Calvaire des populations du Sud-Kivu
Jeunes sans Frontières
Bukavu, RD Congo
20.03.02
Depuis trois mois déjà, les populations du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, vivent des nuits cauchemardesques si bien qu'elles ne savent pas à quel saint se vouer, suite à la recrudescence de la criminalité, et se demandent à quand la fin de ce cauchemar.
Des plaintes et cris d'alarme proviennent de partout. Parfois, ce sont des assassinats, des actes de vol, de pillage, de viol. Tout est parti des territoires qui constituent l'hinterland de Bukavu. De KAZIBA à WALUNGU et de WALUNGU à KABARE, KALEHE en passant par NINJA et KATANA.
Aujourd'hui, c'est la ville de Bukavu qui est dans les collimateurs des escadrons de la mort qui, à coup de fusils et de baïonnettes, tuent des paisibles citoyens.
En effet, en moins de deux semaines, la ville de Bukavu vient de compter ses morts au vu et au su des autorités politico-militaires qui assistent, sans aucune réaction, ces carnages.
A titre illustratif, pour le seul mois de février le cas ci-après ont été enregistrés:
- Lundi 11/02/2002, Monsieur KATOLO ZIHINDULA a été victime d'une attaque des hommes armés, et habillés, en tenue militaires, chez lui à la maison six, quartier BUHOLO 2, commune de KADUTU. La victime a été atteinte d'une balle au bas ventre.
- Le 20/02/2002, Monsieur KAKA KASOMBO, domicilié à Funu, commune de Kadutu, a été assassiné devant sa maison par des homes habillés en tenue militaire armés.
- Le 25/02/2002, Monsieur MASUMBUKO MATABISHI domicilié à MUHUNGU, n° 79, commune d'Ibanda, a été tué par des hommes armés et habillés en tenue militaire, chez lui, à la maison devant ses enfants.
- Jeudi 28/02/2002, Mme MPALA Magy (déplacée de PANGI) fut assassinée devant son domicile à Nyamugo, commune de Kadutu.
- Vendredi le 22/02/2002, Monsieur MUSOMBWA Baudouin a été visité par un commando de trois militaires à KARHALE, commune de Kadutu.
- Vendredi 15/02/2002, Monsieur KABENGA domicilié sur route d'Uvira, N° 418, a été victime d'un vol de plusieurs effets par des hommes en uniformes.
Il à noter que cette liste macabre n'est pas exhaustive (voir rapport de mois de février).
A ceux-ci s'ajoutent plusieurs autres scènes macabres constatées ça et là à travers la ville. La population Bukavienne se demande aux comptes de qui opèrent ces brigands? Toutefois, il ne s'agit ici ni des INTERAHAMWE ni des MAÏ-MAÏ. De qui s'agit-il?
De l'avis du public, ce son des militaires et autres agents de l'ordre de l'ANC (Armée Nationale Congolaise) sous contrôle du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) qui commettent ces forfaits en complicité, malheureusement, avec certains de leurs chefs.
De tous ces faits, il se dégage ce qui suit:
- La planification ou la complicité du RCD dans le terrorisme d'Etat. En effet, l'insécurité grandissante constatée à Bukavu est manifestement créée et entretenue par les autorités politico-militaires du RCD dans le but de terroriser la population. A titre exemplatif, en date du 27/02/2002, un vieux papa a été pris la main dans le sac en voulant poser une mine anti-personnelle à côté de l'ISDR-BUKAVU (dossier couvert par le RCD).
- La sécurité sociale à BUKAVU est fonction du favoritisme ethnico-sociale. Les autorités militaires protègent bien les seuls quartiers où se sont concentrées les populations RWANDOPHONES, LAISSANT LA MAJEURE PARTIE DE LA POPULATION À LEUR TRISTE SORT. Signalons ici que certains compatriotes se font aussi accompagnés par des gardes du corps (des militaires camouflés en tenue civile), qui assurent aussi la protection de leurs maisons. Nous citons de commerçants du CAMP-Zaïre, Bugabo I et II.
- L'instrumentalisation par le RCD des milices dites ĞLOCAL DEFENSEğ conçues sur le modèle INTERAHAMWE, crée une grande confusion et aggrave l'insécurité dans certaines contrées de la province.
JSFD dénonce cet état de choses et recommande ce qui suit:
A) Aux autorités rebelles du RCDE:
- De sécuriser toutes les populations sans distinction de race, de religion et de profession.
- De doter la police d'intervention rapide des moyens efficaces pour mettre fin à ces actes de vandalisme.
- D'assurer aux soldats et militaires sous leur contrôle, un minimum de conditions de vie (leur solde, nourritures).
- De démobiliser les ĞLOCAL DEFENSEğ et de les incorporer dans l'ANC.
B) Aux Représentations ONUSIENNES:
- De dénoncer l'immobilisme des autorités du RCD devant ces assassinats.
C) A la population:
- De dénoncer ces assassinats et leurs auteurs.
- De demander plus de sécurité pour tous.
- De rester calme, vigilante et unie.
Signé:
Achile NYAMULENGWA , Coordinateur
Claude SAFARI, Secrétaire Général
Freddy KAMUKUTA, Chargé de Paix
Chanceline KIKUKAMA, Secrétaire Permanente
Charlotte BIBALO, Assistante Sociale.