Nous soussignés, les Partis des Forces de Changement Démocratique (FRODEBU, RPB, PP, PL), avons analysé en ce début des travaux de la quatrième session des négociations interburundaises de paix, la situation socio-politique du Burundi et particulièrement la question des sanctions imposées contre le pouvoir en place à Bujumbura et déclarons ce qui suit:
1. Nous exprimons notre haute gratitude aux Chefs d'Etat de la sous-région pour les efforts et les sacrifices immenses consentis par leurs pays et leurs Peuples respectifs en vue du retour à la Démocratie et la Paix et la Sécurité pour tous au Burundi.
2. Nous constatons que la situation socio-politique au Burundi reste précaire et catastrophique contrairement au langage propagandiste que le régime issu du putsch du 25 juillet 1996 continue à diffuser dans le monde entier, comme le montre les faits suivants:
- L'intensïfication de la guerre au Burundi accompagnée de massacres de populations civiles innocentes.
- La poursuite de la politique de regroupement forcé des populations dans de camps de regroupement qui sont de véritables mouroirs ou des camps de concentration.
- La persécution de responsables et de militants des Partis politiques opposés au régime.
- Les procès politiques et les jugements arbitraires décriés par l'ensemble de la communauté internationale.
- Les cotisations forcées appelées "efforts de guerre" demandées abusivement à tous les burundais de plus de 18 ans.
3. Nous remarquons que les sanctions qui ont été imposées contre le régime issu du putsch l'ont effectivement poussé à accepter de venir aux négociations d'ARUSHA.
4. Aujourd'hui, nous constatons que le pouvoir en place à Bujumbura, aidé par ses lobbies étrangères et certains membres de la communauté internationale sans doute abusés, font une exploitation propagandiste des sanctions économiques. Ils arguent qu'elles constituent un obstacle aux négociations et semblent réellement ne voir que celles-là. Ils affirment que leur levée permettra l'avancement rapide des négociations, la conclusion d'un Accord Général de Paix, et ramenera rapidement la paix et la sécurité au Burundi.
5. Pour notre part nous restons convaincus qu'il s'agit d'un prétexte et une manoeuvre dilatoire pour refuser la poursuite des négociations, puisque bon nombre d'actes qui créent un climat défavorable aux négociations sont délibérement et régulièrement commis par le pouvoir en place à Bujumbura contre tout parti qui lui est opposé et contre le population civile burundaise.
6. Quant aux négociations nous constatons avec amertume que malgré la présence de toutes les Parties négociantes à Arusha et la grande mobilisation des ressources humaines et matérielles par la communauté internationale, les négociations de paix sur le Burundi n'en sont encore qu'à leur début et n'avancent pas au rythme espéré jusqu'à ce jour, suite à la mauvaise volonté manifeste de certaines délégations.
7. Compte tenu de cette situation, et ce malgré que nous ne croyons pas que le régime en place au Burundi pourra négocier sans qu'il y'ait des pressions suffisantes, nous recommandons aux Chefs d'Etats de la sous région ce qui suit:
a) Enlever le prétexte au régime en place à Bujumbura en suspendant les sanctions économiques pour une période d'environ cinq mois, un temps largement suffisant pour permettre aux parties en négociations d'aboutir aux accords de paix attendus.
b) Si au bout de cette période, il n'y a pas d'accord de paix, réactiver les sanctions et prendre d'autres mesures plus contraignantes sur toutes les parties qui auront freiné le processus de négociation
c) Pour que la population burundaise bénéficie réellement de cette suspension des sanctions; exiger que le régime du Major BUYOYA remplisse aussi, à l'intérieur du pays, les conditions favorables aux négociations, à savoir:
- Un engagement solennel du Major BUYOYA à poursuivre les négociations globales d'Arusha et les terminer dans un délais de cinq mois.
- Signer sans réserves la déclaration de suspension des hostilités du 21 juin 1998 et exécuter son contenu.
- Lever les entraves dressées contre le fonctionnement libre des Partis politiques, notamment la censure de leurs journaux, l'interdiction de manifestations politiques et de tenues des réunions des organes statutaires, l'immixion dans leurs fonctionnements internes, etc....
- Suspendre tous les Procès liés au Coup d'Etat du 21 octobre 1993 et les massacres qui s'en sont suivis jusqu'à la conclusion des accords sur celle question dans le cadre des négociations en cours.
- Libérer tous les prisonniers politiques et ceux sans dossiers judiciaires
- Procéder au démantèlement total de tous les camps de regroupement et laisser les populations rentrer chez elles ou s'établir là où elles le désirent
- Arrêter les massacres de populations civiles par l'armée et punir de façon exemplaire ceux qui s'en rendent coupables.
- Arrêter la persécution et les humiliations de toute sorte commises à l'endroit des populations par des agents du régime en place, comme les ventes forcées de leurs propriétés terriennes et les travaux forcés d'asservissement
- Permettre à la Commission de l'ONU des Droits de l'Homme ainsi qu'à toute autre organisation humanitaire, à la presse nationale et internationale, d'accomplir leurs missions sur l'ensemble du territoire national sans restriction.
- Assurer au Burundi la sécurité des parties en négociations pendant toute la période couvrant le début et la fin des négociations.
- Fournir les documents nationaux de voyage à tous les burundais qui le désirent, en particulier ceux qui sont en négociation.
d) Ne pas suspendre ces sanctions si le Major BUYOYA ne s'engage pas à respecter ces conditons
e) Mettre en place une Commission de Suivi de ces recommandations; qui sera en mesure de proposer d'autres sanctions plus restrictives dans le cas de non-suivi de ces recommandations.
Le Front pour la Démocratie au Burundi (FRODEBU)
Hon. Dr Jean Minani, Président
Le Rassemblement du Peuple Burundais (R.P.B.)
Balthazar Bigirimana, Président
Le Parti du Peuple (P.P)
Schadrack Niyonkuru, Président
Le Parti Libéral (P.L)
Gaétan Nikobamye, Président