Jean Kambanda
Dodoma, Tanzanie
29.04.98
Je ne suis pas de ceux qui pensent que les personnes accusées de génocide et autres crimes contre l'humanité sont injustement emprisonnées tant au Rwanda qu'à l'extérieur de ce pays.
Je ne suis pas du nombre de ceux qui affirment qu'il y a trop de gens accusés de génocide dans les prisons rwandaises, même si je sais que c'est exact.
Je ne suis pas de ceux qui disent qu'il y a trop de gens dans les geôles rwandaises injustement accusés de génocide et qu'ils devraient être relâchais sans conditions, même si je suis conscient que c'est vrai, sachant que leur libération ne constitue pas en soi une solution, dans la mesure où, pour certains, la prison reste la seule chance de survie.
Je ne suis pas de ceux qui s'imaginent que l'amnistie générale suffirait pour assainir le climat social au Rwanda.
Je ne suis pas de ceux qui, sans scrupule, affirment que seule la pendaison des coupables ou des supposés tels, est susceptible de ramener la paix dans le pays.
Je ne crois pas que la justice tant au niveau national qu'international, telle qu'elle aborde actuellement la question du génocide au Rwanda soit capable de garantir la réconciliation entre les Rwandais.
Je ne suis pas de ceux qui, de façon tellement simpliste, pensent qu'il suffirait de rétablir les HUTU, récemment rapatriés, dans leurs biens pour solutionner la problématique rwandaise.
Je ne suis pas de ceux qui affirment, alors qu'ils savent parfaitement que c'est inexact, que le Rwanda a définitivement réglé la question de ses réfugiés, que seuls les «génocidaires» errent ici et là dans le monde, en attendant, comme par enchantement, de disparaître, reste à savoir où.
Je ne suis pas de ceux qui affirment qu'en assurant une meilleure représentation des HUTU dans les divers échelons du pourvoir au Rwanda on arriverait à une paix sociale durable dans le pays.
Je ne suis pas de ceux qui espèrent, que si ceux que l'on qualifie au Rwanda d'«INFILTRES» cessaient leurs actes barbares, la sécurité serait automatiquement assurée dans tout le pays.
Enfin, je ne crois même pas que si la paix, la tranquillité et la sécurité revenaient sur l'ensemble du territoire rwandais, que tous les réfugiés HUTU rentraient au Rwanda, qu'ils étaient réhabilités, sans escroquerie, dans leurs biens, et réintégrés en toute dignité dans leurs fonctions d'avant l'exile, que les anciennes Forces Armées Rwandaises étaient réintégrées, sans humiliation, dans les forces gouvernementales, que tous les réfugiés TUTSI, du moins ceux qui le souhaitent, regagnaient leur pays, qu'ils étaient réinstallés là où ils exigent et comme ils le souhaitent, que les forces armées et les milices FPR cessaient de harceler la population civile et regagnaient leurs casernes, même si tout cela se réalisait, par je ne sais quel hasard, je ne crois pas que la réconciliation entre les Rwandais serait au rendez-vous.
J'affirme que même si toutes ces conditions étaient par hasard réunies, il manquerait l'essentiel pour réaliser l'unité et la réconciliation nationales, à savoir la VERITE.
Tous les Rwandais, HUTU, TUTSI et TWA, ont besoin de se dire la vérité, toute la vérité, sur leur vie en commun, leur cohabitation hier, aujourd'hui et demain, et, il est plus que probable que cette vérité finira par éclater, dans la mesure où, le masque qu'ils ont toujours mis dans leurs relations est maintenant tombé.