- Au cours de la dernière semaine de janvier 2000, un tract a circulé à
travers la ville de Bukavu, invitant la population à la grève générale
et à
la désobéissance civile, et cela à partir du 31 janvier 2000.
- Suite à cet appel, le 31 janvier 2000, toutes les activités se sont effectivement arrêtées à Bukavu.
- Le mardi 1er février 2000 la Barza du Sud-Kivu (Parlement provincial institué par le RCD) faisait cette déclaration: «La Barza a noté l'arrêt des activités socio-économiques à Bukavu. A cet égard, la manifestation pacifique de la population de Bukavu doit interpeller le pouvoir public et toute autre personne éprise et soucieuse de paix et de développement».
- Le jeudi 3 février 2000, «Réaction de la Communauté Banyamulenge au sujet de la situation qui prévaut dans la ville de Bukavu». Elle affirme que «à partir du lundi, 31 janvier 2000, une grève générale a été déclenchée pour réclamer le départ immédiat et sans condition de tous les Tutsi». Les Banyamulenge s'en prennent aux autorités du RCD qui hésitent à punir les meneurs, aux hauts cadres de l'Armée, de la Police et de l'Administration publique. Ils qualifient de meneurs certains responsables des Eglises, des Chefs coutumiers et Membres de la Société Civile. C'est dans cette déclaration que pour la première fois, Mgr KATALIKO Emmanuel, Archevêque de Bukavu, est nommément et publiquement accusé.
- Au cours de la première semaine de février, un tract a circulé félicitant la population et l'invitant à reprendre les activités le 7 février 2000. Ce tract faisait la mise au point suivante: «Pourquoi quand nous réclamons le départ des troupes étrangères et des agresseurs, la cessation des massacres de nos concitoyens, l'arrêt de la domination et du pillage de nos richesses, pourquoi on dit que nous préparons un génocide?»
- Le lundi 7 février 2000, les activités ont repris normalement.
- Le mercredi 10 février 2000, à 20h00, la radio BBC annonçait que Mgr KATALIKO, Archevêque de Bukavu, a été déclaré «persona non grata» par le RCD/Goma. Mgr KATALIKO était régulièrement parti à Kinshasa le 26 janvier 2000 pour participer à la rencontre statutaire du Comité permanent de l'Episcopat du Congo.
- Le jeudi 11 février 2000, surpris par la nouvelle donnée à la radio BBC, les représentants de l'Eglise Catholique de Bukavu, ont pris contact avec M. Norbert BASENGEZI, Gouverneur du Sud-Kivu et, Me Joseph MUDUMBI, Chef du Département de l'administration du territoire, qui tous deux affirmaient ne pas être au courant de cette déclaration.
- Le samedi 12 février 2000, le Gouverneur du Sud-Kivu affirmait, au cours du journal radiodiffusé de 7h30 et de 13h, à la radio locale RTNC, qu'il n'y avait aucun problème avec Mgr KATALIKO et il lui souhaitait la bienvenue. Contrairement à ces déclarations, Mgr KATALIKO n'est pas arrivé à Bukavu. A partir de Goma, il avait été contraint, par les services de sécurité du RCD, de se rendre à Butembo, hors du territoire contrôlé par les troupes rwandaises.
Le même jour, l'Eglise Catholique a réagi par une lettre ouverte: «Remettez-nous notre Pasteur», dans laquelle, en signe de protestation, elle décrétait un deuil diocésain et la supension des activités socioprofessionnelles.
- Le dimanche 13 février 2000, le Commandant Jean Pierre ONDEKANE, premier vice-président du RCD/Goma, au cours d'une interview radiodiffusée le soir à RTNC/Bukavu, accusait Mgr KATALIKO en référence à son message de Noël 1999, qu'il «fait appel à la violence, prêche la haine ethnique, fait le culte de sang, prépare le génocide». Il continuait en disant: «Nous avons pris la mesure de suspendre sa présence à Bukavu, parce que nous avons le devoir de protéger et d'assurer la sécurité de la population».
- Suite à cette mesure et aux déclarations du RCD, les réactions des différentes composantes de la société civile ne se sont pas fait attendre pour manifester leur solidarité avec Mgr KATALIKO et l'Eglise Catholique, et dénoncer la manipulation faite par le RCD. Il s'agit des déclarations du Bureau de coordination de la Société Civile, de l'Eglise du Christ au Congo (les Eglises Protestantes et Anglicane), des associations de développement et de défense des droits de l'homme, des jeunes et des étudiants, etc.
- Le mardi 15 février 2000, une délégation de l'Eglise Catholique a été invitée à rencontrer le Cdt ONDEKANE , venu à Bukavu suite à la grève générale, pour rencontrer les organisations de la base. Au cours de cet entrevue l'Eglise Catholique a constaté le refus de tout dialogue de la part du RCD.
- Le mercredi 16 février 2000, le président du RCD, Dr ILUNGA, a fait une déclaration à la télévision de Goma disant que Mgr KATALIKO serait bientôt de retour à Bukavu et que lui-même serait là pour l'accueillir.
- Le lundi 21 février 2000, le même ILUNGA joint à Kigali par la Voix de l'Amérique, se contredira en affirmant: «Nous sommes toujours d'accord sur la mesure d'éloignement qui a été prise parce que Mgr avait d'abord publié une lettre pastorale qui préconisait une résistance vis-à-vis de l'occupation, mais également développait le discours de violence et de haine».
- Depuis lors aucune avancée n'a été observée. Malgré les déclarations de la part du RCD faisant état de prétendues négociations en cours avec les représentants de l'Eglise Catholique, les responsables du RCD maintiennent leurs positions et la campagne de manipulation de l'opinion à propos de la situation qui prévaut à Bukavu continue.
Cette situation est toujours présentée par le RCD en termes d'extermination ethnique et de préparation d'un autre génocide (voir: «Déclaration des FRF (Forces Républicaines et Fédéralistes) au regard de la situation à l'Est de la RD-Congo», du 14/02/00 et la note de la Communauté Banyamulenge à l'intention de la Communauté Internationale intitulée: «Le cri d'un peuple: Est du Congo/Kinshasa» du 19/02/00).
Par contre tout ce que la population demande, c'est la paix, la justice pour tous, l'intégrité territoriale et la souveraineté nationale selon l'esprit de la résolution 1234 de l'ONU.
Fait à Bukavu, le 29 février 2000.
Pour l'Eglise Catholique de Bukavu,
Le Collège des Consulteurs.