Bernat Vicens i Vich, porte-parole
Comité pour le Prix Nobel de la Paix de l'année 2000 pour Juan Carrero Saralegui
Majorque (Espagne)
10.07.00
Le but de ce document est dŽexposer au Comité Nobel comment les événements récents et les révélations de cette dernière année, depuis que la campagne en faveur de la candidature de Juan Carrero Saralegui en avril 1999 a été amorcée, sont venus confirmer pleinement:
1. La gravité de la tragédie dont souffrent les peuples de lŽAfrique des Grands Lacs. Gravité qui est due autant à lŽampleur de la tragédie quŽau fait dŽêtre toujours active sans que lŽon puisse entrevoir un terme à courte échéance.
2. La véracité et la lucidité des analyses du candidat, auprès dŽautres amis et collaborateurs, sur ce grand conflit et sur ses dernières causes.
3. La validité exceptionnelle de ses propositions pour arrêter cette tragédie qui ne cesse pas, en obligeant le commencement de nouvelles dynamiques qui, dans un futur immédiat, puissent corriger lŽexclusion de la grande majorité de cette région dans la prise et lŽexécution de décisions.
Le premier octobre 1990, le FPR
1 (Front Patriotique Rwandais), avec un appui important dŽOuganda, de Grande-Bretagne et des États-Unis, a commencé une terrible reconquête à sang et à feu du Rwanda. CŽest ainsi quŽa commencé la plus grande déstabilisation sans précédent en Afrique (tout au moins au cours de notre siècle), dont le terme ne sŽentrevoit pas encore à lŽhorizon. Le FPR arrivait au pouvoir au Rwanda en 1994 après quatre ans de guerre.Au moins 3.000.000 de rwandais, en grande majorité hutu, ont été assassinés depuis 1990. Et ceci sans faire référence au Burundi, où les chiffres, bien que remarquablement moindres, sont aussi importants. Là-bas aussi, des extrémistes tutsi ont commencé leur assaut au pouvoir en octobre 1993 avec lŽassassinat du président hutu Ndadaye et ils lŽont culminé le 25 juillet 1996. Le nombre exact des victimes est impossible à déterminer puisque les deux régimes génocides, qui contrôlent les deux pays avec une volonté de fer, ont empêché systématiquement jusquŽà présent la confection de nŽimporte quel recensement de la population.
Par la suite, les armées mono ethniques tutsi des deux pays, ensemble avec celle de lŽOuganda, ont envahi lŽancien Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo). DŽabord, en octobre 1996 et, pour la deuxième fois, en août 1998. Après cette deuxième agression, sept pays au moins se sont déjà affrontés dans le plus international des conflits belliqueux jamais vu sur ce continent.
Actuellement, la RD du Congo essaie toujours de se defender de ses agresseurs. Des centaines de milliers de civiles ont déjà perdu la vie à cause de la violence ou pour des causes dérivées directement de celle-ci. La congressiste démocrate Cynthia Mckinney, dans une deuxième et récente lettre adressée au président lui-même, Bill Clinton (nous nous référons à la première plus loin), parle de 1.700.000 victimes mortelles comme résultat de deux ans de conflit, selon des donnés de lŽorganisation humanitaire américaine "International Rescue Comité" (IRC). Ceci sans compter les 500.000 réfugiés rwandais "disparus" dans ce pays depuis les attaques aux camps de réfugiés de lŽONU en octobre 1996.
Pendant ce temps, au Rwanda et au Burundi la paix des cimetières et des camps de concentration règne. Les récentes plaintes de Monseigneur Ntamwana, archevêque de Gitega et Président de la Conférence Épiscopale de Burundi, sur les camps de regroupement de la population hutu, quŽil appelle les camps de la mort, sont bien éloquentes. Celles de Nelson Mandela sur les conditions épouvantables des prisons le sont aussi.
Monseigneur Ntamwana, à la lumière des ses déclarations, et aussi dŽautres récentes dans lesquelles il dénonce lŽingérence importante et néfaste des Etats-Unis dans la région, et dans bien dŽautres, semble avoir pris la décision de parler de plus en plus clairement, malgré le risque énorme que cela suppose non plus pour lui mais pour les personnes de son environnement.
À son tour, le grand et intègre leader sud-africain, probablement obligé par son rôle de médiateur au Burundi et la prise de contact directe consécutive avec la réalité de cette région, commence, à ce quŽil semble, à connaître par expérience propre qui sont et comment agissent ces extrémistes tutsi au pouvoir. Après sa visite dans les prisons Mandela a manifesté: "Je suis impressionné. Je me suis demandé et je me demande toujours si au Burundi il y a encore des gens qui croient en Dieu...Nulle part ailleurs dans le monde jŽai vu des prisonniers dans des conditions aussi inhumaines...Je nŽai jamais été aussi honteux..." Finalement il a demandé la libération de tous les prisonniers politiques. Ces déclarations sŽajoutent à celles quŽil a faites au mois de février dernier: "Tant quŽune minorité de 15% pourra continuer de monopoliser le pouvoir politique, économique et militaire...on ne pourra obtenir ni la paix ni la stabilité". Le mensonge et la duperie, qui ont triomphé durant ces dernières années, sont de plus en plus évidents.
Au cours de cette dernière année, dans la RD du Congo, Monseigneur Kataliko, successeur dans le diocèse de Bukavu de lŽévêque Munzihirwa assassiné, sŽest converti aussi en grand symbole de la résistance non-violente de tout le peuple congolais, en particulier à partir de Noël dernier. La clarté et lŽénergie de ses plaintes quant à la spoliation et à la violence dont souffre son pays de la part de "pouvoirs étrangers, avec la collaboration de quelques frères congolais" lui ont valu une détention le 12 février jusquŽà aujourdŽhui. Voilà pourquoi dernièrement, notre candidat lui-même insiste sur le fait quŽil aimerait partager sa candidature, si cela était encore possible avec Monseigneur Kataliko et Monseigneur Ntamwana. LŽun et lŽautre sont déjà en train de réaliser le dénonciation des dernières causes de ce conflit, plainte qui est centrale dans notre candidature.
Précisément le 16 juin dernier de ce mois, lŽONU, après des années de passivité lamentable (bloquée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne), vient dŽapprouver une résolution, la 1304, qui ordonne le retrait des troupes étrangères dŽagression du territoire souverain de la RD du Congo.
Dommage que lŽon nŽait condamné avec énergie une telle agression durant tant de mois. Dommage que la sentence actuelle ait été possible seulement parce que le Rwanda et l'Ouganda, les alliés des Etats-Unis et la Grande-Bretagne sŽaffrontent entre eux, ce qui est néfaste pour ses intérêts. CŽest navrant que tant de mort et de destruction passée soit maintenant irréparable. Dommage que, entre-temps, ces agresseurs continuent de semer la désolation et la mort, voire même avec les bombardements dŽune grande ville comme Kisangani. Dommage quŽil existe un abîme trop profond entre les sentences écrites sur papier et la volonté authentique dŽintervenir pour arrêter la folie génocide de Kagame
2 et Museveni3, qui ont des appuis trop importants au sein même de lŽONU.Déjà du premier octobre 1990 au 6 avril 1994 des dizaines de milliers de rwandais ont été assassinés, fondamentalement par le FPR, dans les territoires du nord-est quŽil dévastait. La panique ressentie envers ces anciens Inkotanyis
4 a produit une avalanche dŽun million de réfugiés hutu. La gravité de ces faits nŽa pas été diffusée, comme par la suite le serait massivement celle des faits dŽavril à juin 94. Mais des organisations aussi fiables que OXFAM les avaient déjà dénoncés alors. Il est important de rappeler tout cela avant de nous référer aux grands massacres, postérieurs à ce fatidique 6 avril, commis principalement bien que non exclusivement par des extrémistes hutu5 et si amplement diffusés par les grands moyens de communication."CŽest dans un climat de tension et de polarisation extrêmes, après lŽassassinat de leaders politiques de premier rang et avec les partis politiques absolument divisés, que lŽavion qui conduisait les présidents du Rwanda et du Burundi, avec des membres importants de leurs gouvernements, sera abattu le 06.04.94. Tous les analystes coïncident en disant que cet assassinat a été lŽétincelle qui a mis le feu au Rwanda. René Degni Segui lui- même, rapporteur spécial de lŽONU chargé de la recherche sur les massacres de 1994, le dit: "La mort du président Habyarimana sera lŽétincelle qui mettra le feu aux poudres en déclenchant de cette façon les massacres de civiles."
6Comme nous le verrons dans le paragraphe suivant, la thèse maintenue par le candidat en ce qui concerne la responsabilité du FPR dans lŽassassinat des deux présidents commence finalement à être évidente, durant ces dernières années. De là vient le fait quŽil faille ajouter de nouvelles et très graves accusations envers le FPR lui-même et ses alliés internationaux qui, en octobre 1990, ont déclenché une si grande tragédie.
Étant donné lŽidiosyncrasie cruelle et sans scrupules de ces gens qui font étalage aujourdŽhui du contrôle militaire de la région et, au minimum, lŽinconscience pyromane de leurs alliés diplomates et économiques (des Etats-Unis dŽAmérique du Nord et britanniques fondamentalement), le futur de cette région se présente aussi désolant que son passé récent. Il nŽexiste probablement pas à lŽheure actuelle sur notre planète de tragédie comme celle-là. Le fait de continuer à vivre comme si rien de tout cela ne sŽétait passé, parce que nos sociétés aisées du Nord nŽen souffrent pas dans leur propre chair, révèle un énorme degré dŽinconscience. La même inconscience que celle de ceux qui ont cohabité avec la réalité des camps dŽextermination nazis comme si cela ne les touchait pas. Combien dŽautres millions dŽêtres humains devront encore perdre la vie dans cette région avant que nos sociétés «avancées» et «informées» soient capables de reconnaître lŽampleur de cette hécatombe qui hypothèquera les générations futures?
Les mois qui passent ont confirmé à plusieurs reprises, chaque fois avec une évidence plus grande, lŽexactitude des analyses que le candidat a fait pendant les dernières années, avec dŽautres compagnons tant de sa propre organisation que dŽautres organisations proches (tout spécialement celles qui sont formées par des rwandais et dŽautres africains) sur ce grand conflit et ses causes extrêmes. Celui qui relira les articles que le candidat a publiés durant ces quatre dernières années, les deux lettres quŽil a adressées au président Clinton et bien dŽautres de ses documents à la lumière de ces derniers événements, pourra constater jusquŽà quel point il a systématiquement ses appréciations sont justes.
La plus grande évidence vient des faits eux-mêmes. Des «experts» radicalement en faveur des Tutsi du FPR, qui au cours de ces dernières années ont causé tant de confusion et tant de mal à la vérité et à la justice, comme cŽest le cas de Colette Braekman elle-même, commencent enfin à reconnaître que ces leaders Hima-Tutsi ne sont que des hommes de la guerre, des envahisseurs et des violateurs de frontières, de cyniques spoliateurs qui ont perdu tout crédit devant la communauté internationale, commencent à reconnaître que parler de négociations ou de dialogue inter congolais nŽest quŽune grande farce.
Des faits comme lŽimpitoyable génocide de 500.000 réfugiés hutu au Zaïre ou lŽinsolente deuxième invasion exécutée par les armées de Museveni, Kagame et Buyoya
7 jusquŽau plus profond de la RD du Congo, là où se trouvent les gisements miniers les plus importants de cet énorme pays; des faits comme les affrontements actuels entre ougandais et rwandais, provoqués par leur cupidité démesurée, qui sont en train de produire des milliers de victimes congolaises innocentes; de tels faits sont en train de mettre définitivement en évidence que les «nobles» causes invoquées pour envahir et assassiner nŽont été que de grands mensonges:- le retour des réfugiés tutsi et de la démocratie au Rwanda en 1990;
- la sécurité de Rwanda face aux génocides interahamwe qui, cachés entre les réfugiés de lŽest du Zaïre, pourraient provoquer un nouveau génocide;
- les droits des tutsi bayamulengues
8 violés; etc.nŽont été que les grands alibis pour atteindre par la violence le contrôle absolu dŽabord au Rwanda, en anéantissant les processus démocratiques déjà commencés par le gouvernement affaibli de Habyarimana et, après, spolier les extraordinaires ressources minières du Kivu zaïrois
9. Et celles de tout le Zaïre, plus tard, quand les envahisseurs et leurs grands protecteurs ont constaté la passivité de la communauté internationale face à cet événement si honteux.De la même manière est mise de plus en plus en évidence:
- lŽextrême responsabilité dŽimportantes transnationales minières dans la gestation et le développement de ce conflit;
- le grand appui logistique, diplomatique, militaire et économique à ces groupes de pression hima-tutsi extrémistes de la part de quelques puissances occidentales, dirigées par les Etats-Unis;
- lŽimportante manipulation des organismes internationaux (comme lŽONU elle-même), de lŽinformation internationale, voire même des ONGs elles-mêmes et des grands principes relatifs aux Droits de lŽhomme, de la part de ces puissances et transnationales.
De nombreux et de précieux documents qui se rangent dans le sens de cette analyse même des faits ont été publiés au cours de cette année (se référer au paragraphe Bibliographie à la fin du document). La lettre que la congressiste démocrate Cynthia McKinney a adressée à son propre président Bill Clinton le 31.08.99 est spécialement significative par le seul fait dŽoù elle provient, parce quŽelle résume la position dŽun nombre de plus en plus grand dŽobservateurs et pour signaler les responsabilités des États-Unis dans ce conflit. Sur les graves responsabilités dŽimportants secteurs de lŽadministration de lŽAmérique du Nord on peut aussi trouver beaucoup dŽinformation dans la section lŽimplication des Etats-Unis du livre «La guerre des Grands Lacs» que Filip Reyntjens a publié en 1999. Ce travail de recherche complète ceux qui sont déjà faits par dŽautres spécialistes comme Remigius Kintu ou Londende Lokenge (pseudonyme pour des motifs de sécurité). Sur les intérêts miniers qui sont à lŽorigine de toute la souffrance, de la mort et de la destruction provoquée là-bas tout au long de cette décade épouvantable, il faut lire le travail de recherche 'LŽenjeu geopolítique des sociétés minières internationales en R.D. du Congo (ex Zaïre)' publié aussi au cours de ces derniers mois, par lŽingénieur civil des mines Pierre Baracyetse.
La congressiste McKinney, membre du Comité des Relations Internationalles et du Comité de sécurité National, avec laquelle le candidat maintient dernièrement un échange dŽopinions fréquent, terminait de cette façon sa lettre au président Nord américain.
«Je viens juste de rentrer de la RD du Congo, où je me suis réunie avec de nombreuses personnes de toutes les classes sociales. Malheureusement, je me vois dans l'obligation de vous informer que dans la RD du Congo, comme en Afrique en général, des crimes contre l'humanité se commettent, avec apparemment l'aide et le support de votre administration.
Je tiens à vous dire que la politique des États-Unis a échoué à la RD du Congo. Et cela n'est qu'un exemple de plus de nombreux échecs au long du continent. Signalons par exemple la dualité diplomatique en Ethiopie et en Erythrée, l'indécision et l'ambivalence en Angola, l'indifférence dans la RD du Congo, la destruction de la démocratie à Sierra Leone et l'inflexibilité dans tout le continent. Le résultat est une politique africaine brouillée, désordonnée, un continent a vif et la complicité des États-Unis dans des crimes contre l'humanité.
Monsieur le Président, partout les gens murmurent sur cela, mais ils sont trop bien «élevés» pour le dire à voix haute: votre politique en Afrique n'a pas simplement aidé à surveiller ce que l'on nommait «Renaissance Africaine», mais elle a contribué à prolonger la douleur et la souffrance des peuples africains...
Je dois ajouter que votre échec dans l'intervention et l'arrêt de l'invasion illégale de la RD du Congo qu'ont menée à terme vos alliés, l'Ouganda et le Rwanda, a porté directement ces pays à commettre des crimes contre l'humanité au territoire congolais. Maintenant, vous même, vous demandez au monde qu'il ferme les yeux devant cette politique scandaleuse, alors que le monde sait que l'Ouganda comme le Rwanda ont attaqué militairement le territoire de la RD du Congo. Et cela jusqu'au fond du pays et non pas seulement sur les frontières. Les atrocités qu'endurent journellement tous les gens de cette région sont scandaleuses. C'est la conséquence de la mauvaise politique des États-Unis et de l'indifférence du leadership américain».
En plus de tous ces événements, une série de révélations transcendantales viennent confirmer les thèses maintenues par le candidat depuis longtemps. Contrairement à ce que lŽon a fait arriver massivement à lŽopinion publique, cŽest le FPR qui a commis, avec lŽaide dŽune puissance occidentale, probablement la Belgique ou les Etats-Unis, lŽattentat contre lŽavion présidentiel. Dans son travail de recherche rendu publique en juillet 1999 «Mémorandum sur lŽassassinat du président Habyarimana», Félicien Kanyamibwa a apporté une grande information à ce sujet.
Un mois plus tard, en août, lŽexceptionnel témoignage de Christophe Hakizabera, lŽun des premiers membres du FPR et lŽunique survivant des premiers membres qui ont abandonné cette organisation, apparaissait. Hakizabera témoignage :
«Le FPR a élaboré un plan macabre pour conduire le pays au chaos : la mort du président Habyarimana. On le considérait comme le plus grand obstacle pour prendre le pouvoir par la force. (...) On sait pertinemment que la décision dŽassassiner le président Habyarimana a été prise à Bobo- Dioulasso, à Burkina Faso, en mars 1994, et que le commandant Paul Kagame, leader du FPR a participé à cette réunion».
Postérieurement, le premier mars 2000, le Journal canadien National Post publiait le rapport de lŽONU, réalisé par lŽaustralien Michael Hourigan et «séquestré» comme tous les autres (Gersony, Garreton...) qui accusaient le FPR de génocide. Trois militaires Tutsi du FPR y révèlent avoir fait partie du commando qui a abattu lŽavion présidentiel (et qui a aussi assassiné, en février 1997, trois coopérants espagnols). Finalement (pour lŽheure), le 21 avril, un autre membre du FPR, Jean-Pierre Mugabe a confirmé dŽautres nombreux faits qui touchent à cet attentat et dŽautres crimes des leaders les plus importants du FPR.
Le témoignage de Hakizabera, ensemble avec bien dŽautres, impossibles à citer dans ce document réduit, met aussi en évidence le fait que le FPR ait fait en outre tout ce qui était à sa portée, avec lŽappui diplomatique des Etats-Unis, pour empêcher lŽintervention de lŽONU qui aurait pu arrêter les grands massacres de tutsi de lŽintérieur à partir du 6 avril 94.
De cette façon, non seulement il cherchait lŽobjectif dŽéviter des obstacles dans sa progression militaire jusquŽau cur de Kigali, capitale du Rwanda, mais aussi en même temps celui de convertir lŽethnie Tutsi, à laquelle ils appartiennent, en grande victime de lŽunique génocide. Ceci sŽobtiendrait moyennant le sacrifice de beaucoup de Tutsi de lŽintérieur quŽils ont considéré comme traîtres à partir du moment même où ils ont opté pour demeurer, à partir des années 60, dans un Rwanda gouverné par la majorité hutu. Ainsi que lŽélimination des deux présidents peut être considéré lŽéchec et mat ou coup définitif dans le camp militaire, de la même façon la thèse dŽun unique génocide (avec lŽethnie Tutsi comme victime et lŽethnie Hutu comme génocidaire) a été aussi une espèce dŽéchec à la dame, une espèce de coup de maître dans la bataille médiatique. Tous ces témoignages illustrent en outre bien dŽautres méthodes avec lesquelles le FPR a atteint à nŽimporte quel prix le pouvoir absolu.
Lorsque très peu de gens étaient déjà conscients de ce qui en réalité était en train de se passer, non seulement le candidat et sa fondation ont atteint le fond de la question dans leur analyse, mais aussi ont su trouver les actions de plainte non violente les plus adéquates (marches, manifestations, jeûnes, etc.) pour obtenir des appuis aussi importants que celui de 19 prix Nobel ou celui de la presque totalité du Parlement européen. Déjà en novembre 1996 dans des articles dŽopinion et devant le Parlement européen, il dénonçait lŽaccord secret entre Rwanda et les Etats-Unis pour une invasion «propre» du Zaïre. Et peu après, dans sa première lettre au président Clinton, il lui exigeait de ne plus donner son appui à ceux qui massacraient systématiquement des centaines de milliers de réfugiés sans défenses. Avec son jeûne de 42 jours lui et ses compagnons obtenaient que la presque totalité du Parlement européen et un grand nombre de prix Nobel signent cette lettre quŽElie Wiesel, un de ces derniers, sŽest engagé à remettre personnellement au président Clinton.
Dans cette lettre, pour éviter des équivoques, les graves responsabilités historiques de beaucoup de gouvernements européens dans cette tragédie séculaire, étaient reconnues en les mettant même en relief avec des majuscules. CŽest aussi pour la même raison que tandis que quelques membres de la fondation jeûnaient devant lŽambassade des Etats-Unis à Madrid, dŽautres le faisaient devant le Conseil des Ministres de lŽUnion Européenne. Ceux qui ont vécu ces événements près du candidat savent bien quŽavec un plus grand appui à leurs actions (de la part, par exemple, de quelques grandes ONGs, en particulier aux Etats-Unis) on aurait pu sauver la vie de centaines de milliers de réfugiés rwandais innocents. Cependant, finalement, les multinationales minières et lŽadministration Nord américaine, avec lŽappui européen de la Britannique, ont imposé leur logique, lŽintervention internationale humanitaire a été bloquée et la «realpolitik» a triomphé une fois de plus sur le plus élémentaire des droits, le droit à la vie... CŽest de cette façon quŽa été éliminé, avec barbarie, un énorme collectif de victimes que lŽon avait fait passer pour des bourreaux après une farce incroyable.
De la même façon quŽon aurait pu, au début de lŽannée 97, sauver les vies de centaines de milliers de réfugiés rwandais au Kivu si le candidat avait reçu des appuis plus importants que ceux quŽil a reçus, aujourdŽhui aussi nous nous trouvons dans une situation similaire. Fermement convaincus de ceci, nous avons mis en marche une campagne de plainte quant à cette grande tragédie silencieuse en profitant de la candidature au prix Nobel de la Paix. Seule la pression sociale forcera le changement de la part des dirigeants politiques internationaux, mais nos sociétés nŽexigeront jamais la fin dŽun génocide dont elles ignorent les causes économiques extrêmes et voire même son existence. De là lŽimportance du fait que la voix du candidat, qui est le cri de milliers de rwandais et dŽautres africains, soit écoutée dans le monde entier, grâce au prix Nobel de la Paix. Et ceci nŽest pas une métaphore, puisque sa candidature est appuyée par beaucoup des plus grandes organisations de rwandais de tout le monde et dŽautres africains.
La nature génocide de ces dictatures africaines est enfin une évidence, et les grands pouvoirs économiques et les secteurs de lŽadministration Nord américaine et britannique qui sont à lŽorigine de ce conflit et qui donnent, dŽune façon permanente, tout type de support à ces armées extrémistes et exclusives commencent à être aussi démasqués.
La prétention du candidat est maintenant dŽobtenir que toute cette inavouable réalité soit connue dans les milieux sociaux beaucoup plus amples que ceux constitués par des cercles de spécialistes. Il existe dans notre monde une multitude de personnes et dŽorganisations capables encore de réagir devant des injustices aussi flagrantes. Si celles-ci, en surmontant tant de confusion programmée, prenaient conscience de tout ce qui est en train de se passer réellement, cette situation se retournerait. CŽest pour cela que le Prix Nobel de la Paix serait un instrument exceptionnel.
Ces lobbies hima-tutsi sont puissants mais petits. SŽils ont réussi à arriver au pouvoir et à sŽy maintenir cŽest grâce au grand support que, au cours de cette décade, ils continuent de recevoir de lŽextérieur. Si leurs alliés internationaux étaient forcés de leur retirer leur appui, Kagame ou Buyoya ne pourraient maintenir pour plus de temps ni leur criminel apartheid ethnique, ni continuer leur silencieux mais constant génocide.
Le candidat ne prétend pas trouver des solutions qui ne peuvent être que du recours des africains eux-mêmes de cette région, ni analyser à priori dans les détails les démarches susceptibles dŽêtre suivies. Juan Carrero prétend avant tout construire un ciment solide pour la paix et la réconciliation, un ciment qui ne peut être autre que celui de la vérité et de la justice pour tous; il voudrait que la communauté internationale rende la voix et le rôle principal à ces peuples, qui ont été incriminés collectivement comme génocides pour ensuite pouvoir être impunément exclus et même massacrés; il voudrait que ces peuples puissent redevenir maîtres de leur propre destin.
Juan Carrero centre toutes ses énergies, depuis des années, dans la dénonciation de ce qui apparaît dŽune façon de plus en plus évidente comme la clé du conflit: La décision ferme prise par de puissants groupes de pression occidentaux dŽexploiter avec la plus grande sécurité et facilité possibles les ressources les plus importantes de cette région, en se désintéressant du sort de millions dŽêtres humains et en pariant pour cela pour des alliés sur le terrain extrêmement cruels et exclusifs. Les grands excès et barbaries commis durant ces dernières années par le FPR et les armées du Burundi et dŽOuganda sont, surtout, leur responsabilité. Mais ils nŽauraient pas été possibles sans le consentement et voire même lŽappui plus ou moins direct de leurs grands alliés internationaux.
Le candidat ne minimise pas des réalités en quelque sorte encourageantes, comme par exemple, celles des négociations au Burundi
10, bien au contraire il les replace dans un cadre beaucoup plus ample et plus réel: le cadre de ce grand jeu dŽintérêts et de complicités internationales qui sont en train dŽentraîner toute lŽAfrique des Grands Lacs. Les dénonciations du candidat et la pression internationale ne sont pas seulement compatibles avec la voie de la négociation au Burundi, mais au contraire, en affaiblissant la position des extrémistes tutsi au pouvoir, ils contribuent sans aucun doute au fait que ces négociations arrivent à bon terme. Mais, par malheur, le rôle du FPR a été et est encore, dans tout lŽensemble de la région, beaucoup plus déterminant que celui de Buyoya. Et face à lui il nŽy a pas de négociation possible.Comme le candidat lŽa déjà remarqué «les grands pouvoirs économiques et diplomatiques qui ont décidé dŽaccaparer le contrôle de la région sont à la fois les grands mentors des négociations au Burundi, ce sont ceux qui font en sorte quŽau Rwanda il y ait une dictature féroce et ce sont ceux aussi qui autorisent lŽinvasion de la RD du Congo. Le voleur se déguise en policier. Que pouvons-nous attendre de tout cela? Les négociations au Burundi arriveront là où ils voudront. Nous, nous pensons qu il est fondamental de dénoncer et de démasquer tout ce projet. Le médiateur lui-même Julius Nyerere, avant son décès, a manifesté sa déception quant aux négociations. Maintenant peut-être, avec la conquête et le contrôle assez avancés de lŽex Zaïre, les messieurs des grandes transnationales minières concèderont-ils une plus grande marge au nouveau médiateur Nelson Mandela et pourra-t-on céder au Burundi quelques parcelles de pouvoir à la grande majorité démocratique exclue jusquŽalors, soumise et décimée. Pour lŽheure, Ce qui semble indispensable pour ces transnationales cŽest la «collaboration» du FPR, lŽincrimination de toute lŽopposition rwandaise et la division de tous les groupes majoritairement Hutu de cette région.»
Il a mis en garde aussi sur lŽusage possible des négociations comme instrument de distraction ou de piège. CŽest ainsi quŽau Rwanda, sous lŽapparence dŽune volonté négociatrice, le FPR ne cachait, après les négociations préliminaires à 94, quŽune intention de tromper et de diviser le reste des groupes politiques, tandis quŽil atteignait par la force le pouvoir absolu. De la même façon, sans la pression internationale, les négociations à Lusaka ne seront quŽune farce au cours de laquelle les vrais pouvoirs économiques internationaux à lŽombre imposeront impunément leur volonté, pour en arriver même, sŽils le peuvent, à la division définitive de la RD du Congo et à la violation de lŽintangibilité des frontières actuelles.
Nous nous félicitons de la concession en 1999 du Nobel de la paix à la grande organisation humanitaire «Médecins Sans Frontières». Cependant les aides humanitaires urgentes et nécessaires au développement sont totalement insuffisantes. Extirper les causes profondes de ce conflit sŽavère être dŽune importance énorme et tout aussi pressante. Les simples «actes notariaux» en matière de violation des droits de lŽhomme peuvent même être une arme à double tranchant sŽils évitent systématiquement de faire référence aux motivations économiques et politiques derniéres et sŽils ne mettent pas suffisamment lŽaccent sur les graves responsabilités de ceux qui avec leur agression ont déclenché tant de désolation. Même avec des barbaries comme celles de Nagasaki et Hiroshima, lŽéquidistance entre les responsabilités des alliés et celles de ceux qui ont déclenché la deuxième guerre mondiale sera toujours injuste.
Nous croyons, pour toutes ces raisons, que la concession du prix Nobel de la Paix de lŽan 2000 à notre candidat serait complémentaire de celle qui a été concédée en 1999 à MSF. DŽautant plus en tenant compte du fait que la position de MSF face au problème des camps de réfugiés de lŽest du Zaïre nŽa pas été partagée par un grand nombre dŽautres grandes ONGs. En effet, des semaines avant les terribles attaques du Rwanda, dŽOuganda et du Burundi, MSF et certaines ONGs ont abandonné les camps, tandis que dŽautres y sont demeurées. Avec la perspective que nous avons aujourdŽhui, après le génocide dont ont souffert des centaines de milliers de ces réfugiés et après le pillage insolent des ressources de lŽex Zaïre de la part de ces armées envahissantes à plus de 1000 kilomètres de leurs frontières, nous sommes beaucoup plus conscients de toute la farce de ces moments là. En finir avec le manque de sécurité provoqué par les génocides qui se cachaient dans les camps, nŽa été quŽun alibi de plus dans ce grand projet dŽinvasion de lŽex Zaïre. La position maintenue par MSF ne reflétait, donc, quŽune partie de la complexe réalité. La non-considération de la part de la communauté internationale des autres aspects du conflit, aussi important ou plus que lŽantérieur, a fait que les agresseurs se sentent avec les mains libres pour agir à leur guise en violant toutes les grandes Conventions. Nous avons pu voir le résultat de tout ceci au cours de ces dernières années.
DŽautre part, nous croyons que la concession du prix Nobel de la Paix à un espagnol qui a autant dŽappuis significatifs dans son propre pays (en particulier de la part de congrégations de missionnaires, de missionnaires diocésains, dŽONGs et dŽinstitutions qui se sont données si généreusement depuis un demi-siècle aux peuples de ces régions africaines) serait la reconnaissance à la solidarité de toute la nation espagnole avec cette région, nation à qui personne ne peut reprocher aucune responsabilité coloniale envers elle.
Nous voulons aussi faire remarquer que quelques dénonciations importantes du candidat dépassent le conflit de lŽAfrique des Grands Lacs, ont une valeur universelle, sont des clés importantes pour le futur dŽune humanité globalisée:
- lŽusage pervers des grands principes comme les Droits de lŽHomme (DD.HH.) de la part de ceux qui tirent les ficelles de cette globalisation;
- lŽénorme importance stratégique que le cadre des DD.HH (ONU, ONGs) aura dans le futur non seulement parce quŽen son nom on est en train de justifier les plus grandes sauvageries, mais aussi parce que les grandes organisations créées pour les défendre se sont converties peu à peu, à côté des médias, en grandes créatrices dŽopinions;
- le dangereux processus de monopolisation de lŽinformation (96% des informations internationales sont engendrées seulement par 5 grandes agences);
- lŽénorme pression que cette «pensée officielle» exerce sur tous, et même sur ceux qui prétendent travailler honnêtement en faveur de la paix et de la justice, en rendant presque impossible le fait dŽaller à contre courant; etc.
Le compromis ferme du candidat, mis en évidence dans son courage pour prendre des risques dans des plaintes énergiques et bien concrètes, va de pair avec son esprit contemplatif qui est la racine de la miséricorde profonde, si centrale dans le mouvement de la non-violence.
Nous voulons, finalement, nous référer à la dotation économique qui accompagne le prix Nobel de la paix. Bien que ce ne soit pas le point le plus important, nous savons quŽelle serait extrêmement utile pour mener à bien le dernier des projets que le candidat et sa fondation ont mis en route ensemble avec dŽautres organisations proches
11 et pour lequel ils nŽont pas encore trouvé un financement suffisant: un procès judiciaire contre les gouvernements génocides de ces trois pays africains et contre tous ceux qui sont coresponsables de leurs crimes quŽils ne prescrivent pas.Si nous tenons compte, entre autres, des motifs suivants:
- non seulement il ne semble pas que le TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) puisse arriver à élargir son mandat afin de pouvoir juger tous les responsables des deux côtés, mais encore il sŽavère être de plus en plus celui des vainqueurs seulement;
- le Tribunal Pénal International futur, au cas où il serait mis en fonctionnement avec une rapidité relative, ne pourra pas être rétroactif;
- les voix multiples qui réclament une enquête indépendante de toute la globalité de ce conflit de la part des organismes internationaux ne sont pas écoutées;
- le précieux témoignage de quelques témoins des massacres innombrables du FPR cachés de façon habile et systématique, est pour lŽheure encore discernable dans la tradition orale;
Il serait dŽune grande importance dŽentamer, sans plus attendre, des procès judiciaires capables de transférer massivement à lŽopinion internationale la nature génocide de ces dictateurs. Leurs responsabilités ne se réfèrent pas à 3.000 ou à 30.000 crimes, comme cŽest le cas pour le Chili ou lŽArgentine, mais à plus de 3.000.000. Et ce qui est encore plus important, cŽest quŽil sŽagit de dictateurs encore en activité, et voilà la raison pour laquelle ce nŽest pas seulement une lutte contre lŽimpunité mais aussi pour lŽarrêt du génocide.
1. Le FPR est une organisation politique-militaire composée, fondamentalement, par les descendants de l'aristocratie tutsi la plus extremiste qui s'est exilée du Rwanda lorsque la majorité hutu -qui constituait avant ces grands massacres 85% de la population- est arrivée au pouvoir en 1961.
2. Kagame: homme fort du FPR et le président actuel du Rwanda depuis avril 2000.
3. Museveni: le président actuel de l'Ouganda.
4. Inkotanyi: des seigneurs guerriers tutsi convaincus d'être nés pour gouverner la plèbe.
5. Ceux que l'on a décidé d'appeller interahamwes. Bien que le sens de ce terme ait été dénaturé intentionnellement. Il ne signifie pas "ceux qui assassinent ensemble", mais "ceux qui vont ou font quelque chose ensemble". Tous les groups d'interahamwes, composés en majorité par des jeunes, n'ont pas commis de massacres.
6. Citation du Cahier de Cristianisme i Justícia nș 95, janvier 2000, p. 10.
7. Buyoya: le président actuel du Burundi.
8. Des Tutsi de l'est de l'ex-Zaïre
9. Kivu zaïrois: zone de la RD Congo, ancien Zaïre, proche de la frontière avec le Rwanda, le Burundi et le lac Kivu.
10. Négociations au Burundi: actuellement menées par Mandela.
11. Entre autres, la Fondation contre l'Impunité, protagoniste des procès contre la dictature argentine, a déjà promis sa collaboration.
Révélations et documents récents (1999-2000) sur le conflit de lŽAfrique des Grands Lacs
Autres documents de référence importants, antérieurs à la campagne de la candidature
(Ces documents peuvent être consultés dans le site web de Inshuti, www2.minorista.es/inshuti)
Le message de Noël de 1999 de Monseigneur Emmanuel Kataliko adressé à ses paroissiens de Bukavu a été un point dŽinflexion dans lŽévolution des tragiques événements qui se succèdent dans lŽest de la République Démocratique du Congo. LŽévêque Kataliko est devenu un grand symbole de résistance pour la population opprimée. Son attitude précieuse a encouragé et donné de lŽespoir aux peuples de la région qui se sentent abandonnés et à la merci de quelques criminels sans aucun scrupule, comme cela sŽest révélé dans les carnages commis dans des communautés comme Makobola, Kasika ou récemment, Katogota, où les occupants viennent dŽassassiner 500 personnes. Le courage évangélique dans la dénonciation de lŽoccupation de son pays de la part des troupes dŽOuganda, de Rwanda et de Burundi, a supposé pour lŽévêque la détention et lŽexil forcé de son diocèse. Une voix aussi claire ne pouvait pas être tolérée:
«Des pouvoirs étrangers, avec la collaboration de certains de nos frères congolais, organisent des guerres avec les ressources de notre pays. Ces ressources, qui devraient être utilisées pour notre developpement, pour l'education de nos enfants, pour guérir nos malades, bref pour que nous puissions vivre d'une façon plus humaine, servent à nous tuer. Plus encore, notre pays et nous-mêmes, nous sommes devenus objet d'exploitation.
Tout ce qui a de la valeur est pillé, saccagé et amené à l'etranger ou simplement détruit. Les impôts collectés, qui devraient être investis pour le bien commun, sont detournés.
Des taxes exorbitantes n'étranglent pas seulement le grand commerce et l'industrie, mais aussi la maman qui vit de son petit commerce.
Tout cet argent prélevé sur nous, provenant de nos productions, et deposé à la banque, est directement prélevé par une petite élite venue d'on ne sait où.
Même notre personne humaine n'échappe pas à cette exploitation oppressive: tous ceux qui travaillent dans un service public ne reçoivent pas leur salaire, malgré qu'ils apportent des richesses avec leur labeur. Cette exploitation est soutenue par une strategie de terreur qui entretient l'insecurité. En ville, des bandes armées, souvent en tenue militaire, font irruption dans nos maisons, volent le peu de biens qui nous restent, menacent, enlevent et même tuent nos frères.
Nos frères et soeurs, dans les campagnes, sont massacres à grande échelle. Les victimes se comptent déjà par milliers et les rescapés, pour se sauver, sont obligés de se déplacer avec toutes les conséquences que cela comporte.
Notre Eglise institutionnelle elle-même n'est pas epargnée. Des Paroisses, des presbytères, des couvents ont été saccagés. Des Prêtres, des Religieux, des Religieuses sont frappés, torturés et même tués parce que, par leur mode de vie, ils denoncent l'injustice flagrante dans laquelle est plongé le peuple, condamnent la guerre et prônent la reconciliation, le pardon et la non-violence.
Inutile de dire, qu'à notre connaissance, aucune enquête serieuse n'a été menée jusqu'à present pour chercher les coupables et les punir.»
La première semaine de février de cette année, Bukavu, la capitale du Sud du Kivu, était absolument paralysée. Les écoles, les marchés, les bureaux, tout sŽest arrêté en signe de résistance. Les occupants ont inculpé lŽéglise Catholique dŽêtre lŽorganisatrice de la grève générale. Le 12 février lŽévêque Kataliko était arrêté à Goma; alors quŽil rentrait dŽune réunion des évêques à Kinshasa, ils lŽ ont empêché de se rendre à son diocèse en lŽobligeant à rester à Butembo, au Nord du Kivu. Les multiples réactions internationales que le fait a produites et la peur de le convertir en martyre lui ont sauvé la vie. Il nŽen a pas été de même avec son prédécesseur, lŽévêque Christophe Munzihirwa, assassiné en octobre 1996, qui avait dénoncé très clairement en 1995 et en 1996 le plan dŽoccupation qui se profilait. CŽest pour cela que les propos de Monseigneur Kataliko résonnent avec encore plus de force:
«Nous nous engageons avec courage, avec un esprit ferme, avec une foi inebranlable, à être du coté de tous les opprimés et, si necessaire, jusqu'au sang, comme l'ont déjà fait Mgr MUNZIHIRWA, l'Abbé Claude BUHENDWA, l'Abbé et les Soeurs de Kasika, l'Abbé Georges KAKUJA... et tant d'autres chrétiens.
L'Evangile nous pousse à récuser la voie des armes et de la violence pour sortir des conflits. C'est au prix de nos souffrances et de nos prières que nous menerons le combat de la liberté, que nous amenerons également nos oppresseurs à la raison et à leur propre liberté intérieure.»