gravité de cas.
Aussi évidentes que paraissent excessives les souffrances imposées à la population congolaise, il faille pour autant déployer des efforts considérables dans tous les sens pour ne pas s'écarter davantage de la voie pacifique. Ainsi, la publication de ce rapport répond à une exigence pratique liée d'une part aux principes élémentaires de la prévention des conflits et d'autre part, à la normalisation de l'environnement politique si mouvementé. Car, le pire est à craindre aussi bien en Ituri qu'à Kisangani.
A travers le panorama géographique et humain, les rivalités de leadership en Ituri, l'aspiration profonde de la population, le bouleversement de l'espace politique de Kisangani, le Groupe LOTUS pense offrir aux ONG, hommes politiques, scientifiques, acteurs indépendants... un ensemble caricatural d'éléments d'analyse pour appréhender objectivement la réalité et y influer en cas de besoin et de nécessité d'après les circonstances.
Que les partenaires de Bunia ainsi que les enquêteurs du Groupe LOTUS trouvent dans ces écrits la reconnaissance de leur militance et engagement.
1. QUELQUES ELEMENTS DE MISE EN CONTEXTE
1.1. Le milieu physique
Avec un poids démographique imposant (± 1.673.404 âmes) sur une superficie d'à peu près 65.659 Km², l'Ituri dispose d'une densité élevée par rapport à d'autres districts. Le climat est serein, tandis que le relief est redoutable dans la mesure où il offre d'une part la possibilité de se prémunir des dangers et de l'autre, des cachettes naturelles inimaginables. Et d'ailleurs, de par le passé, nombre de groupes armés ont eu à en tirer profit.
Sa proximité géographique avec l'Ouganda lui attribue un rôle important de transit et renforce sa position d'écluse.
1.2. Les communautés humaines
Au cours des mouvements migratoires qui se sont effectués aux 16è et 17è siècles dans toute la région Nil-Soudan-Grands Lacs, nombreux sont les groupes humains qui se sont éparpillés à travers le Nord-Est, formant des sociétés segmentaires. Il est bien évident que celles mieux structurées à pouvoir politique hiérarchisé prendraient le dessus là où faisait défaut une force unifiée. Ce qui explique les altercations sur l'appropriation et la gestion des terres connues en Ituri entre les différents groupes ethniques .
A un moment de l'histoire, les populations de l'Ituri, elles-mêmes, se différenciaient en recourant à leurs principales activités économiques. C'est pourquoi les Pygmées étaient identifiés à la chasse, les Lendu à l'agriculture, les Ndo-Okebo aux activités de la forge et les Hema à l'élevage.
Cependant, de nos jours, cette division ethnique du travail ne paraît plus absolue. Car, on rencontre des Ngiti éleveurs de gros bétails et des Hema agriculteurs.
Il y a lieu de faire allusion aux autres communautés humaines -parties en Ituri à la recherche des lendemains meilleurs- qui, pendant le moment chaud, appuient tantôt les modérés, tantôt les extrémistes de deux principaux groupes ethniques.
2. INTENSITE D'ACTIVITES POLITIQUES ET MILITAIRES
2.1. Motivations profondes de la violence permanente en Ituri
En août 1998, lorsque la guerre éclatait en RDCongo, les troupes rwandaises, aidées par quelques militaires rebelles congolais, avaient pris le contrôle de Goma, ensuite la ville de Kisangani et ses environs ; tandis que les ougandais, eux, occupaient le Nord-Est du pays, notamment le district de l'Ituri. Cette situation corroborait les rumeurs selon lesquelles dans leur conquête au Congo, les Gouvernements Ougandais et Rwandais s'étaient convenus que l'Ouganda contrôle la partie Nord-Est de la RDCongo et que le Rwanda occupe le Sud-Est. Cette convention aurait été violée par le Rwanda qui aurait déployé ses militaires à Kisangani considéré comme le territoire qui devait revenir à l'Ouganda. Aussi l'Ouganda aurait contesté le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, jusque-là seul mouvement rebelle congolais contrôlant la partie Est du pays, agissant plus sous l'influence rwandaise que ougandaise. Ce qui a amené à créer un leadership congolais qui pouvait défendre et garantir ses intérêts sur le sol congolais.
Le lundi 17 mai 1999, le RCD/Aile Rwanda annonce la destitution du Prof. WAMBA. Le dimanche 23 et samedi le 29 mai 1999, sous l'influence et la protection des ougandais, M. WAMBA défie les rwandais en tenant les meetings dans les communes urbaines de Mangobo et de Makiso. Il révoque le Gouverneur BARUTI de tendance rwandaise et nomme son allié, le Prof. WALE SOMBO. Mais celui-là continue à exercer ses fonctions.
La situation s'est davantage empirée au moment où chacune de deux armées tentait de prendre les positions stratégiques de la ville pour mieux l'administrer. Une série d'affrontements directs à l'arme lourde ont opposé les rwandais aux ougandais. C'est à l'issu des affrontements du 15 au 17 août 1999, dite guerre de 3 jours qui s'était soldée par la défaite ougandaise que M. WAMBA et ses partisans ont dû quitter Kisangani et se sont installés en Ituri, qui deviendra désormais siège de leur mouvement.
Entre-temps, sur place en Ituri, le Gouverneur de Province, Mme Adèle LOTSOVE (une Hema), sous instigation ougandaise, organise son pouvoir sur base des divisions tribales en ravivant les anciens conflits inter-ethniques. Ces conflits qui opposent les ethnies Hema (pasteur) à l'ethnie Lendu (autochtone et agriculteurs), ont fait un bilan très lourd sur les plans humain et matériel. Selon une certaine opinion, les militaires ougandais auraient pris partie dans ces conflits pour les Hema.
En outre, le RCD/Kisangani qui venait de s'installer à Bunia (Ituri) a connu un conflit de leadership entre le Président WAMBA, le Commissaire Général, M. MBUSA et le Vice-Président M. TIBASIMA, lequel conflit a abouti à la destitution du Président WAMBA en date du 04 novembre 2000. Pour les observateurs avertis, cette destitution était un acte délibéré de Kampala, car on ne pouvait pas comprendre que malgré la présence du Colonel ougandais pro WAMBA, M. Charles ANGIMA, qu'un sous-officier ougandais, en la personne de M. NTIKAMANYIRE, contrecarre les actions du Président WAMBA.
Voulant concentrer toutes les énergies de ses mouvements rebelles, l'Ouganda avait procédé à la création du Front pour la Libération du Congo (FLC), composé du MLC de M. BEMBA, du RCD/Kisangani de M. MBUSA et du RCD/National de Roger LUMBALA. Ce front n'a pas eu long feu toujours à cause de la lutte de leadership des acteurs en présence qui ont suscité encore une fois le conflit ethnique. M. Jean-Pierre BEMBA, Chef de fil du Front s'est servi de M. TIBASIMA, ressortissant de l'Ituri pour combattre MBUSA, Nande de Beni-Butembo.
On a une fois de plus observé que les ougandais se sont retrouvés dans les deux camps adverses, les appuyant dans les affrontements qui les ont opposés et qui ont abouti à la victoire du RCD/ML de MBUSA.
En avril 2002, MBUSA s'embarque dans le « Camp de la Patrie » issu de l'Accord des négociations politiques de Sun City, qui comprenait le Gouvernement, le RCD/N, le MLC, le RCD/ML et une grande partie des partis politiques de l'opposition non armée et des membres de la société civile. Cet accord prônait la réunification du pays. C'est dans ces circonstances que les contacts et trafics commerciaux ont été rétablis entre Kinshasa et Beni-Butembo, fief du RCD/ML. Les dirigeants de ce mouvement étaient libres de se séjourner à Kinshasa. Cette nouvelle configuration politique a été mal digérée par les ougandais qui pensaient ne plus avoir M. MBUSA sous leur contrôle, surtout que celui-ci venait de demander leur départ de la RDCongo.
Pour se débarrasser de cet allié jugé corrompu et ingrat, les ougandais ont confié à l'alliance MLC et RCD/N, la mission de lui faire la guerre. C'est dans cette optique que l'alliance BEMBA et LUMBALA avait ouvert le front Isiro-Niania avec le seul objectif avoué de récupérer tout l'espace sous contrôle du RCD/ML de MBUSA NYAMWISI. Entre-temps à Bunia, la redéfinition des alliances s'était opérée. M. Thomas LUBANGA, natif de l'Ituri et membre du RCD/ML de MBUSA venait d'être reçu à Kampala à la première quinzaine du mois d'octobre 2002 par les officiels ougandais qui lui confiaient aussi la mission de chasser MBUSA et son RCD/ML de Bunia.
Comme dit plus haut, M. MBUSA a été victime d'avoir eu des antécédents avec tous ces acteurs en présence. Notamment les ougandais, pour avoir pris langue avec le Gouvernement de Kinshasa et demandé leur départ , Jean-Pierre BEMBA et son MLC qu'il avait chassé de Beni où il était dans le cadre du Front de Libération du Congo, Thomas LUBANGA qui l'accuse d'avoir la main mise sur les richesses de l'Ituri dont pourtant il n'est pas ressortissant, et Roger LUMBALA du RCD/N qui n'a aucunement l'intention d'arrêter le commerce des pierres précieuses .
Aidé par les Ougandais, M. Thomas LUBANGA chasse M. MBUSA et son RCD/ML de Bunia. Selon certaines sources anonymes, avant les affrontements entre les deux mouvements, les Ougandais auraient envoyé un émissaire le 06 novembre 2002, auprès de M. MBUSA pour tenter de le convaincre à abandonner l'Ituri à l'Union des Patriotes Congolais (UPC) de Thomas LUBANGA que les Ougandais considéraient déjà comme une réalité politique incontournable, possédant une armée bien équipée et une administration pour défendre et gérer l'Ituri. Cette prise de position de l'Ouganda s'explique par le fait que le Président MUSEVENI craignait fortement que M. MBUSA ne lui échappe totalement après la réunification du pays. C'est pourquoi, d'après certaines indiscrétions, l'Ouganda préparerait un nouveau leadership à installer à la tête du RCD/ML.
Les Officiels et Officiers ougandais en poste à l'Est de la RDC, sont plus intéressés par l'argent que la politique. C'est ce qui les amène à fabriquer les rebelles congolais qui doivent servir pour leur enrichissement. Les Officiers de l'UPDF au lieu de supporter les institutions publiques sont plus préoccupés par la survie politique de leurs pions et le contrôle de la gestion financière de l'espace sous le contrôle des mouvements politico-militaires locaux qu'ils supportent. C'est pourquoi, à l'époque des affrontements pour le contrôle de Bunia entre les partisans de MBUSA et WAMBA, les deux tendances antagonistes du RCD/ML ont été appuyés par les militaires ougandais. cette division de l'armée ougandaise en RDC est même observée à Kampala où l'entourage du Président MUSEVENI se disputent l'influence autour du Président sur la question congolaise.
Dans les rangs des officiels et officiers congolais, outre les intérêts matériels, ils sont aussi motivés par le pouvoir qui trouve la légitimité dans les ougandais.
2.2. Nouvelle configuration
M. Thomas LUBANGA de l'UPC/RP devenu nouveau maître de l'Ituri contrôle Bunia à l'aide de sa milice tribale Hema. Il autoproclame le district de l'Ituri en province, signe le 06 janvier 2003, une alliance avec le RCD/Goma, un mouvement sous influence rwandaise et demande le départ de l'armée ougandaise, alors jusque-là son allié. L'Ouganda qui avait installé M. LUBANGA et son UPC en Ituri n'apprécie pas l'arrivée des militaires rwandais à Bunia. Ce qui les amène aussi à renforcer leurs positions. Hommes, matériels et munitions sont débarqués à Bunia. D'autres passent par le Lac du côté de Kasenyi, progressent par la localité de Dele pour aboutir aux portes de Bunia.
Sur place à Bunia, les militaires ougandais positionnés à l'aéroport ont chassé tous les services de sécurité qui y oeuvraient et ont interdit tout accès aux militaires et officiels de l'UPC.
Aussi, les opérateurs économiques de l'ethnie Hema qui avaient soutenu militairement l'UPC dans sa guerre contre le RCD/ML de MBUSA commençaient à prendre distance à l'endroit de l'UPC suite à la tracasserie dont ils étaient victimes de la part de ce mouvement, notamment l'imposition du taux d'échange à 250 FC pour 1 dollar américain alors que sur le marché parallèle, le dollar s'échangeait à 300 FC ; la fixation du prix de l'essence à 330 FC alors que le litre était vendu à 400 FC. Plusieurs commerçants Hema qui travaillaient dans le circuit d'échange monétaire ont été arrêtés. Même les humanitaires n'étaient pas épargnés par l'UPC qui n'a pas hésité de déclarer persona non grata, le responsable de l'organisme humanitaire de l'ONU OCHA pour avoir travaillé dans les territoires Lendu et Ngiti.
En février 2003, on annonce à partir de l'Ouganda la création d'un nouveau mouvement politique dans l'Ituri, Front de l'Intégration pour la Pacification de l'Ituri (FIPI), présidé par un Chef traditionnel de l'ethnie Hema, M. KAWA MANDRO, un dissident de l'UPC/RP de Thomas LUBANGA. Contrairement à l'armée de l'UPC/RP constituée des hommes de troupe de la seule ethnie Hema, l'armée du nouveau mouvement (FIPI) est composée des Lendu, Ngiti et une partie des Hema appuyés par les alliés ougandais.
Le 24 février, la localité de Bogoro (25 Kms de Bunia) tombe sous le contrôle des hommes du FIPI du Chef KAWA. Le 27 février, le FIPI prend la localité de Tchayi (point kilométrique 12 de Bunia).
L'UPC avance des allégations des massacres de civils et conditionne la mise en place de la commission de pacification de l'Ituri par l'ouverture d'une enquête sur ces massacres. A la même date, un hélicoptère de la MONUC qui transportait le Général MOUNTAGA DIALLO essuie des tirs à 40 Kms de Bunia.
Le 01 mars 2003, le Commandant Jérôme de l'UPC en territoire d'Aru proclame son autonomie vis-à-vis de son mouvement et déclare contrôler désormais les territoires d'Aru et Mahagi ainsi que la cité minière de Mongbwalu. Le 03 mars, au cours de la réunion avec les agents des services publics, il déclare que les territoires qu'il contrôle ne dépendent ni de l'UPC ni du FIPI et qu'il attend prendre des contacts avec Kinshasa.
Dans la matinée du 05 mars 2003, les combats sont signalés dans la localité de Mandro (PK 5 de Bunia), ancien fief du Chef KAWA et noyau de la base militaire de l'UPC. Ces faits interviennent au lendemain d'une journée de tension entre l'UPC et l'armée ougandaise suite à l'assassinat de deux miliciens de l'UPC dans la nuit du 02 au 03 mars 2003. On apprendra que toutes les voies d'approvisionnement de la ville étaient sous contrôle des forces opposées à l'UPC.
En date du 06 mars 2003 à 6 heures du matin, la ville de Bunia a été réveillée par les détonations d'armes lourdes. Les affrontements opposaient les hommes du Chef KAWA, appuyés par les ougandais aux troupes de l'UPC de Thomas LUBANGA appuyé par ses alliés. Ils se déroulaient sur deux positions gardées par les soldats ougandais, notamment à Dele et à l'aéroport de Bunia. L'usage d'armes lourdes par les deux armées en présence avait causé des dégâts humains et matériels considérables. Les Ougandais ont fait état de 28 personnes tuées, mais le personnel onusien juge plutôt lourd le bilan des affrontements surtout à l'aéroport et aux environs du grand marché. Les rumeurs signalaient que M. Thomas LUBANGA avait quitté la ville aux environs de minuit. Vers 11 heures, la majorité des éléments de l'UPC avaient aussi quitté la ville. Les militaires de l'UPDF et du FIPI devenus nouveaux maîtres du lieu, continuaient à tirer en l'air. L'objectif serait de paniquer la population pour mieux procéder au pillage systématique.
Les informations en notre possession signalent que plusieurs services humanitaires internationaux opérant dans le milieu tels ACIAR, OCHA, ACOOPELI, COMPASSION INTERNATIONALE, COOPI (une ONG locale) ; les services publics tels que l'OCC, l'OFIDA... et les maisons de commerce de certains sujets Hema, ont été complètement pillés ou endommagés. Quelques stations de vente de carburant aux environs du marché central de Bunia ont été incendiées.
Aux environs de 16 heures locales, la radio locale annonçait le contrôle de la ville par l'UPDF et son allié du FIPI. Entre temps, d'autres militaires de l'UPDF circulaient à bord des chars et autoblindées, invitant toute la population sans distinction ethnique de vaquer paisiblement à ses occupations. Le 07 mars, à la suite des rumeurs qui faisaient état de la reconstitution des forces de l'UPC appuyées par des éléments de l'APC en prévision de la contre offensive, on enregistre l'arrivée massive des troupes de l'UPDF.
La population Hema en majorité était préoccupée et craignait de voir les affrontements inter ethniques éclatés au vu du port d'armes blanches par la majorité des membres de l'ethnie Lendu. Ce qui fut fait, car on a dénombré un grand nombre de victimes, blessées ou tuées à l'arme blanche.
Une autre crainte proviendrait des rumeurs persistantes qui signalaient l'arrivée des renforts dans les deux camps notamment les militaires rwandais pour l'UPC et ougandais pour le FIPI, avec une forte probabilité de les voir s'affronter comme ce fut le cas à Kisangani en mai 2000.
Aussi, dans leur fuite, les éléments de l'UPC/RP auraient planté des mines anti personnels dans les environs de la ville de Bunia qui ont déjà fait des victimes parmi la population civile. Thérèse et Chantal SIKAKALE ont perdu leur vie le 18 mars 2003 suite à l'explosion d'une bombe au Quartier Mudji Pela, Cellule BIGO III n° 33.
Les militaires de l'UPDF, maîtres de Bunia, avaient pris certaines dispositions ci-dessous pour la gestion de la ville :
Ces dispositions sécuritaires ont favorablement été accueillies par la population locale, qui redoutait les affrontements suite à la présence des mouvements politico-militaires.
3. L'AVENIR DE L'ITURI
Evidemment l'Ituri a connu des mouvements depuis la colonisation jusqu'actuellement. Ce malgré, les efforts ont toujours été déployés pour parvenir à la paix durable sans laquelle le décollage économique de cet espace territorial potentiellement riche est compromis.
3.1. Les forces et les faiblesses de l'Accord de Luanda
La détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire en Ituri par le fait des hostilités continuelles entre factions armées et la perspective du retrait des troupes ougandaises ; les Gouvernements de la RDCongo et de l'Ouganda ont convenu de signer, en date du 06 septembre 2002 à Luanda (Angola), un accord. Celui-ci permettrait au gouvernement de Kinshasa d'étendre son contrôle en Ituri, une fois les Ougandais partis.
En principe, l'initiative en soi était louable aux yeux de la masse qui voyait en cela l'accélération du processus de l'unification du pays. Mais, la non implication de l'UPC/RP bénéficiant de l'appui manifeste des Hema ne pouvait que fragiliser cet accord. Il en est de même de l'absence de l'élite de la communauté Hema-Lendu de Kisangani qui, à bien des égards, peut bien jouer le rôle des sapeurs-pompiers.
En tout état de cause, l'attitude de l'Ouganda mérite une attention particulière dans la mesure où sa sincérité et sa bonne foi sont mises en doute à l'observation des événements sur terrain.
En fait, à la rencontre d'évaluation du 09 et 10 février 2003, tenue à Dar Es-Salaam (Tanzanie) entre les deux chefs d'Etat Congolais et Ougandais, les réflexions furent centrées sur la mise en place de la Commission de Pacification de l'Ituri et les mécanismes permanents de concertation devant permettre la surveillance de la situation de l'Ituri pour des mesures conséquentes appropriées.
Une déclaration de condamnation a été prononcée contre ceux qui approvisionnaient en armes les diverses factions et contribuaient à l'escalade de la violence et la souffrance humaine en Ituri.
A la consternation générale, une autre rébellion a vu le jour, sous la conduite de M. KAWA MANDRO, bénéficiant certes de la bénédiction du soutien moral et militaire de l'Ouganda.
Ce contraste entre d'une part le discours ougandais de paix ainsi que le retrait total de ses troupes, et de l'autre, son obsession à entretenir la violence par les factions armées sous sa houlette relèverait de la malice.
Il convient de retenir que des violations massives des Droits de l'Homme se sont produites en Ituri chaque fois que le jeu d'équilibre politique portait plus d'avantage aux Hema qu'aux Lendu, soit le contraire.
Ces deux principales tribus rivales se partagent la responsabilité des exactions commises sur les populations lors de différentes attaques apocalyptiques opérées de 1999 à 2003. A cela s'ajoutent les troupes ougandaises qui ont encouragé, formé et armé les milices dont le rôle dans l'intensification et la généralisation de la violence est non négligeables.
Adèle LOTSOVE, Ernest WAMBA-dia-WAMBA, MBUSA Nyamwisi, John TIBASIMA, Thomas LUBANGA, eux qui ont marqué d'une manière ou d'une autre la vie politique en Ituri peuvent être rattrapés par l'histoire et répondre, chacun sous sa période spécifique de règne, des tueries qui se sont commises dans les différentes entités territoriales et quartiers de Bunia (Drodo, Bogoro, Mandro, Kpandroma, Bambu, Mungwechi, Nyakunde, Simbiliabo, Rwangole, Kolomani, Mudji Pela, Sukisa) où des morts ont été enregistrés et des fosses communes observées.
Il en est de même de M. Jean-Pierre BEMBA du MLC et M. Roger LUMBALA de RCD/N dont les militaires se sont rendus coupables d'actes d'anthropophagie à Mambasa. A en croire certains témoignages poignants recueillis, des pygmées avaient été tués à l'arme blanche, dépiécés et mis au feu et servi comme menu de table aux militaires en quête de protection d'invulnérabilité.
Ebranlé certes par les atrocités de ses troupes sur les populations civiles et dans le souci d'afficher au monde sa capacité de punir et ce faisant, resté fréquentable outre mer, Jean-Pierre BEMBA a jugé bon d'organiser un procès avec des coupables désignés. C'est ainsi que le Conseil de guerre de la Garnison de Gbadolite a condamné une vingtaine de militaires impliqués dans les violations des droits de l'homme en Ituri. Il s'agit de KATEMBO KOMBI, ZIMA José, David BYARUHANGA, ANIDOWE, MAKIGBA, Freddy NGALIMU, Willy BOBOLO, René MUPEA, IMPIA MPAMBI, Eric MBUI, Leta EBEBE, Rose MATONDO, ANDONISI METELE, EMBANGU LINGILI, BAYISA ENGBONDO, LIENGO LIMBOLE, AMELA LINGIMBA, MOLO EGBETE et ALONGO AKISI.
M. AMZATI, pygmée rescapé, témoigne avoir perdu en décembre 2002 ses proches dont FUABE (sa mère), SALAMA (sa sœur), KEBE et SCOLA (ses enfants) et NYONGOLO (son oncle maternel), tués à l'arme blanche à Bapukeli (6 Kms d'Epulu). Les militaires du MLC n'ont manifesté aucune hésitation à pouvoir savourer leur chair. Dans le même ordre d'idées, le Chef MZEE KIANA, résidant à Oïcha lui aussi témoigne avoir été forcé de consommer la chair de M. Camille, pygmée, machiniste de bois, habitant une localité située à 2 Kms de Mambasa sur la route Mungbere.
Les militaires de ces deux mouvements (MLC et RCD/N) avaient sommairement exécuté en décembre 2002 les sieurs APILINGA, UMUNDE et NDJATELE dans ce même village.
Au cours du même mois, Madame APOLINE, non autrement identifiée, habitant au village Bandisende (à 40 Kms de Mambasa sur la route Epulu) a été obligée par les militaires de leur préparer la chair de son mari qu'ils venaient de tuer.
D'autres civils ont été froidement abattus à Mambasa et enterrés dans des fosses communes non loin de la Chapelle Anuarite vers la fin de l'année 2002.
Pour combien de temps encore les circonstances de la mort de NGUNA BASAMBU (Révérend Pasteur de la CECA 20/Rwangora), ALIGO DENAYE, BASHA (Sentinelle chez les Anglicans), KAPITENI (frère aîné à l'ancien Chef MULORA MUGISA), ANTO (non autrement identifié, coiffeur de son état), GEORGETTE (du Quartier Sukisa/derrière le marché central), le Commandant PIGWA de l'UPC et bien d'autres, victimes des atrocités du premier trimestre 2003 en Ituri, pourront-elles être élucidées ?
Quoi qu'il en soit, la balance pèserait aussi sur l'Ouganda qui a eu à armer des années durant les milices et groupes armés à Bunia, et déverser les officiers supérieurs de son armée sur le territoire Congolais.
3.2. L'aspiration profonde de la population
Ayant souffert depuis un bon bout de temps de troubles sociaux qui ont du reste déstabilisé l'Ituri, la population qui en a ras-le-bol souhaite de tous ses vœux l'avènement d'un nouvel ordre susceptible de conduire à la paix véritable, de la remettre au travail et d'encourager la reprise du trafic commercial comme par le passé.
La stabilisation de la sphère politique découlant de la mise sur pied des institutions animées par des hommes crédibles et dignes de confiance est une démarche sur laquelle toutes les attentions presque doivent être orientées.
A cela s'ajoute le désarmement d'innombrables miliciens qui sèment la terreur en milieu aussi bien rural qu'urbain, agissant sans foi ni loi et soumis à plusieurs commandements non hiérarchisés. Une tâche dont pourrait bien s'acquitter une armée nationale bien formée appuyée par des unités spécialisées de la Police Nationale, diminuées toutes de l'influence des troupes étrangères.
Il est admis que la circulation intense d'armes et des munitions de guerre entre les mains des civils ravive les conflits ethniques entre communautés au point de transformer l'Ituri en un éternel foyer de tension. Comme le mal ne peut éternellement régner sur le bien, la population croit à la paix, surtout au regard des opportunités apparentes dans la démarche de pacification.
La première opportunité s'appelle la signature de l'Accord de cessation d'hostilités qui ouvre la voie à la mise sur pied de la Commission de Pacification de l'Ituri.
La volonté de la grande majorité de la population, Hema comme Lendu, d'en finir avec les atrocités inutiles constitue la seconde opportunité. Cette attente unanime de toutes les communautés est un facteur d'affaiblissement de la petite minorité d'extrémistes qui ne jurent que par le sang.
La troisième opportunité est la pression exercée par la communauté internationale sur l'Ouganda suite à l'implication de ses troupes dans le conflit Hema-Lendu. Cette pression pourrait être à l'origine de l'effacement progressif des troupes ougandaises considérées, pour des raisons moins évidentes, comme hostiles par les Lendu.
4. LE BOUILLONNEMENT DANS LA SPHERE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DE LA VILLE DE KISANGANI
4.1. Le fondement des revendications politiques actuelles
Les travaux de concertation inter districts sur le devenir de la Province Orientale pendant la période de transition organisée par l'Assemblée Provinciale en date du 27 février 2003 semblent avoir donné l'occasion de circonscrire d'une façon cohérente et ramener à la surface des réclamations désordonnées limitées jusque-là aux salons.
Alors que les différentes plate-formes des districts, à savoir le Forum des Ressortissants de l'Ituri (FORESI), la Fraternité de Kisangani (FRAKIS), l'Association pour le Développement de Bas-Uélé (ADBU), l'Amicale des Ressortissants du Haut-Uélé (AMIHAU) avaient présenté chacune sa déclaration politique, le porte-parole du Club de la Tshopo (regroupant les natifs de Kisangani et du District de la Tshopo) a laissé les participants en émoi.
En fait, il a procédé à un raisonnement hypothético-analogique d'après lequel la Province Orientale dans la configuration d'avant la guerre d'août 1998, a déjà été démembrée : l'Ituri à Lubanga, le Haut-Uélé à Lumbala et le Bas-Uélé à Jean-Pierre Bemba du Mouvement de Libération du Congo. Ne demeurent sous le contrôle du RCD/Goma que le District de la Tshopo et la ville de Kisangani. Ces deux entités peuvent alors s'ériger en Province du Haut-Congo. Ce faisant, le gros de postes de commandement reviendrait à leurs natifs. Tandis que les autres se contenteraient des postes de moindre importance.
Le moins que l'on puisse dire, les ressortissants du District du Haut-Uelé avaient adressé au Leadership du RCD à Goma un Mémo à travers lequel ils émettaient le souhait de voir leur district érigé en province suite aux injustices subies des ressortissants de la Tshopo. Par la voie de Mémo, les mêmes ressortissants avaient demandé aux responsables du RCD/N d'associer les ressortissants du Haut-Uelé à la gestion de leur entité lors de la réunification.
Devant cette situation, le District de la Tshopo, par ses ressortissants, a exige l'élévation de son district en province pour éviter tout malentendu.
Les enjeux de cette métamorphose (du District en Province) sont tellement nombreux que l'actuelle configuration politico-administrative peut en pâtir. En effet, des raisons stratégiques basées sur le maintien de l'équilibre communautaire et les risques éventuels d'ébranlement de la fixité géographique théorique fondent le recours aux compétences d'autres districts dans les méandres de la gestion d'une façon générale.
Cette perception des choses justifierait la froideur avec laquelle ont été accueillies les récentes nominations accordées par le RCD/Goma dans sa tentative de la réorganisation de la magistrature et cela, pour diverses raisons.
Au premier plan s'est posé le problème de légitimité. En fait, le RCD/Goma, comme rébellion, avait-il la légitimité de promouvoir les magistrats oeuvrant dans les territoires sous son contrôle ? La réponse semble se trouver dans les textes de l'Accord de Lusaka de 1999 qui reconnaissent aus signataires entre autres le RCD/Goma le pouvoir de gérer politiquement, administrativement et militairement les régions placées son contrôle. Vu sous cet angle, les grades et promotions attribuées aux magistrats des cours, tribunaux et parquets ne pourraient souffrir d'irrégularité.
Au second plan est soulevé le principe relatif à l'indépendance de la Magistrature et en même temps l'opportunité de cette mesure à la veille de l'entrée de la RDCongo en transition. Dans ces conditions, penser aux contrepoids du judiciaire face aux injonctions intempestives du politique est utopique.
Les données statistiques objectivement fiables ne sauront corroborer la thèse du besoin d'autonomie ardemment ressenti dans une ville universitaire où ne se dégage visiblement pas une majorité ethnique. Ce qui porte à croire que ces revendications semblent tout au moins s'appuyer sur une poutre fragile.
Il paraît en outre audacieux d'envisager une réformulation de structure à un échelon inférieur dans un mode de fonctionnement monolithique sans préalablement l'aval de la hiérarchie. Agir ainsi réduirait l'angle de visibilité de l'homme politique qui, par le temps qui court, doit se caractériser par l'attachement à l'intérêt national.
Il est à reconnaître que la théorie localiste du pouvoir d'application dans presque tous les territoires sous contrôle des rébellions et qui consiste en la distribution des postes sur des affinités ethnico-tribales est un enfer qui entrave la bonne gouvernance.
4.2. Le renforcement de la politique répressive
Du retour à Goma de la délégation dépêchée à Kisangani et conduite par le Président Honoraire, Dr. Emile ILUNGA, pour s'enquérir de la situation, le leadership du RCD/Goma prononça la dissolution du bureau de l'Assemblée Provinciale et la suspension des travaux. En même temps, furent interdites les concertations et les rencontres des plate-formes.
La revendication du Club de la Tshopo serait considérée par le RCD/Goma comme une manœuvre politique de nature à le déstabiliser de l'intérieur. Une brèche que peuvent facilement exploiter les personnes lésées depuis belle lurette au niveau de la politique et militaire au point de faire de Kisangani un foyer de tension.
Dans ce contexte, plusieurs actes ont été posés :
Visiblement, le RCD/Goma sent une remise en cause de sa politique et, est déterminé à reprendre les choses en mains et de redresser la situation. Dans cette tentative, le risque est grand de voir la situation sécuritaire se détériorer. Les acteurs de la société civile, et principalement les militants des Droits de l'Homme, fichés comme représentant une opposition en termes de dénonciation et de contre-poids, longtemps sentis comme une menace permanente souffriront de matraquages.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Pourquoi les forces étrangères lorgneraient-elles tant l'Ituri par ce temps qui court ?
D'abord pour des visées économiques évidentes . Les gisements d'or considérables dans cette région donnent lieu à des insomnies. Cela suite aux facilités offertes par l'absence quasi-totale de réglementation rigide en matière d'extraction et de commercialisation de ce minerai. A défaut d'une structure étatique organisée, l'exportation s'effectue sur le label des sociétés oeuvrant dans les pays environnants.
Dans le même ordre d'idées, le trafic commercial est intense et figurerait parmi les plus rentables de la RDCongo. Le contrôle de cet espace sous-entend une accumulation des richesses.
Ensuite, pour des visées politiques. Dans le contexte aussi bien de paix que de guerre, l'Ituri par l'entremise de ses leaders constitue un véritable partenaire dont le soutien en ressources aussi bien humaines que financières est délicat. Bien plus, grâce à tous ses atouts, l'Ituri peut phagocyter les autres districts, rayonner sur eux et prendre le leadership de la Province Orientale.
Enfin, sur le plan stratégique, le retour progressif de l'administration de Kinshasa à Beni, Butembo, Lubero... serait mal perçu aussi bien par les Ougandais que les Rwandais qui souhaitent agir au loin plutôt que se retrouver à la réalité de leurs frontières. D'importants mouvements inhabituels des troupes s'observent dans presque tout le territoire sous contrôle du RCD/Goma, et particulièrement la ville de Kisangani. Pour ne parler que de cette dernière, des militaires en provenance de l'intérieur de la Province (Basoko, Isangi, Opala) transitent par Kisangani avant d'être acheminés vers l'Est profond. Les apaisements de la hiérarchie militaire locale qui les traitent de manœuvres ordinaires ou de routine ne sont pas rassurants.
Malgré la signature d'un Accord de cessation d'hostilités en Ituri, en date du 18 mars 2003 sous la facilitation de la MONUC, les six groupes politico-militaires actifs opérant en Ituri ne semblent bénéficier de la confiance mutuelle. L'UPC, quant à elle, a sollicité un peu plus de temps, pour s'imprégner de cet Accord avant l'apposition de sa signature.
Le processus de la réunification de la RDCongo en cours risque d'être brisé en cas du déclenchement de nouvelles hostilités entre les troupes rwandaises et ougandaises.
Le fallacieux prétexte de l'impossible cohabitation pourrait alors être mis à l'avant-garde, les Congolais manipulés à outrance payant le lourd tribut de leur incapacité à pouvoir s'entendre entre eux.
Pour les esprits bellicistes, le moment est propice pour la relance de la guerre en RDCongo. Elle se fonde sur la crise en IRAK qui focalise l'attention de presque toute la communauté internationale. Pour ce, les coupables d'une attaque militaire en RDCongo s'exposeraient à moins de sanctions, à moins de condamnation.
La RDCongo, appelée à jouer le rôle de locomotive pour les pays de l'Afrique Centrale, mérite une classe politique responsable, compétente et capable de concilier harmonieusement les intérêts du pays et ceux d'autres entités géostratégiques régionales.
Autant dire que l'unique pôle d'attraction demeure le champ politique national duquel dépend l'avenir du pays et, d'une façon singulière, celui des entités administratives respectives.
Au regard de ce qui précède, le Groupe LOTUS recommande :
Kisangani, le 30 mars 2003
POUR LE GROUPE LOTUS,
Dismas KITENGE SENGA
Président