* Le rapprochement annoncé des Congolais fait peur au Rwanda
Le maître de Kigali, Paul Kagame pour ne pas le citer, a déclaré dans une conférence de presse samedi dernier que son armée continuera à lutter en République Démocratique du Congo "avec ou sans relation avec la rébellion congolaise". La raison de cette expédition militaire: assurer la sécurité de son pays.
"Nous combattons au Kasaï et au Katanga contre les milices rwandaises. Nous sommes là avant tout pour régler nos problèmes", a déclaré le Rwandais. Ces milices sont pour lui les Hutu Interahamwe et ex-Forces armées rwandaises (FAR) défaits en 1994 et obligés de quitter leurs camps de réfugiés en 1997 lors de la "guerre de libération" qui a conduit l'Afdl au pouvoir au Congo démocratique.
Au fil des mois, la position du Rwanda ne fait que confirmer ce que les Congolais n'ont jamais cessé de dénoncer: la volonté des Tutsi (rwandais et ougandais) qui, au départ, avaient oeuvré à l'avènement de Kabila au pouvoir, de régenter la RDC. Au début de la guerre, en effet, le Rwanda et l'Ouganda ont longuement nié avoir envoyé leurs hommes au Congo. Leur aventure militaire avait pourtant atteint Kisangani, et avait frappé la capitale même du pays, Kinshasa, après la conquête du Bas-Congo, à l'autre bout de la frontière commune. Malgré des preuves évidentes, les prisonniers de guerre, notamment les deux pouvoirs monoethniques s'évertuaient à nier l'évidence.
Quand les deux pays ont reconnu leur présence en RDC, c'était ensuite pour exiger du pouvoir de Kinshasa de négocier avec les "rebelles", qui sont en réalité leur marionnettes. Plusieurs sommets des chefs d'Etat ont capoté du fait de cette exigence. Rwandais et Ougandais en étaient arrivés même à sécher certains rendez-vous, sous le prétexte que les "rebelles" n'y étaient pas invités.
Ce sont ces mensonges qui ont fait perdurer la crise congolaise. Aujourd'hui qu'une rencontre entre Congolais de tous bords, opposition armée ("rébellion"), opposition non armée interne et en exil et pouvoir, est à l'ordre du jour, le Rwanda en rajoute du sien pour rallumer le feu de la guerre en RDC, donc pour faire perdurer la crise.
Cette déclaration de Kagame est à la fois un discrédit pour la prétendue rébellion du RCD et une provocation pour le pouvoir légitime et nationaliste de Kinshasa. Un discrédit pour cette "rébellion" du fait que Kigali confirme qu'elle est une réalité négligeable. En plus, Kagamé semble tout simplement s'en moquer, et indiquer que le RCD n'est pas à même de faire le travail qu'il attend de lui. Une injure parce que le Rwanda n'a aucune considération pour la RDC et le prend pour le terrain de règlement de ses problèmes. Cela est surtout une injure aux Congolais qui ont choisi de vider leurs problèmes par le dialogue.
L'opinion doit donc une fois pour toute comprendre que les malheurs du Congo viennent de ce Rwanda qui a décidé de faire la guerre au Congo pour le dominer politiquement et économiquement. L'on s'attend logiquement à ce que le RCD se désolidarise du Rwanda et qu'un front national congolais se forme enfin pour stopper cette guerre d'hégémonie. L'opinion internationale n'a, quant à elle, plus de prétexte pour excuser le Rwanda.