Le Nord Kivu assis sur le volcan! (au propre comme au figuré)


Groupe des Volontaires pour la Paix - G.V.P./Nord Kivu
Lyon, France
21.06.03


Au moment où le peuple congolais dans l'ensemble attendait "a passionato" la concrétisation de l'accord global et inclusif qui devait intervenir au mois de mai par l'ensemble de la classe politique congolaise pour la paix et la réunification de l'ensemble du territoire national; Les populations du Nord Kivu quant à elles, assistaient impuissantes à un déferlement exubérant des cargaisons de matériels militaires ainsi que de soldats de l'APR essentiellement constitués des ex- prisonniers des anciennes FAR remobilisées, réarmées et expédiées au Congo où ils mènent des combats atroces aux côtés des milices de la "local defense" trouvées sur place au Nord Kivu dans le dessein non seulement d'anéantir les forces de MAI MAI à WALIKALE et MASISI ; mais aussi et surtout de reconquérir la zone de LUBERO encore sous contrôle du RCD/ML de Mbusa NYAMWISI favorable au régime de Kinshasa et permettre ainsi de renforcer les rangs de l'UPC dans l'ITURI.

Depuis le mois de mars dernier, d'intenses mouvements des camions pleins de soldats rwandais traversent la frontière Gisenyi-Goma pour se diriger les uns dans les territoires de MASISI, WALIKALE, les autres vers LUBERO; la volonté du Rwanda étant de relancer la logique de la guerre à l'Est de la RDCongo, torpillant ainsi tous les efforts déployés par la classe politique et la société civile congolaises pour le retour à la paix en RDC. Ces déploiements intensifs de troupes rwandaises au Nord Kivu avec toutes les conséquences que cela comporte sur ces populations longtemps meurtries par la guerre n'interviennent que pour "achever le cadavre".

Depuis le 04 avril 2003, environ 4.635 ex-prisonniers rwandais enrôlés sont actuellement recyclés au centre militaire de MUSHAKI dans le Masisi (environs 100 kms de Goma) par le RCD. D'autres encore avaient déjà été formés pour servir de force d'appoint à l'armée du RCD/Goma. De quoi inquiéter plus d'un observateur.

a. Depuis le 04 mai 2003, des combats violents sont signalés dans le territoire de Walikale opposant les miliciens Maï-Maï (signataires de l'accord global et inclusif) à des milliers de soldats rwandais (A.P.R.), rapportent de nombreux témoins fuyant ces zones troublées vers Goma. Quelques Groupements (entités administratives subdivisant une chefferie) du Territoire de WALIKALE ont été détruits dans ces affrontements, tels que LULE, BANA-HANGI, BAFUNA-WASA, UTUNDA, la Collectivité BAKANO, KYUMBA, BIHOLO, NTOTO, et LANGIRA. Toutes les infrastructures socio-économiques (écoles, hôpitaux, églises, centres médicaux, marchés, etc.) ont été complètement détruites, notamment la grande chapelle de la 8ème Communauté des Eglises de Pentecôte en Afrique Centrale (CEPAC) à NTOTO construite en 1940 par des missionnaires suédois, aurait été saccagée. La population civile n'a trouvé de salut qu'en se retranchant dans la brousse où des conditions sanitaires sont proches de la précarité, surtout pour les enfants, les personnes âgées et autres personnes vulnérables.

b. Dans la nuit du 02 au 03 juin 2003, à KANIHI, un village situé dans la Chefferie d'OSSO en Territoire de MASISI, a été attaqué par des hommes armés en uniforme non autrement identifiés, qui ont violé de femmes et pillé une trentaine des maisons emportant avec eux: balluchons, marmites, matelas, assiettes, couvertures, bidons, etc.

Depuis le 10 juin 2003, l'A.P.R. (environs 1.500 hommes) encadre les éléments des "Local Defense" sur la frontière entre les zones administrées par le mouvement de MBUSA NYAMWISI (RCD/ML) et le RCD/Goma notamment dans les localités de: BINGI, BUNYANTENGE, ALIMBONGO, KAYNA, KANYABAYONGA (environs 80 kms de Goma).

Des sources concordantes et dignes de foi rapportent que la Cité de BUNYANTENGE, estimée à 60.000 âmes, a été pilonnée à l'arme lourde. Les "local defense autrement appelés Unités d'Autodéfense Populaire" ont été appuyées par des hélicoptères de l'A.P.R., crachant des flammes sur des maisons des civils. Toute la population s'est réfugiée dans la brousse, sans moyens de subsistance, sans abris ni soins médicaux.

Le GVP:

a. Condamne cette nouvelle invasion des troupes rwandaises ainsi que la présence de ces ex-prisonniers des anciennes FAR sur le territoire congolais mettant en péril les autres ethnies supposées naturellement, à tort ou à raison collaborer avec les MAI MAI.

b. Dénonce toute tendance à la partition du pays, à la balkanisation du Kivu, aux carnages et à l'extermination des populations civiles autochtones.

c. Demande carrément le retrait par Kigali des troupes rwandaises sur le territoire congolais.

d. Demande au RCD de regagner la table des négociations à Kinshasa pour l'intérêt de toute la nation.

Ainsi fait à Lyon, le 21 juin 2003

Pour le GVP

Patrice MULUNGULA
Coordinateur à Goma

Christophe WILONJA
Coordinateur bureau international/Lyon