Lettre ouverte d'un missionnaire: Assez avec l'hypocrisie!


MISNA
18.04.01


Chers amis de l'agence MISNA, je suis un missionnaire ayant oeuvré en ex-Zaïre pendant 36 ans, contraint à rentrer en Italie il y a deux mois pour raisons de santé. J'ai lu sur votre site Internet la dépêche concernant les conclusions de la Commission instituée l'an passé par l'Onu pour vérifier en quelles quantités et de quelle manière les contingents étrangers présents en ex-Zaïre s'appropriaient les richesses du sous-sol congolais. D'après les cinq experts onusiens, il faut imposer un embargo pour empêcher que le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda ne pillent les ressources naturelles congolaises. Cette mesure devrait rester en vigueur tant que le rôle de chacune de ces trois nations dans la contrebande de matières premières congolaises ne sera pas élucidé. Je partage le jugement et l'analyse de ces messieurs de "A" à "Z": ayant vécu depuis le 02 août 1998 (date du déclenchement de la guerre) dans des zones contrôlées par le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (Rcd), j'ai vu de mes propres yeux le pillage perpétré par les armée étrangères, en particulier les armées rwandaises et ougandaises. D'autre part, tout le monde sait que l'ex-Zaïre attire. Cobalt, coltan, diamants, niobium, or, cuivre...sont quelques unes des matières premières qui conditionnent la scène politique congolaise depuis toujours. Voilà pourquoi je ne comprends pas du tout ce qu'a déclaré le responsable de la Commission, M. Safiatou Ba-N'daw: "Nous sommes vraiment surpris de ce que nous avons découvert - a-t-il dit aux journalistes - non seulement au regard de l'importance de l'exploitation mais également au regard de la rapidité avec laquelle elle est exécutée". Mais où vit donc ce monsieur? Cela fait des années que la société civile congolaise dénonce à pleine voix le vol commis par les prétendus "libérateurs"; cela fait des années que des revues dignes de foi telles que "Missione Oggi", "Mondo e Missione" et "Nigrizia" écrivent au sujet de ces trafics louches. Il aurait suffi que M. Safiatou Ba-N'daw demande des renseignements aux diplomates qui prennent place à la table du Conseil de Sécurité de l'Onu. Je me réfère aux fameux "représentants permanents": américains, français, anglais...eux, ils savent tout, étant donné qu'ils sont impliqués d'une façon ou d'une autre dans la crise qui trouble l'ex-Zaïre et la région des Grands Lacs en général. S'il vous plaît, finissons-en avec cette farce! Sans aucun doute, le régime du défunt président Laurent Désiré Kabila, soutenu par le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie a fait sa part de dégâts. Mais cessons de perdre du temps. Au Congo, il y a des gens qui meurent, des gens qui sont exploités, des gens qui demandent de la solidarité, mais la vraie solidarité! Assez avec les dossiers, les rapports, les discours. Il est temps de passer des paroles aux actions. Pardonnez ce langage piquant, mais quand c'est trop, c'est trop! Je vous en prie, ne publiez pas mon nom, je ne veux pas de publicité. Merci. (Signature). (CO)