Avenue Lubero
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KANYABAYONGA SACCAGEE PAR LE RCD-GOMA ET LA
MILICE DE SERUFULI
Rapport sur les viols, exécutions sommaires,
pillages et autres abus des droits de l’homme commis par les troupes rebelles
RCD-Goma et la milice ‘Local Defense’ à Kanyabayonga en octobre 2004.
Kanyabayonga saccagée par le
RCD-Goma et une milice obéissant au gouverneur Serufuli.
Introduction.
Les 10 et 11 octobre 2004,
des centaines de jeunes en majorité des élèves d’écoles primaires et
secondaires sont descendus dans les rues de la cité de Kanyabayonga pour
manifester contre la recrudescence des crimes commis sur la population civile
par les soldats de l’ANC et par les membres des Local Defense. L’ANC, Armée Nationale Congolaise, est la branche
armée du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, branche de Goma
(RCD-Goma), principal mouvement rebelle soutenu par le Rwanda. Les Local Defense sont une milice armée
composée en majorité de combattants hutu et obéissant à M. Eugène Serufuli,
gouverneur de la province du Nord-Kivu et vice-président du RCD-Goma. D’après
les estimations des témoins, plus des deux tiers de la population de
Kanyabayonga se sont joints à la manifestation.[1]
La manifestation a été très
sévèrement réprimée par les soldats de l’ANC qui ont dispersé la foule, procédé
à plusieurs arrestations, interrogé des personnes sous la torture, et procédé
au viol, parfois collectif, de plusieurs dizaines de femmes. Un régime de
terreur a été établi dans les jours suivants, dans le but apparent d’intimider
la population et de l’empêcher de revendiquer ses droits comme au cours de la
manifestation. Des jeunes étaient particulièrement visés. Ils étaient accusés
d’avoir de la sympathie pour les « forces ennemies », c’est-à-dire
les soldats de l’APC (Armée du Peuple Congolais, branche armée du mouvement
rebelle RCD-ML, Rassemblement Congolais pour la Démocratie, Mouvement de
Libération, rival du RCD-Goma) dont les troupes sont stationnées dans les
localités voisines de Kanyabayonga.
Les autorités provinciales
ont réagi très timidement à ces événements. Le gouverneur de la province,
Eugène Serufuli, et le commandant de la 8ème région militaire, le général Obed
Rwibasira, ont visité Kanyabayonga dans les jours suivant ces événements. Ils
ont lancé des appels répétés au calme et invité la population à regagner leurs
domiciles. Ils n’ont cependant annoncé aucune sanction contre les soldats
auteurs des crimes dénoncés par la population.
Ces événements n’étaient que
la culmination d’une politique d’attaques systématiques contre la population
civile dont Kanyabayonga, une cité de 30.000 habitants située à environ 180 km
au sud de Butembo sur la route Butembo-Goma, est victime depuis plus de 10 ans.
Kanyabayonga,
cité martyre
L’attention internationale
est actuellement focalisée sur la situation en Ituri et Kisangani dans la
province Orientale, et à Bukavu et Walikale dans le Sud-Kivu et le Nord-Kivu.
La ville de Kisangani est qualifiée de ville martyre au regard des lourdes
pertes matérielles et en vies humaines y enregistrées lors des affrontements entre
les armées Ougandaises et Rwandaise en 2000. Kanyabayonga est également à
classer parmi les cités martyres de la R.D. du Congo. Plusieurs attaques armées
ont entraîné la destruction massive du tissu social et économique de
Kanyabayonga depuis une dizaine d’années. L’« Opération Mbata », une
offensive militaire initiée en 1993 par les Forces Armées Zaïroises pour
anéantir la résistance civile Ngilima a abouti à l’incendie des maisons et de
l’hôpital central de Kanyabayonga. En 1994, l’est du Congo a accueilli des
milliers des réfugiés rwandais fuyant
l’avancé des troupes du Front Patriotique Rwandais. Parmi ces réfugiés, il y
avait des soldats des Forces Armées Rwandaises ainsi que des milices
Interahamwe dont certains font encore aujourd’hui parfois des incursions à
Kanyabayonga et dans les localités environnantes. Ils procèdent à des pillages
des maisons, au viol des femmes et aux exécutions sommaires. Mais dans une
lettre du 20 juillet adressée au président de la République, la société civile
du Grand Nord a dénoncé le fait que l’appellation « Interhamwe »
« désigne toute personne non acquise à l’idéologie expansionniste du
Rwanda par son valet le RCD/Goma » qui prétend que les territoires de
Lubero et Beni hébergent des Interhamwe pour justifier ses attaques sur les
positions du RCD-ML.[2]
La guerre conduite par l’AFDL
de Laurent Désiré Kabila n’a pas épargné cette cité de Kanyabayonga. Les
associations de défense des droits de l’homme de Kanyabayonga ont documenté des
crimes et abus des droits de l’homme commis par les troupes de l’AFDL et leurs
alliés rwandais et ougandais en 1996. Depuis le début de la deuxième
guerre initiée par le RCD à partir
d’août 1998, Kanyabayonga a payé le prix le plus lourd en termes de vies
humaines, de sécurité et de destructions, en particulier depuis la scission du
mouvement en deux groupes antagonistes, le RCD/Goma d’obédience rwandaise et le
RCD-K/ML d’obédience ougandaise. La ligne de démarcation entre les territoires
contrôlés par les deux mouvements rebelles a été située à la Rwindi, un peu au
sud de Kanyabayonga. De fait, Kanyabayonga était localisée dans la partie sous
contrôle du RCD-K/ML conformément au plan de désengagement de Kampala signé en
date du 19 avril 2000. Ce plan définissait les limites des territoires que
devait administrer politiquement et administrativement chaque groupe rebelle,
notamment le RCD/Goma, le RCD-K/ML et le MLC.
En avril 2003, le RCD/Goma a
lancé une offensive contre les positions militaires du RCD-K/ML. Cette
offensive lui a permis d’occuper plus des 2/3 du territoire de Lubero dont
Lubero, chef lieu de ce Territoire en violation des accords de cessez le feu
dont les accords de Lusaka et l’accord global et inclusif respectivement signés
en dates du 19 juillet 1999 et 19 décembre 2002. L’avancé des troupes du
RCD/Goma a été arrêtée suite à la signature des accords dits ‘Acte
d’Engagement’ de Bujumbura signés le 19 juin 2003 recommandant aux parties
belligérantes de respecter les limites de leurs territoires respectifs. En
vertu de ces accords, les troupes de l’ANC, branche armée du RCD/Goma devaient
se retirer des positions conquises au RCD-K/ML notamment des localités allant
de Kimbulu à la Rwindi en passant par Lubero, Alimbongo, Mbingi, Kaseghe,
Kirumba, Kayna, Bunyatenge et Kanyabayonga. Ce retrait semble avoir été
effectif de Kimbulu à Bulotwa, un quartier périphérique au nord de la cité de
Kanyabayonga. En violation des accords de Bujumbura et de leur Modalités
pratiques d’application signées à Beni le 27 juin 2003 sous l’egide de la MONUC,
les troupes de l’ANC occupent encore la cité de Kanyabayonga et les autres
positions dont elles étaient censées se retirer. Les troupes de l’ANC partagent
cette occupation avec les milices Local
Defense créées et dirigées par Eugene Serufuli.
La Commission Justice et Paix
du diocèse catholique de Butembo-Beni a décrit la situation à Kanyabayonga de
la manière suivante :
« Ici,
certains militaires, la journée sont habillés en civil avec une arme cachée au
dos sous des manteaux, pour envahir, à la tombée de la nuit, toute la cité
jusqu'à Bulotwa où opèrent les hommes de James Matabishi qui, de fait, sont une
milice du Gouverneur Serufuli. D’après les dernières informations dignes de foi
en notre possession, le RCD/Goma serait en train de renforcer ses positions
militaires en hommes et munitions. Il ré-emprunte la trajectoire
Miriki-Buleusa-Bunyatenge et ce, pour attaquer l’APC. »[3]
Cité martyre, Kanyabayonga a
donc connu toutes les guerres qui ont affecté l’est de la RDC. L’agence
catholique DIA a rapporté ainsi les propos d’un habitant de Kanyabayonga :
« Nous les
avons tous vus ici. Nous avons vu les Ougandais occuper cette localité, les
Rwandais, les May-May, les Interhamwe et tous les bandits dont vous avez
entendu parler dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Nous sommes
simplement fatigués de la guerre. »[4]
Abus
commis par le RCD-Goma et les Local
Defense
Les forces de l’ANC du
RCD-Goma sont accusées de faire régner un régime de terreur systématique contre
la population civile de Kanyabayonga et des autres localités voisines. Elles y
procèdent aux pillages et aux viols. Les dommages subis par les victimes,
presque toutes civiles, témoigne du caractère massif et systématique des crimes
commis. L’ampleur de ces crimes et l’impunité dont jouissent leurs auteurs
expliquent en suffisance que ces crimes procèdent d’un plan ou d’une politique
encouragée ou tolérée par les responsables militaires et politiques du
RCD-Goma. En conséquence, les crimes commis à Kanyabayonga peuvent être qualifiés
de crimes contre l’humanité.
Ces crimes ont été amplement
documentés par les dirigeants communautaires locaux, les responsables de la
Commission Justice et Paix de l’église catholique et par les recherches du
CEJA. Par exemple, dans son mémorandum adressé au président Kabila, la
Coordination de la société civile du Grand Nord a documenté de nombreux cas de
pillage, d’exécution sommaire et de viol commis par des militaires de l’ANC.[5]
La Commission Justice et paix a constaté le 2 septembre 2004 qu’à Miriki,
« il règne le
chaos : Interhamwe et May-May co-vivent en brousse environnante tandis que
l’ANC et l’APR passent la journée au village. Tous pillent jusque même aux
récoltes des champs. C’est donc le règne de l’insécurité, la loi de la jungle,
la population y vivant comme des agneaux au milieu des loups. »[6]
Dans une lettre adressée aux
autorités du territoire de Lubero, de la province du Nord-Kivu, du gouvernement
et de la MONUC, un groupe de notables de Kanyabayonga ont dénoncé, entre autres
faits : les pillages systématiques et viol de femmes commis le 28
septembre 2004, l’imposition aux paysans d’une « taxe de 0,5$ pour se
rendre au champ », la « destruction et dévastation des champs »
qu’ils disent rappeler « l’opération ‘Effacer le tableau’ ».[7]
Evènements de la semaine du
10 au 17 octobre 2004.
La nuit du 10 au 11 octobre
2004, la cité de Kanyabayonga a connu un soulèvement spontané des jeunes
manifestant leur mécontentement suite aux pillages, aux viols continuels
perpétrés par les militaires de l’ex ANC, branche armée du RCD/Goma sous le
commandement du Major Innocent et de son adjoint, le Major Kivava. Lors de
cette manifestation à laquelle toute la population s’était jointe, les
participants scandaient des slogans hostiles à l’ANC. Ils sillonnaient les
artères principales de la cité en brandissant des flambeaux de paille allumés.[8]
Les manifestants ont été
dispersés par des coups de balle tirés en l’air par les troupes de l’ANC. Ces
dernières ont réagi aux manifestations par des arrestations, tortures, pillages
et surtout des viols systématiques, parfois collectifs, des femmes.
Les troupes de l’ANC ont
procédé à l’arrestation de plusieurs dizaines de jeunes et hommes adultes qu’il
ont détenus et torturés dans une prison souterraine du camp de l’ANC.[9]
Au moins un enseignant et des élèves âgés de 10 à 17 ans figuraient parmi les
personnes torturées dont le CEJA détient la liste. Le CEJA a appris que
certaines personnes ont été blessées par balle. C’est le cas de Kavusa Siviri,
un élève en 2ième à l’école Furaha, légèrement blessé par une balle
tirée par un militaire identifie comme membre de l’escorte du commandant ANC.[10]
Plus de 150 femmes ont été violées. Le Centre, qui a recueilli le témoignage de
plus de 80 d’entre elles, est en possession de leurs déclarations. La plupart
de ces viols étaient collectifs. La quasi totalité des habitants de
Kanyabayonga ont déjà été victimes de pillages nocturnes
Face à cette situation
explosive, la cité s’est retrouvée vidée de sa population qui s’était réfugiée
à Bulotwa, Muhola, Kayna et Kasando localités sous administration militaire de
l’APC, branche armée du RCD-K/ML.
Réaction
des autorités
En date du lundi 11 octobre
2004, le Major Innocent a tenu un meeting au centre de Kanyabayonga dans lequel
il exhortait les populations de regagner leurs domiciles. Néanmoins, il a
interdit aux jeunes de rejoindre la cité car selon lui, ces derniers se sont
alliés à l’ennemi pour semer la désordre à Kanyabayonga.
Le mercredi 13 octobre 2004,
les autorités administratives et militaires sont arrivées à Kanyabayonga pour
tenter de ramener le calme. La délégation des autorités administratives était
constituée du gouverneur de la province du Nord Kivu, Monsieur Eugène Serufuli
Ngayabaseka accompagné de son conseiller en matière juridique, Me Jules, du
vice-gouverneur chargé des finances, Monsieur Kayisavira Mbake et du directeur
de province, Monsieur Kahanya. Aussi, faut-il ajouter la présence de
l’Administrateur du Territoire de Lubero, Monsieur Layingulya Njewa accompagné
du directeur territorial de la sécurité, Monsieur Kitovovo, du chef de cité de
Kanyabayonga. Celle des autorités militaires comprenait le Général Obed
Rwibasira, commandant de la 8ième Région militaire d’origine
RCD/Goma, accompagné du Colonel Smith, Commandant de brigade de Rutshuru, et du
Colonel David Lusenge, Commandant du secteur de Beni, d’origine RCD-ML.
Au cours d’une réunion du
« conseil de sécurité extraordinaire » convoquée par le gouverneur
Serufuli, le Major Innocent a attribué la détérioration de la sécurité dans la
cité de Kanyabayonga à une « intoxication menée par certaines gens mal
intentionnées. »[11]
Il a spécifiquement désigné les directeurs et préfets des écoles et les acteurs
de la société civile.[12]
Suite à ces allégations
toutes les personnes ainsi désignées ont été interpellées et interrogées par
une commission ad hoc officiellement créée pour juguler la crise à
Kanyabayonga. Cette commission était constituée de Me Jules en qualité de
président, des colonels Smith et David Lusenge, des administrateurs des
territoires de Lubero et de Rutshuru et du chef de cité de Kanyabayonga, tous
en tant que membres. A l’issue du « conseil de sécurité », le
gouverneur a proposé de tenir un meeting au centre de la cité. Etant donné que
la majorité de la population était déplacée à l’extrême Nord de la cité, le
gouverneur a été contraint de rejoindre la population afin de faire passer son
message. CEJA a appris que tout au long de son discours, le gouverneur a été
hué par la population et a été la cible des jets de pierres de la part de cette
même population. Des témoins interroges ont déclaré à CEJA que c’était une
façon pour la population de dire qu’elle est « fatiguée par la barbarie
des militaires de l’ex ANC. »[13]
Le jeudi 14 octobre 2004, le
général Obed s’est adressé à un groupe de fidèles à l’occasion d’une messe
matinale célébrée à l’église catholique. En citant l’évangile de Matthieu, il a
promis de rétablir la paix et la sécurité à Kanyabayonga. Il a ensuite tenu à
disculper ses troupes en imputant l’insécurité dans la cité de Kanyabayonga aux
membres des Local Defense de Serufuli
qui parfois échappent au contrôle des autorités militaires.[14]
Au total, la réaction des
autorités s’est limitée à l’interrogatoire des « suspects » dénoncés
par le commandant Innocent et à l’annonce de décisions telles que le brassage
des troupes par l’ouverture d’un camp
militaire commun dans lequel seraient fusionnés les éléments de l’ANC et ceux
de l’APC dans le but de rompre la barrière qui coupe la cité en deux parties.
Il a également été annoncé le remplacement des éléments de l’ANC et de leurs
officiers présents à Kanyabayonga par d’autres qui viendront de Rutshuru.
Ces mesures sont très
largement en déça de ce que la population attendait des autorités pour mettre
fin aux violations des droits de l’homme commis par les militaires. Aucune
sanction contre les militaires n’a été annoncée. Les victimes ont été
interpellées et interrogées pour avoir manifesté alors que les auteurs des
crimes qui justifiaient la manifestation restaient impunis ou à la rigueur
juste remplacés.
Ces demi-mesures n’ont fait
que confirmer l’impunité dont bénéficient les soldats de l’ANC et les membres
des Local Defense qui occupent
Kanyabayonga procède d’une politique délibérée des autorités du RCD/Goma. Dans
leur lettre du 25 septembre 2003, les habitants de Kanyabayonga ont dénoncé
cette impunité en rapportant les déclarations précises des commandants
militaires qui encourageaient cette impunité. Ils ont ainsi rappelé qu’au
lendemain des pillages opérés par l’ANC en septembre 2003,
« la
population (surtout les femmes et les enfants en ballars et pieds nus) s’était
rendu au camp présenter leurs doléances. Ils n’avaient reçu auprès du
commandant une réponse favorable. Il dira : ‘vous vous lamentez pour vous
avoir pillé ces quelques biens. Attendez-vous au pire ! Vous savez ce que
nous avions fait de Kibirizi…’ »[15]
Les propos de ce commandant
faisaient allusion aux incidents au cours desquels, d’après la même lettre,
« on tuait les gens [à Kibirizi] et on incendiait les maisons aux heures
de la nuit alors que tout le monde était au lit. Beaucoup trouvèrent la
mort. »[16]
Réaction
de la MONUC
Les événements de
Kanyabayonga constituent un échec de la capacité de la MONUC à remplir ses
propres obligations et à faire respecter les engagements pris sous sa
supervision par le RCD/Goma et le RCD-ML.
Des « Modalités
pratiques d’application de l’Acte d’Engagement du 19 juin 2003 » ont été
conclues à Beni le 27 juin 2003 par le RCD-ML, le RCD-Goma et le gouvernement
de Kinshasa sous la supervision de la MONUC. Ces Modalités prévoyaient la mise
en place sous la conduite de la MONUC d’une Mission de Vérification Conjointe
(MVC) chargée de réaliser des inspections régulières pour vérifier le retrait
effectif des forces de l’ANC et de l’APC sur leurs anciennes positions
respectives. CEJA n’est pas au courant que de telles inspections ont jamais été
réalisées. Si elles l’ont été, elles ont complètement failli à empêcher les
incessantes violations par le RCD/Goma des accords de retrait signes à
Bujumbura.
De même, des équipes de
vérification de la MVC étaient chargées de vérifier le respect du cessez-le-feu
et le redéploiement des forces en présence. Mais le cessez-le-feu n’a jamais
cessé d’être violé, tandis que les nombreuses activités de redéploiement des
forces et de recrutement si bien documentées par des organisations de la
société civile n’ont jamais été publiquement dénoncées par la MONUC.
Enfin, la MONUC s’était
engagée à installer des officiers de liaison auprès des états-majors
opérationnels de l’ANC et de l’APC dans le territoire de Lubero. Or ce sont ces
états-majors qui sont les auteurs des abus les plus persistants des droits de
l’homme et des crimes documentés par le CEJA.[17]
Le 30 octobre 2003, le chef
de la MONUC, M. William Swing, a facilité la tenue d’une réunion à Kanyabayonga
entre Eugène Serufuli, représentant les territoires du « Petit Nord »
contrôlés par le RCD/Goma et Eric Paluku, représentant les territoires du
« Grand Nord » contrôlés par le RCD-ML. La réunion était présidée par
Théophile Mbemba, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Kinshasa et était
censée sceller la réconciliation entre les deux parties. Mais les événements
d’octobre 2004 à Kanyabayonga montrent bien que la réconciliation ne s’est
jamais réalisée ou, si elle l’a été, elle s’est faite aux dépens des droits de
la population civile. La MONUC a complètement failli à ses obligations de
protéger les civils en danger. Elle s’est retirée de Kanyabayonga alors que les
dangers contre la sécurité de la population civile était rendu imminent par les
activités des groupes armés. Elle a également négligé de respecter les termes
des Modalités pratiques d’application de l’Acte d’Engagement du 19 juin 2003.
Recommandation
Au RCD/Goma :
-
Ordonner un retrait immédiat de l’ANC aux positions désignées dans les
accords de Bujumbura du 19 juin 2003, et respecter ces accords.
-
Identifier et démobiliser les milices Local Defense et les soumettre aux mêmes conditions de
démobilisation que toutes les autres forces armées.
-
Procéder dans un bref délai au brassage des troupes avec le RCD-ML en
vue de leur intégration immédiate dans l’armée nationale.
-
Identifier et ordonner des poursuites contre les auteurs des crimes
commis à Kanyabayonga en octobre 2004 et dans le sud du territoire de Lubero
depuis avril 2003.
Au RCD-ML :
-
Ordonner un retrait immédiat de l’APC aux positions désignées dans les
accords de Bujumbura du 19 juin 2003, et respecter ces accords.
-
Procéder dans un bref délai au brassage des troupes avec le RCD/Goma en
vue de leur intégration immédiate dans l’armée nationale.
-
Identifier et ordonner des poursuites contre les auteurs des crimes
commis dans le sud du territoire de Lubero depuis avril 2003.
Au gouvernement de
transition :
-
Accélérer le processus d’intégration de l’armée et de réunification du
territoire national.
-
Ordonner une mission d’enquête indépendante sur les massacres et crimes
sur la population civile de Kanyabayonga et des environs depuis avril 2003 et
publier les résultats de l’enquête.
-
Ordonner des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes.
-
Ordonner des poursuites contre les autorités administratives
responsables de l’entretien des milices armées telles que les Local Defense.
A la MONUC :
-
Respecter ses engagements en vertu de l’Acte d’Engagement du 19 juin
2003 et de ses Modalités pratiques d’application du 27 juin 2003.
-
Respecter son mandat de protection des civils en danger imminent pour
leur sécurité.
-
Accélérer le processus de désarmement, démilitarisation, réinsertion,
réintégration et rapatriement (DDRRR) et en expliquer le contenu à la
population.
-
Créer ou faciliter la création d’une commission indépendante d’enquête
sur les crimes commis dans le territoire de Lubero par le RCD/Goma et le
RCD-ML, ainsi que par les milices Local
Defense, May-May et ex-FAR/Interhamwe, et publier les résultats de
l’enquête.
-
Faciliter les poursuites contre les auteurs de ces crimes.
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CEJA
Le
Centre d’Etudes Juridiques Appliquées est un organisme indépendant de
recherches juridiques, de pratique clinique et de promotion et de défense des
droits de l’homme. Il a été créé en 1999 par des personnalités des milieux
scientifique, associatif et professionnel auxquelles se sont joints des étudiants
de l’université catholique du Graben de Butembo et les praticiens du droit dans
les territoires de Beni et de Lubero.
objectifs
Promouvoir
la culture du droit comme fondement de la bonne gouvernance ; Impliquer
les enseignants, les chercheurs et les étudiants de l’Université Catholique du
Graben dans le combat pour la démocratie, la justice et la dignité
humaine ; Contribuer à la promotion et la défense des droits de l’homme
ainsi qu’à l’éducation à la paix ; Assurer la formation permanente des
acteurs de la société civile en fonction des problèmes sociaux, politiques,
économiques et juridiques locaux ;
Activités
Formation
Permanente et Animation de la société civile : Le
CEJA organise une série de séminaires, colloques, conférences. Il contribue
ainsi au renforcement des capacités de la société civile et des associations de
défense des droits de l’homme. Il met à leur disposition une boite à outils
composée des textes relatifs au droit congolais et au droit international. En
collaboration avec l’Association des Amis de Mgr KATALIKO (AMKA), la Commission
Justice et Paix du diocèse de Butembo-Beni (C.J.P.) et le Syndicat de Défense
des Intérêts Paysans (SYDIP), le CEJA s’occupe de la vulgarisation juridique.
Ainsi, il forme des parajuristes en milieu rural qui accompagnent les paysans
dans la solution des problèmes juridiques qui se posent à eux.
Observatoire
Social : Le CEJA dispose d’un laboratoire d’analyse de la
situation locale et régionale. Le Centre publie une revue (Racines)
présentant essentiellement l’état des droits de l’homme dans les territoires de
Beni et de Lubero.
Assistance
Judiciaire : Pour instaurer un Etat de droit et une paix
durable en R.D.C., la voie judiciaire et la lutte contre l’impunité s’imposent.
Le CEJA prône la réconciliation comme mode par excellence de gestion des
conflits. Concrètement le CEJA organise le Bureau de Consultation Juridique
(B.C.J.) qui fournit l’assistance juridique aux nécessiteux. Il est subdivisé
en deux chambres. La première s’occupe de la Réconciliation et la seconde de la
représentation judiciaire. Cette
activité bénéficie d’un précieux apport des étudiants en droit de l’université
catholique du Graben à Butembo.
Une cinquantaine d’étudiants et activistes des droits de l’homme
interviennent chaque année dans diverses activités : soutien administratif
et secrétariat lors de l’organisation des sessions de formation, préparation
scientifique des conférences, animation des programmes à la radio,
vulgarisation, consultation juridique, monitoring.
Partenariat
Membre du
Bureau de Coordination de la société civile de Butembo et du RODHECIC – Réseau
d’Organisations des droits de l’homme et d’éducation civique d’inspiration
chrétienne. Point focal de la Chaire UNESCO pour la culture de la paix,
gestion des conflits, les droits humains, la démocratie et la bonne gouvernance
(CUC) de l’université de Kinshasa. Retenu pour participer à l’organisation du
cycle de formation doctorale en droits de l’homme (diplôme d’études
supérieures). Soutien du National Endowment for Democracy – NED (USA) et du Centre d’Information et de
Solidarité avec l’Afrique – COSI
(France).
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[1] Témoignages recueillis par le CEJA à Kanyabayonga au cours de la semaine du 25 octobre.
[2] Coordination de la Société Civile du Grand Nord : Violation permanente de l’Acte d’engagement du Bujumbura, mémorandum adressé au président de la RDC, Butembo, 20 juillet 2003.
[3] Commission Justice et Paix, Cri d’alarme de la population de Kanyabayonga, Butembo, 2 septembre 2003.
[4] Agence DIA: Deux leaders du Nord-Kivu en quête de la paix, 6 novembre 2003.
[5] Coordination de la Société Civile du Grand Nord : Violation permanente de l’Acte d’engagement du Bujumbura, mémorandum adressé au président de la RDC, Butembo, 20 juillet 2003.
[6] Commission Justice et Paix, Cri d’alarme de la population de Kanyabayonga, Butembo, 2 septembre 2003.
[7] “Déclarations conjointes de la population de Kanyabayonga et suggestions », lettre du 25 septembre 2003.
[8] Témoignages recueillis à Kanyabayonga par le CEJA.
[9] Idem.
[10] Idem.
[11] Témoignages recueillis par CEJA à Kanyabayonga
[12] Idem.
[13] Idem.
[14] Idem.
[15] “Déclarations conjointes de la population de Kanyabayonga et suggestions », lettre du 25 septembre 2003.
[16] Idem.
[17] Voir, notamment,
CEJA : RCD-ML et RCD-Goma: Attaques contre la population civile dans le
territoire de Lubero. Rapport sur les abus des droits de l’homme commis par les
troupes rebelles à Musienene en juin 2003, Butembo, Aout 2003.