Christiaan DE BEULE
Buzet, Belgique
25.06.04
La sortie du livre de Daniel Kabuto, "Batailles sans fin" est passée inaperçue. A tort. La nouvelle du jeune écrivain burundais décrit une période peu commentée dans l'histoire de l'Afrique des Grands Lacs. Ce récit, qui oscille entre le roman historique et l'autobiographie, retrace l'épopée d'une jeune femme burundaise et de son bébé Toto dans lequel nous reconnaissons les traits de l'auteur.
Pendant les moments les plus sombres de l'histoire burundaise, 1972, la jeune femme perd son mari, qui est torturé et tué par les militaires. Restée seule et désemparée, elle prend la fuite avec ses deux enfants dont Toto âgé de huit mois.
L'auteur suit la trace de l'exil de sa maman, la traversée de la rivière l'Akanyaru, les camps des réfugiés au Bugesera rwandais, l'installation dans les zones inhospitalières du Mutara à la frontière Rwando-Ugandaise.
L'effort de survie de ces réfugiés s'accomplit parallèlement à l'évolution politique au Burundi et au Rwanda. Le coup d'état de 1973 au Rwanda est suivi d'un changement draconien dans les relations entre les gouvernements rwandais et burundais. L'attitude accusatrice de la première république rwandaise à l'égard des persécutions perpétrées par les militaires burundais sur les populations Hutu est abandonnée et remplacée par une politique de bon voisinage.
La situation des réfugiés burundais au Rwanda est directement influencée par l'évolution politique de ces ceux pays. Cette communauté burundaise est à nouveau mise à l'épreuve quand en octobre 1990 les rebelles extrémistes tutsi, armé et soutenu par l'Uganda lancent une attaque contre le Rwanda. Ils s'en prennent violemment et sauvagement aux populations frontalières. Les premières victimes sont ces réfugiés qui avaient fui le Burundi dix-huit ans plus tôt pour échapper à cette même haine féroce signe particulier de ces militaires et milices du FPR.
Chassés du Mutara les réfugiés burundais se retrouvent avec les déplacés rwandais dans les camps de Nyacyonga aux portes de Kigali. Une fois de plus ils sont dépouillés de tous leurs biens et ils se retrouvent de nouveau sous des abris de fortune.
Les élections présidentielles burundaises de 1992 donnent un faible espoir à ces déshérités. Cet espoir s'avère illusoire quand trois mois après l'élection du président Ndadaye, un brutal coup d'état met fin au rêve de paix, de progrès et de démocratisation.
Une nouvelle vague de réfugiés burundais arrive au Rwanda. Pays qui est lui-même déchiré par une intolérance politique qui engendrera une réaction populaire violente.
Les extrémistes du Front Patriotique Rwandais lancent leur assaut meurtrier final en abattant l'avion qui transportait et le président rwandais et le président burundais, Cyprien Ntaryamira. A ce moment plus de 300.000 réfugiés burundais étaient répertoriés sur le territoire rwandais.
Toto termine son récit en fuyant la Région des Grands Lacs vers un avenir incertain mais, il est décidé à survivre.
Ce premier livre de Daniel Kabuto est de la lecture obligatoire pour tous ceux qui s'intéressent au sort des réfugiés et à cette Région de l'Afrique. Ne vous attendez pas à de la haute voltige littéraire. Toto, ange parfait, ne se connaît qu'un seul défaut : au petit séminaire de Rwesero il prie son Dieu pour mieux apprendre à faire semblant de prier. Mais est-ce un défaut dans ce monde où l'hypocrisie est élevée au niveau de vertu et considérée comme indispensable à la survie.
Toto est attendrissant quand il béatifie sa maman et la décrit comme une sainte. Il se montre le fils digne de cette maman qui s'est battue pour la survie de ses bébés.
Que certains trouveront des passages naïfs est subsidiaire, cette innocence désarmante rend le livre agréable et facile à lire. Un grand nombre de Rwandais et Burundais vont se reconnaître dans les scènes décrites par Kabuto.
Kabuto a le grand mérite d'entamé l'histoire des réfugiés burundais au Rwanda. Ces réfugiés forment un groupe qui a été cruellement persécuté par les milices du FPR de 1990 à 1994 et puis, lors des bombardements des camps de réfugiés burundais à Uvira en 1996 et la poursuite de ses survivants à travers le Zaïre-RDC. L'histoire "aimable et convenable"[1] ne veut pas connaître leur sort.
Avant les évènements d'avril 1994 il y avait 300.000 réfugiés burundais au Rwanda. Le recensement rwandais de 2002 ne dénombre plus que 4.881 ressortissants burundais sur le territoire rwandais. Que sont devenus les 300.000 réfugiés burundais de 1994 ? Monsieur Kabuto, nous donnerez-vous dans un prochain livre des éléments de réponse pour élucider ce mystère ?