Témoignage à la messe des funérailles de Mgr Emmanuel Kataliko


M. Pierre Pay-Pay
Collegio Urbano de Rome, Italie
06.10.00


Eminence le Cardinal
Excellences
Chers Frères et Sœurs en Christ

J'ai eu le privilège de connaître et de côtoyer les deux derniers archevêques de Bukavu. La ressemblance entre les deux personnalités est réellement troublante. Je suis né à Bukavu il y a près de 55 ans. Ma mère est de Bukavu et mon Père de Butembo.

En octobre 1996, je me trouvais à Bukavu où, en qualité de membre du Conseil d'Administration de l'Université Catholique de Bukavu (U.C.B), j'y siégeais avec Mgr Munzihirwa qui en était le Grand Chancelier. Mais au cours des réunions, Monseigneur sortait régulièrement en interrompant les séances du Conseil. C'est alors que je lui posai la question de savoir que signifiaient ces allées et retours. Il me répondra en ces termes: «Mon cher PAY-PAY ignorez-vous que la situation dans notre région est plus que préoccupante?» «Ne savez-vous pas qu'au moment où nous parlons, dans le Sud de la Région, on est en train de brûler les paroisses, de tuer des prêtres, des chrétiens et nombre des villageois? Non, dit-il, je me dois d'alerter ROME (le Vatican) ainsi que l'opinion internationale.» A la question de savoir s'il était conscient des risques qu'il courait, il me répondit qu'il ne voyait pas de risque car il ne cherchait qu'une chose: La Paix dans la Région. Une semaine après, il était assassiné dans les conditions que tout le monde sait.

Je connais Mgr KATALIKO depuis vingt-cinq ans. Comme Munzihirwa, un homme d'une simplicité, d'une humilité,d'une austérité surprenantes et tout cela dans une franchise à toute épreuve. Mgr KATALIKO a eu à me solliciter à plusieurs reprises au cours de la période où j'exerçais des fonctions publiques: Tantôt pour me demander d'intervenir pour la construction d'un hôpital; tantôt pour la construction et l'équipement d'une maternité; tantôt pour l'achèvement de la route qui reliait la cité de Butembo au lac Edouard afin d'approvisionner la population en protéines. Par après, pour l'hébergement des religieuses qui manquaient cruellement de logement à Kinshasa; ensuite, ce fut le projet de l'Université Catholique du Graben, et j'en passe... A chacune de ces occasions et avec lui nous avons fait ce qui était possible. MAIS ce qui m'a toujours étonné: JAMAIS Monseigneur ne m'a approché pour des besoins personnels, je dis bien jamais, alors qu'il avait des parents nécessiteux.

Il y a quatre semaines, il m'a téléphoné pour me dire qu'il attendait le Cardinal ETSOU qui devait arriver à Butembo car «le problème de son exil forcé était en train d'être résolu» et que le Cardinal allait l'accompagner jusqu'à Bukavu, lieu de sa Résidence. Comme pour Mgr Munzihirwa, je lui poserai la question de savoir s'il était conscient du fait qu'à son retour certaines de ses déclarations pouraient être mal interprétées et lui causer des ennuis. Savez-vous ce qu'il m'a répondu?: «Pierrot, est-ce que tu m'as jamais entendu prêcher autre chose que pour le retour à la PAIX? SI je mourais pour cela alors je serai un homme heureux là où je me trouverai.»

Pour toutes ces raisons, Eminence, Excellences,

Au nom de tous les chrétiens de Bukavu en particulier et du Kivu en général, nous vous demandons et vous implorons en disant: Autant vous aviez remplacé Munzihirwa par un autre Munzihirwa, autant vous remplacerez Kataliko par un autre Kataliko.

Je vous remercie.