Jacques Nizeyimana
ukuri1994@hotmail.com
23.03.03
Monsieur Stanislas Kamanzi
Ambassadeur Permanent auprès de l'ONU
New York
Monsieur l'Ambassadeur
C'est avec joie que j'ai appris votre nomination comme représentant du Rwanda auprès des Nations Unies. Je voudrais vous présenter mes sincères félicitations. Je profite de cette occasion pour vous transmettre cette copie de la lettre que j'ai écrite à votre collègue Monsieur Laurien Ngirabanzi, l'ambassadeur du Rwanda à Bonn. Comme vous pourrez le lire, je demandais à Laurien de joindre sa voix au concert de ceux qui réclament actuellement l'implémentation d'une justice impartiale au tribunal pénal international pour le Rwanda.
En effet, Monsieur Laurien Ngirabanzi connaît l'étendue de l'extermination des masses à Byumba par les forces du FPR. Si les gens de son calibre et de sa situation se taisent encore après neuf ans de patience pour voir si le FPR peut vraiment lâcher "ses criminels", s'ils peuvent constater l'attitude actuelle du FPR à ce sujet et continuer à se taire, c'est qu'ils auraient peu de respect à leur pays, sinon à leur propre dignité. J'ai jugé bon de vous passer cette copie car vous assumiez vous même l'autorité de la zone démilitarisée jusqu'au déclenchement du génocide au Rwanda. Vous êtes en mesure de décrire l'étendue des massacres ignobles que les forces du FPR ont commis au Rwanda à partir de cette zone et dans les zones qui la bordaient.
Monsieur l'Ambassadeur, je n'ignore pas la réalité du Rwanda et les attentes inavouées que le gouvernement du FPR place dans votre nomination aux Nations Unis. Cependant, en gardant à l'esprit le spectre de toutes les "forces négatives" au Rwanda et dans la région, le génocide rwandais, l'étendue des massacres organisés en 1994 par le FPR et le contenu du projet de constitution pour lequel nous voterons prochainement, vous pourriez vous même décider sur la meilleure façon de soutenir votre gouvernement dans son acharnement contre le tribunal onusien et le blocage des enquêtes du TPIR sur des massacres systématiques dont vous avez une connaissance explicite.
D'ailleurs le FPR connaît lui aussi l'immense gravité des massacres qu'il a commis en 1994. S'il poursuivit une politique liberticide au Rwanda, s'il cherche à tout prix à faire régner le silence sur ces massacres, c'est avant tout par crainte que le monde externe ne voie claire dans le dilemme du génocide rwandais et ce contexte de terreur et de silence qui plane sur le Rwanda depuis 1994.
Le FPR est en train de mettre sur pied une discrimination silencieuse mais combien visible à tout le monde au Rwanda. Quoi que l'on dise, le silence et l'inaction ne seront qu'une voie loyale pour une création des générations des proscrits au Rwanda. Ce sera un feu vert pour le maintien d'une ingénieuse diabolisation en cours qui touche une partie des survivants des événements de 1994 et s'étend sur la majorité de la population rwandaise. S'il y avait échec du TPIR, les criminels qui ne risquent rien en promouvant cette politique vont profiter de l'officialisation de leur impunité pour stopper toute progression vers plus de tolérance et plus de démocratie dans la société rwandaise. J'ai lu le projet de constitution de la république rwandaise, il semble pour moi un mauvais augure pour une nation réconciliée.
Je vous remercie
Jacques Nizeyimana
CI
•Monsieur Laurien Ngirabanzi
Ambassadeur du Rwanda
Bonn
"Monsieur Charles Murigande
Ministre des affaires étrangères
Kigali