Bizima Karaha, le vrai patron du Rcd!

Un danger à la veille du dialogue intercongolais


Le Phare
Kinshasa
27.08.99


Depuis la querelle de légitimité qu'a connue le mouvement rebelle congolais Rcd, l'opinion a assisté à une montée en force de M. Bizima Karaha, ancien ministre Afdl des Affaires étrangères, et actuellement vice-président du Rcd-Goma chargé de la sécurité. Celui-ci, qui prétend être Congolais Tutsi des environs d'Uvira, et qui est très proche de l'homme fort de Kigali, le vice-président Kagame, s'est illustré au cours de ces deux dernières semaines par des déclarations tapageuses faisant totalement ombrage au porte-parole attitré Lambert Mende Omalanga et aussi au méticuleux Alexis Thambwe Muamba. Les attributions de Karaha dans le mouvement rebelle n'ont pourtant rien à voir avec des prises de position qu'il rend publiques à des moments-clés.

A ce sujet, la difficulté n'est pas que Bizima fait des élucubrations dans ses déclarations. Mais c'est plutôt le fait que c'est ce qu'il rend public qui se réalise. Cela veut dire qu'il est branché à la source des décisions alors que les Omalanga et autres Thambwe se contentent de broutilles de seconde main. En témoigne la polémique sur la date de signature par le Rcd du cessez-le-feu. Les autres membres du mouvement ont continué à spéculer sur la fin de cette semaine comme moment probable pour cette cérémonie. Tandis que Bizima, sans atermoiements, a parlé du 31 août 1999.

Autre fait non moins significatif : le nombre des fondateurs du Rcd devant ratifier l'Accord de cessez-le-feu. Mende et ses autres compères ont avancé le chiffre de 28 comme étant celui arrêté par la rébellion. Mais, une fois de plus, Karaha est venu trancher en annonçant sans états d'âme et sans être contredit que désormais les fondateurs en question sont à 50. Tout un village en somme! Tous ces faits démontrent qu'actuellement le véritable patron du Rcd, c'est bien Kara Bizima. Le même qui était venu avec Kabila à Kinshasa dans les conditions que tout le monde connaît . A la veille des négociations intercongolaises, Bizima se montre subitement très entreprenant et donne l'impression d'être la voie autorisée pour les communications du Rcd. On ne peut manquer d'extrapoler en indiquant qu'il n'est pas exclu que l'homme se retrouve demain vice-président de la Rdc, poste qu'il convoite tant pour défendre les intérêts autres que ceux des Congolais.

Une telle perspective n'est pas du domaine du fantasme. Quand on sait que les 50 fondateurs du Rcd sont montés de toutes pièces par Kigali et Kampala, on est en droit de douter sur leur capacité d'indépendance au Dialogue Interne. Ces 50 personnes représenteront, non pas le peuple Congolais, mais la voix de leurs maîtres, Kagame et Museveni.

Aujourd'hui, cet épisode constitue une hypothèque sérieuse pour la souveraineté des travaux des négociations intercongolaises. Puisque le Rcd est représenté par chacune des 50 signatures qui seront apposées au bas de l'Accord de cessez-le-feu, ce sont les mêmes qui seront personnellement présentes, au nom du Rcd, au Dialogue Interne. Dès lors, on peut deviner l'immensité du désastre et les conclusions qui pourraient en découler. Que faire? Trouver urgemment un correctif à cette propension du Rcd à amener toute une armée de représentants dans des assises auxquelles est accroché l'avenir du Congo.