GROUPE LOTUS
ITURI
: L'ESCALADE DE LA VIOLENCE INTERPELLE
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I.- L'AUTRE FACE DU DRAME DE L'ITURI
1.1. Rappel de derniers événements
1.2. Les nouveaux enjeux
II.- LES EFFORTS A DEPLOYER
2.1. Au niveau national
- Ressortissants de l'Ituri
- Les patriotes Congolais
2.2. Au niveau sous-régional et international
- Les pays de la sous-région des Grands Lacs Africains
- La communauté internationale
III.- LES PREALABLES POUR UNE PAIX DURABLE
3.1. La réorientation des alliances politiques et la suppression de leurs branches armées
3.2. Le renforcement du mandat de la MONUC
IV.- QUELQUES DEFIS A RELEVER
4.1 Problème d'ordre sécuritaire
4.2. Gestion politique et administrative
4.3. Impunité devant les graves violations des Droits de l'Homme
4.4. Cohabitation pacifique entre Congolais en Ituri
CONCLUSION ET SUGGESTIONS
INTRODUCTION
Depuis des années, la cohabitation en Ituri entre Hema et Lendu, est émaillée des guerres fratricides. Cependant, cette région trouble a connu par moment un calme apparent grâce à la conjonction d'efforts en vue de mettre fin à la violence.
Dans cet ordre d'idées, il y a lieu de rappeler l'organisation à Djugu (1975) d'une cérémonie traditionnelle de réconciliation en présence des autorités politico-administratives et coutumières. A cette occasion, chaque partie s'était engagée à enterrer définitivement la hache de guerre. Il avait même était convenu que quiconque ne respecterait pas les clauses encourrait les châtiments traditionnels.
Du 29 juillet au 04 août 1999 à l'issue de la clôture des échanges interethniques organisés à Bunia, les deux communautés se sont convenus de la cessation des hostilités. Il en est de même de la rencontre du 03 février 2001 initié par l'autorité provinciale. A cette occasion, les deux parties avaient convenu de reprendre contact avec leurs bases respectives et de les influencer à faire la paix.
La même préoccupation fut partagée par les intellectuels Hema et Lendu de Kisangani qui ont senti la nécessité de créer une nouvelle plate-forme « BANA API » dans le cadre du règlement pacifique des conflits et d'accompagnement du processus de pacification.
Même le président Joseph KABILA (RDCongo) et Yoweri MUSEVENI (Ouganda) sentant la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire se sont engagés à mettre en application l'accord de Luanda et de créer des conditions favorables à la matérialisation de la Commission de Pacification de l'Ituri (CPI).
Ce qui précède montre à suffisance qu'en aucun moment de l'histoire une indifférence complice n'a été entretenue au point de conduire à l'embrassement de la situation.
Mais pourquoi cet espace territorial pose problème assez régulièrement malgré toute l'attention et la vigilance qu'on y porte ?
Le présent rapport tente de mettre en exergue de nouveaux paramètres à prendre en considération dans la résolution du puzzle iturien. Ce faisant, le groupe LOTUS est conscient des limites de sa démarche mais il espère toutefois pouvoir contribuer à l'élaboration des propositions pour une paix durable en Ituri.
Tout compte fait, les enjeux de divers ordres serpentent la violence dans cette partie de la RDCongo et appellent des nouvelles stratégies pour relever les défis.
I.- L'AUTRE FACE DU DRAME DE L'ITURI
1.1. Rappel de derniers évènements
1°) Le 24 avril 2003, l'Ouganda achève le retrait de ses militaires en RDC laissant derrière lui armes et munitions aux milices ethniques qu'il a crée et entretenu durant ses années d'occupations. A cet effet, la sécurité des personnes et de leurs biens revenait ipso facto à la MONUC et aux éléments de la police nationale congolaise venus de Kinshasa, la capitale de la RDC.
2°) Chassée de Bunia par l'armée ougandaise le 06 mars 2003, l'UPC de Thomas LUBANGA en a repris le contrôle le 12 mai 2003 au terme des violents combats. Selon le leader de l'UPC, la prise de Bunia étant dictée par le souci de sécuriser la population longtemps à la merci des milices Lendu.
Les événements qui se sont déroulés à Bunia en mai 2003, ont fait plusieurs victimes et de dégâts matériels importants. Vingt personnes ont été massacrées à la paroisse de l'Eglise Catholique de Nyakasanza, parmi lesquelles trois bébés découpés à la machette dont la tête fracassée et deux prêtres catholique de cette paroisse. Deux secouristes en plein activité portant l'emblème de la croix rouge ont été froidement abattus au cours de ce combat. Plusieurs autres civils, ont été aussi massacrés dans une maison au quartier BANKOKO.
D'autres sources locales rapportent un pillage systématique de l'Evêché, la Procure des Missions et des installations des ONG Internationales (OXFAM, MSF, COOPI, ...), d'innombrables villages ont été brûlés et les infrastructures communautaires (écoles, hôpitaux, Eglises, ...) détruites. Un afflux de déplacés vers Nebbi (Ouganda), Beni, Eringiti, Oïcha, Mahagi, Aru, Kisangani et Goma a été enregistré.
Plus de 7000 civils restés dans la ville, se sont réfugiés au Quartier Général de la MONUC et à l'aéroport sous la protection des soldats Uruguayens de la MONUC. Le bilan des victimes s'élèves à ce jour à plus de 300 personnes tuées, à majorité des civils.
La promiscuité dans les sites d'hébergement des déplacés a provoqué l'apparition du choléra dont trois cas dépistés à Bunia et à Ntoroko. Pour y faire face, un dispensaire de fortune a été érigé dans les installations de la MONUC. Il a également pris en charge une centaine de blessés par balle, machette ou éclats d'obus.
L'apport des agences humanitaires a permis d'une part à plus de 10.000 personnes déplacés de bénéficier de l'aide en biscuits protéinés et de l'eau potable grâce aux quatre réservoirs installés dans les sites, d'autre part, on a enregistré le rétablissement du courant électrique et l'approvisionnement en eau potable. A Kisangani, la Caritas diocésaine a distribué de l'aide aux déplacés de Bunia.
En dépit de la signature par tous les belligérants de l'accord de Dar-Es-Salaam, le 15 mai 2003, certaines personnes restées à Bunia vendent à moins cher leurs biens dans le but de quitter cette ville par peur du lendemain.
1.2. Les nouveaux enjeux
La situation dans les Grands Lacs Africains se complique davantage avec le conflit de l'Ituri, région aux potentialités énormes située à l'Est de la RDCongo. Les raisons de ces affrontements sont avant tout économique et politique avant d'être ethniques, estime Claudine VIDAL, chercheur au CNRS.
a.- Enjeu économique
Le district de l'Ituri est une zone dont le sol et le sous-sol sont riches. Ils renferment des essences forestières recherchées. On y trouve également l'Or, le Coltan et une importante nappe pétrolière qui suscite la convoitise des Etats voisins et des firmes internationales. L'activité commerciale y est florissante. Les Etats voisins trouvent en cette zone un important marché de trafic d'armes avec l'existence de diverses milices tribales. Somme toute, la convoitise des richesses de l'Ituri fait que des Etats voisins s'y battent par des milices interposées.
b.- Enjeux politique et militaire
Le contrôle de l'Ituri oppose plusieurs milices rivales qui veulent faire entendre leur voix sur l'échiquier national. Chacune de ces milices veut avoir une part à jouer dans le futur gouvernement de transition. Ainsi des alliances se nouent entre diverses milices ainsi que certaines rébellions congolaises. C'est dans ce cadre qu'une fois passée maître de Bunia, l'UPC de Thomas LUBANGA n'a un seul instant hésité à sceller une alliance avec le RCD d'obédience rwandaise. Déjà à cette époque, le RCD/Goma réclamait à cors et à cris l'implication de l'UPC au sein du gouvernement de transition.
Après la défaite de l'UPC à Bunia au mois de mars 2003, le RCD, son principal allié a failli boycotter la signature de l'accord global et inclusif. Aussi le même RCD , à l'annonce du contrôle de Bunia par l'UPC le 12 mai 2003, a menacé de retirer ses délégués en concertation à Kinshasa. Un autre fait, c'est la similarité du points de vue entre le RCD/Goma et l'UPC sur le refus de la présence des troupes françaises sur Bunia telle que décidée par le Conseil de Sécurité de l'ONU.
La ville de Bunia et l'axe Beni-Lubero-Kanyabayonga constituent des zones à tension capable d'annihiler les fragiles efforts de paix en RDCongo. Les récents affrontements à Bunia et les incessants mouvements militaires autour de la localité de Kanyabayonga au Nord-Kivu les prouvent à suffisance. Jusqu'à présent, aucun accord de paix n'a réussi à arrêter les velléités bellicistes des protagonistes. Même le récent accord de Dar -Es-Salaam demeure encore précaire.
II.- LES EFFORTS A DEPLOYER
2.1. Au niveau national
Pour résoudre le présent conflit, quelques actions concrètes ont été entreprises en Ituri, à Kisangani et à Kinshasa. Cela ne doit empêcher les ressortissants de l'Ituri et les Congolais d'ailleurs de réfléchir sur cette question déjà au stade d'animosité.
2.1.1. Ressortissants de l'Ituri
Malgré qu'en Ituri, à partir du 23 juillet jusqu'au 04 août 1999, les délégués de deux parties ont passé en revue tous les problèmes à la base de l'antagonisme et ont abouti à la publication d'un document dénommé « SOLUTION REELLEMENT NEGOCIEE » signée par vingt délégués dûment mandatés. Il en est de même du travail abattu en avril 2003 par la Commission de Pacification de l'Ituri ayant abouti à la mise sur pied d'une organe de gestion intégrant toutes les autres communautés de cette contrée. La situation actuelle doit les amener à la relecture de tous les accords en rapport avec le conflit de l'Ituri pour relever les faiblesses et les points forts de ceux-ci. Cet engagement pourrait entraîner à la conclusion du pacte de non agression entre les différentes communautés.
2.1.2. Les Congolais
La situation qui prévaut en Ituri doit interpeller la conscience de tous les Congolais. Car, aujourd'hui ce sont les Lendu et les Hema qui s'entretuent, demain ça sera le tour des Kasaiens et Katangais et ainsi de suite. Pour résoudre ces conflits, les Congolais doivent se mobiliser pour aider les ressortissants de l'Ituri en une prise de conscience individuelle et collective pour éradiquer ce fléau. Et aussi demander aux autorités gouvernementales et militaires congolais de localiser les milices Lendu et Hema, les désarmer au besoin et détruire leurs camps d'entraînement. C'est de cette façon que la paix peut revenir en Ituri et empêcher les velléités séparatistes de refaire surface dans d'autres provinces de la RDCongo.
2.2. Au niveau sous-régional et International
L'atrocité et la cruauté inhumaine qui se commettent en Ituri interpelle chacun de nous. Les efforts doivent être déployés au niveau de la sous-région des Grands Lacs, et même la Communauté Internationale.
La situation de l'Ituri entraîne des conséquences fâcheuses. Au départ on tuait surtout les gens selon les tribus Hema ou Lendu ; mais à présent les tueries sont généralisées. Les combattants Lendu comme les Hema de l'UPC tuent et pillent tout le monde sans distinction de tribu.
Comme la sous-région de Grands Lacs est déchirée par le conflit congolais, il apparaît important que soit convoquée la réunion des chefs d'Etat de cette partie de l'Afrique. Car, ceux qui commettent des atrocités trouvent soutien soit en Ouganda soit au Rwanda. Celle-ci sera la bienvenue pour besoin de vérité et de clarification. Les extrémistes de certains pays de Grands Lacs risquent de profiter de l'occasion pour mener des incursions dans leurs pays respectifs. Cette déstabilisation pourrait encore servir des prétextes pour le retour des troupes Ougandaises, Rwandaises et Burundaises en RDCongo.
Pour que la situation de l'Ituri n'embrase pas toute la sous-région des Grands Lacs Africains, plusieurs efforts diplomatiques doivent être déployés auprès des chefs d'Etat de cette partie de l'Afrique. Cette intense activité diplomatique doit les amener à impliquer le Rwanda et le Burundi non signataires de l'accord de Luanda pour constituer une force commune et mettre fin à la catastrophe humanitaire de Bunia et de ses environs. Si cette situation dramatique perdure, elle conduira au désespoir et à l'aggravation de la catastrophe humanitaire dans toute la sous-région.
Comme les différentes négociations évoluent à pas de tortue, car au stade actuel seul le langage d'armes est audible. Les casques bleus de la MONUC basé à Bunia assistent impuissamment aux scènes de pillage et tueries de la population.
Pour contrer la poursuite des atrocités qui se commettent en Ituri, une solution rapide et efficace réside au déploiement d'une force qui aura la capacité d'influer positivement sur tous armés qui opèrent, terrorisent population et menacent la paix dans cette partie de la RDCongo.
La Communauté Internationale doit soutenir l'effort d'une intervention de la France, de la RSA et la Tanzanie pour constituer une force d'imposition de la paix en Ituri. La Communauté Internationale devrait mettre en garde certains pays voisins de la RDC qui veulent s'ériger en obstacle en l'Ituri.
Cette force doit avoir comme entre autres missions d'identifier, d'arrêter et transférer les coupables devant la Cour Pénale Internationale pour y être sanctionnés selon les prescrits de la loi en matière de crime contre l'humanité.
Mais ce qui est inquiétant, c'est l'indifférence de la Grande-Bretagne, remarquable dans la prise de position dans la plupart des résolutions de l'ONU pour mettre fin à la crise socio-politique qui déchire le Congo démocratique depuis quatre ans. Toujours est-il que ce même pays a invité les chefs d'Etat du Rwanda et de l'Ouganda pour une réunion à Londres. Apparemment l'accent n'a pas été beaucoup mis sur le dossier de la paix au Congo. Mais au contraire, les violons se sont accordés pour l'octroi en leur faveur de l'aide financière. Il était supposé que des instructions dans le sens de la première application au processus de paix entamée. Curieusement la prise de position du Rwanda sur l'intervention française en Ituri paraît très surprenante.
III.- LES PREALABLES POUR UNE PAIX DURABLE EN ITURI
3.1. La réorientation des alliances politiques et la suppression de leurs branches armées
L'Ituri est l'une des zones de la RDC où foisonnent plusieurs milices à caractère ethnico-tribal. Au regard de la célérité des atrocités commises par ces milices, le Haut Commissaire aux droits de l'Homme ne cache pas sa crainte d'une répétition du scénario Rwandais. Sergio Vieira de Mello soutient qu'il a très peur que la situation s'envenime et ne devienne aussi grave qu'un autre Srebenica ou un autre Rwanda, même si les conditions sont différentes.
La situation est d'autant plus préoccupante que des combats entre mouvements rebelles congolais concurrents, hostiles à Kinshasa, soutenus par les Etats voisins se greffent depuis des années dans ce riche district.
Aujourd'hui, le paysage politique congolais exige, de ces milices à base tribale, une redéfinition de leur politique. La dynamique de paix qui profile à l'horizon en RDCongo nécessite l'implication de toutes les composantes de la classe congolaise. Ainsi donc, la pacification de la région trouble de l'Ituri passe inévitablement par l'abandon des velléités bellicistes qui caractérisent les différentes milices. C'est pourquoi, ces différentes milices doivent-elles conjuguer leurs efforts en vue de s'orienter en partis politiques dans le but de l'avènement d'une paix durable en Ituri.
Pour sa réussite, le rejet du prétexte ethnico-tribal s'avère beaucoup plus déterminante. Non seulement ces futures formations politiques doivent s'implanter en Ituri mais encore faudraient-elles chercher à avoir une assise nationale. Ceci leur permettra de bien se mesurer avec d'autres formations politiques et bien canaliser leurs aspirations et revendications de leurs bases respectives. La quiétude de la population et le développement du milieu en dépendent.
3.2. Le renforcement du mandat de la MONUC
Depuis son arrivée, la Mission des Nations Unies en RDC a Connu plusieurs réalisations pour le bien de la population. Mais ces réalisations n'occultent pas certaines insuffisances de la MONUC qui laissent la population perplexe.
Les réalisations de la MONUC en RDC sont multiples et variées. A titre indicatif nous citerons les efforts fournis par cette institution onusienne pour la stabilisation de toutes les lignes de front.
Grâce à la surveillance des MILOBS (Observateurs militaires), un cessez-le-feu a été observé sur tous les fronts. Jadis un rêve, le retrait des forces étrangères est devenu, de nos jours, une réalité suite à l'implantation de la MONUC. Toutes les parties occupent des nouvelles positions défensives. L'implantation de la Radio OKAPI va dans le sens de la réunification du pays.
Il sied de préciser que la MONUC s'est chargée des convois humanitaires dans le but de soulager la misère des populations vivant dans les milieux enclavés par la guerre. Elle a également assuré les cours de formation de la police civile.
En mai 2003, les efforts de la MONUC se sont avérés payant à Bunia. Plusieurs personnes fuyant les affrontements entre les milices Lendu et Hema ont trouvé refuge aux installations de la MONUC. Aussitôt après ces affrontements, la MONUC a distribué à ces personnes en détresse l'eau, les vivres et a même assuré les soins de santé en compagnie de plusieurs ONG internationales.
Certes, la MONUC a connu d'importantes réalisations en faveur de la population congolaise, mais certains domaines nécessitent un effort supplémentaire de la MONUC. C'est le cas de la démilitarisation de la ville de Kisangani qui tarde à venir. Limitée par son mandat, la MONUC a assisté impuissamment aux massacres d'innombrables civiles par les forces combattantes. Les cas les plus révoltants sont les massacres de Kisangani en juin 2000 et en mai 2002. Les atrocités de Bunia suscitent une interrogation sur l'opportunité du maintien du mandat actuel de la MONUC.
Fort de ce qui précède, il serait de bonne politique que le mandat de la MONUC soit transformé en un mandat d'imposition de la paix. L'approche de l'Ituri devra s'étendre sur tout le territoire de la RDC. Ce faisant, l'on éviterait un massacre à grande échelle tel qu'il est commis actuellement, loin du regard de la communauté internationale.
Très attendu par l'ensemble de la population congolaise victime de plus de quatre ans de guerre, le renforcement du mandat de la MONUC stopperait les tueries les plus ignobles qui se commettent en RDC. Agir de la sorte équivaudrait à décourager les auteurs de viol des femmes, de massacre de la population, du cannibalisme...
Ce renforcement du mandat de la MONUC tant souhaité permettra à l'ONU de jouer son rôle de garant de la paix et de la sécurité internationale. Car, l'absence d'une réaction appropriée de l'ONU au drame du peuple congolais serait trahir la responsabilité de la communauté internationale.
IV. QUELQUES DEFIS A RELEVER
4.1. Problème d'ordre sécuritaire
Jadis grenier de la RDC, le district de l'Ituri vit dans une misère la plus noire. Champs, bétails et formations médicales détruits, minerais et autres richesses pillés du fait de la guerre, la population vit dans un état de dénuement total.
En conséquence, un grand nombre de population tire sa survie de l'aide humanitaire fournie par la communauté internationale. Devant cette situation chaotique, les responsabilités sont partagées entre les Etats voisins et leurs rébellions. Dans la crise actuelle, l'Ouganda a joué et joue encore un rôle actif. Depuis 1999, l'Ouganda s'est employé activement à la sectarisation de la société en Ituri en formant divers milices qu'il oppose après les avoir armées. Ces armes ont attisé la fougue et la haine des ituriens dans leur effort de destruction et d'extermination mutuelle. Ainsi chaque milice, forte de son armement, tente de prendre le dessus et contrôler le terrain. L'UPC, l'une des milices rivales qui se bat en Ituri, reçoit depuis son alliance avec le Rwanda, non seulement une aide morale mais aussi logistique. Une fois chassée par l'Ouganda, le mouvement armé n'a pas tardé à récupérer la ville de Bunia après le retrait de l'UPDF et ce, au terme d'un violent combat.
Le rôle de la rébellion Ougandaise au versant Ouest du mont Ruwenzori est non moins négligeable. Ces rebelles disposent d'un vaste réseau informel de trafic des armes. Dans une parfaite collaboration avec certaines bandes armées opérant en Ituri, ces mouvements rebelles font passer des armes dans cette partie de la RDCongo.
4.2. Gestion politique et Administrative
Dans un environnement en perpétuel conflit, il faille qu'une administration forte s'y installe pour garantir la suivie de la population.
La CPI (Commission de Pacification de l'Ituri) qui a pris fonction à Bunia mérite d'être fortement soutenu avec une force armée bien formée, disciplinée et équipée. Il en va de même de la police.
Il faudra aussi qu'une forte pression soit exercée sur les Etats voisins afin qu'ils cessent tout soutien envers les diverses milices. Le réseau informel de trafic d'armes doit être démantelé pour permettre à cette administration naissante d'œuvrer. Les autorités de la CPI doivent tout mettre en œuvre pour ne pas tomber dans le piège de favoritisme et de subjectivité envers un groupe. Ce qui à coup sûr, ruinera les efforts de la jeune administration.
Pour rendre forte la CPI, un pouvoir central fort qui passe par la réunification du territoire national s'impose. Cela a comme avantage d'éviter le noyautage de l'administration en Ituri par les puissances sous-régionales et l'imposition de la logique des factions rivales. Pour cette raison, la Commission de Pacification de l'Ituri travaillera à toute indépendance, loin de toute influence.
Les autorités nationales devront s'employer à remettre la Province Orientale dans ses limites territoriales d'avant la guerre de 1998, le découpage territorial étant la matière qui relève du parlement. L'érection par l'Ouganda de la Province autonome de l'Ituri créé plus des problèmes qu'elle n'en a résolu.
4.3. Impunité devant les graves violation des Droits de Homme
Il se commet en Ituri, depuis le début de la 2e rébellion (1998) des violations des Droits de l'Homme les plus odieuses du monde. Des tueries, massacres, tortures, mutilation, pillage, tracasserie se commettent sans que leurs auteurs n'en soient inquiétés.
L'impunité qui caractérise les violations massives, flagrantes et systématiques des droits de l'Homme en Ituri offre l'occasion à ses auteurs de récidiver. C'est sur base de cette impunité que se commettent ça et là des violations des Droits de l'Homme.
L'heure est venue où l'impunité ne doit plus être considérée comme la règle. Refuser de sanctionner ou de poursuivre tous ces violateurs est une remise en question du genre humain. Comment comprendre qu'un groupe d'hommes se permette d'ôter la vie à leurs semblables, se livrer à des actes d'anthropophagie, de cannibalisme et autres crimes, vivent en toute quiétude ?
Nous pensons qu'une mission d'enquête neutre devra mener des investigations en Ituri pour déterminer des responsabilités. Une façon de décourager tous les violateurs potentiels.
4.4. Cohabitation pacifique entre congolais en Ituri
Il est vrai que les plaies causées par les guerres fratricides en Ituri sont énormes. Mais il n'est pas impossible de le cicatriser. Ce travail nécessite la conjugaison des efforts de tous les congolais ainsi que de la communauté internationale.
Le gouvernement doit inciter la population à une cohabitation pacifique en favorisant la création d'un cadre d'échanges et en s'appuyant sur des mesures qui stimulent à la cohabitation pacifique entre le peuple.
La société civile congolaise doit à cet effet favoriser cette cohabitation en amenant la population à privilégier la résolution pacifique des conflits. C'est pourquoi, les actions de sensibilisation sur la résolution pacifique des conflits doivent être menées en profondeur.
La communauté internationale a la lourde responsabilité d'accompagner la société congolaise dans ses efforts de cohabitation pacifique. Elle doit donc fournir un appui logistique et humain pour la résolution du conflit congolais, notamment iturien. Elle doit également inciter les congolais à vivre en harmonie. Pour cela, la communauté internationale doit s'investir dans la lutte contre l'impunité en vue de rétablir un climat de confiance non seulement entre congolais mais également avec les pays voisins.
CONCLUSION ET SUGGESTIONS
Chaque jour qui passe, l'Ituri est en proie à des accrochages fratricides et enterre ses morts. Le nombre de veufs, orphelins, handicapés, mal nourris et sans abri se compte en milliers depuis l'enlisement de cette région dans la spirale de la violence.
Toutes les tentatives de rapprochement et d'appel à la retenue menées au niveau sous-régional et international n'ont pas jusque-là produit le résultat escompté. N'écoutant que la voix de leur propre conscience, ni la mort, ni la misère, ni les souffrances de leurs compatriotes ne réussissent à freiner l'élan belliqueux des leaders Lendu et Hema.
Cette violence aux enjeux multiples a contraint à plus d'investissement dans l'armement alors qu'une misère indescriptible et innommable s'installe dans la région. La population pour laquelle les leaders prétendent se battre ne comprend plus rien au regard de l'effusion de sang et de l'état avancé de ruine dans lequel leur district est plongé.
Les Ituriens auront à regretter les nombreuses plaies à panser, difficiles à se cicatriser en un temps record.
Contrairement aux siècles précédents où des humains se sont livrés impunément aux massacres de leurs semblables, l'actuel bénéficie des atouts considérables pouvant inquiéter quiconque se livrerait à des actes barbares : La cour Pénale Internationale et la compétence universelle déjà d'application dans certaines juridictions en Europe.
L'espoir de la normalisation de la situation en Ituri dépend largement de l'implication de la Communauté Internationale dans la mesure où les initiatives amorcées dans la sous-région ne semblent pas aboutir.
Au regard de ce qui précède, le Groupe LOTUS lance les suggestions suivantes :
- de cesser les hostilités et de se rendre à la table de négociations pour trouver des solutions politiques aux différends qui les opposent.
- de se déployer sur le terrain diplomatique pour l'obtention de l'adhésion d'un grand nombre de pays à la démarche de pacification de l'Ituri. La paix étant un processus qui implique une synergie, le concours de divers partenaires s'avère indispensable.
- de voler au secours des Ituriens en détresse
- de documenter les événements et de produire des rapports objectifs et vérifiés sur la situation réelle de l'Ituri.
- d'être attentivement branchée au développement de la situation de l'Ituri
- de procéder à l'envoi d'une force multinationale avec un mandat précis de désarmer les milices et les autres groupes armés
- de dépolitiser la cité de Bunia en confiant provisoirement les fonctions de souveraineté aux technocrates.
Juin 2003