Lettres de la famille du Président Habyarimana et de la veuve du Président Ntaryamira au Secrétaire Géneral des Nations Unies



Paris, le 16 Août 1999

A Son Excellence Monsieur KOFFI ANAN
Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies
Siège de l'ONU
New York, NY 10017
USA

Monsieur le Secrétaire Général,

Me référant à la correspondance que j'ai adressée en août 1994 à votre prédécesseur, Monsieur BOUTROS BOUTROS GHALI, j'ai l'honneur de m'adresser également auprès de votre haute autorité pour vous féliciter pour la très encourageante décision que vous avez prise de mettre sur pied une Commission Spéciale chargée d'élucider le rôle qu'aurait joué l'Institution dont le secrétariat général vous est confié dans le drame rwandais. Par la présente, je voudrais vous demander de bien vouloir donner mandat à ladite Commission d'apporter un éclairage, ou mieux, de faire une enquête sur les auteurs de l'assassinat de mon mari survenu, à Kigali, en date du 06 avril 1994.

Monsieur le Secrétaire Général,

Mon mari, Feu Président HABYARIMANA Juvénal, a été assassiné en fonction de Chef de l'Etat alors qu'il revenait de Dar-Es-Salaam d'un Sommet des Chefs d'Etat de la sous-région. En tant que son épouse, mon amertume et tristesse de constater qu'aucune des instances et institutions concernées par le drame rwandais ne se penche sérieusement sur le dépistage des auteurs du crime sont indescriptibles. Par contre, je constate que les auteurs du crime et/ou leurs acolytes vont de Commission en Commission, pour lancer de nombreuses pistes afin que la réalité ne soit dévoilée à jamais. Ceci pour dire que les assassins de mon mari ont jusqu'à présent un pouvoir très important, en tout cas suffisant pour annuler toutes les chances de réconciliation du peuple rwandais.

Pourtant, de l'avis de nombreux chercheurs et autres analystes, sincères ou machiavéliques, protagonistes ou non, c'est l'assassinat de mon mari qui a constitué l'étincelle des massacres perpétrés au Rwanda dès avril 1994. Si aucune enquête sur l'ignoble attentat à l'origine du drame rwandais n'est commandée par une institution aussi neutre que la vôtre, toutes les autres solutions de recherche de la paix dans notre pays seront dépouillées de toute sincérité. Or, vous savez certainement mieux que moi que si même les indices du crime connus jusqu'à présent sont suffisants pour déterminer les auteurs du crime, il y a un refus quasi unanime de mener l'enquête.

L'expression me manque pour vous dire que vous êtes, en tant que Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies, le dernier recours pour moi, épouse d'un Chef d'Etat assassiné pendant qu'il tentait toutes les voies pouvant ramener la paix dans son pays et réconcilier le peuple rwandais dans toutes ses composantes. J'estime que mon droit de connaître qui sont les vrais assassins de mon mari est indiscutable. Mon vœu très vif est que vous puissiez confier cette enquête à la Commission susmentionnée.

Dans l'espoir d'une réaction positive à ma lettre, je vous prie d'agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'expression de mes salutations très distinguées.

Mme Habyarimana Agathe


Paris, le 16 Août 1999

A Son Excellence Monsieur KOFFI ANAN
Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies
Siège de l'ONU
New York, NY 10017
USA

Monsieur le Secrétaire Général,

Nous venons d'apprendre avec satisfaction que vous avez nommé une Commission chargée de mener des investigations sur le rôle qu'aurait joué l'Organisation des Nations Unies dans le drame rwandais. Nous souhaiterions que tous les contours dudit drame, y compris ce qui est souvent considéré comme son élément détonateur, en l'occurrence l'attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie à notre père, soient ciblés.

Monsieur le Secrétaire Général,

Nous nourrissons le ferme espoir que la Commission de Haut Niveau que vous avez daigné former pourra dévoiler les résultats de leurs investigations et le geste sera hautement apprécié par tout le peuple rwandais, par les nombreuses autres autorités ou institutions suivant de près la situation catastrophique de la région des Grands Lacs ainsi que par notre famille.

En effet, depuis le déclenchement par le Front Patriotique Rwandais (F.P.R) de son attaque criminelle, devenue très rapidement la guerre d'octobre 1990, et singulièrement à la suite de l'assassinat du Président Habyarimana, le 6 avril 1994, une violente campagne de dénigrement, de mensonges et de calomnie a été savamment orchestrée dans les médias par le F.P.R, ses sponsors et ses activistes dans le but de ternir l'image de notre père et de notre famille. S'agissant plus particulièrement du Président Habyarimana, le régime F.P.R s'est acharné à contester et à détruire tout son œuvre à la tête du Rwanda et, comble de cynisme, fait tout pour lui imputer les conséquences dramatiques de son assassinat.

Les tombeurs de notre papa n'ont pas limité leur acharnement au seul Président et à son entourage familial et politique comme ils l'avaient astucieusement présenté au début de leurs attaques. Progressivement et méthodiquement, ils se sont attaqués à toutes les personnalités, vivantes ou décédées, qui ont joué un certain rôle dans l'avènement de la République et / ou la consolidation de ses acquis.

En vous adressant la présente, nous pensons par exemple au Tribunal Pénal International pour le Rwanda, siégeant à Arusha dont le travail serait amplement facilité si les juges disposaient d'éléments probants sur le ou les responsables de l'attentat du 6 avril 1994.

Tout laisse voir, et d'aucuns en ont la conviction, que les assassins de notre père sont les mêmes que ceux qui ont planifié tous les massacres de grande envergure qui se sont déroulés d'avril à juillet 94 tant dans ce qui était la zone gouvernementale que dans la zone qui était contrôlée par le FPR.

Notre très vif souhait est que nous sachions qui a tué notre père. L'assassin fait tout pour brouiller les pistes et parfois il présente la famille du défunt comme l'auteur ou complice. Pourtant, malgré les nombreuses manipulations qui se font jour lorsqu'il s'agit d'identifier l'auteur de l'attentat du 6 avril 1994, d'innombrables informations irréfutables ainsi que quelques événements importants qui se sont déroulés avant et après l'attentat permettent de constater un enchaînement logique et de déterminer le rôle de chaque acteur.

Les enfants du Président Habyarimana sommes alors victime de cette situation, que ce soit au niveau de nos relations personnelles, que ce soit au niveau des conditions administratives de séjour dans les pays où nous nous sommes réfugiés, sans parler de l'avenir qui devient de plus en plus incertain à cause de l'absence de l'éclairage sur les auteurs de l'assassinat de notre père.

Ainsi, et c'est l'objet de notre lettre, si ce n'est déjà fait, le mandat confié à la Commission susmentionnée pourrait être élargi aux investigations sur l'assassinat de notre père.

En espérant que notre voix sera entendue, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'expression de notre profond respect.

NTILIVAMUNDA Jeanne
HABYARIMANA Jean-Claude
HABYARIMANA Marie-Rose
HABYARIMANA Léon
HABYARIMANA Bernard
HABYARIMANA Jean-Luc
HABYARIMANA Marie-Merci


Bruxelles, le 12 Août 1999

A Son Excellence Monsieur KOFI ANAN
Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies
Siège de l'ONU
New York, NY 10017
USA

Monsieur le Secrétaire Général,

Je me permets de m'adresser auprès de votre haute autorité pour vous soumettre, vous en tant qu'autorité jouissant de la plus grande audience internationale et ayant des capacités d'action transcontinentales, une requête qui me tient à coeur, celle de l'enquête sur l'assassinat de mon mari, Feu Cyprien NTARYAMIRA, Président de la République du Burundi.

Mon mari a été assassiné dans l'attentat du 6 Avril 1994 qui a coûté la vie en même temps au Président de la République Rwandaise, Feu Juvenal HABYARIMANA et à deux Ministres Burundais, Feu Bernard CIZA et Feu Cyriaque SIMBIZI.

Plus de cinq ans viennent de s'écouler et notre famille n'a aucune connaissance sur l'épouvantable événement malgré nos nombreuses et lancinantes démarches pour que les auteurs de l'attentat soient connus.

Monsieur le Secrétaire Général,

C'est après la marche forcée vers un régime démocratique éphémère que le Président NDADAYE, assassiné par la suite par l'armée monoethnique de mon pays, et ensuite mon mari, étaient arrivés au commandement suprême du Burundi dès le mois de Juin 1993.

En Octobre 1993, le Président NDADAYE était atrocement assassiné tandis que son successeur, mon mari, était tué moins de six mois après.

Aucune autorité n'a daigné attacher une importance sur ce dernier assassinat survenu lors de l'attentat contre l'avion présidentiel du Président de la République Rwandaise.

A mon humble avis, ce n'est pas au Gouvernement Burundais qui s'identifie concrètement à l'armée monoethnique nationale qu'il reviendrait la tâche de faire l'enquête sur l'assassinat du Président Ntaryamira.

Face à l'absence totale de volonté dans le chef du Gouvernement Burundais de dépister les auteurs, l'Organisation des Nations Unies, qui fournit des efforts pour le retour de la paix dans la région des Grands Lacs, pourrait se pencher sur cette question. Pour ce faire, la Commission récemment nommée par votre haute autorité pourrait voir ce mandat inclus dans la mission lui dévolue, ou carrément une Commission d'enquête sur l'attentat du 6 Avril 1994 serait créée.

Les bénéficiaires immédiats des résultats des investigations seraient, outre ma famille, les peuples des deux pays suffisamment meurtris et presque laissés à l'abandon par ceux qui sont pourtant capables de contribuer à frayer quelques pistes de paix.

Dans l'espoir que la présente retiendra votre attention, je vous prie d'agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'assurance de ma plus haute considération.

Mme NTARYAMIRA Sylvana