Thierry Cruvellier
Diplomatie Judiciaire
Arusha, Tanzania
25.10.00
L'automne, en Europe, marque souvent le déclenchement de mouvements sociaux. Au Tribunal pour le Rwanda, basé à Arusha, c'est la courte saison des pluies, à la même époque de l'année, qui marque les mouvements de protestation de la part des détenus du Tribunal de l'Onu. Il y a deux ans, plus d'une vingtaine d'entre eux avaient en effet déclenché une grève de la faim qui devait durer deux jours. Le 24 octobre 2000, plusieurs accusés ont à nouveau, par écrit, annoncé leur intention «d'observer une grève générale de deux jours». Il y a deux ans, il s'agissait de se montrer solidaire de Jean-Paul Akayesu dans sa demande d'être défendu par l'avocat de son choix. Aujourd'hui, ces accusés veulent être solidaires, «dans son combat légitime pour un procès juste et équitable», de Jean-Bosco Barayagwiza, qui a décidé de boycotter son procès, commencé le 23 octobre, du fait qu'il considère le TPIR comme partial et inéquitable.
«Les détenus se sont clairement exprimés pour dénoncer les ingérences scandaleuses du gouvernement de Kigali dans l'affaire Ntuyahaga Bernard et dans l'affaire Jean Bosco Barayagwiza, notamment. Ils ont dénoncé les pressions du régime du FPR sur le TPIR pour la tenue des procès à Kigali et ont fustigé le rôle néfaste du représentant de son Gouvernement accrédité auprès du Tribunal Pénal International pour le Rwanda», écrivent les accusés dans leur lettre à la présidente du Tribunal. Se Référant à sept courriers qu'ils ont envoyés au cours de la dernière année, ils ajoutent que «en prenant toutes ces initiatives, les Détenus cherchaient à prévenir la situation d'impasse dans laquelle les pressions du Gouvernement de Kigali sur le TPIR et sa collusion avec le Bureau du Procureur viennent d'entraîner le TPIR dans l'affaire Jean Bosco Barayagwiza».
Tension accrue dans le procès des médias Cette «grève générale» devait intervenir le 26 et le 27 octobre. Le nombre et l'identité des accusés soutenant ce mouvement n'étaient pas encore connus, mais ces pétitions représentent généralement une majorité des détenus. La diffusion de cette information est intervenue peu de temps après que le conflit entre Jean-Bosco Barayagwiza et le Tribunal chargé de le juger se soit un peu plus envenimé dans le prétoire, ce 25 octobre après-midi. Depuis le 23 octobre, Jean-Bosco Barayagwiza est absent de son procès et il a donné instruction à ses avocats de ne pas être présents non plus. Mais le 25 octobre, la chambre de première instance a décidé que, afin de s'assurer que les droits de l'accusé continuent d'être respectés et son assistance juridique assurée, les avocats de Jean-Bosco Barayagwiza devront rester à l'audience. Me Marchessault, son conseil principal, a aussitôt déclaré que son client avait «réfléchi trop longtemps» à sa décision et que, en l'absence d'une «décision claire» de la Cour, elle devrait déposer une requête visant à demander le retrait de son mandat. Manifestement irritée par la situation de blocage qui perce à l'horizon, ou du moins à la détérioration prévisible des conditions de déroulement du «procès des médias», la présidente Pillay a imposé aux avocats de faire cette requête par écrit.