Janvier Mukuna
Le Potentiel
Kinshasa
05.10.00
Une veillée de prière est organisée ce jeudi à la cathédrale Notre-Dame du Congo à Kinshasa.
La Rdc en général et l'Eglise catholique en particulier sont en deuil. Elles viennent de perdre un de leurs dignes fils et pasteurs en la personne de Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu et vice-président de la Conférence épiscopale nationale du Congo.
Ce décès, annoncé d'abord par les radios étrangères et confirmé par un communiqué du secrétariat général de la Conférence épiscopale (qui ne précise pas la cause de la mort), est survenu hier mercredi 4 octobre 2000 à 1 heure du matin à Rome où le prélat catholique participait au jubilé des évêques avec le pape Jean-Paul II. C'est en pleine réunion, apprend-on d'autres sources, que le berger du diocèse de Bukavu aurait été atteint d'un malaise avant de rendre l'âme une heure seulement après dans une clinique de la place.
Bien qu'apparemment naturelle, la mort de Mgr Kataliko suscite bien des interrogations d'autant qu'il revient d'une longue relégation à Butembo, sa région d'origine, où les autorités militaires du Rcd/Goma l'avaient mis en résidence surveillée à cause de ses prises de position jugées hostiles à la rébellion. On se rappellera que c'est le samedi 12 février 2000 que l'archevêque de Bukavu avait été détourné de sa destination, c'est-à-dire Bukavu, alors qu'il revenait de Kinshasa où il avait participé à une session du Conseil permanent de la Conférence épiscopale dont les travaux s'étaient tenus du 31 janvier au 5 février 2000. Et sa libération n'est intervenue que le 15 septembre 2000, après la visite à Beni-Butembo de son éminence le cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa, avec lequel il avait concélébré une messe. Cette relaxation, comme on le sait, avait été saluée par toutes les confessions religieuses sans compter la foule en liesse qui lui avait réservé un accueil chaleureux digne d'un héros ou d'un leader charismatique.
Du coup, les langues se délient et très peu sont les Congolais qui croient à une mort naturelle. Pour bon nombre, le prélat catholique a été empoisonné avant d'être libéré par ses bourreaux rwandais qu'il dérangeait par ses prédications centrées sur le sacrifice et la résistance à l'occupation étrangère. Les défenseurs de cette thèse, surtout les Congolais de l'Est, soutiennent que l'empoisonnement est une recette fort prisée chez nos agresseurs rwandais qui se débarrassent ainsi de tous ceux qui deviennent gênants pour eux. Et si cette hypothèse se vérifiait, Mgr Emmanuel Kataliko entrerait dans la légende des prélats martyrs, morts pour la défense de leur mère-patrie. Cette théologie de la libération qui a fait recette en Amérique latine, venait il y a 4 ans, de coûter la vie au prédécesseur de Mgr Kataliko à savoir Mgr Munzihirwa, lâchement abattu en 1996 par des militaires tutsi à la solde de Kigali.
Né en 1932 à Lukole, ordonné prêtre en 1958 à Rome, sacré évêque en 1966, Mgr Emmanuel Kataliko est resté 31 ans durant à la tête du diocèse de Beni-Butembo où il a fait montre d'une autorité morale incontestable avant d'être nommé archevêque de Bukavu le 22 avril 1997 en remplacement de feu Munzihirwa.
En rapport avec cette disparition troublante, le secrétariat général de la Conférence épiscopale nationale du Congo et les ressortissants des diocèses de Bukavu et de Butembo-Beni annoncent l'organisation ce jeudi 5 octobre 2000 à 20 heures à la cathédrale Notre-Dame du Congo d'une veillée de prière en mémoire de l'illustre disparu. Tandis qu'une messe d'action de grâce sera célébrée au même endroit le vendredi 6 octobre 2000 à 10 heures. Par ailleurs, il est demandé à toute personne désirant obtenir des informations supplémentaires ou présenter des condoléances de contacter les numéros d'appel ci-après:
Telecel: 8800794, 44763, 8804105; téléphone Ocpt: 33374; Comcell: 54811; Gsm: 8110569.
Quant à la communauté éplorée, elle peut être jointe aux adresses suivantes:
- chez les Pères Assomptionnistes, av. Massamba, n°15, en face de Utexafrica;
- chez les Pères Jésuites, av. Père Boka, n°7, Gombe, à côté du collège Boboto.