MISNA
RD Congo
05.10.00
Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu (République Démocratique du Congo: un nom qui restera à jamais gravé dans la mémoire de tous ceux qui aiment l'Afrique. Il fut le père de la société civile d'un continent oublié. Le chagrin entraîné par sa disparition est infini. Tant de personnes le regrettent: avant tout, son peuple du Kivu, l'une des régions africaines les plus éprouvées par la violence. Mais partout dans le monde, ceux qui l'ont un jour rencontré, ne serait-ce qu'un instant, ont le coeur gros. Quand, au mois de février dernier, on lui empêcha de regagner son archidiocèse et il fut relégué dans la petite ville congolaise de Butembo, nombreuses furent les invocations en faveur de sa libération, à commencer par celle du pape Jean Paul II. Il était un homme de Dieu parce qu'il croyait en la prophétie. Il avait le charisme permettant d'interpréter la tragédie vécue par les siens comme une histoire de salut. Il témoignait du paradoxe évangélique "mort et résurrection" avec une efficacité singulière et une sérénité surprenante. Lorsqu'hier matin, on a appris son décès soudain suite à un arrêt cardiaque, beaucoup se sont demandé comment les Congolais affronteraient maintenant les exactions des seigneurs de la guerre. Qui le remplacera? Cette question est légitime si l'on pense que la guerre en ex-Zaïre continue avec la férocité qui la caractérise. Le prélat, âgé de 68 ans, se trouvait en Italie pour participer, en sa qualité de vice-président de la Conférence épiscopale congolaise, à la réunion du Symposium des conférences épiscopales de l'Afrique et de Madagascar, organisée à Rocca di Papa (Rome). Pris d'un malaise mardi en fin de soirée, Mgr Kataliko a été emmené à l'hôpital voisin de Marino, mais les médecins n'ont pu le sauver. Son coeur était très certainement affaibli par tous les poisons que ses ennemis l'avaient contraint à absorber: humiliations, exactions, vexations. Né à Lukale (alors diocèse de Beni-Butembo) en 1932, ordonné prêtre le 20 décembre 1958, Mgr Kataliko fut consacré évêque le 11 octobre 1966. En mai 1998, il prit sous son aile les fidèles de l'archidiocèse de Bukavu, où il succéda à Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, assassiné lors de la prise de Bukavu durant la guerre qui dévasta le Zaïre en 1996-1997. Une chose est sûre: au Paradis, ils continueront tous deux à invoquer la bénédiction de Dieu pour une nation où la haine prévaut, où ce sont les innocents qui paient de leurs vies: femmes, enfants, personnes âgées. Quand il était encore en vie, Mgr Kataliko priait pour ses morts, ceux des massacres impunis de Kasika (août 1998), Makobola (janvier 1999), Katogota (mai 2000), et bien d'autres...Il croyait en la communion des saints et considérait comme tels ces milliers de victimes. Il ne nous reste qu'à se souvenir de lui comme d'un exemple et à prier pour que le sacrifice de sa vie ne soit pas vain. (CC)