Message de Carême de Mgr Kataliko aux fidèles de Bukavu


MISNA
RD Congo
27.03.00


Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu (Sud Kivu, République Démocratique du Congo) a envoyé aux fidèles de son archidiocèse un message de carême dans lequel il exprime la souffrance de l'exil. "De là où je m'adresse à vous, chers frères et soeurs, je ne cesse de prier pour vous et de demander à Dieu qu'Il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle (Col 1,9) ", écrit l'archevêque depuis Butembo, localité de République Démocratique du Congo où il est confiné depuis le 12 février.

Mgr Kataliko, dans sa lettre pastorale, offre à ses fidèles une relecture biblique à grande teneur spirituelle, qui, d'une part, réaffirme le rôle de l'Eglise en ex-Zaïre, de l'autre, rappelle à la valeur évangélique de l'espérance. La réflexion est basée sur la passion du Christ, modèle exemplaire de vie chrétienne.

"Si la volonté de Dieu est que je sois loin de vous, mes chers frères et soeurs de l'Archidiocèse de Bukavu, je me mets entre ses mains: «Apprends-moi à faire ta volonté» (Ps 142,10 ; Mt 6,10). Ces derniers temps, vous le comprendrez bien, je médite beaucoup la vie que mena, pendant quelques temps avant son arrestation, Jésus, fuyant ses ennemis (Jn 7,1 ; 11,54. 57, 12,36). De ces textes se dévoile un Christ qui a vraiment «partagé notre condition humaine, en toutes choses, excepté le péché» (He 4,15). Jésus a dû voir monter la haine à son égard, notamment de la part des chefs religieux qui voyaient la sécurité de l'édifice de leur Temple et de leur foi ébranlée. A leurs yeux, la façon de vivre et de prier, sa liberté par rapport aux pouvoirs établis, son combat en faveur des pauvres et des marginalisés... étaient devenue insupportable. Bref, sa façon de témoigner de Dieu pouvait provoquer des troubles et risquer de déclencher une sévère intervention de l'armée romaine d'occupation. Vous connaissez la suite: il fallait se débarrasser de l'agitateur, du gêneur (Jn 11,50).

Mes chers frères et soeurs dans le Christ, pendant ce temps de Carême n'oublions pas de faire ce chemin de croix à la suite de Celui qui s'est donné jusqu'au bout, pour nous manifester l'amour du Père (Jn 15,13). Notre Seigneur, Jésus-Christ, le premier, a payé le prix fort de son engagement pour l'humanité déchue. Il a été crucifié à cause de la perversité humaine qui n'a pas supporté la vive lumière (Jn 3,19) projetée par son être et sa parole, sur le coeur de l'homme. Si nous vivons par et pour Lui (Rm 14,8s) n'oublions pas cette parole du Christ: «Le disciple n'est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son patron...» (Mt 10,24-25). Nous sommes ses disciples. Mettons nos pas dans ses pas. Dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, tenez bon. «Que nul de vous n'ait à souffrir comme meurtrier, ou voleur, ou malfaiteur, ou comme délateur, mais si c'est comme chrétien, qu'il n'ait pas honte, qu'il glorifie Dieu de porter ce nom» (Cfr. lP 4,13-16). En ces temps difficiles, ne doutons pas de l'amour de Dieu pour nous. «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?» (Rm 8,31-39). Mais sachons que la logique évangélique, c'est une logique non de la puissance, mais de la croix. «Ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force» (1Co 1,27). La seule réponse a l'excès du mal, c'est l'excès de l'amour.

Pendant cet éloignement forcé, je mesure davantage la justesse de cet adage connu: loin des yeux, plus près du coeur. Merci de tout coeur pour votre communion de prières dont j'expérimente actuellement la force, le prix. Je suis toujours prêt à partir quand on me permettra de vous rejoindre pour continuer ma charge pastorale. Il m'arrive souvent que je médite cette scène de Moïse qui avait été chassé par Pharaon et qui, à travers le désert où il avait fui, avait trouvé une famille (Cfr. Ac 7,23s, Ex 2,11ss). Il en était revenu pour ramener le peuple d'Israël à Canaan, grâce à la Parole et à la Force de Dieu. Mais quand je songe à vos souffrances, à vos sacrifices, a vos prières de supplication, et surtout à toute la population de Kalonge, de Bunyakiri, de Burhale et de toutes les régions embrasées, les larmes me viennent aux yeux.

Pendant ce temps de Carême, les quarante jours avant Pâques, redoublons de patience et d'espoir. Le mal n'a jamais le dernier mot. Dieu est là. Il nous écoute. Soyons surtout solidaires, ne cédons pas à la tentation du découragement, du défaitisme et des intérêts égoïstes. Reprenons nos activités habituelles pour éviter de nous asphyxier. Que les étudiants, les élèves, les écoliers reprennent le chemin de l'école. Sans oublier les cérémonies liturgiques, source de forces spirituelles, de notre courage pour affronter sérieusement l'avenir. Dieu seul verra ce que nous deviendrons. Restons-lui attachés. Je vous embrasse tous et vous souhaite bon carême et bonne fête de Pâques 2000.

Celui qui vous aime,
votre Archevêque en exil. Mgr KATALIKO
Butembo, le 15/03/2000".