La Tanzanie aurait repoussé une attaque armée mineure en provenance du Burundi


Great Lakes Press
Nairobi
18.09.99


La tension est montée d'un cran la semaine dernière suite à une attaque armée conduite par des éléments armés en provenance du Burundi à frontière burundo-tanzanienne, non loin des camps de réfugiés burundais. L'attaque aurait fait une dizaine de victimes civils du côté tanzanien et aurait été rapidement repoussée par des unités de l'armée tanzanienne.

Aucune précision n'a été donnée quant à la date exacte de cet incident que les autorités tanzaniennes ont tenu à gérer dans le plus grand secret, mais les témoins assurent que c'est entre le 7 et le 10 septembre, quelques jours avant l'ouverture d'une autre session de négociations de paix sur le Burundi, qui a débuté à Arusha le 13 septembre dernier.

Dans les milieux des réfugiés burundais en Tanzanie, on assure que l'attaque visait les camps Muyovozi et Mtabila, situés à une trentaine de miles seulement de la frontière burundo-tanzanienne.

Ce sont pratiquement les seuls camps où on trouve des intellectuels et d'anciens universitaires hutus, qui ont fui le Burundi lors des opérations d'épuration ethnique par les milices tutsi armées et commanditées par les milieux putschistes tutsi, après le coup d'État et l'assassinat du président Hutu Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993.

L'armée burundaise est, tout comme au Rwanda, dominée par la minorité Tutsi, dans ces pays où les trois ethnies, Hutu, Tutsi et Twa, représentent respectivement 85%, 14% et 1% de la population.

Les réfugiés burundais interrogés par GLP attribuent cette attaque au groupe rebelle CNDD-FDD, dirigé par le colonel Jean-Bosco Ndayikengurukiye, qu'ils accusent de collaborer avec le régime putschiste du major Pierre Buyoya.

À l'issue des travaux en commissions le mois de juillet dernier, le facilitateur Julius Nyerere a clôturé la session des négociations en se disant "très déçu du bilan des travaux en commissions" et a mis en cause le gouvernement burundais, qu'il a accusé dans des termes à peine voilés, de vouloir délibérément sabotter le processus de paix.

Depuis la suspension des sanctions économiques contre le régime putschiste de Bujumbura en janvier 1999, le gouvernement burundais a conçu un autre crédo politique dans lequel il apparaît en même temps comme porte-parole et concepteur des arguments avancés par le chef-rebelle Jean-Bosco Ndayikengurukiye pour ce faire inviter à Arusha. Ce dernier menace depuis toujours de faire échouer le processus de paix si ses revendications ne sont pas prises en compte.

Accusé de "collaboration avec l'ennemi" dans certains cercles burundais, le très controversé colonel Ndayikengurukiye réclamme les négociations directes entre son mouvement et l'armée burundaise, ainsi que le rapatriement des négociations au Burundi pour faire participer toutes les couches de la population.

Le colonel Ndayikengurukiye s'est hissé à la tête de ce mouvement par un coup de force contre M. Léonard Nyangoma. Le CNDD s'est alors scindé en deux branches, confusion oblige, le CNDD et le CNDD-FDD. Il affirme être le seul maître à la tête du Conseil National pour la Défense de la Démocratie (CNDD) et sa branche armée, les Forces de Défense de la Démocratie (FDD).

Les analystes de la crise burundaise n'arrivent toujours pas à comprendre pourquoi le Colonel Ndayikengurukiye a choisi de faire ce coup de force au moment le plus critique de la crise burundaise, c'est-à-dire juste à la veille des négociations de paix sur le Burundi, qui ont débuté à Arusha dans le Nord de la Tanzanie le 15 juin 1998.

Dans une interview réalisée à Nairobi par l'hebdomadaire kényan The East African dans la semaine du 23 février au 1er mars 1998, le Ministre des Affaires étrangères d'alors, Luc Rukingama, avait fait allusion au remplacement de Nyangoma par un autre "acteur", qu'il n'avait pas identifié à l'époque.

"Nyangoma will not be forver identified with the CNDD. Other players are bound to come into the picture", avait-il déclaré à The East African. C'est peut-être là que se trouve la clé de l'énigme.

Simple coincidence ou ironie du sort, son "grand-frère", Augustin Nzojibwami, avait tenté au mois de mars dernier un autre coup de forces visant à renverser le président du FRODEBU, Dr. Jean Minani, qui vit en exil en Tanzanie depuis le coup d'État qui a porté le Major Pierre Buyoya au pouvoir le 25 juillet 1996.